|
|
|
|
|
|||||||||||
Histoire du siège de La Rochelle
Partie 6/7
« Sur quoi le cardinal de Richelieu ayant fait assembler chez lui tous les principaux officiers de l'armée, ils firent devant eux la même proposition, et répondirent si pertinemment à toutes les objections qu'on leur fit, qu'il n'y en eut point qui ne crussent la chose possible, et qu'ils étaient envoyés de Dieu. Ce que le cardinal de Richelieu ayant à l'heure même été dire au roi qui l'approuva aussi, on commença dès le lendemain à y travailler, et il s'y trouva tant de facilité que M. de Marillac en demanda la charge ; de sorte que Metezeau et Tiriot, après avoir eu de grands remerciements et chacun mille écus, s'en retournèrent à Paris. « Ce travail se faisait par les soldats de l'armée qui y allaient volontairement, et à qui on donnait un mereau (jeton) pour chaque hottée de pierre, lesquels on retirait tous les soirs en leur baillant tant pour chaque mereau, jusqu'à ce que la digue étant fort avancée, et ne pouvant plus faire tant de voyages, on en augmenta le prix à proportion de ceux qu'ils faisaient, afin qu'ils pussent toujours gagner pour le moins vingt sols par jour. » Pour protéger les travailleurs, on construisit en même temps du côté de Coureille, un fort qu'on nomma le fort de la Digue, et on entoura la ville d'une circonvallation qui, malgré les obstacles que présentaient la nature et l'étendue du terrain, fut entièrement achevée avant
A la fin de janvier, le marquis de Spinola, l'un des plus habiles généraux de l'Espagne, étant venu rendre visite au roi, on le mena voir les travaux du siège. « Il trouva, dit Richelieu, tous les ouvrages fort beaux et bien conduits, et principalement celui de la digue qu'il admira, assurant qu'il réussirait et qu'on prendrait la ville pourvu qu'on eût patience et qu'on n'y épargnât rien ; le bon ménage ne se devant chercher que dans la grande dépense qui fait réussir les choses plus assurément et plus promptement. » Pour accélérer les travaux, on faisait échouer dans le canal que l'on voulait fermer de grands navires maçonnés et remplis de pierres à l'intérieur. Tentative pour surprendre La Rochelle En même temps, il ôtait tout prétexte de pillage et de maraude en assurant complètement l'approvisionnement des troupes, en fournissant aux soldats des vêtements chauds pour l'hiver, et en faisant payer la solde, non plus par les mains des capitaines, mais directement par les commissaires du trésor. Aussi le Mercure français a-t-il soin de faire remarquer que l'armée de terre employée au siège de La Rochelle coûta, quoique beaucoup plus forte, deux tiers de moins que l'armée qui, en 1621, échoua au siège de Montauban. Cependant, comme les travaux de la digue avançaient lentement, on essaya plus d'une fois de s'emparer de la ville par surprise. Richelieu donne de longs détails sur l'une de ces tentatives qui fut sur le point de réussir. Pontis, dans ses Mémoires, en raconte une où il joua le principal rôle, et où se trouva mêlé le confident de Richelieu, le fameux père Joseph. « Le père Joseph, dit-il, fut averti qu'il y avait un grand aqueduc par où toutes les immondices de la ville se déchargeaient, et qu'on pourrait aisément, en faisant couler des troupes dans la nuit par cet aqueduc, se rendre maître ensuite de la place. Dès ce moment, il prit la résolution de tenter cette grande entreprise, et fit même dresser une terrible machine pour servir à ce dessein ; mais il fallait reconnaître auparavant si le passage était bon. L'on parla à l'heure même de m'y envoyer... « Je partis donc avec un enseigne, durant une nuit qu'il faisait d'horribles vents, ce qui favorisait notre dessein. L'on avait mis des soldats de cinquante en cinquante pas pour nous soutenir en cas que nous fussions attaqués, et aussi pour nous montrer les endroits où il y avait des fossés, de peur que nous ne nous perdissions dans l'obscurité. Étant arrivés à l'aqueduc, nous sondâmes avec une longue perche la vase, et nous trouvâmes partout une horrible profondeur de boue ; et, après avoir regardé de tous côtés, nous jugeâmes qu'il n'y avait nulle apparence de passage. Nous retournâmes et fîmes notre rapport, qui fut que quarante mille hommes y périraient comme deux, et qu'il ne fallait rien espérer de cette entreprise.
« Sur ce, le père se dépite et s'emporte en disant que cela ne pouvait pas être, et qu'il avait su le contraire d'un homme même de La Rochelle. Je lui répartis hardiment que s'il pouvait faire prendre cet homme, il le fît pendre, parce que c'était un affronteur ; et j'ajoutai que quand même le passage aurait été bon, il eût été impossible de rien faire cette nuit, puisqu'il n'y avait pas de ponts sur les fossés, mais seulement une planche sur laquelle un homme seul avait bien de la peine à passer. Le père se mit à crier encore davantage en disant qu'il avait donné ordre qu'on en fît, et qu'ils devaient être faits. « La conclusion fut que n'y ayant point de ponts, et sa grande machine s'étant rompue, tout ce grand projet s'évanouit. Et le roi, après la prise de La Rochelle, voulut encore voir cet aqueduc, et fit remarquer au père Joseph le péril où il avait voulu exposer son armée. Ceci me fait souvenir de ce qui s'est passé entre le même père et le colonel Hébron, qui a été si connu en Allemagne et en France. Car faisant ainsi de vastes projets et desseins à perte de vue devant ce même colonel, et lui montrant sur une carte trois ou quatre villes qu'il lui marquait qu'on devait prendre, le colonel Hébron, qui n'avait pas accoutumé de recevoir de tels ordres d'un capucin, lui répondit en souriant : Monsieur Joseph, les villes ne se prennent pas avec le bout des doigts. » :: Histoire du siège de La Rochelle - Partie 1/7 - Partie 2/7 |
|
|
|
|||||||||||
| :: HAUT DE PAGE :: ACCUEIL |
|
|||||||||||||