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Histoire du siège de La Rochelle
Partie 2/7
Cette nouvelle rompit toutes les négociations. Louis XIII, qui n'avait pu oublier la manière insolente dont Buckingham s'était conduit envers Anne d'Autriche, refusa de recevoir un pareil ambassadeur, et le favori offensé fit saisir par les corsaires anglais tous les navires français qui se trouvaient sur les côtes de France et d'Angleterre ; il promit sa protection aux huguenots s'ils voulaient prendre encore une fois les armes ; et, pour les engager à se déclarer, il équipa une flotte formidable avec laquelle, au mois de juillet 1627, il parut tout à coup devant l'île de Ré. Elle portait seize mille hommes de débarquement et un grand nombre de réfugiés français, entre autres le duc de Soubise. Buckingham répandit sur le rivage un manifeste où le roi d'Angleterre déclarait n'avoir d'autre but, dans cette expédition, que de rendre aux églises de France leur ancienne splendeur, et de secourir La Rochelle, que les armes de Louis XIII menaçaient de toutes parts. Les Rochelois, néanmoins, hésitèrent longtemps à accepter la protection des anciens ennemis de la France. Ils comprenaient qu'ils assumaient sur eux une terrible responsabilité s'ils commençaient les hostilités.
Le maire et les jurats refusèrent l'entrée de leur port à Buckingham, et la vieille duchesse de Rohan, malgré la vénération dont elle était entourée, ne put les décider à ouvrir les portes à son fils Soubise. Elle fut obligée de l'aller chercher elle-même dans une chaloupe. Elle le ramena avec un secrétaire de Buckingham, et parvint à leur faire obtenir audience par la bourgeoisie. Mais les Rochelois les renvoyèrent avec cette réponse, qu'ils étaient unis par serment au corps entier des réformés, et qu'ils ne prendraient point les armes sans l'appui et le consentement de leurs coreligionnaires. Commencement des hostilités. Arrivée « Pour mieux comprendre cette affaire, dit Rohan dans ses Mémoires, il faut savoir que Ré est une île située à une lieue de La Rochelle, qui a sept lieues de long, fort fertile, surtout en vins et en sel. Entre Ré et Brouage, il y a une autre île nommée Oléron, aussi grande qu'elle, aussi peuplée et encore plus fertile, où le roi s'était conservé un fort que le duc de Soubise y avait fait faire en la guerre précédente, lequel ne valait rien ; et si Buckingham s'en fût saisi, et de toute l'île où presque tous les habitants sont réformés, il ôtait tout moyen de secours à la citadelle de Ré. » Ce fut donc sur l'île de Ré que Buckingham dirigea son expédition. Toiras en avait été nommé gouverneur par Richelieu. On y avait construit deux forts, l'un au bourg Saint-Martin, l'autre à quelque distance, nommé fort la Prée. Le dernier était seul, achevé lors de l'arrivée des Anglais. Toiras, comptant que les ennemis attaqueraient d'abord le fort Louis, avait, malgré les ordres formels de Richelieu, assez mal approvisionné les deux places ; mais heureusement il avait gardé avec lui des troupes excellentes, et entre autres la plus grande partie du régiment de Champagne. Il savait d'ailleurs que le roi avait rassemblé une armée qui était en marche pour La Rochelle. Descente des Anglais dans l'île de Ré. Combat de Saint-Blanceau Du côté des Anglais, qui perdirent plus de cinq cents hommes, on regretta principalement le Français Saint-Blancart, l'âme de l'entreprise, et dont la mort « fut une perte plus considérable que n'aurait été le gain tout entier des îles. » Ce dernier, après la réduction de Montpellier, avait vendu tout son patrimoine pour n'avoir, disait-il, rien à perdre en France, et y guerroyer toutes les fois qu'il pourrait y vivre aux dépens du roi. « Celui-là, dit un historien, ayant été tué, l'armée demeura presque aussi morte que lui. Le duc de Buckingham, qui n'avait jamais vu de guerre, n'ayant plus personne sur qui se reposer que des Anglais, qui n'avaient servi que sous les princes d'Orange (c'est-à-dire dans les Pays-Bas), où ils ne faisaient qu'obéir, se trouvait bien empêché d'avoir à commander ; ils ne surent lui faire prendre d'autre parti que d'en user comme ils avaient vu faire en Hollande, marchant toujours en bataille, et logeant de bonne heure pour avoir le loisir de se retrancher. De sorte qu'ayant employé le reste de la journée et toute la nuit à descendre, ils demeurèrent cinq jours à faire un chemin pour lequel il ne fallait tout au plus qu'une après-dînée. » Siège du fort de Saint-Martin Cependant, bien que Louis XIII fût tombé gravement malade, l'armée royale avait continué sa marche vers La Rochelle, sous les murs de laquelle elle était arrivée au milieu du mois d'août. Ce fut seulement quelque temps après que les habitants se déclarèrent et firent alliance avec les Anglais. Nous reviendrons sur ce fait après avoir raconté tout ce qui se passa dans l'île de Ré. Le cardinal de Richelieu, qui avait rejoint l'armée, comprenant l'importance qu'il y avait à conserver cette île, ne négligea aucun moyen pour envoyer des secours aux assiégés, que le défaut de vivres et de munitions, les maladies, avaient réduits à l'extrémité. Il faut lire, dans les Mémoires de ce grand ministre, le récit de tous les préparatifs qu'il ordonna à cette occasion, et pour lesquels il n'épargna ni l'argent de l'État, ni le sien propre. Dans tous les ports de l'Océan, il fit construire et équiper des navires qui devaient se rendre sur les côtes de La Rochelle. :: Histoire du siège de La Rochelle - Partie 1/7 - Partie 3/7 |
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