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Origine et histoire de la FRONDE
Partie 1/6
Le nom seul de la Fronde réveille déjà dans notre esprit l'idée d'une dissipation de mœurs et d'esprit, d'une frivolité politique, telles qu'on n'en saurait rencontrer dans aucune autre partie de notre histoire. Tous les historiens ont parlé de la Fronde avec mépris ou légèreté, et les contemporains eux-mêmes nous en ont tracé un tableau qui s'accorderait mieux avec une comédie qu'avec une guerre civile. « Les dupes, dit Saint-Evremond, témoin oculaire, viennent là tous les jours en foule ; les misérables s'y rendent des deux bouts du monde. Jamais tant d'entretiens de générosité sans honneur, jamais tant de beaux discours et si peu de bon sens, jamais tant de desseins sans action, tant d'entreprises sans effet ; toutes imaginations, toutes chimères ; rien de véritable, rien d'essentiel que la nécessité et la misère. De là vient que les particuliers se plaignent des grands qui les trompent, et les grands des particuliers qui les abandonnent. Les sots se désabusent par l'expérience, et se retirent ; les malheureux, qui ne voient aucun changement dans leur condition, vont chercher ailleurs quelque méchante affaire, aussi mécontents des chefs de parti que des favoris. » Pour ceux, en effet, qui ne regardent que les dehors des événements, la Fronde peut sembler n'être, comme on l'a nommée, qu'une guerre d'écoliers, qu'une lutte de petites jalousies, de petites haines, de petites passions ; qu'une sorte de comédie enfin, féconde en vains projets et en désappointements comiques, en grandes paroles et en minces actions. Mais si vous voulez détourner vos regards des principaux personnages, mûs uniquement par l'intérêt de leur fortune ou celui de leur plaisir, c'est-à-dire par cet égoïsme que le frondeur La Rochefoucauld a donné pour mobile à toutes les actions humaines ; si, ne considérant plus seulement les héros du temps, qui unissaient par une alliance étrange la galanterie à la politique, et les divertissements de l'esprit aux soins de l'ambition, vous cherchez les causes sérieuses de ce trouble subit qui s'empara de la cour et de la ville, peut-être alors, sous cette parade brillante qui séduit vos yeux, trouverez-vous une scène sévère et menaçante, une scène de ce grand drame populaire qui devait éclater un jour, longuement préparé par ces comédies politiques et ces intrigues de courtisans. Les nobles mécontents suscitèrent contre le pouvoir la foule, trop souvent prête à se ranger du côté des opposants. Mais cette fois l'émotion populaire présenta un caractère tout nouveau. Ce n'était plus la sédition, la guerre civile, l'anarchie et la licence, telles qu'on les avait vues si souvent dans les rues de Paris, depuis les cabochiens jusqu'aux ligueurs. Non, la Fronde est la première émeute, le premier soulèvement politique, et, si elle eût pu réussir, la première révolution. Le peuple, accablé d'impôts et de tailles, humilié dans son amour-propre national par la domination d'un étranger ; le peuple, appuyé sur ses défenseurs naturels, les magistrats, qui prenaient en main sa cause, soutenu et comme autorisé dans sa révolte par ceux-là mêmes qu'il considérait comme les gardiens de la justice, comme les dépositaires du droit public et des franchises du royaume ; le peuple faisait le premier acte de sa souveraineté. Il y a donc là un germe de liberté et d'affranchissement qui doit se développer plus tard, et, après avoir été longtemps étouffé, vaincre enfin toutes les résistances. Mais nul ne se doutait encore de l'avenir, ainsi contenu dans le présent, plus tumultueux encore qu'orageux. Nul de ceux qui soulevaient le flot populaire, nul ne se doutait qu'un jour viendrait où les digues ne seraient plus assez fortes pour contenir ce torrent. « Le cardinal de Retz, dit M. de Chateaubriand, avait derrière lui la puissance du Parlement, une partie de la cour et la faction populaire, et il ne vainquait rien... Le moindre de nos révolutionnaires eût brisé dans une heure ce qui arrêta Retz toute sa vie. » Tous ces seigneurs mécontents n'étaient que des hommes de trouble, « plus propres aux brouilleries qu'aux révolutions » ; et le peuple qui marchait sous leurs bannières, n'osant encore se commander lui-même, se vit tout à coup trahi et abandonné par tous ces ambitieux au jour des réconciliations monarchiques. « La Fronde, dit Fortoul dans ses Fastes de Versailles, n'était pas seulement une guerre de chansons ; c'était une révolution populaire dans son principe, qui pouvait être grave dans ses résultats, et qu'on n'a prise en plaisanterie que parce qu'elle a échoué. Elle souleva des passions vives, fit sortir de la foule des personnages extraordinaires, et développa des idées qui, après avoir été obligées de se travestir sous des formes détournées, finirent cependant par triompher. » N'oublions pas ce côté sérieux de la Fronde ; en assistant à cette comédie guerroyante, rappelons-nous toujours que nous assistons aussi au prélude de 1793. Voici le nom et le caractère des principaux personnages. Gaston, duc d'Orléans, frère unique de Louis XIII ; ambitieux sans volonté, toujours mécontent et toujours irrésolu. Il s'était laissé entraîner dans toutes les cabales qui se formèrent contre Richelieu ; mais le courage lui avait toujours fait défaut dans les circonstances décisives. Lié alternativement avec Chalais, Montmorency et Cinq-Mars, qui n'agirent que par ses ordres, il les laissa périr sur l'échafaud, sans employer pour les sauver d'antres efforts que d'humbles supplications dont il connaissait lui-même l'inutilité. « C'étoit l'homme du monde, dit Gondi, qui aimoit le plus le commencement des affaires ; mais il étoit aussi l'homme du monde qui des affaires en craignoit plus la fin. » Anne d'Autriche, mariée à Louis XIII depuis vingt-huit ans, avait été constamment malheureuse ; son mari ne l'aimait point, et Richelieu lui fit subir toutes sortes de persécutions.
Le prince de Condé, usé par les chagrins et les fatigues plus que par les années, s'était mêlé dans les cabales du dernier règne, et avait payé cette faute par une prison de cinq ans. Sa femme, la belle Charlotte-Marguerite de Montmorency, avait vu périr sur l'échafaud un frère qu'elle aimait tendrement ; son affliction profonde l'avait rapprochée de la reine, dont elle était devenue l'amie intime. Le prince et la princesse de Condé avaient trois enfants, le duc d'Enghien, la duchesse de Longueville et le prince de Conti. Le duc d'Enghien, qui devait porter avec tant de gloire le nom de grand Condé, n'avait encore que vingt-deux ans ; mais déjà sa réputation militaire était établie, et Louis XIII, lui reconnaissant une grande ambition, s'était flatté de l'isoler des partis en lui confiant le commandement de l'armée de Flandre, qui allait bientôt avoir à lutter contre don Francisco de Melos. La duchesse de Longueville avait deux ans de plus que le duc d'Enghien. Produite dès l'âge le plus tendre à l'hôtel de Rambouillet, elle s'y était fait admirer par l'esprit le plus délicat et le goût le plus fin, et y avait contracté les illusions les plus romanesques. Sa figure, remarquablement belle, avait quelque chose d'angélique, au dire des contemporains. On connaît les fameux vers écrits par le duc de La Rochefoucauld derrière un portrait de la duchesse de Longueville :
Le prince de Conti, né faible et contrefait, était destiné par ses parents à l'état ecclésiastique ; mais les discours de sa sœur, qu'il aimait uniquement, le tournaient plutôt vers la carrière des armes. :: Histoire de la Fronde - Partie 2/6 - Partie 3/6 |
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