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Histoire du siège de La Rochelle
Partie 5/7
« La Guette, gentilhomme nourri, page de la reine d'Angleterre, fendit un des ennemis auparavant que de se rendre. Enfin il fallut céder à la force et prendre la composition que les ennemis lui offrirent, savoir : dix mille écus que M. de Rasilly leur promit pour lui et tous ses compagnons. Or, cependant que les ennemis étaient acharnés à ce butin, vingt-neuf barques arrivèrent heureusement à la porte de la citadelle entre trois et quatre heures du matin. Aussitôt la sentinelle qui était sur le bastion de la Reine, criant : Qui vive ? Il lui fut répondu par quantité de voix éclatantes : Vive le roi ! ce qui mit au cœur de ceux de dedans une grande allégresse. « Là, une chaloupe de La Rochelle, s'étant glissée parmi les vaisseaux du roi, comme si elle eût été de la troupe, pour brûler cette flotte, fut reconnue à son jargon par le sieur Dandouyn qui s'en douta ; mais, à cause de l'impatience de M. de Toiras, il fit sauter tout le monde à terre et demeura avec ses mousquetaires dans la pinasse pour remédier à ce qui pourrait arriver, demanda le mot et le contre-mot à la chaloupe rocheloise, ce que ne sachant, fit connaître qui elle était ; et à l'heure la chargea si furieusement que plusieurs furent tués et estropiés, et beaucoup faits prisonniers. M. de Toiras, voyant un si beau secours inespéré, courut aussitôt jusque dans l'eau embrasser la fleur de ses amis et tout le reste ensuite. Après les premiers compliments, chacun fut conduit à la hutte de quelque soldat pour se sécher. » Attaque des Anglais. Assaut. Buckingham chassé de l'île de Ré Le même jour, les Anglais firent une tentative pour incendier la flotte française au moyen de brûlots ; mais, grâce aux précautions prises par le capitaine Manpas et Toiras, ils furent repoussés avec perte ; après une longue canonnade, ils parvinrent seulement à briser une vingtaine de barques dont les débris servirent à construire des cabanes pour les soldats. Une attaque faite le 9 octobre contre les retranchements du fort n'eut pas un meilleur succès ; « et les assiégeants connurent alors que ceux de la citadelle avaient des poudres et boulets, car ceux qui s'avancèrent reçurent d'autres prunes que de Brignolles. » Le renfort entré aussi heureusement dans l'île se montait à deux cent cinquante soldats, cinquante matelots, seize canonniers, et plus de soixante gentilshommes qualifiés. Quelques jours après, le roi arriva au camp devant La Rochelle. Buckingham découragé eût levé le siège s'il n'eût pas attendu un corps de six mille hommes qui lui était promis depuis longtemps, et si les Rochelois ne l'eussent conjuré de ne pas les abandonner ; mais il y fut bientôt forcé par les armes de Richelieu. Le 23 octobre, huit cents hommes débarquèrent au fort la Prée, avec la mission de pousser les retranchements de ce fort jusqu'à la mer, afin de favoriser le débarquement du reste des troupes. Ils y furent bientôt suivis de sept cents autres. De nouvelles troupes, et en nombre plus considérable, étaient en même temps réunies dans les différents ports de la côte, attendant avec enthousiasme le moment du départ. A la même époque, Buckingham recevait un secours de quinze cents hommes ; les Rochelois lui en amenèrent huit cents. Le 6 novembre, il donna à la citadelle de Saint-Martin un assaut général, dans lequel
On perdit plusieurs heures, et lorsqu'on se décida à attaquer, une partie de l'armée anglaise avait déjà pu gagner l'île d'Oie, langue de terre séparée du reste de Ré par des marais et un canal sur lequel était jeté un pont. La cavalerie, qui couvrait la retraite, fut culbutée, et l'arrière-garde, abandonnée à elle-même, fut presque complètement détruite. Le désastre des Anglais fut complet ; ils perdirent deux mille hommes tués, noyés ou pris, près de trois cents gentilshommes et officiers de marque, quatre canons et soixante drapeaux. Le 30 octobre, il ne restait plus un Anglais sur la terre française, et, malgré les supplications des Rochelois, Buckingham faisait voile pour l'Angleterre. Blocus de la Rochelle. Construction de la digue Le siège offrait de grandes difficultés. On commença d'abord par bloquer entièrement la ville du côté de la terre ; mais lui fermer la mer était une chose plus difficile, et que bien des gens regardaient comme impossible. Un ingénieur italien, nommé Pompée Targon, proposa de barrer le canal au moyen d'inventions dont il était l'auteur, et dont il ne voulait pas dévoiler le secret. Bien que Richelieu n'y eût pas grande confiance, il lui permit d'exécuter ses plans ; mais, après six mois de travaux, on fut obligé de renoncer à cette entreprise. Deux Français vinrent tirer Richelieu d'embarras : l'un était Metezeau, architecte du roi, et l'autre Tiriot, « l'un des premiers maçons de Paris ». « Ils offrirent, dit Fontenay-Mareuil, de fermer le grand port par le moyen d'une digue de pierres sèches qui se ferait au travers du canal, lesquelles se prendraient dans les deux côtés, où il y en avait en abondance, assurant que la mer ne la romprait pas, quelque furieuse qu'elle fût, parce qu'y trouvant un grand talus et des trous entre les pierres, elle y perdrait infailliblement toute sa force, et que le limon qu'elle y laisserait lierait mieux les pierres que tout le mortier qu'on y pourrait mettre ; de sorte que si on voulait ils en feraient l'épreuve à leurs dépens. :: Histoire du siège de La Rochelle - Partie 1/7 - Partie 2/7 |
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