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Principauté de MONACO
(D'après « Aux pays d'azur, Nice, Monaco et Menton » paru en 1902)
Partie 1/2
Balade dans le Monaco des premiers jours du XXe siècle On ne résiste pas : « Monaco ! » il faut voir ce fameux Monaco. Et l'on regarde et l'on voit une place grouillante de monde, des maisons blanches sous un toit plat en briques rouges, un coin de mer qui frémit au loin comme un drapeau d'azur, des palmiers, des orangers couverts de fruits, de jolies villas avec des jardins en fleurs et, au-dessus, comme le contraste vivant de deux âges, la vieille ville de Monaco couvrant le rocher à pic de ses tours, de ses rampes, de ses mâchicoulis, de ses créneaux, de sa ceinture de murailles altières, somnolente, assoupie avec un air de guerrier fatigué, qui se repose des batailles de jadis, ainsi que le chante le poète Jules Méry :
Bâti sur le sommet de son roc solitaire, Monaco est une petite ville moyenâgeuse, aux rues étroites à toucher les murs des deux mains, pavées de briques, assombries d'arcs-boutants, et dont les maisons surplombantes ont de profondes allées, sur le fronton desquelles un artiste mystique a sculpté, dans la pierre patinée par les siècles, des ecclésiastiques, aux prises avec les Malacodas ou les Farfarellos d'un enfer imaginaire. Tout est si froid, si monacal, si solennel qu'on se figure parfois entendre de lentes psalmodies balbutiées par des lèvres ivoirines, ou des liturgies susurrées, on ne sait où, dans l'ombre froide de quelque chapelle qui cèle de vagues agenouillements et les affaissements de douleurs inconsolées.
Sur un des côtés de la ville s'élève la cathédrale, placée sous la protection de l'Immaculée Conception, dont Albert Ier entreprit la reconstruction : elle est de style néo-roman, avec une abside décorée d'une mosaïque inspirée de saint Marc et de sainte Sophie, et dans sa crypte sont les restes de princes et princesses de la dynastie. Après avoir passé sa masse monumentale qu'entoure une gaine de statues et de colonnettes, on se trouve soudain baigné de lumière, en une atmosphère tiède de parfums dans ce paradis qui s'appelle les Jardins de Saint-Martin. Ce parterre incomparable doit son origine à Honoré V et à un moine franciscain, Baptiste de Savone, qui en créa la flore. Ce sont, parfois, des allées qu'on dirait pavées de jaspe et qui filent, régulières, entre deux haies de géraniums géants, de chrysanthèmes monstrueux, de lauriers, de saxifrages, de mimosas, de rosiers, de caroubiers tout en fleurs et d'un vert de jeunes pousses ou s'enfoncent sous les lilas, les pins, les eucalyptus, dans une soudaine fraîcheur de bosquet, puis, tout à coup, deviennent des sentiers rocailleux, qui descendent dans les aspérités et vous transportent dans une gorge énorme, ouverte au flanc du rocher et à pic sur la mer. Là, c'est l'Orient absolu, l'exotisme qui commence. Le soleil incendie les arêtes aiguës de la pierre, embrase et semble faire palpiter cette terre rouge et grasse, tapissée d'une végétation de forêt vierge, qu'on sent pousser dans un trop plein de sève et autour de laquelle s'exhale, immense et continu, le bourdonnement d'insectes affolés de lumière, qui butinent autour d'une foule de fleurs gigantesques et étranges, aux parfums de serre, aloès, joubarbes, cactus, nopals, ficus, toute une floraison vivace, ardente, semblable à un pullulement d'animaux aux formes chimériques. Au-dessous, les hautes murailles avec leurs tourelles quadrangulaires aux calottes ardoisées, sur le rocher vertical qu'escaladent, comme une armée de crabes, les figuiers de Barbarie aux feuilles grasses, rondes, épineuses, enchevêtrées ; puis au bas, dans un gouffre, la mer mouvante, d'un bleu de rêve, sillonnée des virgules blanches des albatros, qui s'en va en pâlissant jusqu'aux teintes mourantes, si tendres, de l'horizon vague, au bord de la ligne verte, tranchée du grand large. Seuls, la haute cheminée, les bâtiments couverts de briques rouges, de l'usine d'électricité et le soufflet fatigué d'une machine à vapeur empêchent de se croire dans quelqu'un de ces pays fabuleux, où l'homme ne peut pénétrer que sur l'aile des rêves et où, seul, le tigre, couché dans les lianes géantes, ouvre, sur la tranquillité de l'éternelle solitude, ses yeux immobiles, lumineux, à l'énigmatique regard. Des allées, toutes pavoisées de fleurs, et de petits chemins de ronde criblés de soleil, aux méandres tortueux, conduisent sur la grande place, devant le Palais du Prince ; sur une terrasse, où se dresse, près d'une fontaine, le buste en marbre blanc du prince Charles III, de longs canons de bronze,
Il faut s'accouder, vers le soir, sur ce rempart et rêver. Les rougeurs ardentes du crépuscule revêtent d'une splendeur inouïe les hautes murailles, les tours carrées, les bastions massifs, les parapets monumentaux, les corps de gardes crénelés, où les herses montrent encore leurs crocs rouillés ; puis, plus bas, après la dernière barbacane, la foule bariolée, dans un désordre de va-et-vient insouciant et pittoresque ; ce tableau baigné de lueurs évanouies, a quelque chose de triomphal. Il semble que, dans ces reflets d'apothéose, vont transparaître les héros des temps passés, les ancêtres du Prince, ces Grimaldi chevaleresques, dont « l'essor de conquête épouvantait les cieux », et que, soudain, au milieu du fracas des destriers caparaçonnés et des luisantes armures froissées, au son des fanfares joyeuses, ils vont tous revenir, les Grimaldi qui ont bataillé pendant des siècles contre tous les peuples : Français, Sarasins, Espagnols, Génois, Vénitiens, toujours en route, en expéditions, reprenant, sur leur rocher, nouveaux Antées, des forces nouvelles, courant le monde en chevauchées fabuleuses, comme si leur devise, Deo Juvante (avec l'aide de Dieu), leur assurait une merveilleuse impunité, emplissant la terre du tumulte de leurs armes et l'histoire de la magie de leurs exploits et de leurs hauts faits, éblouissants comme des ballades, « bien connus dans toute la chrétienté pour leurs vertus militaires », dit le pape Clément VI, corsaires, héros, courtisans, preux, évêques, capitaines, amiraux, race de faste, d'héroïsme et de triomphe, qui a vécu plus violemment et plus passionnément qu'aucune autre. L'histoire mouvementée de Monaco Le poète Lucain (Ier siècle ap. J.-C.) écrit : « Au port consacré à Hercule, la mer s'est frayé un passage dans les anfractuosités de la montagne ; là Eurus et Zéphyr sont sans pouvoir, le Circius lui-même qui agite tout le littoral s'arrête devant la rade toujours paisible de Monaco. » Silvius Italicus (Ier siècle ap. J.-C.), dans son récit du voyage des députés de Sagonte à Rome, dit : « A l'horizon se dressent, au milieu du rivage, les colonnes d'Hercule et les sommets du promontoire de Monaco. » Les Romains utilisèrent la voie d'Hercule, qu'ils prolongèrent et dont ils assurèrent la sécurité, faisant de Monaco un port d'embarquement fort utile dans les guerres qu'ils soutinrent contre les Ligures. Jules César y passa, en revenant des Gaules, au début de la guerre civile, ainsi que nous l'avons vu par la citation de Virgile. Primitivement confiné sur les contreforts de la Turbie, le port de Monaco n'avait, vraisemblablement, pas utilisé le rocher où est bâtie la ville ; ce ne fut qu'en 1215 que les Génois, auxquels l'empereur romain germanique Henri VI avait concédé en 1191 la possession effective de Monaco, envoyèrent un de leurs consuls, Fulco de Castello, avec trois galères, lequel édifia sur le plateau de la presqu'île, rapporte l'archiviste Saige dans son Histoire de Monaco, quatre tours reliées par un rempart de 33 palmes génoises de hauteur, sur une épaisseur de 6 palmes. Ce fut l'origine de la redoutable forteresse qui soutint tant de sièges et repoussa tant d'assauts. Divers perfectionnements y furent apportés dans la suite par les princes de Monaco : Lucien développa le système des contre-mines, qui attirèrent l'attention de Charles-Quint, lors de sa visite, en 1529 ; Augustin Grimaldi exécuta d'importants travaux, qu'acheva Honoré Ier et que compléta, en 1540, Etienne Grimaldi,
La famille des Grimaldi descend directement de Otto Canella, qui fut consul de Gênes vers 1133 et dont le plus jeune des fils, Grimaldo, trois fois consul et ambassadeur auprès de l'empereur Frédéric Barberousse, donna son nom à l'illustre famille dont les descendants occupèrent (en le perdant parfois) le trône de Monaco. Au milieu des guerres incessantes qu'enfantèrent les deux factions des Guelfes et des Gibelins, la forteresse de Monaco tomba entre les mains de ces premiers. François Grimaldi, vêtu en moine, se présenta, le 8 janvier 1297, aux portes du château ; on le laisse passer sans méfiance ; sitôt dans la place, le terrible capitaine se jette sur les gardes et derrière lui entre une troupe de partisans guelfes qui s'emparent de Monaco. Les Génois viennent assiéger la ville, mais les Guelfes échappent à leur surveillance, volent à Gênes sur cinq galères, forcent le port et s'étaient déjà emparés d'une partie de la ville, quand, accablés par le nombre de leurs adversaires, ils sont faits prisonniers au moment de vaincre. Après cette défaite, les Spinola de Gênes, ont la garde de Monaco. :: Histoire de Monaco - Partie 2/2 |
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