Les costumes, vêtements, chaussures et coiffures à travers les âges
Une rubrique qui vous invite à découvrir la vision de nos ancêtres des nombreuses variations que les costumes ont subies depuis les Gaulois jusqu'au XIXe siècle. L'étude des costumes peut être considérée comme un complément des études historiques.
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Costume militaire sous Charles VII (Partie 2/2)
(D'après un article paru en 1847)


Costume militaire sous Charles VII

Nous donnons en gravure des échantillons différents du costume des gens de trait. Les deux qui accompagnent le roi Clovis sont des arbalétriers : l'un, armé de plastron par-dessus un fort jaque à collet droit, pose un carreau sur l'arbrier de son arme, dont il tendra ensuite la corde avec le crochet qu'on voit pendu à sa ceinture ; l'autre, tenant entre ses dents le trait qu'il se dispose à lancer, tend son arbalète au moyen d'un treuil dont il est occupé à tourner la double manivelle. Ce treuil, qu'on adaptait à l'arbalète au moment de la bander, se retirait ensuite et se portait à la ceinture. On l'appelait crennequin, et les arbalétriers qui en faisaient usage étaient des crennequiniers.

L'archer représenté en fin d'article est muni de gardes aux genoux et habillé d'un jaque qui rappelle le costume dans lequel le sire de Ternant parut à une joute très célèbre, tenue à Arras en 1446. « En lieu de sa cotte d'armes, dit Olivier de La Marche, il avait vêtu une parure à manches d'un satin blanc tout découpé en manière d'écailles, brodée et chargée d'orfèvrerie d'or branlant par moult gente façon. Et me fit souvenir à le voir de l'un des neuf preux, ainsi qu'on les figure. »

Le petit turban roulé autour de la salade de notre archer décèle encore la prétention de l'artiste à lui donner l'allure des temps héroïques. Il n'a rien, du reste, qui ne soit conforme à la tenue des soldats de la même arme qui combattirent sous les Dunois, les Chabannes les Xaintrailles. On remarquera qu'il porte ses flèches bottelées à sa ceinture, tandis que les carreaux des arbalétriers étaient enfermés dans des trousses. L'arc si simple qu'il tient à la main mérite aussi quelque attention : c'est l'arme redoutable des Anglais, celle qui leur fit gagner les batailles de Crécy, de Poitiers, d'Azincourt. Peu goûtée des Français elle ne se trouva dans leurs rangs que par exception, jusqu'au moment où Charles VII les contraignit de s'y exercer.

Ceci nous amène à parler de l'un des plus grands changements qui se soient opérés dans l'organisation des forces militaires de notre pays. Charles VII avait toujours haï l'indépendance des compagnies et les vices qui en provenaient. En 1444, se sentant assez fort pour y mettre ordre, « il avisa, disent les chroniques, qu'à tenir tant de gens sur les champs, vivant de la substance de son peuple, ce n'était que toute destruction ; et après avoir bien considéré qu'à chacun combattant fallait avoir dix chevaux de bagage et de fretin, comme pages, femmes, valets, et toute telle autre manière de coquinaille, il arrêta par grande délibération de son conseil que tous les gens d'armes feraient leurs montres (revues), et que des mieux habillés et des plus gens de bien on retiendrait quinze cents lances, et qu'au demeurant serait ordonné de s'en aller chacun en leur maison.

« Et ôta et chassa tous les capitaines ou la plupart d'iceux, et ordonna rester seulement quinze capitaines qui auraient chacun sous soi cent lances. Et était chacune lance d'un homme d'armes armé de cuirasse, harnais de jambes, salade, bavière, espée et tout ce qu'il faut à un homme armé au clair, ses salade et espée garnies d'argent. Lequel homme d'armes avait trois chevaux de prix, l'un pour lui, l'autre pour son page qui portait sa lance, le tiers pour son valet, lequel était armé de salade, brigandine, jaque ou haubergeon, portant hache ou guisarme. Et chacune lance avait, avec ce, deux archers armés, la plupart, de brigandine, harnais et salade, dont plusieurs étaient garnis d'argent ; pour le moins iceux archers avaient tous des jaques ou bons haubergeons. Et tous ceux qui étaient de cette ordonnance de quinze cents lances étaient payés de mois en mois, soit que le roi eût la guerre ou non. Et les payaient les gens du plat pays et des bonnes villes par une taille que ledit roi avait imposée (ce qu'on n'a jamais fait), laquelle on appelait la taille des gens d'armes. Et avait chacun homme d'armes quinze francs pour ses trois chevaux ; à savoir, lui, son page et un guisarmier on coutilier ; et chacun archer, pour lui et son cheval, sept francs et demi par mois. »

Cette première ordonnance ne concernait que la cavalerie. Avant qu'on en vint à la création d'une infanterie, il fallut encore quatre ans de projets et d'études. L'aversion du roi pour l'ancien mode de recrutement fit qu'on chercha sur le sol même les éléments de la nouvelle force destinée à sa défense. Il fut décidé enfin que chaque paroisse élirait un homme de sa circonscription, qu'elle serait tenue d'alimenter et de munir d'un équipement de fantassin, à charge pour celui-ci de s'exercer au maniement de l'arc, et d'être toujours prêt à partir au mandement du roi. Cela formait un contingent d'environ 18 000 hommes qu'on appela les francs archers, parce qu'ils furent, par un privilège spécial, exemptés ou francs de toutes les charges publiques.

Tel fut le commencement de nos armées permanentes. Pareille chose ne s'était vue en France depuis le temps des Romains. L'Europe entière en admira les premiers résultats, qui furent la conquête de la Normandie et celle de la Guyenne, simultanément opérées en moins d'un an, sans incendie, sans pillage, sans massacre ni rançonnement des populations.

On pense bien que la nouvelle organisation ne fut pas sans influence sur la tenue militaire. Les gens d'armes, réduits à leur paye, ne purent plus s'abandonner aux folies du temps passé, et quoiqu'ils ne fussent encore astreints ni à l'uniforme ni à la simplicité du costume, ils s'habituèrent peu à peu à mettre leur amour-propre dans la précision de leurs mouvements et l'ensemble de leurs manoeuvres. L'or, le velours, les panaches servirent à consoler de leur infériorité militaire les corps de noblesse que le service féodal amenait aux armées. Les cérémonies guerrières tiraient de ce contraste un grand éclat. Au dire de tous les contemporains, c'était un spectacle que celui que présentaient à la fois la discipline des compagnies régulières et la magnificence des chevaliers. Voici quelques traits empruntés au récit de l'entrée des Français à Rouen par Matthieu de Coussy. Cette cérémonie eut lieu le 10 novembre 1449.

« Les premiers qui entrèrent furent quarante archers qui appartenaient au comte de Clermont, beau-fils du roi ; et avaient brigandines et harnais de jambes, et leurs salades, pour la plus grande partie, garnies d'argent, et si portaient hoquetons rouges sans croix. Ils allaient deux à deux par ordre, et les conduisait un gentilhomme de la maison du comte. Après suivaient les archers de messire Charles d'Anjou, qui étaient au nombre de cinquante, et qui avaient sur leurs salades des cornettes pendant jusque sur leurs chevaux, et portaient hoquetons rouges découpés dessous sans croix ; lesquels conduisait leur capitaine armé de plein harnais ; et portait-on l'enseigne dudit messire Charles après lui.

« En ensuivant iceux, allaient cinquante archers ou environ, fort bien habillés, qui appartenaient au roi de Sicile, et avaient sur leurs salades des cornettes aux couleurs dudit roi ; c'est à savoir, de gris, de blanc et de noir taffetas. Après vint la grande garde du roi, archers et crennequiniers, de cent à six vingts, qui étaient encore mieux équipés que tous les autres, et portaient des hoquetons sans manches, de cramoisi, de blanc et de vert, tous chargés d'orfèvrerie, ayant leurs plumets sur leurs salades des mêmes couleurs que l'hoqueton, et leurs épées et harnais de jambes garnis richement d'argent.

« Iceux archers étaient suivis de trois cents lances qui avaient sur leurs salades chacun une cornette de taffetas cramoisi avec un soleil d 'or ; et les conduisait messire Théode de Valpergue, bailli de Lyon, qui séait sur un destrier noir, couvert de satin bleu. Après entrèrent les trompettes du roi de Sicile et des autres seigneurs, qui étaient au nombre de douze environ. Après iceux suivaient les trompettes du roi de France, qui étaient au nombre de six, fort bien habillés des parures du roi. Après venaient les rois d'armes du roi et des autres seigneurs, vêtus des cottes d'armes de leurs maîtres, qui pouvaient être environ vingt-quatre.

« En outre entra le seigneur de Gaucourt, premier chambellan du roi, qui séait sur un coursier couvert de satin cramoisi, la croix blanche par-dessus. Après vinrent le comte de Dunois, le sénéchal de Poitou, et Jacques Coeur, argentier du roi, tous trois habillés de semblable parure ; savoir, de jaquettes de velours violet, fourrées de martres, et les houssures de leurs chevaux toutes pareilles, bordées de fin or et de soie, excepté la houssure de l'argentier qui était de satin cramoisi. Et était estimée l'épée du comte de Dunois à la valeur de 20 000 écus d'or, car il y avait de riches pierreries dessus.

« Après entra Jean de Fontenil, écuyer d'écuyerie, qui portait en écharpe un manteau d'écarlate pourpre, fourré d'hermine, qui était le manteau du roi. Si avait-il sur la tête un chapeau pointu par devant, de velours rouge, et son cheval houssé de velours. Après entra Poton, seigneur de Xaintrailles, premier écuyer du roi, et bailli de Berry, monté sur un grand destrier couvert de velours azur à grandes affiques (palmettes) d'argent doré, armé tout à blanc, qui portait en écharpe l'épée de cérémonie du roi, dont le pommeau et la croix étaient d'or, et la ceinture et le fourreau couverts de fleurs de lis d'or sur velours bleu.


Archer de la suite
d'un prince

« En après entra ce très excellent et très puissant souverain prince, Charles, roi de France, septième de ce nom, monté sur un palefroi de moyenne grandeur, lequel était couvert d'un drap d'azur semé de fleurs de lis d'or ; et était armé de plein harnais, exceptées la salade et la bavière, car avait sur son chef un chapeau de bièvre gris, fourré de satin vermeil, avec une houppette dessus de fil d'or et de soie ; et sur le devant était un petit fermail sur lequel y avait un fort beau et riche diamant ; et étaient autour de lui quatre pages qui avaient robes vermeilles et les manches chargées d'orfèvrerie, dont l'un portait la lance, le second, la javeline, le troisième la hache, et le quatrième le crennequin et une targette. Chacun d'eux portait habillement de tête différent de l'autre, bien garni d'or sans pierreries, avec plumes par-dessus des couleurs du roi.

« Après iceux pages venait, bien accompagné, le bailli de Caen, qui portait l'étendard du roi. Ensuite entra le roi de Sicile (René d'Anjou), lequel avait vêtu une journade (sorte de camisole se mettant par-dessus la cuirasse) de drap d'or bien riche sur son harnais, avec la croix blanche par-dessus, et y avait quatre hommes d'armes à pied qui étaient auprès de lui. Assez près de lui venait son frère, messire Charles d'Anjou, qui était habillé presque semblablement audit roi de Sicile, et avaient ces deux seigneurs leurs chevaux couverts très richement.

« Après entra Charles, comte de Nevers, monté sur un coursier bai, couvert de velours vert brodé de grandes lettres faites de fil d'or où il y avait des franges de soie blanche et vermeille, et avait, de plus, quatre piges en fort bel état, et douze gentilshommes de son hôtel, lesquels avaient leurs chevaux couverts de taffetas vermeil avec la croix blanche par-dessus. Après venait celui qui eut bien sa part, du bruit et des regards de la journée, savoir, Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, qui était monté sur un coursier pommelé, couvert de satin bleu, chargé d'orfèvrerie, bordé de franges de fil d'or et de soie. Il avait autour de lui cinq pages vêtus fort richement de la couleur dessus dite, desquels les harnais et salades de tête étaient très richement garnis. On portait après lui deux lances, dont l'une était couverte de drap d'or, et l'autre de velours violet ; et si avait-il affublé un chaperon de satin découpé, fourré de menu vair. Après les pages dessus dits, paraissait le palefrenier qui menait en main un grand coursier couvert de drap d'or, etc., etc. »

Il s'en faut que le prolixe historien borne son récit à l'énumération qu'on vient de lire. Chaque seigneur présent est nommé à son tour avec le soin religieux qu'on mettrait à signaler les prouesses d'une légion de héros le lendemain d'une bataille : préoccupation futile, mais qui montre à la fois l'admiration de la multitude pour ces sortes de spectacles, et la gloire que les grands mettaient à y figurer. Cette passion de briller sous les armes se donnait carrière avec bien plus de liberté encore dans les joutes et tournois. Là, chaque épreuve était l'occasion d'une exhibition nouvelle, où chaque concurrent tenait à se montrer dans un costume différent avec tout le monde de sa maison. Une citation du roman de Jean de Saintré suffira pour faire comprendre ce que de pareilles fêtes pouvaient coûter à ceux qui en faisaient les frais. Jean de Saintré, simple écuyer tranchant du roi de France, raconte à sa dame les préparatifs qu'il a faits pour accomplir ses premières armes :

« Il devisa tout au long ce qu'il avait fait, et comment il avait, pour le suivre, trois chevaliers avec quatorze chevaux, neuf écuyers avec vingt-deux chevaux, un chapelain avec deux chevaux, le roi d'armes d'Anjou avec deux chevaux ; deux hérauts, quatre trompettes et deux tambourins avec dix chevaux ; plus, quatre très beaux et puissants destriers que beaux petits pages devaient chevaucher, avec deux varlets à cheval pour les panser ; deux queux (cuisiniers) avec trois chevaux ; un fourrier, un maréchal et un armurier avec quatre chevaux ; huit sommiers, quatre pour moi, ce dit-il, et quatre pour ma compagnie, et douze autres gens à cheval pour ma chambre servir, et tel à trois chevaux pour maître d'hôtel : somme toute, quatre-vingt-neuf chevaux qui tous seront vêtus de vos couleurs et de votre devise.

« Et quant au regard de mes parements, j'en ai trois qui sont assez riches, dont l'un est de damas cramoisi, très richement broché de drap d'argent, qui est bordé de martres zibelines ; et en ai un autre de satin bleu, losangé d'orfèvrerie à nos lettres, qui sera bordé de fourrure blanche ; et si en ai un autre de damas noir dont l'ouvrage est tout parfilé de fil d'argent, et le champ rempli de houppes couchées en plumes d'autruche vertes violettes et grises à vos couleurs, bordé de houppettes blanches aussi d'autruche, avec mouchetures noires en façon d'hermine. Et sur cestui, j'entends faire mes armes à cheval. Et si en ai un autre, et ma cotte d'armes toute semblable, sur lequel je viendrai aux lices pour faire mes armes à pied, qui est de satin cramoisi tout semé de paillettes d'or, émaillé de rouge clair avec une grande bande de satin blanc semée de paillettes d'argent à trois lambels de satin jaune semés également de paillettes de fin or, le tout figurant mes armes, car je porte de gueules à une bande d'argent et trois lambels d'or. »

Il est à remarquer que le roman de Jean Saintré fut en quelque sorte la Cyropédie des jeunes nobles du quinzième siècle.


 

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