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Lieux d'histoire : château de Chantilly (Oise) - Histoire de France et Patrimoine


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Lieux d’Histoire

Origine, histoire de nos villes, villages, bourgs, régions, châteaux, chapelles, moulins, abbayes, églises. Richesses historiques de France


Chantilly (Château de) (Oise)
(D’après un article paru en 1835)
Publié / Mis à jour le samedi 16 janvier 2010, par LA RÉDACTION

 

Le château de Chantilly, parmi toutes les riches maisons qui avoisinent Paris, a cela de particulier que, digne de loger des rois, il n’a cependant jamais appartenu qu’à des princes. Il n’est point bâti sur les collines qui bornent l’horizon de la ville. Il ne domine point la campagne comme ces palais, qui semblent destinés à mettre l’image de la couronne en évidence dans quelque direction que le peuple promène ses regards. Il se tient à l’écart ; il se dissimule dans le sein du bois ; il enseigne une haute puissance ; mais une puissance à laquelle on n’ose point faire parade.

Louis XIV, ce monarque si habile à fonder le crédit de l’autorité sur les marques extérieures, et si attentif à prévenir toute idée que ses parents, si proches qu’ils fussent par le sang, pussent être rien de plus devant la majesté de son trône que le commun des sujets, Louis XIV fut jaloux de Chantilly, et fit instance près du prince de Condé pour l’avoir. Mais celui-ci, qui sentait bien que c’était une place forte et comme un palais d’attente pour sa famille à côté des places et des palais que possédait la branche souveraine, refusa, malgré toute sollicitation, de s’en défaire. Il offrit à Louis XIV, en courtisan bien appris, de lui en laisser l’usage pour la vie, mais il ne voulut point l’aliéner. La politique opposait les fêtes somptueuses de Chantilly aux fêtes de Versailles.

Le nom des Condé n’y prenait guère moins d’éclat aux yeux des courtisans qu’il n’en avait pris aux yeux du peuple sur les champs de bataille. Et l’on pourrait presque dire que Vatel, désespéré et tournant contre lui-même la pointe de son épée, faute de marée, était un capitaine se frappant sous les yeux de son général, faute de n’avoir pu soutenir l’honneur de son poste. Chantilly porte en lui-même plus d’une trace de cette ambitieuse tactique de la branche collatérale. La plus remarquable se voit dans la belle galerie des Victoires et des Prises des villes du prince de Condé, qui forme la décoration de la galerie principale du château. Cette galerie, à l’endroit des hauts faits du prince lors de la guerre contre la couronne dans la minorité, s’interrompt tout-à-coup. Certes Louis XIV n’aurait point permis qu’on vint se targuer en sa présence des audacieux souvenirs d’une rébellion pardonnée. La galerie s’interrompt donc subitement, mais elle ne se tait pas. Et, par un tour adroit, la main bien conseillée du peintre maintient à leur rang et dans leur ordre les lauriers séditieux de ces victoires. Le prince, avec la pompe et la majesté d’un Alexandre, occupe le centre du tableau, et d’un geste plein de calme et de prudence, il arrête la renommée qui s’apprête à publier ces triomphes ; mais cette renommée, ainsi empêchée d’emboucher ses trompettes, laisse flotter dans l’air de larges banderoles sur lesquelles sont retracés ces noms dangereux que la politique bien plus que la modération ou le repentir condamnait au silence. Aux pieds du prince, la déesse de l’histoire est assise, et elle arrache une page de son livre ; mais c’est précisément la seule page du livre qui se laisse distinguer, et sur cette page elle permet de lire tout au long le récit insolent de la révolte.

C’est donc le prince qui semble faire de lui-même ce à quoi l’obligeait l’impérieuse volonté du roi, jadis son vaincu et maintenant son maître ; et il le fait de telle manière qu’il élude l’ordre tout en se donnant la tournure de le dépasser. Il était hardi, sous le règne du grand roi, d’oser conserver chez soi de tels souvenirs, même en les entourant de tels ménagements.

Dans un petit salon du rez-de-chaussée, on retrouve encore de ces secrètes hostilités de famille, mais d’une toute autre époque et d’une toute autre façon. Ce sont des arabesques peintes par Vateau, et représentant, avec toutes les dissimulations convenables, les amours de Louis XV et de madame Dubarry. Ce n’est plus entre les deux familles une rivalité de gloire et de couronnes de guerre, c’est un commérage de ridicule et de cancans.

Ces charmantes caricatures fondées, sans doute, chacune sur quelque anecdote précise dont le temps a effacé le détail, semblent le type de celles que Granville a, par la suite, naturalisées dans le peuple. Le roi est dessiné avec la figure d’un caniche et sa favorite avec celle d’une guenon. Malheureusement ces précieuses images, dont on ne prend aucun soin, sont déjà presque entièrement dégradées par l’humidité, et tombent en écailles sur le plancher, sans qu’aucun intérêt soit là pour veiller à la conservation de leurs irrévérencieuses satires.

Vue du château de Chantilly
Vue du château de Chantilly

Le petit château, duquel nous donnons ici la gravure, est celui qui contient toutes les choses d’art. Son architecture est de la Renaissance et pleine de goût. Il est impossible de rien imaginer qui soit mieux en harmonie avec la simplicité du site et le calme des eaux où elle se reflète de toutes parts. Les fenêtres sont si voisines de la surface du bassin, que l’on dirait que le château prend plaisir à s’y baigner et à s’y rafraîchir, et qu’il y a quelque autre étage, que l’on ne voit pas, qui manque à l’idée de l’ensemble, et qui se cache dans la profondeur de l’étang.

Le rez-de-chaussée avec ses hautes fenêtres et son balcon jeté d’une aile à l’autre est disposé comme un premier étage, et le développement de la partie supérieure semble indiquer quelque partie inférieure correspondante, destiné comme cette architecture aquatique des castors à jouir du frais et de la tranquillité de l’espace inondé. Le logis est étroit, mais c’est un logis tout d’élégance.

La chapelle est un boudoir, mais un boudoir où il y a des chefs-d’œuvres devant lesquels on peut s’agenouiller comme dans un temple. L’autel est de la main de Jean Goujon, et les quatre évangélistes qu’il y a représentés méritent d’être rangés parmi les morceaux les plus parfaits et les mieux achevés que ce grand maître nous ait laissés. Au-dessus de ce joli château se trouvait jadis le grand château, le château officiel avec sa cour d’honneur et ses quatre tourelles ; la révolution française l’a détruit : à gauche et sur les hauteurs se trouve un troisième château, connu sous le nom de château d’Enghien. Il était consacré à servir de supplément aux deux autres pour les invitations d’apparat.

Enfin, en avant et sur la pente d’une pelouse immense, est assis l’édifice des écuries, véritable palais élevé à ces animaux qui, après tout, ont donné leur nom à toutes les chevaleries du monde. Louis XIV, dans les constructions de son règne, n’a jamais élevé pour leur service rien de pareil. Il est vrai qu’ici la demeure des palefreniers semble, par sa magnificence insolite, prendre le dessus sur la demeures des maîtres, et que plus d’un regard distrait ou superficiel se laissa aller jusqu’à imaginer les appartements d’étiquette là où n’étaient que les chenils et la litière des chevaux et des mulets. Mais rien n’est d’un ton d’aristocratie plus naturel, ni d’une plus haute allure de grand seigneur que cette altière prédominance donnée aux écuries dans un séjour de chasse et au milieu de la liberté des bois.

Il me resterait à parler des jardins, mais comment le pourrais-je ? Les jardins ne sont plus. Epaisses et ombrageuses charmilles, qui vous perdiez dans la forêt en longues perspectives, le printemps ne ranimera plus vos verdures ! La serpe grossière des bûcherons vous a impitoyablement lacérées et abattues ! Après avoir si longtemps protégé les nobles et indolentes promeneuses contre les ardeurs de la chaude saison, vous êtes un beau jour tombées en fagots, et vous êtes allées, pour quelque soir, entretenir le poêle ou le pot au feu de quelque cabane de village ! Le parc de Sylvie, dépouillé de sa végétation, n’a plus que sa triste ceinture de murailles. Ses arbres centenaires, équarris par la hache, sont étendus sur la mousse humide. La fumée des charbonniers s’élève du milieu des labyrinthes et du salon de danse. Les peupliers qui couronnaient la cascade, sont aux mains des scieurs. Il reste encore quelques beaux arbres, mais leur sort est marqué ; et, comme dans un taillis bien réglé, ils tomberont à la voix du charpentier l’un après l’autre. Les ouvriers ont dressé sur la pente des allées leurs huttes de terre et de branchages. Les petits oiseaux eux-mêmes se sont enfuis de ces lieux désolés, et le commerce y a installé son empire.

Que dirait le grand Condé, s’il voyait aujourd’hui ces jardins que de ses mains mutilées et victorieuses il avait pris plaisir lui-même à planter ? Quels ne seraient pas son étonnement et son indignation au milieu de ces mercenaires tranquillement occupés à faire leur abattis dans son parc chéri ! Mais le temps de la magnificence est passé, il a disparu avec le droit dû aux anciennes races. Le dernier des Condé est mort dans sa pauvre vieillesse, et le vainqueur de Rocroy n’a pas même laissé un domestique, qui puisse protéger les chênes illustres qui ombragèrent ses cheveux blancs. La famille est éteinte et sa mémoire délaissée. On partage aux marchands les lambeaux de son héritage, et j’en ai vu vendre les matelas et les vieilles guenilles à l’encan sur place publique.


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