Mots d'histoire, vocabulaire, expressions pittoresques
Aux différentes époques de notre histoire, on rencontre des dénominations particulières appliquées à l'usage des événements, à des partis, ou à certaines classes d'individus. Cette rubrique vous en révèle l'origine ou la signification, choisissant les plus pittoresques de ces mots curieux et bizarres.
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Histoire du siège de La Rochelle
Partie 5/7

« La Guette, gentilhomme nourri, page de la reine d'Angleterre, fendit un des ennemis auparavant que de se rendre. Enfin il fallut céder à la force et prendre la composition que les ennemis lui offrirent, savoir : dix mille écus que M. de Rasilly leur promit pour lui et tous ses compagnons. Or, cependant que les ennemis étaient acharnés à ce butin, vingt-neuf barques arrivèrent heureusement à la porte de la citadelle entre trois et quatre heures du matin. Aussitôt la sentinelle qui était sur le bastion de la Reine, criant : Qui vive ? Il lui fut répondu par quantité de voix éclatantes : Vive le roi ! ce qui mit au cœur de ceux de dedans une grande allégresse.

« Là, une chaloupe de La Rochelle, s'étant glissée parmi les vaisseaux du roi, comme si elle eût été de la troupe, pour brûler cette flotte, fut reconnue à son jargon par le sieur Dandouyn qui s'en douta ; mais, à cause de l'impatience de M. de Toiras, il fit sauter tout le monde à terre et demeura avec ses mousquetaires dans la pinasse pour remédier à ce qui pourrait arriver, demanda le mot et le contre-mot à la chaloupe rocheloise, ce que ne sachant, fit connaître qui elle était ; et à l'heure la chargea si furieusement que plusieurs furent tués et estropiés, et beaucoup faits prisonniers. M. de Toiras, voyant un si beau secours inespéré, courut aussitôt jusque dans l'eau embrasser la fleur de ses amis et tout le reste ensuite. Après les premiers compliments, chacun fut conduit à la hutte de quelque soldat pour se sécher. »

Attaque des Anglais. Assaut. Buckingham chassé de l'île de Ré
Le lendemain, jour où Toiras devait envoyer à Buckingham les articles de la capitulation, les assiégés montrèrent aux Anglais, pour toute réponse, au bout de leurs piques, force bouteilles de vin, chapons, coqs d'Inde, jambons, langues de bœuf et autres provisions, « et les nouveaux canonniers arrivés avec la flotte saluèrent de force canonnades leurs vaisseaux qui s'étaient approchés de trop près, sur la créance qu'ils avaient que ceux de dedans n'avaient plus de poudre. Il y avait dans les barques plus de deux cents tonneaux de farine, dont deux et demi suffisaient par jour pour le pain de ce qui était dans le fort. Il y avait plus de soixante pipes de vin, du vin d'Espagne, trois coffres d'onguents et drogues pour les malades et les blessés, des morues, des pois, des fèves en très grande quantité, du verjus, du vinaigre, des jambons, soixante bœufs salés, plusieurs moutons vifs, des chemises, des chausses, des souliers en grand nombre, des manteaux de caban pour les soldats qui font la sentinelle, douze douzaines de gants, des fourreaux d'épées ; tous les vaisseaux lestés de charbon de terre pour chauffer les soldats, et un grand nombre de planches pour faire les logis »

Le même jour, les Anglais firent une tentative pour incendier la flotte française au moyen de brûlots ; mais, grâce aux précautions prises par le capitaine Manpas et Toiras, ils furent repoussés avec perte ; après une longue canonnade, ils parvinrent seulement à briser une vingtaine de barques dont les débris servirent à construire des cabanes pour les soldats. Une attaque faite le 9 octobre contre les retranchements du fort n'eut pas un meilleur succès ; « et les assiégeants connurent alors que ceux de la citadelle avaient des poudres et boulets, car ceux qui s'avancèrent reçurent d'autres prunes que de Brignolles. » Le renfort entré aussi heureusement dans l'île se montait à deux cent cinquante soldats, cinquante matelots, seize canonniers, et plus de soixante gentilshommes qualifiés.

Quelques jours après, le roi arriva au camp devant La Rochelle. Buckingham découragé eût levé le siège s'il n'eût pas attendu un corps de six mille hommes qui lui était promis depuis longtemps, et si les Rochelois ne l'eussent conjuré de ne pas les abandonner ; mais il y fut bientôt forcé par les armes de Richelieu. Le 23 octobre, huit cents hommes débarquèrent au fort la Prée, avec la mission de pousser les retranchements de ce fort jusqu'à la mer, afin de favoriser le débarquement du reste des troupes. Ils y furent bientôt suivis de sept cents autres. De nouvelles troupes, et en nombre plus considérable, étaient en même temps réunies dans les différents ports de la côte, attendant avec enthousiasme le moment du départ.

A la même époque, Buckingham recevait un secours de quinze cents hommes ; les Rochelois lui en amenèrent huit cents. Le 6 novembre, il donna à la citadelle de Saint-Martin un assaut général, dans lequel
Siege de La Rochelle. Combat entre des navires francais et anglais
Siège de La Rochelle. Combat entre
des navires français et anglais
il fut repoussé avec une perte considérable. Il se décida alors à lever le siège. Mais, dans la nuit du 7 au 8 novembre, le maréchal de Schomberg, avec le gros de l'armée de secours, débarqua à Sainte-Marie, dans le sud-est de Ré, opéra sa jonction avec Toiras, et se mit à la poursuite des Anglais. Toiras, qui depuis le commencement du siège avait eu ses deux frères tués, voulait qu'on ne perdît point de temps pour charger les ennemis ; mais le maréchal ne voulut pas y consentir.

On perdit plusieurs heures, et lorsqu'on se décida à attaquer, une partie de l'armée anglaise avait déjà pu gagner l'île d'Oie, langue de terre séparée du reste de Ré par des marais et un canal sur lequel était jeté un pont. La cavalerie, qui couvrait la retraite, fut culbutée, et l'arrière-garde, abandonnée à elle-même, fut presque complètement détruite. Le désastre des Anglais fut complet ; ils perdirent deux mille hommes tués, noyés ou pris, près de trois cents gentilshommes et officiers de marque, quatre canons et soixante drapeaux. Le 30 octobre, il ne restait plus un Anglais sur la terre française, et, malgré les supplications des Rochelois, Buckingham faisait voile pour l'Angleterre.

Blocus de la Rochelle. Construction de la digue
Richelieu, libre de ses actions par la retraite des Anglais, put tourner toutes ses forces contre la Rochelle. Cette ville avait longtemps hésité à se déclarer contre le roi, et le commencement des hostilités sembla même avoir été occasionné par une méprise.

Le siège offrait de grandes difficultés. On commença d'abord par bloquer entièrement la ville du côté de la terre ; mais lui fermer la mer était une chose plus difficile, et que bien des gens regardaient comme impossible. Un ingénieur italien, nommé Pompée Targon, proposa de barrer le canal au moyen d'inventions dont il était l'auteur, et dont il ne voulait pas dévoiler le secret. Bien que Richelieu n'y eût pas grande confiance, il lui permit d'exécuter ses plans ; mais, après six mois de travaux, on fut obligé de renoncer à cette entreprise. Deux Français vinrent tirer Richelieu d'embarras : l'un était Metezeau, architecte du roi, et l'autre Tiriot, « l'un des premiers maçons de Paris ».

« Ils offrirent, dit Fontenay-Mareuil, de fermer le grand port par le moyen d'une digue de pierres sèches qui se ferait au travers du canal, lesquelles se prendraient dans les deux côtés, où il y en avait en abondance, assurant que la mer ne la romprait pas, quelque furieuse qu'elle fût, parce qu'y trouvant un grand talus et des trous entre les pierres, elle y perdrait infailliblement toute sa force, et que le limon qu'elle y laisserait lierait mieux les pierres que tout le mortier qu'on y pourrait mettre ; de sorte que si on voulait ils en feraient l'épreuve à leurs dépens.

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