Histoire de France, Patrimoine, Tourisme, Gastronomie, Librairie
LE 20 février DANS L'HISTOIRE [VOIR]  /  NOTRE LIBRAIRIE [VOIR]  /  NOUS SOUTENIR [VOIR]
Histoire France, Patrimoine, Gastronomie, Tourisme
 
« Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du
peuple avant qu'il ne les ait oubliées » (C. Nodier, 1840)
 

 
REJOIGNEZ-NOUS sur VK, le
réseau social alternatif à Facebook !

Antédiluvien ou antidiluvien ? Origine, étymologie mots de la langue française

Vous êtes ici : Accueil > Savoir : Mots, Locutions > Antédiluvien ou antidiluvien ?
Savoir : Mots, Locutions
L’étymologie de mots et l’origine de locutions de la langue française. Racines, évolution de locutions et mots usuels ou méconnus
Antédiluvien ou antidiluvien ?
Publié / Mis à jour le samedi 4 avril 2015, par LA RÉDACTION
 

Cet adjectif illustre combien fautes et bévues peuvent être introduites dans la langue française par l’ignorance usurpant le ton et l’autorité du savoir véritable. Les premiers qui eurent besoin de ce mot écrivirent antidiluvien. On s’en servit ainsi quelque temps, mais les docteurs ne se firent pas attendre, prétendant qu’il fallait dire antédiluvien.

Le lexicographe et grammaire Napoléon Landais (1804-1852), par exemple, rendit dans son Dictionnaire général et grammatical (1834) cet oracle : « Antidiluvien est un barbarisme. » Et comme l’oracle était faux, tout le monde s’empressa d’y croire et d’y obéir. L’Académie elle-même s’inclina devant cette erreur et inséra dans son dictionnaire la forme vicieuse, mais recommandée par les prétendus savants, les raffinés en étymologie, antédiluvien.

Les docteurs frais émoulus du collège, sortant de se promener dans le jardin des racines grecques, avanceront qu’il y a confusion entre le grec anti, contre, et le latin ante, avant. Or, comme il s’agit d’exprimer l’idée « avant le déluge », c’est ante qu’il faut prendre et non anti. Quoi de plus évident semble-t-il ?

L'Arche de Noé. Détail d'une peinture murale de l'église de Saint-Savin-sur-Gartempe (Vienne)
L’Arche de Noé. Détail d’une peinture murale de l’église de Saint-Savin-sur-Gartempe (Vienne)

Mais ce n’est le tout de savoir du latin et du grec ; il faudrait savoir aussi du français, et même le français, s’il était possible. Alors on soutiendra que antidiluvien est très bien parlé, et antédiluvien très mal. En effet, l’E du latin s’est toujours changé en I français ; et vice versa, l’I du latin se changeait chez nous en E. C’est la règle primitive de transformation, et vous ne la trouverez jamais violée dans les mots formés à la bonne époque. In, fait en ; inter, entre ; mihi, tibi, sibi donnent me, te, se ; implere, emplir ; fallere, faillir ; jacere, gésir ; legere, lire ; quaerere, quérir ; florere, fleurir, etc.

Et même cette loi fournit un moyen de reconnaître à quelle époque de formation appartient un mot donné ; s’il est antérieur ou postérieur à la Renaissance qui, méconnaissant les règles suivies par les créateurs de notre langue, se mit à farcir notre vocabulaire de grec et de latin tout cru. Par exemple, nos fondateurs avaient fait d’imprimere, empreindre ; ils en firent imprimer ; d’illuminare, enluminer ; ils en firent illuminer. Par cette réforme infidèle à la tradition, encliner devint incliner, mais nous gardons enclin ; frire, de fremere, devint frémir, mais nous gardons frisson ; engin, enginer, engigneux, sont à présent ingénieur, ingénieux ; esterper est aujourd’hui extirper, parce que le latin dit extirpare avec un i.

La contrepartie de cette règle avait fait de regula, nebula : riule, niule ; nous avons rétabli la voyelle latine dans règle et nébuleux. Aujourd’hui, grâce à ces transformations, parmi les mots d’une même famille, les uns sont de première création, les autres de seconde, et diffèrent ainsi de physionomie précisément dans le trait essentiel qu’ils devraient avoir identique. Tels sont entendre et intention ; inviter et à l’envi ; enfreindre et infraction ; etc.

Ceci posé, on comprendra que l’adverbe latin ante a dû passer chez nous sous la forme anti, et c’est ainsi qu’il existe en effet dans antichambre, anticiper, antidater. Les partisans d’antédiluvien devraient, pour être conséquents, dire aussi une antéchambre, antéciper et antédater.

Le mot antéchrist vient confirmer cette règle par l’application de la réciproque. Ici, c’est bien la racine grecque anti, contre. Mais les Latins, ceux de la dernière époque, bien entendu, en avaient déjà fait le mot antichristus, qui se trouve dans les Pères. Et c’est justement pourquoi les Français, en prenant ce mot du latin, le traduisirent par antéchrist, et non antichrist. La conséquence sort d’elle-même : Antéchrist signifie celui qui est contre le Christ ; antédiluvien signifiera de même contre le déluge. Ainsi la vérité grammaticale, étymologique, se trouve dans le renversement de la proposition de ces messieurs : anté, dans la composition d’un mot français, représente le grec anti ; et anti, dans les mêmes conditions, représente le latin anté.

Antédiluvien est le non-sens ; antidiluvien est l’expression légitime. Voilà où les principes conduisent nécessairement, les principes de la tradition. On ne saurait trop répéter que notre langue primitive n’a rien tiré du grec directement : l’élément grec ne lui est arrivé qu’à travers le latin. Au contraire, la langue créée par la Renaissance et depuis, est toute bariolée de ces bribes de grec.

Antidote, antipodes, antimoine, antipathie, etc., sont modernes ; la science en a besoin. Mais ces tard-venus ne doivent point prévaloir contre leurs aînés, et par un effet rétroactif renverser une des lois constitutives de notre langage. Tout se réduit à savoir distinguer dans quel cas la racine anti vient du latin, et dans quel cas elle vient du grec.

 
 
Même rubrique >

Suggérer la lecture de cette page
Abonnement à la lettre d'information La France pittoresque

Saisissez votre mail, appuyez
une seule fois
sur OK et patientez
30 secondes
pour la validation
Éphéméride : l'Histoire au jour le jour. Insertion des événements historiques sur votre site

Vos réactions

Prolongez votre voyage dans le temps avec notre
encyclopédie consacrée à l'Histoire de France
 
Choisissez un numéro et découvrez les extraits en ligne !