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Histoire du siège de La Rochelle
Partie 3/7
Secours envoyés à la citadelle de Ré Buckingham, irrité de ce secours, se livra à d'horribles cruautés. Le 21 août, « il fit ramasser toutes les femmes catholiques de l'île qui avaient leurs maris dans la citadelle, et leur fit passer les tranchées à coups de bâton, les chassant vers la citadelle, où, d'autant que du commencement on ne les voulait pas recevoir et qu'elles revenaient vers les Anglais, ceux-ci firent tirer sur elles et en tuèrent beaucoup, dont les soldats de la citadelle ayant compassion, Les Anglais, pour fermer la mer aux assiégés, eurent recours à des travaux analogues à ceux que Richelieu employa quelque temps après contre la Rochelle. Ils échouèrent devant le fort Saint-Martin une grande quantité de barques remplies de pierres ; puis ils construisirent, au moyen de carcasses de grands navires, un immense radeau qu'ils armèrent de plusieurs canons, et qu'ils approchèrent le plus près possible de la citadelle. « Mais cette machine dura peu, car, dans l'espace d'une nuit, un vent de nord-est la rendit invisible. Enfin ils firent une estacade de mâts de navires attachés ensemble avec des chaînes de fer et, par les extrémités, liés à de gros câbles, à de grosses ancres, à mille pas de la citadelle. Ils attachèrent aussi de gros câbles, d'un vaisseau à l'autre, où ils enfilèrent des barriques et des pataches pour la soutenir sur l'eau. Cette invention devait, ce semble, fermer tout passage pour arriver à la citadelle ; de sorte que Buckingham se vantait qu'il n'y avait que les oiseaux qui en pussent approcher... ; tout enorgueilli, il envoya convier Toiras de se rendre, et lui fit présent d'une douzaine de melons. Toiras lui manda n'être pas encore à cette extrémité et lui envoya en revanche de ses melons six bouteilles d'eau de fleurs d'oranger et une douzaine de vases de poudre de Chypre dont il avait eu soin de mieux fournir sa citadelle que de blé et de vin pour ses soldats. » Malgré cette fanfaronnade, Toiras, dont la position empirait chaque jour, voulut avertir le roi de la détresse où il se trouvait ; il lui expédia trois hommes qui s'offrirent à traverser à la nage le bras de mer qui séparait l'île de Ré du continent. L'un d'eux se noya ; le second, exténué de fatigue, se rendit aux Anglais. Le troisième, un Gascon nommé Pierre, put seul arriver après avoir couru les plus grands dangers. Ayant été aperçu par les Anglais, il fut suivi longtemps par une chaloupe qui finit par le prendre pour un poisson ; car, chaque fois que la chaloupe approchait, le hardi nageur faisait le plongeon, restait sous l'eau le plus longtemps possible, et reparaissait à quelque distance pour recommencer le même jeu. Un orage qui éclata servit encore à favoriser son projet ; il se laissa porter par les vagues, et enfin, échappé à grand'peine aux poissons qui s'acharnèrent après lui pendant près d'une demi-lieue, il put enfin toucher la terre ; mais, exténué tant par la fatigue que par les morsures qu'il avait reçues, il ne put se tenir sur ses pieds, et fut obligé de se traîner sur les mains jusqu'à ce qu'il eût trouvé un paysan qui le mena au fort Louis. Le roi, pour récompenser son courage, lui accorda à l'instant une gratification, et de plus cent écus de pension sur les gabelles. La lettre que cet homme avait apportée au roi dans une boîte de fer-blanc, renfermait de telles nouvelles sur la situation des assiégés, que Louis XIII envoya à l'instant dans tous les ports l'ordre de faire partir les secours destinés à Toiras. Ces ordres rencontrèrent plus d'un obstacle. Les matelots des côtes voisines de La Rochelle étaient huguenots ; on mettait tout en œuvre pour les empêcher de s'embarquer. Ils cédaient d'autant plus aux prédications de leurs coreligionnaires, que chaque jour les flots portaient sur le rivage des corps de Français que les Anglais avaient jetés à la mer après leur avoir attaché les bras et les jambes. Il fallut recourir à des mesures de rigueur pour trouver le nombre d'hommes nécessaires au service des embarcations. Enfin, le 5 septembre, par une nuit obscure, le capitaine Vaslin partit du havre des Sables d'Olonne avec seize pinasses chargées de provisions, de poudre, de mèches, de plomb et de médicaments. Quelques-unes s'égarèrent, et il n'en avait que douze avec lui quand il aborda la flotte ennemie. « Aussitôt qu'ils furent découverts, dit Richelieu, force coups de canon et mousquetades furent tirés sur eux, qui ne blessèrent personne, mais seulement coupèrent quelques mâts, rompirent quelques voiles et percèrent une pinasse. « Ils abordèrent à l'île à deux heures de nuit ; n'étant qu'à deux cents pas près, ils furent aperçus du fort, où incontinent on commença à crier : Vive le roi ! Ils allèrent échouer à l'un des bastions de la citadelle, et si avant que les ennemis ne pouvaient les endommager. Le matin, au jour levé les matelots déchargèrent les pinasses dans le fort, sur lesquelles les ennemis tirèrent force canonnades sans blesser personne. Le fort était en grande extrémité, Toiras fort malade, les vivres manquant, les moulins presque rompus ; on y avait déjà mangé vingt chevaux. L'ordinaire des soldats augmenta dès lors de quatre onces de pain par jour et d'une écuelle de fèves, et les soldats reprirent courage et espérèrent de recevoir d'autres secours à l'avenir. « Les ennemis, au contraire, perdirent leur audace quand ils virent découvert ce secret si important, qu'il n'était pas impossible de jeter des secours dans le fort. Deux jours après, le capitaine Vaslin, à la marée de minuit, repartit de l'île de Ré avec toutes ses pinasses chargées de malades et blessés, et de femmes catholiques que les ennemis avaient envoyées à la citadelle. Le roi envoya une chaîne d'or et 1 000 écus audit Vaslin, et 13 000 écus pour les matelots des pinasses, et promit encore à Vaslin 4 000 écus ou une compagnie au régiment de Navarre à son choix. Deux capitaines basques qui avaient bien fait, reçurent chacun une chaîne d'or, et les matelots furent tous récompensés. » :: Histoire du siège de La Rochelle - Partie 1/7 - Partie 2/7 |
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