Les costumes, vêtements, chaussures et coiffures à travers les âges
Une rubrique qui vous invite à découvrir la vision de nos ancêtres des nombreuses variations que les costumes ont subies depuis les Gaulois jusqu'au XIXe siècle. L'étude des costumes peut être considérée comme un complément des études historiques.
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Les costumes au NEUVIÈME SIÈCLE (Partie 1/3)
(D'après un article paru en 1843)

A la mort de Charlemagne (814), Louis-le-Pieux, plus généralement surnommé le Débonnaire, hérita du titre d'empereur et de roi de Francs. Peppin, autre fils de Charlemagne, avait eu en partage le royaume d'Italie. Louis-le-Débonnaire associa (817) son fils Lothaire à l'empire, créa son second fils Peppin roi d'Aquitaine, et son troisième fils Louis roi de Bavière (que l'on nomma plus tard Louis-le-Germanique). Son quatrième fils, Charles II, dit le Chauve, qu'il avait eu de Judith, sa seconde femme, n'entra d'abord dans aucun partage.


Les démêlés de Louis-le-Débonnaire et de ses fils eurent pour résultat deux dépositions et deux restaurations de ce prince, décédé le 20 juin 840 à Ingelheim, île du Rhin, près de Mayence. Avant de mourir, Louis diminua la part de ses fils aînés, qui, il est vrai, l'avaient bien mérité par leurs révoltes, et dota à leurs dépens le fils de son choix, Charles-le-Chauve.

Un ancien chroniqueur (l'Anonyme, appelé aussi l'Astronome) rapporte, à l'année 791, que Louis-le-Débonnaire, âgé alors d'environ treize ans, fût armé solennellement au château de Rensbourg par Charlemagne qui lui ceignit l'épée. C'était un reste d'ancien usage des Francs et des Germains, qui consacrait le moment où l'enfant recevait, avec les armes, le droit de défendre la patrie, comme une des grandes époques de la vie ; et ce fut le commencement d'un autre usage, si célèbre depuis sous le nom de Chevalerie. Lorsque le 11 novembre 833, Louis-le-Débonnaire récita publiquement lui-même, à Soissons, une confession des crimes et des fautes qu'il s'attribua avec une humilité toute chrétienne, les évêques qui présidaient à cette dégradation lui firent déposer sa ceinture militaire sur l'autel et revêtir l'habit de pénitent.


Louis-le-Germanique.
Tiré du recueil
de la Maison de
Bavière représentée
en soixante-deux figures
.

D'après le récit d'un autre chroniqueur du neuvième siècle (Thégan), Louis-le-Débonnaire, doux et indulgent de caractère, chaste dans ses moeurs, économe dans ses habitudes, était simple dans ses vêtements. Jamais on ne voyait briller l'or sur ses habits, si ce n'est dans les fêtes solennelles, selon l'usage de ses ancêtres. Dans ces jours, il ne portait qu'une chemise et des hauts-de-chausses brodés en or, avec des franges d'or, un baudrier et une épée tout brillants d'or, des bottes et un manteau couverts d'or ; enfin, il avait sur la tête une couronne resplendissante d'or et tenait dans sa main un sceptre d'or. Toute la première partie du neuvième siècle fut troublée par les guerres, non seulement des fils de Louis-le-Débonnaire contre leur père, mais aussi des quatre frères entre eux. En ces temps d'agitation, on voit peu de changement dans les costumes.


Costumes civils sous
Charles-le-Chauve. D'après
Viel-Castel et Herbé.

Charles-le-Chauve n'avait que dix-sept ans, lorsque son père décéda. La France, la Bourgogne et l'Aquitaine lui échurent en héritage. Mais les rivalités des fils du vieil empereur amenèrent successivement de nouveaux partages de l'empire, jusqu'à ce qu'enfin, après de terribles luttes, on sentit la nécessité de procéder à une division finale, qui fonda définitivement la nouvelle France, et qui, conféra le nom de français au peuple gaulois ou roman. Cette division fut accomplie par le traité de Verdun, du mois d'août 843. Toute la partie de la Gaule située au couchant de la Meuse, de la Saône et du Rhône, fut assignée en partage à Charle-le-Chauve sous le nom de France.

La fin violente de Charles-le-Chauve, mort empoisonné, le 6 octobre 877, par son médecin Sédécias, fut attribuée à un complot des seigneurs de sa cour, irrités contre lui par ses expéditions lointaines, qui, en les ruinant, tournaient toujours à sa honte, tandis qu'il laissait impunément saccager son pays par les Normands. Ce qui ne les irritait pas moins peut-être, c'est qu'il donnait les charges à des gens de bas lieu, au préjudice des gens de qualité. Enfin un autre grief, et, celui-ci appartient plus particulièrement à l'histoire du costume, c'est que Charles semblait mépriser la nation française en s'habillant à la mode des Grecs.

La France continua à déchoir pendant douze ans encore, sous le règne des descendants dégénérés de Charlemagne. Louis-le-Bègue, fils de Charles-le-Chauve, puis Louis III et Carloman occupèrent chacun deux ans le trône. Après la mort de tous trois, Charles-le-Gros, d'abord roi de Souabe, et seul survivant entre les fils de Louis-le-Germanique, réunit de nouveau en 884, tous les États de Charlemagne ; mais en 887, une diète des grands et des prélats de Germanie, assemblés à Tribur, sur le Rhin, le déclara indigne du trône, et le déposa : il mourut peu après, le 12 janvier 888.


Ce fut le signal de la dissolution de l'empire. Cette race était finie : l'infécondité de huit reines, la mort prématurée de six rois, en montrent assez la dégénération ; elle finit d'épuisement, comme celle des Mérovingiens, et les divers royaumes, qui composaient l'empire de Charlemagne, séparés de nouveau, obéirent à des souverains indépendants les uns des autres.

C'était un usage établi parmi les princes francs du neuvième siècle de se faire inscrire au nombre des religieux d'un monastère, afin, disait-on, d'avoir part aux prières et aux bonnes oeuvres qui s'y faisaient : on les appelait fratres conscripti (frères inscrits), et l'on trouve encore, dans plusieurs ouvrages, quelques-uns de ces catalogues où les princes sont inscrits parmi les moines. A l'exemple de son père Louis-le-Débonnaire, et de son frère, Louis-le-Germanique, que les moines de Saint-Denis comptaient au nombre de leurs frères, Lothaire voulut se faire inscrire au monastère de Saint-Martin près de Metz, et il fit présent aux religieux de cette abbaye d'un manuscrit des Evangiles que l'on conserve encore aujourd'hui à la Bibliothèque royale.


Portrait de Lothaire,
tiré du manuscrit des
Evangiles donné par
ce prince au monastère
de Saint-Martin, près de Metz.

C'est à la tête de ce livre précieux que se trouve le portrait de ce prince, portrait fait dans le temps même et que nous reproduisons. Lothaire, placé sur son trône, est assis sur un grand coussin ; il a les cheveux courts, contre la coutume des rois de la première race. Sa couronne, composée de deux branches contournées qui s'élèvent au-dessus de la tête, avec deux prolongements qui descendent le long des oreilles, est d'une forme si extraordinaire qu'on l'a attribuée, avec raison, à la fantaisie de l'artiste. Le sceptre, fort long, est surmonté d'une pomme et va toujours en diminuant jusqu'au bas, où il se termine en pointe ; c'est plutôt une haste qu'un sceptre. La chaussure, formée de bandes entrelacées, approche du campagus des anciens. Le campagus était la chaussure des sénateurs et des empereurs romains. Constantin-le-Grand en permit l'usage aux ecclésiastiques de Rome. Le campagus était composé de longues bandes de peau blanche en dedans et noire en dehors ; après avoir enveloppé le pied et la jambe de lin très fin, on chaussait le campagus, dont les bandes entrelacées s'élevaient quelquefois jusqu'au-dessus du genou.

Les deux écuyers, placés, de chaque côté du trône de Lothaire, sont remarquables par la forme de leur casque ; l'un tient l'épée du prince dans le fourreau, l'autre sa haste et son bouclier, dont la partie convexe est surmontée d'une pointe. La charge d'écuyer (scutifer) était une des plus importantes.

La figure de Louis-le-Germanique, dont la couronne et les vêtements offrent un singulier contraste avec le goût et les habitudes des fils de Louis-le-Débonnaire ; et ont certainement été exécutés trois siècles plus tard, est empruntée à la collection représentant les souverains de la maison de Bavière représentée en soixante-deux figures, depuis Norix jusqu'à Sigismond au quatorzième siècle, un des monuments les plus curieux que renferme la Bibliothèque royale.

COSTUMES AU NEUVIÈME SIÈCLE : Partie 2/3  Partie 3/3


 

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