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Polémique autour de la TOUR EIFFEL en 1887
et pétition des écrivains et artistes contre sa construction (D'après La tour de trois cents mètres paru en 1900)
Partie 1/3
Sans remonter à la Tour de Babel, on peut observer que l'idée même de la construction d'une tour de très grande hauteur a depuis longtemps hanté l'imagination des hommes. Cette sorte de victoire sur cette terrible loi de la pesanteur qui attache l'homme au sol lui a toujours paru un symbole de la force et des difficultés vaincues. Pour ne parler que des faits du XIXe siècle, qui vit éclore la Tour Eiffel, la Tour de mille pieds qui dépassait par sa hauteur le double de celle que les monuments les plus élevés construits jusqu'alors avaient
Mais il n'en est pas de même avec l'emploi de la fonte, du fer ou de l'acier, que le XIXe siècle vit naître comme matériaux de constructions, et qui prit un développement si considérable. Les résistances de ces métaux se meuvent dans un champ beaucoup plus étendu, et leurs ressources sont toutes différentes. Aussi, dès la première apparition de leur emploi dans la construction, l'ingénieur anglais Trevithick, en 1833, proposa d'ériger une immense colonne en fonte ajourée de 1000 pieds de hauteur (304m80), ayant 30 mètres à la base et 3m60 au sommet. Mais ce projet fort peu étudié ne reçut aucun commencement d'exécution. La première étude sérieuse qui suivit eut lieu en 1874, à l'occasion de l'Exposition de Philadelphie. Il fut parlé plus que jamais de la Tour de mille pieds, dont le projet avait été établi par deux ingénieurs américains distingués, Clarke et Reeves. Elle était constituée par un cylindre en fer de 9 mètres de diamètre maintenu par des haubans métalliques disposés sur tout son pourtour et venant se rattacher à une base de 45 mètres de diamètre. Malgré le bruit fait autour de ce projet et le génie novateur du Nouveau-Monde, soit que la construction parût trop hardie, soit que les capitaux eussent manqué, on recula au dernier moment devant son exécution ; mais cette conception était déjà entrée dans le domaine de l'ingénieur. En 1881, Sébillot revint d'Amérique avec le dessin d'une Tour en fer de 300 mètres, surmontée d'un foyer électrique pour l'éclairage de Paris, projet sur le caractère pratique duquel il n'y a pas à insister. Bourdais et Sébillot reprirent en commun l'idée de cet édifice, mais leur Tour soleil était cette fois en maçonnerie. Ce projet soulevait de nombreuses objections qu'il est inutile de rappeler et qui s'appliquent à une construction quelconque de ce genre. Pour donner une idée des difficultés que présente, d'une manière générale, l'exécution d'une Tour en maçonnerie, on peut citer le grand obélisque en pierre connu sous le nom de Monument de Washington inauguré en 1885 et qui était à cette époque le plus haut monument du monde, entièrement en granit avec revêtement en marbre, d'une hauteur de 169m25, carré de haut en bas. Telle était la limite que même avec des matériaux de choix et une exécution particulièrement soignée, les ingénieurs américains, qui ne passaient pas pour manquer de hardiesse, n'avaient pas osé dépasser. Le premier projet, dont l'exécution avait été commencée en 1848, comportait une pyramide de 600 pieds, soit 183 mètres de hauteur, entourée d'un Panthéon avec une colonnade formant péristyle. Mais, quand en 1854 la pyramide fut arrivée à la hauteur de 46 mètres, on s'aperçut qu'elle s'inclinait d'une façon tellement inquiétante qu'on suspendit les travaux. Ils ne furent repris qu'en 1877 ; on réduisit de 100 pieds la hauteur que l'on avait assignée d'abord au monument, et on la fixa définitivement à 169 mètres, puis on reprit toute la fondation en sous-œuvre. On élargit considérablement la base en établissant au pourtour de nouveaux massifs de béton, descendus plus profondément. C'est seulement en 1880, qu'après de grandes difficultés vaincues, on reprit les travaux de la partie supérieure. Ils avancèrent
L'ensemble des recherches menées sur ce sujet par Eiffel, le conduisit à considérer comme réalisable à l'aide d'études approfondies, l'avant-projet que deux de ses plus distingués collaborateurs, Émile Nouguier et Maurice Kœchlin, ingénieurs, lui présentèrent pour l'édification en vue de l'Exposition de 1889 d'un grand pylône de 300 mètres. Cet avant-projet réalisait le problème de la Tour de 1000 pieds. La partie architecturale fut confiée à l'architecte Stephen Sauvestre. Alfred Picard, alors inspecteur général des Ponts et Chaussées, écrira plus tard que « cet œuvre colossale devait constituer une éclatante manifestation de la puissance industrielle de notre pays, attester les immenses progrès réalisés dans l'art des constructions métalliques, célébrer l'essor inouï du génie civil au cours de ce siècle [XIXe], attirer de nombreux visiteurs et contribuer largement au succès des grandes assises pacifiques organisées pour le Centenaire de 1789. » Les ouvertures d'Eiffel reçurent un accueil favorable de l'Administration. Lorsque, à la date du 1er mai 1886, Édouard Lockroy, alors ministre du Commerce et de l'Industrie, arrêta le programme du concours pour l'Exposition de 1889, il y inséra l'article suivant : « Les concurrents devront étudier la possibilité d'élever sur le Champ de Mars une tour en fer à base carrée, de 125 mètres de côté à la base et de 300 mètres de hauteur. Ils feront figurer cette tour sur le plan du Champ de Mars, et, s'ils le jugent convenable, ils pourront présenter un autre plan sans ladite tour. » Le 12 mai était instituée une Commission pour l'étude et l'examen du projet. Le 15 juin, après avoir successivement examiné les projets présentés par Boucher, Bourdais, Henry, Marion, Pochet, Robert, Rouyer et Speyser, la Commission écarta plusieurs d'entre eux comme irréalisables, quelques autres comme insuffisamment étudiés, et finalement, sur proposition d'Alphand, directeur des travaux de la Ville de Paris, déclara à l'unanimité que la tour à édifier en vue de l'Exposition devait offrir un caractère déterminé, qu'elle devait apparaître « comme un chef-d'œuvre original d'industrie métallique et que la tour Eiffel semblait seule répondre pleinement à ce but ». :: Les débuts de la Tour Eiffel - Partie 2/3 - Partie 3/3 |
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