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Miette. Portrait, biographie, vie et oeuvre du bonimenteur

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Personnages : biographies
Vie, oeuvre, biographies de personnages ayant marqué l’Histoire de France (écrivains, hommes politiques, inventeurs, scientifiques...)
Miette, inventeur de la poudre persane
(D’après Les célébrités de la rue, paru en 1868)
Publié / Mis à jour le jeudi 25 septembre 2014, par LA RÉDACTION
 
 
 
On éprouve un grand embarras à établir l’identité du sieur Miette. L’escamoteur a-t-il fait souche ou l’ingénieux rival de Pinetti, décrit en 1811 par Gouriet, n’est-il autre que celui dont M. Champfleury a écrit la biographie dans son volume Les Excentriques ? Miette s’installait sur le quai des Augustins, à quelques pas du Pont-Neuf, d’où la police venait de chasser les bateleurs et industriels de tout genre pour laisser à la plate-forme sa régularité architecturale.

Le directeur de la police de la Restauration trouvait que ces messieurs faisaient tache à côté du beau bronze tout neuf d’Henri IV, et Miette devint une victime politique. Miette cumulait ; quoiqu’il fût véritablement physicien ou plutôt escamoteur, il s’était un peu adonné à l’orviétan, et sa poudre persane a été tellement célèbre, que beaucoup de gens ne le connaissent pas comme un physicien distingué. Ce qui le recommande et fait de lui un type assez curieux, c’est sa facilité d’élocution, l’élégance et l’abondance de son langage.

Miette domine son auditoire, il le fascine, il est maître de ses effets, et son public, docile à subir l’impression, l’aime comme les foules se mettent à aimer. La mise en scène ne joue pas un grand rôle dans les exercices de Miette : une table recouverte d’un tapis traînant jusqu’à terre, afin, probablement, de cacher les dessous et les doubles fonds, quelques gobelets, des dés, des balles, des pompons, des muscades et diverses porcelaines.

Miette, d'après une esquisse peinte
Miette, d’après une esquisse peinte

Champfleury a bien voulu communiquer une peinture à l’huile, portrait de Miette d’après nature par un artiste naïf. Le physicien est petit, son dos est voûté et les jambes sont grêles. La tête est forte et le cou apoplectique ; l’oeil est très vif, mais les paupières ont perdu leur flexibilité, et Miette est obligé de rejeter la tête en arrière pour regarder. L’escamoteur est vêtu d’une petite veste d’artilleur, dont il a coupé les bras afin d’avoir toute sa liberté de mouvement ; autour de la taille s’attache, retombant sur le ventre, un sac destiné à contenir les différents objets qui lui servent à l’escamotage, ce qu’on appelle vulgairement le sac à la malice.

Les exercices de Miette sont assez variés ; il prélude par une espèce de parade, et il est, avant le Grimacier, le Frise-Poulet et bien d’autres imitateurs, l’inventeur des vingt ou trente transformations du chapeau qui devient verre, bouteille, vaisseau, galette, etc. L’auteur des Excentriques a de bonnes raisons pour connaître Miette, puisqu’il a vécu sur le quai des Augustins, où l’escamoteur n’a jamais manqué de venir s’installer pendant vingt-cinq ans.

Miette, en commençant ses tours et tout en préparant sur sa table les divers accessoires dont il allait avoir besoin, commençait ainsi :
« Je ne vous dirai pas que je suis l’élève de mademoiselle Lenormand, mademoiselle Lenormand n’a jamais fait d’élèves. Je ne vous dirai pas que je suis le gendre ou le successeur du célèbre Moreau, mossieu Moreau n’a jamais eu de gendre ni de successeur. Mais qu’es-tu donc alors ? Messieurs, je n’emprunte le nom à personne, je me nomme du mien, je suis Miette, l’un des sept fils du dragon de Paris. Feu mon père était escamoteur, mon frère était escamoteur, je suis escamoteur. Je demeure rue Dauphine, n° 12, maison du marchand de vins, ce qui ne veut pas dire que je demeure chez le marchand de vins, c’est au contraire le marchand de vins qui demeure chez moi...

« J’ai travaillé trois fois devant l’ambassadeur de Perse ; mais je ne me targuerai pas de ce vain titre pour vous dire que c’est l’ambassadeur de Perse qui m’a découvert le secret de la POUDRE PERSANE... Il ne m’a jamais parlé... D’ailleurs l’eût-il fait, je ne l’eusse pas compris, car il m’eût parlé persan, et, je l’avoue à ma honte, je n’ai point étudié les langues orientales ; mais ce fut un des officiers de sa maison, mossieu Ugène BARRRBARRROUX... Curieux d’apprendre à faire des tours, il m’en demanda et je les lui démontrai. C’était un élève agréable... Il ne me payait pas avec des pommes de terre (Miette tire des pommes de terre de dessous les gobelets), et voici des pommes de terre. Il ne vous tirait pas de carotte (il fait surgir une carotte), et voici des carottes ; mais il y avait de l’ognon (même jeu), et voici de l’ognon ; aussi me faisait-il des compliments. Il me disait : Mossieu Miette, pour les tours de passe-passe et de gobelets, à vous le pompon (il montre un pompon), et voici le pompon ! J’en étais donc très content, aussi vrai que voici la petite balle (il escamote une petite balle), la moyenne balle (même jeu), et leur camarade la grosse balle (même jeu).

« Un jour, je me présentai chez lui ; il était en train de se nettoyer les dents. Cela ne m’étonna pas, la propreté de la bouche étant de tous les âges et de toutes les nations ; mais ce qui m’étonna, c’est ce qui va vous surprendre, c’est ce que, depuis trente-cinq ans que j’exerce sur cette place, je n’ai point encore vu ailleurs... La poudre dont il se servait était blanche comme de la neige (il ouvre une boîte et la montre en faisant le tour du cercle) ; à peine introduite dans la boche, elle devenait cramoisie comme de la lie de vin (il introduit dans sa bouche un linge frotté de poudre persane, s’en frotte les dents et fait le tour du cercle en montrant au public le linge devenu rouge. Il tient aussi la bouche ouverte de manière à faire voir ses dents). Voici, je l’espère, du cramoisi (il remet la boîte en place). Curieux de ce phénomène, je m’en informai, et je l’ai gardé pour moi... Voilà tout mon talent.

« Tant que l’ambassade de Perse resta en France, je ne parlai plus à personne ; une fois qu’elle en fut partie, je me présentai à l’Académie rrroyale de MÉ-DE-CINE, j’exposai ma recette et j’obtins mon brevet, ce n’est pas plus malin que ça... LA POUDRE PERSANE, messieurs, n’a que cinq propriétés, mais elles sont irrécusables (pause), Elle blanchit en deux minutes, montre en main, les dents les plus noires (pause). Elle calme à l’instant la douleur de dents la plus vive (pause). Elle corrige la mauvaise haleine, toutefois et quantes la mauvaise haleine n’est point le produit de la putréfaction de l’estomac (pause). Elle raffermit les dents ébranlées dans leurs alvéoles, en arrête la carie, en arrête le tartre et le tuf (pause). Les dents sont un des agréments de la physionomie... Une boche qui est démeublée n’en offre plus, et pourtant les dentistes vous les arrachent.

« L’homme le plus hardi tremble à la vue des instruments qu’il faut introduire dans la boche pour opérer l’extraction de la dent la plus simple (à ce moment, Miette déroulait une trousse de dentiste dans laquelle se trouvaient des instruments énormes et rouillés, espèces de tire-bottes monstrueux qui faisaient frissonner l’auditoire ; Miette se plaisait à prolonger la terreur en gardant le silence le plus complet, en promenant ces appareils de terreur devant toutes les bouches des curieux, qui se fermaient instinctivement).

« Me direz-vous que vous voyez entrer ces instruments de sang-froid dans la boche ? (nouvelle promenade autour du cercle avec la terrible trousse). Non. Eh bien ! gardons les ornements que la nature nous a départis, sans nous livrer aux mains barbares des opérateurs. La POUDRE PERSANE nous épargne ces désagréments, et voici la manière de s’en servir : Vous prenez un linge blanc, que vous enroulez autour du doigt comme ceci (il opère en même temps et montre chaque exercice à la ronde) ; vous le trempez dans l’eau, l’appliquez sur la BOATTE, l’introduisez dans la boche et vous frottez les dents avec... puis vous prenez une gorgée et vous rincez (il l’avale ; marques d’étonnement).

Vue du Pont-Neuf prise du quai des Augustins, par Louis-Gabriel Moreau
Vue du Pont-Neuf prise du quai des Augustins, par Louis-Gabriel Moreau

« Comment, quoi, c....., tu l’avales ? Oui, messieurs, la POUDRE PERSANE laisse dans la boche une odeur si suave, si exquise, si agréable, que je ne suis pas assez ennemi de mon estomac pour l’en priver volontairement... Avec toutes ces qualités, la POUDRE PERSANE coûtera donc bien cher ? Non, messieurs, nous l’avons mise à la portée de toutes les bourses.

« Il y a des boâtes de un franc cinquante centimes ou trente sous (pause). Il y a des boâtes de un franc ou vingt sous, qui sont les deux tiers des boâtes de trente (pause). Il y a des boâtes de soixante et quinze centimes ou quinze sous, qui sont les deux tiers des boâtes de vingt et la moitié des boâtes de trente (pause). Il y a des boâtes de cinquante centimes ou dix sous, qui sont les deux tiers des boâtes de quinze, la moitié des boâtes de vingt et le tiers des boâtes de trente (longue pause). Enfin, messieurs, il y a des boâtes, dites boâtes d’essai ou d’épreuve, et que je ne vends que dix centimes ou deux sous.

« Messieurs, si la POUDRE PERSANE n’a pas rendu blanches en deux minutes, montre en main, les dents les plus noires... si elle n’a point arrêté la carie... si elle n’a point enlevé le tartre et le tuf... si elle n’a point corrigé la mauvaise haleine, toutefois pourtant que la mauvaise haleine ne provienne pas de la putréfaction de l’estomac... si elle n’a point raffermi les dents dans leurs alvéoles, rendu leur couleur naturelle aux gencives... si elle n’a point enfin calmé en un clin d’oeil la douleur de dents la plus vive, entrez dans ce cercle, démentez-moi, traitez-moi de fourbe et d’imposteur, prenez mon ordonnance, déchirez-la et jetez-m’en les morceaux à la figure... Au cas contraire, dites-le à vos amis et connaissances, et rendez-moi justice ! »

On remarquera au commencement de ce discours un détail, Miette a dit : « Feu mon père était escamoteur. » Le Miette de Gouriet, qui exerça de 1796 à 1820, n’était donc autre que le père de notre héros ; il commençait déjà à acquérir quelque réputation, et ouvrait, en 1805, un cabinet ambulant rue de Madame. D’une grande habileté, il exécutait déjà les tours que nous avons vus depuis chez Chevalier, Philippe et autres ; il empruntait les montres, qu’il pilait dans des mortiers ; faisait des omelettes dans les chapeaux et coupait les basques des habits. Miette, le fils, avait restreint ses exercices ; il n’était plus question d’instruments de physique, de cabinet ambulant orné d’une scène et de banquettes, sur lesquelles venaient s’asseoir les belles dames de l’Empire et les brillants officiers : une table, un panier, quelques gobelets, des pompons, des dés et des muscades faisaient tous les frais.

Miette est mort en 1855 ; il n’eût pas pardonné, de son vivant, d’oublier madame Miette, qui s’associa à son sort pendant trente-cinq ans ; elle portait un immense chapeau de paille dont les bords de devant, très rabattus, lui cachaient le visage, et se livrait silencieusement au raccommodage des porcelaines, sans jamais s’étonner des lazzi de l’escamoteur, prenant toujours le même intérêt à ses exercices. Miette habitait rue Dauphine, n° 12, et recevait avec une certaine dignité tous les artistes, littérateurs et flâneurs qui, attirés par cette grande réputation, brûlaient du désir de voir l’escamoteur dans sa vie privée.

Quand une célébrité de la rue disparaît, on voit généralement surgir un industriel qui tente de recueillir son héritage. Le nouveau venu prend la place, le costume, les exercices et une part de la popularité du défunt. Les flâneurs qui ont leurs étapes marquées s’arrêtent involontairement, car le vrai Parisien ne se console pas facilement de voir inoccupée telle ou telle station où s’agitait un pitre bariolé qui l’amusait et servait d’étape à sa flânerie. Miette n’a pas été remplacé, c’est le plus grand éloge que l’on puisse faire de lui.

 
 
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