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Femmes vaillantes et héroïnes méconnues du Quercy (Montauban, Lauzerte) - Histoire de France et Patrimoine


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Femmes vaillantes
et héroïnes méconnues du Quercy
(D’après « Bulletin archéologique et historique
de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne » paru en 1899
et « Recueil de l’Académie des sciences, belles-lettres
et arts de Tarn-et-Garonne » paru en 1902)
Publié / Mis à jour le samedi 17 octobre 2015, par LA RÉDACTION

 
 
 
Le Quercy connut, comme le reste de la France, des femmes dont le courage et le patriotisme méritent, sinon l’admiration, au moins un vif intérêt de la part de leurs compatriotes. Si les actes d’Olympe de Gouges ont fait l’objet de nombre d’études, on connaît moins ceux d’une vendeuse de pommes nommée la Salissotte ou encore de Marthe Carnus, citées toutes deux par Tallemant des Réaux dans ses Historiettes, sans compter la Gandillonne, « Jeanne d’Arc quercynoise » qui s’avisa, vers la fin de Guerre de Cent ans, de libérer Lauzerte du joug anglais...

Les Historiettes de Tallemant des Réaux sont émaillées de faits héroïques de deux femmes de Montauban. Citons-le textuellement : « A Montauban [lors du siège opposant les troupes de Louis XIII aux protestants montalbanais, d’août à novembre 1621], comme un jeune soldat s’allait exposer au péril qu’il y avait à mettre le feu à la galerie, une vieille femme lui ôta le flambeau de la main en lui disant : Mon enfant, tu pourras rendre de bons services à la Patrie ; pour moi, je lui suis inutile ; j’ai assez vécu. Et s’en alla mettre le feu à la galerie. »

C’est déjà joli comme modèle d’abnégation et de courage, mais il y a encore mieux, comme vous allez voir : « Une vendeuse de pommes, nommée la Salissotte, se présenta à la brèche, y eut un bras emporté, prend ce bras, le met dans son tablier et va chez le chirurgien. Comme on la pansait, elle disit : Coupez encore cela. Elle vivait encore en 1650 ; je ne sais si elle est morte depuis. A Montauban on la montrait aux étrangers. »

Ce que nous pouvons affirmer hardiment, c’est qu’elle est morte à l’heure présente. Quant à prendre le bras avec la main qui lui restait et à tenir le tablier avec... les dents ? Il ne faut y voir aucune impossibilité eu égard à la présence d’esprit des Montalbanais.

Mais pour en revenir à nos Montalbanaises du passé, ces faits n’étaient pas isolés, et Jean Natalis, docteur ès lois et consul de Montauban pendant les années 1591, 1603 et 1628, nous raconte dans ses mémoires plusieurs hauts faits à l’actif des femmes de la ville : « Le 17 août, les assiégeants, encouragés par la présence du Roi et du Connétable, qui étaient au moulin d’Albarèdes, donnèrent un assaut à notre ville, après avoir fait jouer la mine. » A cet assaut accourent « trois cens femmes avec armes, caillous et paille. Aucunes d’elles sortirent avec nos dicts soldats jusques aux dictes gabionnades, combatans nos dicts ennemis à grands coups de caillous, qu’elles leur jettaient, dont elles en offençarent et blessarent plusieurs. »

Plan de Montauban au moment du siège de 1621
Plan de Montauban au moment du siège de 1621

Quelques jours avant, au grand assaut qui eut lieu par escalade à Ville-Bourbon, elles donnèrent une nouvelle preuve de courage. Armées de piques, demi-piques, hallebardes, « faux à faucher près manchées à rebours », cailloux ou haches, sans crainte du canon et de la « mousquetade, et, qui plus est, sans s’estonner de celles qui tombaient mortes à leurs pieds, elles rompoient les piques et les épieux des dicts ennemis, en blessoient plusieurs et les culebutoient des eschèles dans les fossés, voire jusqu’à estre descendues dans iceux par les cazemates et là aider à tuer plusieurs. »

Le 28 octobre, un grand combat eut lieu du côté du Moustier et donna l’occasion à une jeune fille de se signaler d’une manière éclatante. Laissons encore la parole à Jean Natalis : « Une fille chambrière, âgée d’environ 22 ou 23 ans, appellée Marthe de Carnus, fille d’un forgeron, laquelle s’est monstrée si courageuse, qu’elle n’a point faict de difficulté de sortir hors de la ville, se mesler avec nos dicts soldats, et estre allée, sans crainte des arquebuzades, jusques aux dicts canons, desquels elle a encloué un, et eut continué d’en faire autant aux autres sans l’empeschement du dict feu : ce que plusieurs soldats n’avoient osé faire. »

Cette belle action fut récompensée, non comme elle le méritait, mais d’une manière palpable, puisque dans les pièces justificatives des comptes municipaux de la ville de Montauban, en 1621, Edouard Forestié, secrétaire général de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne à la fin du XIXe siècle, a relevé la note suivante : « Payé à Marthe Carnusse, 15 livres, à elle accordées par délibération du Conseil, le même dict an et jour bas escripts pour la cause continue en ledit acte, rapportant le présent mandement, ci. .......... 15 livres. » Ce qui était presque une dot pour l’époque et pour la situation de cette vaillante fille.

Vers la fin de la Guerre de Cent ans, Lauzerte, comme la plupart des places fortifiées du Quercy, possédait une garnison anglaise. Cette petite ville, bâtie en étages circulaires sur un coteau assez élevé, avait déjà une importance qu’elle conserva d’ailleurs jusqu’au commencement du XIXe siècle. Depuis longtemps, elle était le siège d’une sénéchaussée. Un peu isolé, à une certaine distance des grandes voies suivies par les routiers, le chef de la petite garnison anglaise jouissait d’une certaine indépendance, dont il usait toujours et même dont parfois il abusait.

Ville de Lauzerte (Tarn-et-Garonne)
Ville de Lauzerte (Tarn-et-Garonne)

C’était l’époque de Jeanne d’Arc, et son histoire, plus belle que n’aurait pu l’être une légende, avait été transmise jusqu’au fond du Quercy. C’était au temps où l’on vit « une jeune dame, fille au seigneur de la Rivière et veuve du sire de la Roche-Guyon, mieux aimer s’en aller desnuée de tout bien avec ses trois enfants que de rendre hommage au roi d’outre-mer et de se mettre ès-mains des anciens ennemis du Royaume », rapporte Henri Martin.

L’idée nationale, dont la bergère de Domremy fut l’initiatrice, commençait à se répandre dans toute la France, et le patriotisme naissait et grandissait dans l’âme de tous, nobles ou vilains, grands seigneurs ou bourgeois.

Toute femme est un peu romanesque, même quand elle est pauvre, vieille et sans instruction, comme l’était la Gandillonne. Or, la Gandillonne avait une âme française et voulait délivrer Lauzerte du joug des Anglais. Filant sur le seuil de sa maison, bâtie près de l’une des portes de la ville, elle voyait souvent la garnison anglaise sortir de la cité pour aller chevaucher dans la campagne.

Porte de la Gandillonne à Lauzerte (Tarn-et-Garonne)
Porte de la Gandillonne à Lauzerte (Tarn-et-Garonne)

À chaque sortie, la Gandillonne ramassait sur ses genoux autant de pierres qu’elle avait compté de soldats anglais. Elle parvint ainsi à se rendre compte, au bout de quelque temps, des forces que l’ennemi entretenait dans Lauzerte.

Un jour, le nombre des pierres fut assez important pour laisser croire à la Gandillonne que la garnison à peu près entière avait abandonné la ville pour une expédition plus périlleuse ou plus lointaine. Elle court immédiatement auprès des notables de Lauzerte, leur fait part de ses observations, réveille leur sentiment national, leur reproche leur trop longue et trop indifférente inaction et les supplie de profiter de l’occasion qui leur permet de se rendre maîtres de la ville.

La peur est, dit-on, communicative ; il en est certainement de même du courage. D’ailleurs ces reproches correspondaient trop bien aux sentiments secrets et aux cris de la conscience de la plupart des citoyens de Lauzerte. La parole ardente et enthousiaste d’une vieille femme suffit pour opérer ce réveil des âmes engourdies.

À la voix de la Gandillonne, d’un commun élan, tous les habitants courent aux murs, ferment les portes de la cité, organisent une défense, chargent pierriers et couleuvrines, et lorsque les archers anglais regagnèrent Lauzerte, ils furent assaillis, du haut des remparts, par une grêle de pierres, de flèches et autres projectiles qui les forcèrent à se retirer.

À cette époque, pour assiéger une place avec des chances de succès, il fallait ou l’investir complètement et l’avoir par la famine, ou lui donner un assaut avec des forces très importantes. Le nombre des assaillants ne permettait l’emploi d’aucune de ces méthodes. D’ailleurs la Guerre de Cent ans touchait à sa fin et les Anglais ne rentrèrent plus dans Lauzerte. Quant à la Gandillonne, elle reprit sa vie obscure et laborieuse. À côté de la barbacane, la vieille porte de la Gandillonne rappelle seule, par son nom, aux petits enfants de la vieille héroïne le courage civique et l’ardent patriotisme de leur aïeule.

 
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