Les costumes, vêtements, chaussures et coiffures à travers les âges
Une rubrique qui vous invite à découvrir la vision de nos ancêtres des nombreuses variations que les costumes ont subies depuis les Gaulois jusqu'au XIXe siècle. L'étude des costumes peut être considérée comme un complément des études historiques.
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Costume civil des hommes sous Louis XI
et Charles VIII (1/2)
(D'après un article paru en 1849)

La première gravure représente le duc de Bourgogne Philippe le Bon dans un âge déjà avancé, et revêtu du costume d'apparat qu'il portait aux assemblées de son ordre de la Toison-d'Or. Toutes les pièces de ce costume sont de couleur écarlate. La robe de dessous est d'un fort taffetas. La coiffure, composée d'un bourrelet d'où pend une longue cornette de drap, donne l'idée la plus exacte de la dernière forme qu'ait reçue le chaperon avant de tomber pour toujours en désuétude.

Philippe le Bon
Philippe le Bon en
grand costume
de chevalier
de la Toison d'Or
(d'après Willemin)

Le manteau, également fait de drap, rappelle par sa coupe et par son ampleur le manteau royal, fendu sur le bras droit, échancré et retroussé sur le bras gauche, doublé d'une fourrure blanche et bordé d'une broderie d'or où figurent les bâtons noueux et les briquets, emblèmes du prince. Le collier de la Toison-d'Or est posé par-dessus le manteau, tel que le décrivent les anciens statuts : « ledit collier en plusieurs pièces, à façon de fusils (briquets) touchant à pierres dont partent étincelles ardentes, et au bout d'icellui pendant semblance d'une toison d'or. »

Nos études sur le costume du temps de Charles VII nous ont fait voir que, dès 1420, on se servait de patins analogues à ceux sur lesquels sont montés les souliers du duc. Ses gants blancs brodés d'or ne sont pas non plus un détail nouveau de toilette ; mais nous arrêterons l'attention de nos lecteurs sur le dénuement absolu de cheveux qui caractérise cette figure, reproduite par Willemin d'après le portrait original que l'on conserve à Bruxelles. Cela se rapporte à une circonstance que l'histoire n'a pas dédaigné d'enregistrer.

En 1461, Philippe le Bon fit une forte maladie, pendant laquelle les médecins ordonnèrent qu'on lui rasât la tête. Revenu en santé, le vieux duc, qui avait jusque-là conservé une très belle chevelure, fut tout honteux de se voir tondu de la sorte, et dans la crainte qu'on ne se moquât de lui, ou plutôt pour n'être pas le seul dont on se moquât, il fit un édit portant que tous les hommes nobles de ses états eussent à se faire raser à son exemple. Plus de cinq cents personnes firent, au vu de l'ordonnance, le sacrifice de leurs cheveux ; pour les autres, en plus grand nombre, qui s'y refusèrent, il fut établi des commissaires chargés de les appréhender au corps partout où ils les rencontreraient, et de leur passer le rasoir sur la tête. Le chef de cette persécution contre la chevelure fut un chevalier d'antichambre nommé Pierre d'Hagenbach, le même que Walter Scott a fait figurer d'une manière si dramatique dans son roman de Charles le Téméraire. Ce n'était qu'un Figaro de palais, quoique l'illustre romancier ait cru devoir en faire un monstre de tyrannie et de brutalité.

La mode des têtes rases ne fit pas fortune, en dépit des violences exercées en Flandre, violences auxquelles se mêlèrent les déclamations des moralistes français. Un cordelier, écrivant dans les premières années du règne de Louis XI, comparait les cheveux aux biens temporels dont il est nécessaire de se détacher. « Un homme qui a grande abondance de cheveux, dit cet auteur, doit se faire apporter de l'eau chaude et les tremper, et puis, avec un bon rasoir bien tranchant, les faire ôter. Car les cheveux ne font à la tête que nuisement. Ils engendrent ordures, poux, crasse, teigne, sueur, et sont cause de plusieurs maladies. C'est pourquoi folâtres sont ces cuideraulx (petits outrecuidants) qui si grands cheveux portent et à si grande abondance, qu'ils leur entrent jusqu'au dos par-derrière, et par-devant leur couvrent le front jusqu'aux yeux, tandis qu'aux deux côtés ils leur cachent les oreilles. »

Ces raisons n'étaient pas de nature à convaincre la jeunesse dorée du temps ; car du moment que la mode exigeait que les cheveux tombassent sur les yeux et dans le cou, peu importait qu'un moine, forcé par sa règle d'être tondu, y trouvât à redire ; et quant aux arguments tirés de la propreté et de la santé, ils n'atteignaient pas les oisifs des cours, à qui rien ne manquait pour le soin de leur chevelure.

Les longs cheveux triomphèrent donc, et par toute l'Europe, et pour longtemps. Albert Krantz raconte, dans son Histoire des Vandales, qu'en 1481 les princes allemands, à la suggestion de leurs confesseurs, s'envoyaient des ciseaux accompagnés de lettres pour s'inviter réciproquement à se couper les cheveux. Cela n'empêcha pas l'empereur Maximilien de conserver jusqu'à sa mort la chevelure et la coiffure à la française qu'il avait adoptées dans son adolescence. En Allemagne, comme dans les autres États, ce ne fut qu'au seizième siècle que les têtes se soumirent aux ciseaux, par l'effet d'une révolution dont, cette fois encore, la France donna le signal.

La belle tapisserie d'Arras, qui orne l'escalier de la bibliothèque nationale, a été exécutée à une époque de la mode des longs cheveux où on les faisait tomber tout droits sans les crêper ni les friser. Cette coiffure est celle que le peuple appelait en marchand de salade, parce qu'elle s'était perpétuée dans cette partie de la Normandie d'où affluaient à Paris tant de marchands ambulants, revendeurs du fruit et de la verdure. Elle se maintint dans le beau monde pendant presque tout le règne de Louis XI. Vers 1480 seulement la frisure reparut pour durer jusqu'au moment où nos armées revinrent d'Italie avec Charles VIII. Restaurée, mais non stationnaire, elle subit plus d'une fois, dans cette période de quinze ans, les changements que l'art lui imposa. Les gravures qui accompagnent le présent article font voir les caprices divers du fer s'exerçait sur la chevelure, de 1480 à 1496.

Grand fauconnier de Charles VIII
Portrait du grand
fauconnier de Charles VIII
vers 1490

Mais en voilà assez de dit sur les cheveux. Revenons à la forme des habits. Une chronique parle en ces termes de la mode de 1467 : « Cette année, les hommes se vêtaient si court que leurs chausses leur valaient presque autant que s'ils avaient été tout nus ; et avec cela, ils faisaient fendre les manches de leurs robes et de leurs pourpoints de telle sorte qu'on voyait leurs bras à travers une déliée chemise qu'ils portaient, laquelle chemise avait la manche large. Item, dessus leurs longs cheveux, ils avaient bonnets de drap d'un quart ou même d'un quart et demi de haut. Et les nobles et les riches portaient grosses chaînes d'or au cou, avec pourpoints de velours ou drap de soie, et longues poulaines à leurs souliers, aussi longues qu'étaient leurs bonnets ; et à leurs robes gros mahoîtres sur leurs épaules, pour les faire apparaître plus fournis et de plus belle encolure, et pareillement à leurs pourpoints , lesquels on garnissait fort de bourre. Et s'ils n'étaient ainsi habillés, ils s'habillaient tout long jusques en terre de robes, et partant se vêtaient tantôt long, tantôt court. Et n'y avait si petit compagnon de métier qui n'eût une longue robe de drap jusques aux talons. »

Ce que le chroniqueur dit de l'exiguïté des vêtements de dessus peut s'appliquer aussi aux modes sous Charles VI, sous le roi Jean, et plus anciennement encore sous le roi Robert, lorsque les Arlésiens étaient venus transplanter les modes provençales à Paris. Mais ce qui était sans exemple dans le costume du temps de Louis XI, c'était ces fentes pratiquées aux manches des habits pour laisser voir la chemise.

La raison de cette mode était dans le degré inouï de perfection qu'avaient atteint les tissus de fil au quinzième siècle. On ne put se résigner à enterrer sous le vêtement cette toile que la Frise était parvenue à faire si fine et si blanche ; et comme l'idée ne vint pas d'abord d'en faire parade par-devant soi en tenant le pourpoint ouvert sur la poitrine, on pratiqua des entailles aux bras, comme des fenêtres par où il était permis à l'oeil d'entrevoir la beauté de la chemise.

Qu'on n'oublie pas qu'en fait de produits manuels, beauté était jadis l'équivalent de cherté. Le prix élevé des toiles de Frise était un obstacle à ce que le premier venu s'en procurât, et leur succès comme objet de toilette fut assuré d'autant. Le linge, d'abord exhibé aux bras, le fut ensuite à la taille, sur l'estomac, aux épaules, aux cuisses mêmes, par la multiplication des crevés. Bref, plus on avança, plus le linge devint apparent, et c'est dire assez son triomphe que de constater que depuis Louis XI il n'a pas cessé d'avoir cette importance non seulement dans la mise des Français, mais encore dans celle de presque tous les Européens.

Notre auteur de 1467 fait connaître, en parlant de la forme des bonnets, un autre signe bien caractéristique de l'habillement sous Louis XI. Ces coiffures d'un quart et demi de haut (environ 45 centimètres) ressemblaient beaucoup aux bonnets de magicien, car elles étaient pointues et soutenues par une doublure apprêtée qui leur faisait darder le ciel. On fit sur ce modèle des chapeaux de feutre à rebords très étroits. Dans les miniatures du temps, on voit des personnages affublés de cette sorte de chapeau, en même temps qu'ils ont le corps couvert de l'armure chevaleresque. Bonnets et chapeaux s'amendèrent sous le règne suivant. Les premiers furent réduits à la forme et aux dimensions de simples calottes. Il n'y eut que les hommes de loi et les docteurs qui les conservèrent tant soit peu élevés, comme marque distinctive de leur état.


 

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