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Lumière sur l'histoire tumultueuse
de CANNES (Alpes-Maritimes) (D'après un texte paru au XIXe siècle)
Jusqu'au commencement du XIXe siècle, Cannes était restée une humble petite bourgade, simple village de pêcheurs. Son industrie et son commerce étaient insignifiants. Sa population était restreinte, et rien ne faisait pressentir un changement prochain à son obscure situation. Mais en 1831, un célèbre étranger qui, après une vie livrée à toutes les agitations de la politique, cherchait le repos, découvrit, nouveau Christophe Colomb, ce coin ignoré de la terre française. Il s'y établit, et, dès lors la fortune de Cannes fut assurée.
L'histoire nous enseigne qu'à partir du XVIe siècle, la Provence fût le théâtre de guerres au milieu desquelles Cannes ne fut pas épargnée. C'est d'abord, en 1524, le connétable de Bourbon qui vient sur les bords du Var à la tête des troupes espagnoles. Le malheureux, que ses talents militaires eussent couvert de gloire si sa trahison ne l'avait couvert de honte, faillit être tué là d'un coup de canon qui renversa son cheval. En 1536, Charles-Quint en personne envahit la Provence et vient loger à Cannes dans une maison qui n'a été détruite qu'en 1875. Cette seconde invasion fut plus terrible que la première et donna lieu à des scènes épouvantables. Laissons parler l'auteur lui-même : « De Cannes, l'empereur se porta sur Grasse. Il n'y trouva que des ruines. Le comte de Tende, gouverneur de la Provence, avait fait démanteler et brûler cette ville. Charles-Quint se rendit alors à Fréjus. La marche du reste de l'armée se fit sur ce point par la route ordinaire, à travers les montagnes de l'Esterel. Embusqués dans les parages les plus dangereux de ces montagnes, les paysans de notre contrée, auxquels le désespoir avait fait prendre les armes, firent subir une grande perte d'hommes à l'ennemi. Celui-ci, rendu furieux par cette guerre de partisans, massacrait, non seulement les hommes pris les armes à la main, mais aussi les gens inoffensifs. Un grand nombre d'habitants du pays s'étaient réfugiés, avec leurs femmes et leurs enfants, au sommet d'une montagne de l'Esterel ; un détachement d'ennemi les entoura, mit le feu au bois et tua sans pitié ou repoussa dans les flammes tous ceux de ces malheureux qui tentèrent de s'échapper. ». Mais les choses changèrent bientôt de face. On connaît le détail de cette terrible campagne de 1536. La Provence, ravagée par les Français eux-mêmes, n'offrit plus à l'ennemi qu'un vaste désert. Les moissons étaient brûlées, les puits comblés, les sources gâtées. Toutes les villes, sauf Arles, Marseille et Tarascon furent détruites. L'empereur, ne pouvant atteindre un ennemi insaisissable, harcelé sans cesse par des corps de cavalerie qui enlevaient ses traînards, et voyant son armée fondre pour ainsi dire par la disette et les maladies, dut abandonner un pays qui préférait la ruine à la domination étrangère. Il battit en retraite et arriva presque en fugitif à Cannes où il était entré une première fois en vainqueur. C'est là qu'il se serait embarquer pour Nice, dans un frêle bateau de pêche. La France était sauvée. Après la guerre étrangère vinrent les guerres de religion puis la peste. En 1580, vingt mille personnes périrent à Marseille. C'est de Cannes qu'était parti le fléau. Un navire venant du Levant avait déposé dans cette bourgade une femme atteinte du mal.
Pendant les guerres de la Ligue, Cannes se vit de nouveau livrée à l'invasion étrangère. Le duc de Savoie, Charles-Emmanuel, après avoir saccagé Antibes, prit d'assaut le château de Cannes d'où ses troupes furent d'ailleurs chassées, peu de temps après, par d'Epernon. Après le duc de Savoie, les Espagnols. Le 13 septembre 1635, une flotte espagnole s'empara des îles de Lérins. Une misérable rivalité entre le comte d'Harcourt et le maréchal de Vitry retarda de d'eux années la reprise de ces îles. Puis ce sont les Piémontais. En 1707, le prince Eugène de Savoie passa le Var, marchant sur Toulon. La vive canonnade des îles vint le retarder dans sa marche. Toulon ne put être pris, et les Piémontais poursuivis perdirent beaucoup de monde au passage de l'Estérel. Trente-neuf ans plus tard, c'étaient les Allemands qui entraient à Cannes en conquérants. Le 30 novembre 1746, le général Brown, à la tête des troupes autrichiennes, envahit le pays. Cette occupation eut tous les caractères d'un pillage en règle. Là, comme toujours, les Allemands procédèrent par intimidation. Le quartier général de l'armée ennemie, établi d'abord à Vence, fut transféré peu de temps après à Biot, que les habitants avaient abandonné. Les Allemands enfoncèrent les maisons, pillèrent tous les objets qu'on n'avait pu emporter, et se servirent, pour alimenter le feu, des meubles, des portes et des fenêtres. Les caves et les jarreries étaient livrées à la discrétion du soldat.
Sous le Premier Empire, Cannes resta dans l'obscurité. Les sentiments royalistes de sa population ne lui permettaient guère d'espérer la bienveillance du pouvoir central. Pendant la première restauration ces sentiments se firent jour, mais l'essor en fut tout à coup arrêté. Le 1er mars 1815, Napoléon débarquait au golfe Juan et passait la nuit à Cannes. Ce séjour donna lieu à un incident qui, s'il avait abouti, aurait bien changé la face des choses. Un Cannois tenta d'assassiner Napoléon. Il s'était glissé derrière un mur et essayait de viser l'Empereur avec une carabine. On le désarma. L'accueil fait à Napoléon avait été plus que froid. La Restauration s'en souvint et sa bienveillance fut acquise à la petite bourgade. Une bienveillance qui, conjuguée à l'impulsion donnée par Lord Brougham, conféra à Cannes sa prospérité et lui permit de s'agrandir. |
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