Mots d'histoire, vocabulaire, expressions pittoresques
Aux différentes époques de notre histoire, on rencontre des dénominations particulières appliquées à l'usage des événements, à des partis, ou à certaines classes d'individus. Cette rubrique vous en révèle l'origine ou la signification, choisissant les plus pittoresques de ces mots curieux et bizarres.
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Origine et histoire de la FRONDE
Partie 6/6

Condé rentra dans la capitale, et tout aussitôt la reine travailla à le brouiller avec le coadjuteur. Pour y parvenir elle n'épargna ni les promesses ni les concessions ; et bientôt la vieille Fronde n'eut pas d'ennemi plus acharné que le prince qu'elle venait de délivrer. Mais Condé ne sut pas mieux user de sa faveur qu'auparavant ; il exigea le renvoi des sous ministres (il appelait ainsi les créatures du cardinal laissées par lui dans le conseil) , et se brouilla en même temps avec la princesse palatine, toute-puissante auprès de la reine. Aune d'Autriche eut de nouveau recours au coadjuteur, qui se fit fort de brouiller le prince avec Gaston, et de le faire sortir de Paris dans huit jours.

Condé, averti qu'on méditait de l'arrêter une seconde fois, entra en négociation avec les Espagnols, se préparant à une révolte déclarée. Bientôt, sur une fausse alerte, il s'enfuit à Saint-Maur, et n'en revint qu'après avoir obtenu le renvoi des sous-ministres ; mais il se passa peu de temps avant que Condé fût accusé par la reine en plein Parlement. Le coadjuteur soutenait la cour, et les deux partis étaient en présence, tout prêts à se poignarder. « Je vous ferai bien quitter le pavé, dit Condé au coadjuteur. - Il ne sera pas aisé », dit le hardi prélat. Peu s'en fallut que la Chambre des séances ne devînt le théâtre d'une affreuse mêlée.

Enfin, Condé cédant aux conseils de sa famille et de ses amis, quitte Paris et se rend à Bordeaux, où il est reçu avec acclamation par les rebelles. De son côté, la cour sort de la capitale et prend la route de Bourges. Paris, abandonné à lui-même, demeure en proie à un effroyable désordre.
Mademoiselle de Montpensier
Mademoiselle de Montpensier
La reine hésitait à rappeler Mazarin : instruit de cette hésitation, le cardinal s'empressa de revenir, et reprit toute sa puissance. Les ducs de Beaufort et de Nemours, ayant réuni leurs troupes, avaient marché sur Orléans. Gaston ne voulant pas se décider à prendre parti dans cette guerre, sa fille, mademoiselle de Montpensier, se chargea de le remplacer ; elle partit, habillée en amazone, avec les comtesses de Fiesque et de Frontenac, qu'on appelait ses maréchales de camp, et alla rejoindre l'armée rebelle.

Désormais, les événements vont se succéder avec rapidité : Condé, battu dans le Midi, traverse toute la France sous un déguisement, et vient à Orléans rejoindre les frondeurs. Il prend le commandement et met en déroute une partie des troupes royales ; mais Turenne, qui commandait pour le roi, le fait reculer, et remporte à Bléneau une victoire signalée. Battus de nouveau à Etampes, les frondeurs se retirent sur Paris, qui refuse de leur ouvrir ses portes. Gaston et le coadjuteur prétendaient demeurer neutres. Une sanglante bataille s'engage sous les murs de Paris ; Turenne pénètre dans le faubourg Saint-Antoine, et pousse vigoureusement l'armée de Condé, qui se trouvait prise ainsi entre l'armée ennemie et les portes fermées de Paris.

Le danger était grand pour les troupes rebelles ; mais Gaston se laisse arracher par Mademoiselle l'ordre de faire ouvrir la porte Saint-Antoine et de recevoir l'armée du prince dans Paris. Munie de cet ordre, Mademoiselle se présente à l'Hôtel-de-Ville suivie d'une foule de peuple qui demandait à grands cris qu'on sauvât le prince et son armée. Le conseil n'ose mécontenter cette multitude menaçante et ratifie l'ordre donné par Gaston. Mademoiselle fait avertir Condé, qui vient s'aboucher avec la princesse à la porte Saint-Antoine. « Il était, dit-elle, tout couvert de poussière et de sang, quoiqu'il n'eût pas été blessé ; sa cuirasse était pleine de coups, et il tenait son épée nue à la main, en ayant perdu le fourreau. En entrant il se jeta sur un siège et fondit en larmes ; il pleurait ses amis tués ou blessés à ses côtés. »

Mademoiselle releva un peu son courage, et il retourna au combat, voulant vaincre ou périr. Turenne poussait toujours les rebelles, et les acculait déjà aux murs de Paris, quoique Condé et les siens fissent des prodiges de valeur. Mademoiselle fit alors ouvrir la porte Saint-Antoine : les soldats de Condé se précipitèrent en désordre dans la ville ; et comme les royalistes les suivaient de près, la princesse plaça sur les remparts des mousquetaires pour arrêter ceux des vainqueurs qui approchaient ; en même temps elle fit tirer le canon de la Bastille sur les plus éloignés. « Voilà, dit Mazarin, un coup de canon qui vient de tuer son mari ». Mademoiselle avait eu jusque là l'espoir d'épouser le roi, quoiqu'elle fût beaucoup plus âgée que lui.

Le lendemain, Condé se présente au Parlement et implore son secours ; mais le Parlement, las de la guerre, reçoit froidement le prince, qui dit en sortant au peuple assemblé sur la place : « Ils sont tous vendus à Mazarin. » Aussitôt le peuple tire contre les fenêtres, met le feu aux portes du palais, pénètre de vive force à l'intérieur, et massacre plus de cinquante magistrats.

Dès lors le parti des princes ne compta plus personne parmi les honnêtes gens : Condé, ne pouvant plus ni négocier ni combattre, prit le parti de se jeter dans les bras des Espagnols. Une députation de la milice parisienne vint supplier le roi de rentrer dans la capitale. Mazarin, pour faciliter la pacification, avait feint de quitter le ministère, et s'était de nouveau retiré à Bruhl. Le 21 octobre 1652, le roi rentra donc dans Paris, au milieu des acclamations universelles. Tous les séditieux sont chassés de la ville ; Gondi, plus coupable, est conduit au château de Vincennes.

Quelques mois après, Mazarin revenait de son exil volontaire. Le roi, accompagné des officiers de la couronne, alla au-devant de lui jusqu'au Bourget ; il le reçut dans sa voiture et le conduisit au Louvre, au milieu des plus vifs applaudissements. Tous les magistrats vinrent lui présenter leurs hommages, et il eut l'air d'un souverain qui rentre paisiblement dans ses Etats.

Ainsi se termina cette guerre de la Fronde qui préparait de loin notre grande époque populaire, et qui allait être suivie immédiatement du règne le plus brillant de toute notre monarchie. Les hommes se trempèrent vigoureusement dans ces troubles, ces dissensions et ces combats ; les esprits y prirent une énergie, une ardeur, une activité
Mademoiselle de Montpensier fait tirer le canon de la Bastille
Mademoiselle de Montpensier fait tirer le canon de la Bastille
singulière, et l'on doit rendre à la Fronde une partie de la gloire du grand siècle qu'elle a précédé et formé.

Toute la littérature du grand siècle, dit Fortoul, se trempa dans ces orages, et y prit cette connaissance vraie des affaires et des hommes qui la distingue éminemment. La Rochefoucauld, l'auteur des Maximes, était un des héros de la Fronde ; Pascal s'inspira d'elle ; Molière commença pendant qu'elle régnait, et fut bientôt un admirable représentant de son esprit ; Saint-Evremond lui dut son enjouement et son exil ; Bussy Rabutin le feu de son audace ; madame de Sévigné, les grâces vives de sa causerie ; La Fontaine, les libertés et la profondeur de sa raison ; Corneille, qui jusque là avait peint les personnages les plus héroïques de l'antiquité et des temps modernes, apprit d'elle à mettre en scène les intrigues de cour et à développer les discussions politiques ; Boileau lui-même, qui travaillait alors chez maître Patru, frondeur passionné, puisa dans ces troubles un sentiment démocratique qui ne s'effaça jamais entièrement de son âme, et qui produisit l'épître à Dangeau sur la noblesse, œuvre aussi hardie que le Tartufe ; Bossuet put juger pendant ses alternatives du néant de toutes les grandeurs que son éloquente voix accompagna plus tard dans la tombe.

Ainsi la Fronde, ajoute Fortoul, fut une excellente école où s'éleva tout ce que le génie de la nation a produit de plus grand et de plus beau. La Fronde ne mourut donc pas ; elle continua à vivre dans la littérature française. Mais en énumérant les hommes que la Fronde a formés, nous en avons oublié un, Louis XIV. L'insurrection et la guerre civile se chargèrent de faire l'éducation de ce prince, que sa mère et le cardinal négligèrent beaucoup. Contraint par l'émeute à fuir de Paris, il vit le sort de sa couronne remis au hasard des combats, et la monarchie réduite à deux doigts de sa perte.

Un moment il put douter s'il finirait sa vie sur le trône ou hors de France. L'épée de Turenne décida la question à Gien, et rouvrit au roi le chemin de Paris que Condé venait lui disputer. Au milieu de ces chances extrêmes, Louis XIV put s'instruire dans le gouvernement ; mais il ne profita des leçons qu'il leur dut que pour léguer des dangers plus grands à ses successeurs.

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