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La maison de JEANNE D'ARC,
A DOMREMY (Vosges) (D'après un récit paru au XIXe siècle)
Domremy est un petit village du département des Vosges, situé sur les bords de la Meuse, à trois lieues de Neufchâteau, et très près des frontières des départements de la Meuse, de la Meurthe et de la Haute-Marne. S'il ne possédait pas un intérêt historique puissant, jamais les voyageurs ne se détourneraient de leur route pour le visiter ; car, en lui-même, il n'a rien de remarquable ; mais c'est là que naquit Jeanne d'arc en 1410.
Ce n'était, en effet, qu'une maisonnette ; mais ceux qui l'ont possédée depuis la famille d'Arc, l'ont agrandie à diverses époques. Ce qu'il y a de plus intéressant dans cette maison, est la découverte d'une statue qui était scellée, et presque entièrement cachée dans le mur au-dessus du couronnement de la porte d'entrée. Cette statue, qui avait déjà été vue en 1756, est sculptée dans une pierre de la même nature que celle qui a servi à construire la maison ; elle représente Jeanne d'Arc à genoux, la tête nue, et couverte de son armure. Chose singulière, elle a de longs cheveux, sur lesquels on voit même quelques vestiges de dorure ; ce qui pourrait faire supposer qu'elle avait les cheveux longs, si tous les historiens ne s'accordaient à dire qu'elle avait de beaux cheveux noirs, et qu'elle les portait très courts pour être plus à son aise dans la mêlée.
La gerbe, les mots vive labeur, et l'écusson sur lequel on voit trois socs de charrue, font allusion à la profession des parents de Jeanne d'Arc ; l'écusson de France, la date qui paraît être celle de 1481, et les mots vive le roi Loys, donnent lieu de croire que c'est sous le règne de Louis XI, et peut-être par ses ordres, que ces sculptures ont été faites, tandis que l'écusson à droite est celui qui fut accordé à Jeanne d'Arc et à sa famille, par Charles VII ; par modestie, elle refusa toujours de placer sur son écu ces armoiries qui rappelaient les services éclatants qu'elle avait rendus à son roi.
C'est à l'époque de la seconde invasion, en 1815, que l'on commença à penser à la maison de Jeanne d'Arc. Les officiers des armées coalisées la visitèrent avec le plus vif intérêt ; chacun d'eux, avant de quitter le village, emportait, pour les conserver comme de précieuses reliques, quelques éclats de bois qu'ils arrachaient aux poutres du plancher. Les princes de la maison d'Autriche vinrent aussi admirer la simple demeure de cette femme, qui, quatre siècles plus tôt, avait chassé l'ennemi de ce pays de France, que l'Europe entière maintenant venait d'envahir. Un noble Prussien offrit 6 000 francs de cette maison, à son propriétaire M. Gérardin, qui les refusa. L'administration, informée de ce fait, proposa à ce dernier d'en faire l'acquisition ; M. Gérardin, ancien militaire retraité, se contenta de 2 500 francs. Louis XVIII, qui apprit cet acte de désintéressement, lui envoya la croix de la Légion-d'Honneur, et accorda une somme de 20 000 francs à la préfecture des Vosges pour être employée à fonder une école de jeunes filles, et un monument à la mémoire de Jeanne d'Arc. Le Conseil général du département décida que l'on élèverait une fontaine, sur laquelle on placerait le buste en marbre de Jeanne d'Arc, dont Louis XVIII avait aussi fait don à la commune de Domremy. La première pierre de cette fontaine fut posée le 25 juillet 1820, et le 10 septembre suivant tout fut prêt pour la cérémonie de l'inauguration. On fit quelques dispositions dans la maisonnette de la vierge de Domremy, pour perpétuer son souvenir. On replaça dans la chambre où la tradition prétend qu'elle est née, une cheminée qu'un des propriétaires avait placée dans la pièce voisine. On remit aux fenêtres des barreaux en fer, dont la place était indiquée dans le mur par les trous de scellement ; on fixa contre le mur une table de marbre portant une inscription rappelant l'époque et le motif de ces travaux faits à la mémoire de Jeanne d'Arc ; enfin on plaça sur la cheminée un buste en marbre de Louis XVIII, et à droite, le drapeau qui servit aux fêtes célébrées à Domremy pour l'inauguration du monument, le 10 septembre 1820, devant un concours de 15 000 personnes, accourues des villes et des villages voisins, au seul nom de cette vierge guerrière, qui fut l'honneur de son pays, qu'elle sauva, et la honte de ceux qui la laissèrent immoler sans faire la moindre démarche pour la secourir.
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