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Origine et histoire de la FRONDE
Partie 4/6
Cependant il se prépare une émeute plus violente encore pour le lendemain : tous les colonels des quartiers appellent le peuple aux armes ; 1200 barricades se forment dans la ville, et le chancelier Séguier allait être massacré, si trois compagnies des gardes ne l'avaient délivré. Cent soixante-six magistrats, ayant Molé à leur tête, s'en vont, au milieu des acclamations du peuple, demander la liberté de Broussel : ils n'obtiennent rien, et rebroussent chemin ; mais les séditieux leur mettent le poignard sur la gorge, et les forcent à retourner au Palais-Royal. La reine, sollicitée par Gaston et Mazarin, consent enfin à rendre les conseillers, et le peuple attend sous les armes le retour de Broussel ; il le porte en triomphe à Notre-Dame, et l'on chante un Te Deum pour remercier Dieu de cette délivrance. Anne d'Autriche se retire à Ruel avec son fils et son ministre, et les séances du Parlement continuent à être aussi orageuses qu'auparavant. La reine, dans une lettre au Parlement, accusait ouvertement le coadjuteur. « Il veut perdre l'Etat, disait-elle, parce qu'on lui a refusé le chapeau de cardinal, et il s'est vanté qu'il mettra le feu aux quatre coins du royaume, et qu'il se tiendra auprès, avec cent mille hommes qui lui étaient engagés, pour casser la tête à ceux qui se présenteront pour l'éteindre. » Mais Gondi, par sa parole, était tout-puissant dans le Parlement. L'arrivée de Condé, dont le nom avait acquis depuis deux ans une immense popularité, semble devoir faciliter un accommodement. Des négociations sont ouvertes à Saint-Germain ; elles ne s'accomplissent pas sans de longues discussions, qui plusieurs fois irritent l'orgueil de Condé ; enfin la réduction des tailles, et les autres articles demandés par le Parlement, sont accordés, et le roi rentre à Paris le 31 mai aux acclamations du peuple. Dans le même temps que Mazarin se laissait ainsi humilier par le Parlement, il dictait à Munster la paix à toute l'Europe et mettait la dernière main au traité de Westphalie, qui fut, durant un siècle et demi, l'unique base du droit public de l'Europe. Ainsi se termine la première période de la Fronde. Condé était l'espoir de tous les partis ; chacun d'eux attendait du prince la satisfaction de ses désirs et de ses ambitions ; mais Condé ne devait contenter personne. La hauteur des parlements l'indigna, et dans une assemblée solennelle,
Le coadjuteur, voyant qu'il ne pouvait compter sur Condé, fit si bien qu'il le brouilla avec la duchesse de Longueville, sa sœur, qui, elle-même, répondait du prince de Conti. « Dans les monarchies, dit Montesquieu, les brouilleries des femmes, leurs indiscrétions, leurs répugnances, leurs jalousies, leurs piques, cet art qu'ont les petites âmes d'intéresser les grandes, ne sauroient être sans grande conséquence. » Ces paroles ne semblent-elles pas avoir été inspirées par le souvenir de la Fronde et de ses intrigues féminines ? Cependant la reine faisait approcher des troupes pour mettre Paris en état de siège, et se retirait avec son fils à Saint-Germain. Aussitôt le peuple prit les armes et garda les portes de la ville. Le coadjuteur voulait faire nommer Conti généralissime de la Fronde ; mais il apprit que Condé l'avait entraîné avec sa sœur à Saint-Germain. Mazarin fut déclaré ennemi du royaume ; et, s'il n'avait pas quitté le royaume dans huit jours, il était permis de lui courre sus. En apprenant cette déclaration de guerre, la cour fit commencer le blocus de Paris, et Condé, quoiqu'il n'eût sous ses ordres que huit mille hommes, se fit fort de prendre la ville par la famine. De son côté, le Parlement leva des troupes ; chaque porte cochère dut fournir un cavalier ou 150 livres, et chacune des autres un fantassin ou 30 livres. Le duc de Lorraine prit le commandement de cette armée indisciplinée ; mais le lendemain, Conti étant revenu de Saint-Germain, le coadjuteur, qui voulait le faire nommer général à la place du duc d'Elbœuf, entreprit de ridiculiser celui-ci, et pour cela, il lui suffit de quelques heures et d'une malicieuse chanson de Marigny, où la jactance, l'avidité et la misère du prince lorrain étaient relevées avec beaucoup de gaieté :
Conti fut nommé ; Beaufort, le duc de Bouillon et le duc de Longueville se mirent sous ses ordres ; le coadjuteur leva de son côté un corps de troupes qu'on appela le régiment de Corinthe (Gondi portait le titre d'archevêque de Corinthe). Ce corps ayant été battu dans une sortie, les royalistes appelèrent cette déroute la première aux Corinthiens. Ces levées de boucliers remplissaient le peuple de joie et d'ardeur ; on cherchait à l'exciter en outre par tous les moyens possibles. Les duchesses de Longueville et de Bouillon, toutes deux d'une ravissante beauté, parurent sur le perron de l'hôtel-de-ville, tenant chacune un de leurs enfants dans leurs bras, et déclarèrent qu'elles voulaient se mettre comme otages entre les mains du peuple. L'enthousiasme fut alors porté au plus haut degré, et le coadjuteur fit jeter de l'argent par les fenêtres. La Bastille fut prise, et les caisses publiques pillées par le peuple. Cependant Condé n'avait pas assez de troupes pour affamer Paris : la famille royale manquait de tout ; en arrivant à Saint-Germain, elle n'avait pas trouvé de lit pour se coucher, et avait dormi sur la paille. Les escarmouches livrées tous les jours sous les murs de Paris n'avaient aucun résultat décisif, et la guerre ne semblait point approcher de son terme. Les pamphlets inondaient Paris ; par les ordres de Gondi, Scarron faisait la Mazarinade, et le coadjuteur, pour gagner à son parti les âmes pieuses, écrivait un traité intitulé : Maximes morales et chrétiennes pour le repos des consciences dans les affaires présentes. On y lisait le passage suivant : « Comme les rois sont les lieutenants de Dieu pour la conduite temporelle des hommes, c'est de Dieu et non pas des rois que les hommes doivent prendre des lois et ordonnances. Comme l'âme est plus précieuse que le corps, et l'intérêt du salut plus précieux que celui de la fortune, les maximes de la religion doivent être les règles de la politique : de sorte qu'on ne doit obéir aux rois que lorsqu'il est bien clair que leurs ordres sont d'accord avec la religion et les instructions de ses ministres. » Du côté des Parisiens, la gaieté la plus folle présidait à toutes les opérations militaires : on riait des défaites comme des victoires ; et, tous les jours, la revue que l'on passait à la Place Royale était une sorte de fête, où se donnait rendez-vous la belle société. Les provinces commençaient à se soulever ; le marquis d'Hocquincourt mettait Péronne à la disposition de la duchesse de Longueville, en lui envoyant ce billet : « Péronne est à la belle des belles » ; Turenne, promettait de marcher sur Paris avec les troupes weimariennes qu'il commandait ; mais son armée, gagnée par les agents de Mazarin, l'abandonna. Enfin le coadjuteur, fertile en ressources, imaginait d'introduire au Parlement un prétendu envoyé de l'Espagne qui promettait monts et merveilles, de l'argent et des troupes autant qu'on en voudrait. :: Histoire de la Fronde - Partie 1/6 - Partie 2/6 |
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