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Origine et histoire de la FRONDE
Partie 5/6
Mais les deux partis étaient ruinés, et le Parlement, qui songeait aux intérêts du peuple, écouta les propositions de Mazarin : des négociations furent ouvertes à Ruel. Malgré la rage du peuple, qui prenait goût à la révolte, un traité de paix fut conclu, qui ne satisfit personne ; les généraux n'observaient qu'une partie de ce qu'ils demandaient, et le Parlement avait été obligé de faire de grandes concessions. Ici commence une phase nouvelle. Condé est devenu tout puissant par le triomphe de la cour, et se montre fort disposé à abuser de son pouvoir. Autour de lui s'agitaient plusieurs jeunes gens, indiscrets, téméraires, avantageux, débauchés, qui se disaient être les arbitres de la cour : on leur avait donné le nom de petits-maîtres ; ils prétendaient faire manger de l'herbe à tous les bonnets carrés (c'était ainsi qu'ils désignaient le Parlement), et cherchaient querelle sur les promenades aux anciens frondeurs. Le duc de Beaufort se rendit un jour au lieu de leurs orgies, accompagné de deux cents gentilshommes frondeurs ; il fit entourer la table, tira brusquement la nappe, et renversa les mets sur les convives. Ceux-ci mirent l'épée à la main ; mais, n'étant pas les plus forts, il leur fallut céder. Les frondeurs firent à cette occasion courir un pamphlet intitulé : Le branle des Mazarins dansé dans la maison de Renard, et composé par M. le duc de Beaufort. Ils ne se bornèrent pas là, et à plusieurs reprises accusèrent la cour d'avoir voulu faire assassiner ou empoisonner plusieurs d'entre eux. Cependant Condé était déjà brouillé avec Mazarin, qu'il accusait d'ingratitude, se vantant de l'avoir tiré du gibet. La duchesse de Longueville, réconciliée avec son frère, mettait tout en œuvre pour le détacher du parti de la cour ; mais un voyage qu'il fit en Bourgogne ajourna ses projets de révolte. Mazarin songea alors à ramener le roi dans Paris pour achever de pacifier la ville : le jeune Louis XIV rentra dans la capitale, ayant Mazarin et Condé à ses côtés. Le peuple poussait de grandes acclamations ; mais les mécontents recommençaient déjà à chansonner la cour, qui avait fait tant de menaces, sans en accomplir aucune :
A peine rentré dans la ville, Condé s'opposa au mariage du duc de Mercœur avec une nièce de Mazarin. Il dit un jour que les nièces du cardinal « étaient à peine bonnes pour épouser ses valets... Si Mazarin se fâche, ajouta-t-il, j'ordonnerai à Chamfleury (son capitaine des gardes) de me l'amener par la barbe à l'hôtel de Condé. » Enfin il lui écrivit une lettre pleine de sarcasmes dont l'adresse portait : A l'illustrissimo signor Fachino. Les frondeurs se rangèrent alors du parti de Condé : Mazarin, pour le brouiller avec eux, imagina de faire tirer un coup de fusil sur les gens du prince, et aussitôt on accusa le coadjuteur de cette tentative d'assassinat. Le procès fut porté au Parlement, et le coadjuteur se défendit avec une éloquence et une hardiesse extraordinaires ; il se rendait au palais avec un nombreux cortège et portait un poignard dont le manche paraissait : « Voilà », dit en riant le duc de Beaufort, « le bréviaire de M. le coadjuteur ». Mais Mazarin, satisfait d'avoir divisé ses ennemis, et ne voulant pas faire triompher Condé, laissa le procès traîner en longueur ; ce qui irrita le prince outre mesure. Condé allait partout injuriant Mazarain, et il manqua même de respect à la reine, en lui imposant le rappel d'un petit maître qu'elle avait chassé, parce qu'il l'avait offensée. Dès lors la cour se décida à frapper un grand coup. La reine eut des entrevues avec le coadjuteur ; d'autre part Gaston fut gagné, et le prince de Condé se vit arrêter au Palais-Royal, avec le prince de Conti et son beau-frère le duc de Longueville. On conduisit aussitôt les trois prisonniers au château de Vincennes. Le peuple ne bougea pas ; les duchesses de Longueville et de Bouillon prirent la fuite. Reste maintenant le dénouement de toutes ces intrigues, la guerre civile. La princesse de Condé, gardée à vue à Chantilly, prend la fuite et se réfugie à Bordeaux dont le Parlement venait de se soulever : le courage, l'éloquence de la princesse, gagnent tous les esprits, la Guyenne prend les armes pour délivrer les princes. De son côté, la duchesse de Longueville et Turenne, réfugiés à Stenay, lèvent des troupes, et Turenne prend le titre de lieutenant-général pour la liberté des princes. Mais les troupes royales sont victorieuses sur tous les points. Turenne est battu ; la princesse de Condé forcée de capituler dans Bordeaux. La cause des princes semblait donc perdue, lorsque Condé et ses frères sont transférés de Vincennes à Marcoussis. Aussitôt les Parisiens vont en foule visiter la prison de Condé ; mademoiselle de Scudéry, en y entrant, aperçoit les œillets qu'il avait cultivés pendant sa captivité, et elle improvise les vers suivants qu'elle écrit sur le mur :
Ces vers eurent le plus grand succès, et Paris ne tarda pas à manifester une nouvelle sympathie pour le vainqueur de Rocroy. Le parti des princes, ne s'étant pas encore réuni à la vieille Fronde, prit le nom de nouvelle Fronde. Mazarin craignit le voisinage de Paris ; il fit conduire les princes au Havre par le général d'Harcourt, et Condé se vengea en chansonnant le général, chargé de cette mission d'estafier :
Mazarin était à ce moment représenté dans tous les quartiers de Paris la corde au cou. La cour fit une rentrée très peu brillante dans Paris ; dans ce même temps, Turenne était battu une seconde fois par les troupes royalistes. Les deux Frondes, la vieille et la nouvelle, sentent alors le besoin de s'unir ; elles signent un traité sous les auspices conciliateurs de Gaston, et le Parlement demande la liberté des princes. La ville est de nouveau soulevée, et le bruit ayant couru que la régente se préparait à quitter encore Paris, le peuple se précipite, au milieu de la nuit, dans les appartements du Palais-Royal pour s'assurer de la présence du roi ; bien plus, il voulut garder lui-même le palais jusqu'au retour des princes. Gaston refusait de voir la régente avant qu'elle eût signé le rappel de Condé. Mazarin était en route pour le Havre. Après beaucoup d'hésitation, il se résolut à mettre les princes en liberté ; et voyant qu'il n'avait rien de bon à attendre de Condé, il se retira à Brulh, petite ville appartenant à l'électeur de Cologne ; mais il conserva des relations secrètes avec la reine, et rien ne se faisait que par ses avis. Bussy, qui vit Mazarin à Brulh, en parle ainsi dans ses Mémoires : « Une chose que j'admirai, c'est que, étant dans un petit château, au milieu des Ardennes, avec un train fort médiocre, il gouvernoit l'Etat comme s'il eût été à la cour ». :: Histoire de la Fronde - Partie 1/6 - Partie 2/6 |
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