Mots d'histoire, vocabulaire, expressions pittoresques
Aux différentes époques de notre histoire, on rencontre des dénominations particulières appliquées à l'usage des événements, à des partis, ou à certaines classes d'individus. Cette rubrique vous en révèle l'origine ou la signification, choisissant les plus pittoresques de ces mots curieux et bizarres.
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Origine et histoire de la FRONDE
Partie 2/6

Après la maison de Condé, celle de Vendôme était la plus puissante. Le duc de Beaufort, second fils de César duc de Vendôme, courageux comme son aïeul Henri IV, mais faible d'intelligence et de caractère, était destiné à devenir l'instrument flexible du premier factieux qui saurait prendre sur lui quelque empire. Sa belle tête et sa grande mine le rendaient cher à la multitude, ce qui le fit surnommer plus tard le roi des Halles.

Frédéric-Maurice, duc de Bouillon, avait été dépouillé de la ville de Sedan par Richelieu. Son frère Henri, vicomte de Turenne, montrait déjà dans la guerre les talents qui devaient le mettre au rang des grands généraux.

Marie et Anne de Gonzague, persécutées par Richelieu, et liées avec madame de Longueville ; toutes deux jeunes encore et déjà habiles à intriguer.

La duchesse de Montbazon, dominée par un sentiment excessif d'avarice, ne songeait qu'à s'enrichir. Sa beauté était éblouissante, et les contemporains la comparaient à celle des statues antiques. « Elle défaisoit toutes les autres au bal », dit Tallemant des Réaux. Le cardinal de Retz l'a jugée bien sévèrement ; « Je n'ai jamais eu personne qui montrât dans le vice aussi peu de respect pour la vertu ».

La duchesse de Chevreuse, bannie depuis dix-huit ans par Richelieu, entretenait une correspondance secrète avec la reine qui l'aimait. Ayant parcouru divers Etats, où elle avait tramé beaucoup d'intrigues, elle attendait à Bruxelles la mort de Louis XIII pour rentrer en France.

A côté de toute cette noblesse paraissaient d'autres personnages destinés à jouer des rôles importants dans les troubles de la régence. D'abord, Jean-François-Paul de Gondi, futur cardinal de Retz, qui venait de prendre le bonnet de docteur en Sorbonne, et aspirait à devenir le coadjuteur de son oncle, Pierre de Gondi, archevêque de Paris. Il n'avait aucune des vertus ecclésiastiques. Son génie audacieux, remuant et brouillon, le portait aux conspirations et aux cabales, et malgré ses espérances épiscopales il menait la vie la plus mondaine ; plusieurs fois même il s'était battu en duel. De Gondi a été jugé diversement ; on l'a beaucoup vanté et beaucoup décrié. Madame de Sévigné l'appelle plaisamment le héros du bréviaire. M. de Chateaubriand remarque avec justesse que, « privé des événements, il devint inoffensif », et qu'en qualité d'écrivain il était court comme dans tout le reste.

Puis, au sein du Parlement, Matthieu Molé, premier président, et Omer Talon, avocat général, tous deux distingués par leurs éminentes vertus, tout dévoués aux principes monarchiques mais ne pouvant se défendre d'un certain esprit d'opposition, produit par une administration longtemps oppressive et arbitraire. Enfin au dernier rang, une foule confuse d'intrigants et de mécontents obscurs, conseillers, bourgeois, courtisans, robins, tous avides de troubles et de changements.

Le ministère était composé de créatures du cardinal Richelieu. Divisés d'opinion, se détestant les uns les autres, les ministres intriguaient de tous les côtés pour que le pouvoir nouveau les conservât dans leur place. Le seul homme supérieur qui fût alors au conseil d'Etat était Jules Mazarin, originaire de Sicile : d'abord militaire, puis ecclésiastique ; parvenu à la pourpre, puis au ministère, par beaucoup de souplesse et quelques services importants rendus à la France. Chargé par Richelieu des affaires étrangères, il les avait conduites avec dextérité. Et tout l'opposé de son maître, il montrait autant d'humilité, de douceur et de modestie que Richelieu avait fait paraître de hauteur, d'inflexibilité et d'orgueil.

Louis XIII redoutait les intrigues que devaient produire tant d'intérêts opposés ; il demanda à ses ministres un plan de régence où la reine et Gaston eussent le moins d'autorité possible. Le ministère lui soumit aussitôt un plan conforme à ses défiances. La reine était nommée régente, Gaston lieutenant général, et le prince de Condé président du conseil des ministres.
Le duc de Beaufort, surnomme le roi des Halles
Le duc de Beaufort,
surnommé le roi des Halles
L'ordonnance fut portée au Parlement, qui l'enregistra sans remontrances ; mais Anne d'Autriche dressa une protestation qu'elle écrivit de sa main, et la déposa chez un notaire.

Les partisans de cette princesse aigrirent ses ressentiments, et le duc de Beaufort vint lui offrir le secours de la maison de Vendôme. La maison de Condé se montrait irritée d'avoir été devancée par le dévouement des Vendôme : on lui fit des promesses magnifiques, qui la déterminèrent à se déclarer aussi pour la reine. En même temps Mazarin flattait la future régente, l'assurait de son dévouement, et en obtenait quelques espérances.

Louis XIII mourut le 14 mai 1643 ; le 18 du même mois, la reine alla en compagnie de son fils, qui n'était âgé que de cinq ans, tenir un lit de justice au Parlement. En grand deuil, et paraissant plongée dans une profonde affliction, elle parla ainsi : « Je viens chercher de la consolation dans ma douleur. Je suis bien aise de me servir des conseils d'une aussi auguste compagnie. Je vous prie, messieurs, de ne point les épargner au roi mon fils, ni à moi-même, selon que vous le jugerez nécessaire, en votre conscience, au bien de l'Etat. » Ce discours produisit beaucoup d'effet sur l'assemblée. Depuis près de vingt ans le Parlement était condamné, sous le rapport politique, à la nullité la plus absolue ; et il voyait avec satisfaction que non seulement on lui rendait son ancien droit de faire des remontrances, mais qu'on l'autorisait en quelque sorte à se mêler au gouvernement.

Le Parlement se montra reconnaissant ; il cassa l'ordonnance du feu roi, et Anne d'Autriche fut déclarée régente avec tous les pouvoirs attachés à ce titre. Personne ne doutait que le premier acte de la régente serait de chasser le ministère ; mais à peine quatre heures s'étaient-elles écoulées depuis le lit de justice, qu'elle envoya le prince de Condé prier Mazarin de diriger le conseil : elle avait reconnu la supériorité du cardinal, et croyait devoir sacrifier ses goûts particuliers à l'intérêt du roi.

Cette nouvelle excita de violents murmures, que la victoire de Rocroy ne put apaiser. Madame de Chevreuse arrivait en cet instant de Bruxelles, convaincue que sa puissance allait être sans bornes : mais elle fut bientôt détrompée ; et comme elle excitait secrètement le duc de Beaufort contre Mazarin, elle fut menacée d'un nouvel exil. En même temps Mazarin faisait renvoyer tous ses ennemis du conseil et les remplaçait par ses créatures.

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