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7 mai 1841 : mort du peintre et lithographe bordelais Philippe-Gustave de Galard

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7 mai 1841 : mort du peintre
et lithographe bordelais
Philippe-Gustave de Galard
(D’après « Gustave de Galard. Sa vie et son oeuvre (1779-1841) »
(par Gustave Labat) paru en 1896 et « Revue philomatique
de Bordeaux et du Sud-Ouest » paru en 1935)
Publié / Mis à jour le jeudi 7 mai 2020, par LA RÉDACTION
 
 
 
Gersois d’origine mais passant une bonne partie de sa jeunesse en Amérique et en Angleterre par suite des orages de la Révolution valant la guillotine à son père, Gustave de Galard se fixe à Bordeaux et devient, dans sa ville d’adoption, le prince de la lithographie, professant à partir de 1820 un cours de dessin, peignant une foule de portraits et de miniatures témoignant d’un esprit fin et original, son œuvre formant un tableau unique et parfait du Bordeaux de la Restauration et des premières années du règne de Louis-Philippe

C’est au château de l’Isle, à L’Isle-Bouzon, près de Lectoure, dans la vicomté de Lomagne faisant jadis partie du Bas-Armagnac, que naquit, le 18 mai 1779, Philippe-Gustave, comte de Galard, d’une très ancienne et illustre famille dont on trouve des membres occupant de hautes situations dans la Prélature et dans l’État aux IXe et Xe siècles. On fait descendre la maison de Galard, dont plusieurs seigneurs ont été successivement bienfaiteurs de l’abbaye de Condom depuis 1060 jusqu’en 1247, d’un fils de Gombaud, frère d’Hugues, dernier comte du Condomois.

Cette puissante maison a fourni un grand nombre de branches : celles des marquis de Terraube et des marquis de l’Isle-Bouzon, barons de Magnas en Guyenne ; des comtes de Sal-de-Brû, barons de Caila, dans le Bordelais ; et des comtes de Béarn-Brassac, subdivisée en plusieurs rameaux, dits du Repaire, d’Argentine et de La Roche- Beaucourt. Les armes du marquis de Galard, baron de Magnas, d’où sort Philippe-Gustave, sont d’or à trois corneilles de sable, posées deux et une, becquées et membrées de gueules. La devise de la famille est : In via, nulla invia (Dans ma route, nul détour).

Gustave de Galard à 30 ans. Autoportrait
Gustave de Galard à 30 ans. Autoportrait

Citons, parmi les ascendants de Philippe-Gustave, Arnaud IV de Galard, évêque d’Agen de 1235 à 1245 ; Bertrand de Galard, qui partit pour la septième croisade (1250) ; Raymond de Galard, premier évêque de Condom (1307) ; son neveu Pierre-Raymond lui succéda sur le même siège épiscopal ; Pierre de Galard, gouverneur de Douai, qui devint grand maître des arbalétriers de France en 1310 ; Bertrand de Galard de l’Isle-Bouzon, maître des eaux et forêts d’Aquitaine, ambassadeur de Charles VII auprès du roi de Navarre ; Hector de Galard, premier capitaine des cent gentilshommes de la garde du Roi, dits au Bec-de-Corbin : il donna son nom au valet de carreau, quand les cartes reçurent, sous Charles VII, leur dénomination actuelle, et fut chambellan de Louis XI.

Le père de Philippe-Gustave, le marquis de Galard, baron de Magnas, chevalier de Saint-Louis, lieutenant-colonel de cavalerie au régiment Royal-Picardie, époux de Marie-Suzanne Vignes- Sainte-Croix, le fit élever au célèbre collège royal militaire de Sorèze, près de Castres dans le Tarn, dirigé alors par le bénédictin Dom Despaux.

Bientôt se succédèrent les sombres et terribles années de la Révolution française ; la Commission exécutive de Bayonne, séant à Auch, et présidée par Dartigoyte — député du département des Landes à la Convention nationale —, condamna, comme aristocrate, le marquis de Galard, que ne purent arracher à la mort les supplications de ses anciens vassaux, dont ses aïeux et lui avaient toujours été les bienfaiteurs ; le 15 avril 1793 (26 germinal an II), le marquis de Galard monta sur l’échafaud révolutionnaire à Auch ; ses biens furent confisqués et vendus, la marquise enfermée dans les prisons de Lectoure, et ses trois fils, suspects, émigrés et réduits à la misère.

La tradition veut que, contraints de se séparer, les trois frères se firent leurs adieux dans un vallon, près des bois de Magnas, appelé le Prince, et qu’ils partagèrent là trois mille livres, dernier débris de la fortune paternelle. L’aîné, Louis-Raymond-Charles — né au château de l’Isle-Bouzon le 7 octobre 1774 —, alla servir à l’armée des Princes avec son oncle le comte de Galard-Pellehaut, et les deux plus jeunes : Jean-Rose et Philippe-Gustave, poursuivis comme fils de noble, se cachèrent, grâce au dévouement d’une servante attachée à cette malheureuse et infortunée famille ; on raconte, et le fait est, paraît-il, indiscutable, que Philippe-Gustave put sous un déguisement féminin, que sa jeunesse et sa jolie figure rendaient possible, échapper aux recherches des terroristes et passer en Espagne.

Le 3 décembre 1799 (12 frimaire an VIII), Jean-Rose de Galard, dit le chevalier, second fils du marquis de Galard, s’embarqua à Bordeaux pour Saint-Thomas et Saint-Domingue sur un navire prussien. La France était en guerre avec l’Angleterre, nos ports étaient étroitement bloqués, la prudence la plus élémentaire désignait naturellement les navires des puissances neutres, à l’abri des visites des croiseurs ennemis.

Quelques mois plus tard, le 6 juin 1800, Jean-Rose de Galard mourait à Christianstœd dans la petite île alors danoise de Sainte- Croix, l’une des îles Sous-le-Vent, dans les Antilles. Philippe-Gustave avait-il quitté l’Europe avec son frère ou était-il parti avant lui pour les îles ? On l’ignore complètement aujourd’hui. Nous le trouvons à Saint-Thomas — la plus occidentale des îles Vierges, dans les Antilles — après la mort de Jean-Rose, privé de ressources et contraint pour vivre d’utiliser ses pinceaux, dit-on, comme ouvrier avant de faire de la miniature.

Marie-Charlotte de France, duchesse d'Angoulême. Portrait réalisé par Gustave de Galard
Marie-Charlotte de France, duchesse d’Angoulême. Portrait réalisé par Gustave de Galard

On connaît peu de détails de la vie mouvementée de Philippe-Gustave à cette époque ; on sait seulement qu’il alla de Saint-Thomas aux États-Unis, où il passa peu de temps et eut fort à souffrir de son manque de ressources, utilisant pour vivre tantôt les grosses brosses des peintres en bâtiment, tantôt les pinceaux plus fins du miniaturiste. Il s’exerçait sans doute alors à la peinture d’art pendant que séchait, suspendu au-dessus d’œuvres plus modestes, l’écriteau : « Prenez garde à la peinture ». Il n’y prit pas garde et eut confiance en elle. Ainsi notre proscrit vécut durement, mais vécut au-delà de l’océan, puis en Angleterre et en Suisse, continuant dans son odyssée à peindre et à se perfectionner dans son art.

Rentré en France lors de l’amnistie des émigrés, il s’établit à Bordeaux, qui devint sa ville d’adoption et qu’il ne devait plus quitter, si ce n’est pour faire de fréquents séjours au château de Magnas-Saint-Clar, dans le Gers, chez son frère le marquis de Galard, où il a laissé quantité d’études, d’aquarelles, de sépias, etc. Bordeaux était alors en crise. Le blocus continental, les défaites de notre marine, la guerre et la gloire perpétuelles avaient ruiné le commerce des colonies et l’exportation.

Des pamphlets contre Napoléon couraient sous le manteau et l’on s’indignait de la parole de l’Empereur : « l’opinion est une toupie qui marche à coups de fouet ». Gustave de Galard faisait partie de cette opposition peu farouche avec son ami Géraud, poète et journaliste bordelais de grande valeur. Cependant, sous l’impulsion de Napoléon, les arts, officiellement honorés, s’organisaient partout en France sur le plan national.

Le vieux Lacour, ancien membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture, vingt ans auparavant, qui avait sauvé, grâce à son caractère et à sa passion de l’art, les patrimoines artistiques des Bordelais lors de la tourmente de la Terreur, réorganisait avec un dévouement inlassable l’École de peinture et de dessin, en même temps qu’une galerie d’exposition de tableaux, qui devait recevoir de l’Empereur quelques dépouilles de Hollande, d’Italie et des collections des palais royaux. Bonfin, ingénieur-architecte de la ville, réalisait cet aménagement dans l’hôtel, hérité par l’Académie, de Jean-Jacques Bel. Ainsi un muséum se greffait à l’Académie et à la Bibliothèque publique.

À quelques pas, Jean-Baptiste Alaux, tête de dynastie de peintres comme Lacour, ouvrait son atelier à la maison Gobineau, et Galard le sien à la maison Baignol, tout à côté. Les œuvres des premières années du séjour de Gustave de Galard dans la capitale du Sud-Ouest ne sont pas communes. D’un côté, si le goût n’était pas alors tourné vers les beaux-arts, de l’autre, on peut le dire, la censure impériale était loin, par ses rigueurs, d’encourager les artistes, dont le caractère était trop indépendant.

Gustave de Galard vivait difficilement en peignant quelques miniatures et quelques portraits, principalement de membres de sa famille, d’amis, et d’acteurs du Grand-Théâtre. Il dessinait en même temps et tirait quelques gravures où les Bordelais pouvaient reconnaître les types d’originaux croisés chaque jour aux fossés de l’Intendance, allée de Tourny, au café de la Préfecture ou au café Helvétius. Exposées à la devanture de son ami le tailleur Coupat, malgré la bonhomie des légendes et parce que les épidermes étaient alors chatouilleux, ces caricatures indisposèrent plus d’une fois leur modèle. L’un d’eux, l’architecte nain Richefort en demanda raison à leur auteur ; le duel se dénoua sans mal dans les fossés du Château-Trompette et fournit au jeune duelliste le sujet d’une nouvelle estampe à succès.

Gemmage dans les Landes. Lithographie de Gustave de Galard publiée dans Recueil des divers costumes des habitants de Bordeaux et des environs (1818)
Gemmage dans les Landes. Lithographie de Gustave de Galard publiée dans
Recueil des divers costumes des habitants de Bordeaux et des environs (1818)

Cette première partie de son œuvre est exclusivement bordelaise : elle est intelligible aux seuls initiés ; leur mordant satirique s’est évaporé, et il est difficile de sourire même de ces plaisanteries : « la dansomanie », « les extrêmes se touchent », « le clysterium donare », tant il est vrai qu’un certain esprit se fane. Néanmoins, portraits et caricatures le conduisaient à la notoriété.

Parmi ses œuvres, rares, de cette période, se détache une miniature de 1809 où il s’est représenté lui-même : ce morceau séduisant révèle une bonne figure équilibrée, de grands yeux bleus ouverts, des traits réguliers, à peine déplacés par une certaine ironie, investis par le haut faux-col et assaillis par les mèches qui s’ébouriffent jusqu’aux pommettes et aux sourcils. On peut signaler aussi, et cela marque bien la difficulté que cet adversaire, d’ailleurs peu farouche, de l’Empire avait à vivre, une gravure de l’Empereur qu’il vendait vers 1809.

Mais pendant cette période, qui paraît peu féconde, Gustave de Galard observait, se perfectionnait dans son métier, couvrait ses albums de dessins et mettait en grange la matière de ses futurs travaux et de ses succès. Ce fut au retour des Bourbons, en 1814, que son nom et ses relations dans le monde aristocratique lui fournirent l’occasion de se faire connaître et d’asseoir sa réputation naissante ; il fit, au passage à Bordeaux de l’auguste fille de Louis XVI, les portraits de cette princesse et de son mari, le duc d’Angoulême.

Les sept ou huit gravures qu’il tire de ses croquis d’après nature se vendent à profusion dans la ville où l’enthousiasme monarchique est à son comble, et même au dehors. C’est la notoriété qui commence et c’est aussi l’aisance, l’optimisme, la confiance en soi qui vont succéder.

La ville de Bordeaux, délivrée de la crainte de la flotte anglaise, a repris confiance, elle aussi, dans ses destinées commerciales. Le flot de la rue charrie pêle-mêle les plus vieux, rasés, qui ont gardé leur culotte et leur perruque, leurs habits de couleur vive et même ceux qui ont repris l’épée, les jeunes officiers en uniforme, les anciens guerriers demi-solde en pantalon de cheval, avec de longues redingotes brunes, les cheveux et les moustaches en broussaille, les citadines coquettes avec leurs larges robes à tournures et leurs cabriolets, les femmes de la campagne qui proposent les fruits de leurs champs, traditionnellement vêtues des jupes et des châles, et coiffées des bonnets caractéristiques de leurs villages. Gustave de Galard, le crayon à la main, goûte un vif plaisir à considérer ce spectacle chatoyant et il le consigne sur ses carnets.

Ce labeur modeste le laisse à l’écart des querelles artistiques. Le romantisme cependant couve et c’est en peinture qu’il va lancer ses premières bombes. Galard, heureusement, n’est plus élève et suit son bonhomme de chemin. Les différends qui opposent David et d’Ingres contre Gros, Géricault et Delacroix, les scandales du radeau de la Méduse et de la barque du Dante ne l’émeuvent pas. Il ne fait pas de peinture académique : il a renouvelé ses sujets, il a ouvert les fenêtres de son atelier sur la nature.

Gustave de Galard à 40 ans. Autoportrait (1820) exposé au musée des Beaux-Arts de Bordeaux
Gustave de Galard à 40 ans. Autoportrait (1820) exposé au musée des Beaux-Arts de Bordeaux

Une longue période de paix et de travail s’organise : l’ensemble de la population est assez peu gâté par la richesse qui s’est dissipée dans les troubles d’hier et par la vie, qui cesse enfin d’être bousculante, pour savoir se contenter de désirs accessibles et limités. Ce peuple montre assez de paisible faiblesse et se trouve assez sensible pour éprouver de la moindre chose une émotion. Il reste assez ignorant pour demeurer curieux ; la science l’étonne et provoque son respect comme une déesse inaccessible, assez ravie d’elle-même, certes, mais encore sans orgueil. Enfin, ceux que les idées échauffent ont la chance de rencontrer assez de crédules à convaincre pour demeurer enthousiastes.

C’est à cette époque que se produit en France un grand événement artistique : la lithographie, découverte en 1796 par le bavarois Aloys Senefelder (1771-1834), apportée à Paris en 1802 par Frédéric André, d’Offenbach, son associé, et tombée depuis dans l’oubli, trouve dans le comte de Lasteyrie un vulgarisateur émérite. Ce savant fonde en 1815, rue du Bac, à Paris, le premier atelier lithographique, qui devenait bientôt, grâce à ses efforts et à ceux de Godefroy Engelmann (1788-1839), de Mulhouse, venu l’année suivante (1816), s’établir à Paris, rue Cassette, le point de départ d’une des branches les plus importantes de l’art moderne.

Gistave Galard, que le succès de ses planches gravées a lancé, s’enquiert du nouveau procédé de gravure sur pierre. Intéressé par les prix modérés que cette méthode permet d’atteindre, fait sortir de sa presse rudimentaire du quai de Bourgogne, en 1817, la première lithographie tirée à Bordeaux : elle représente un aveugle très connu, conduit par sa mère... et Galard, qui ne déteste pas le secours de la publicité, fait annoncer la nouvelle au Bulletin polymathique du Muséum. C’est encore un essai, un peu flou, sans unité d’expression, mais qui l’encourage à. persévérer. Dès lors, Gustave de Galard a trouvé l’instrument de sa veine. Il va publier coup sur coup, après son premier recueil de gravures, les albums de lithographies qui ont assuré sa vogue, sa fortune, et qui feront durer sa renommée. Ses œuvres sont dès cette époque publiées presque sans interruption.

Si Galard s’est montré l’émule souvent heureux des Nicolas-Marie Chapuy — la suite des châteaux de la vallée de la Loire de ce lithographie des plus distingués est fort remarquable — et des Isidore-Laurent Deroy — lithographe ayant quitté l’aquarelle et attaché son nom à l’illustration du voyage du baron Taylor dans l’ancienne France, ses vues des bords de la Seine sont très recherchées — dans les nombreux paysages, vues et châteaux qu’il a reproduits, il a bien mérité aussi le nom de Charlet bordelais — Nicolas-Toussaint Charlet (1792-1845) fut avec Raffet le dessinateur le plus populaire de la France — qui lui a été donné pour les désopilantes caricatures et les scènes de mœurs prises sur le vif qu’il a prestement enlevées de son crayon fin et spirituel.

Pierre Lacour (père). Lithographie de Gustave de Galard publiée dans L'Album Bordelais ou Caprices (1823)
Pierre Lacour (père). Lithographie de Gustave de Galard
publiée dans L’Album Bordelais ou Caprices (1823)

En 1819, il fait paraître le Recueil des divers costumes des habitants de Bordeaux et des environs (32 planches) gravées à Paris par Leroy et en couleurs. Puis, en 1823, après souscription des plus notables bordelais qui le patronnent maintenant, L’Album Bordelais ou Caprices, qui contient 32 planches lithographiées de sujets les plus divers. En 1829, un Album départemental de Bordeaux et de ses environs : sites, costumes, scènes locales, divers. En 1835, l’Album vinicole, contenant 20 planches donnant les vues des châteaux et propriétés produisant les vins des meilleurs crus du Médoc. Enfin, faisant chevaucher les livraisons, il publie à la fois et les feuillets d’une Galerie théâtrale, portraits d’actrices et d’acteurs et, sous le titre de Fantaisies, les planches d’un recueil de nouveaux costumes de grisettes et de cadichonnes, ainsi que de Parents — on appelait ainsi les Landais, qui venaient à Bordeaux montés sur leurs grandes échasses, couverts de leur peau de mouton et portant sur l’épaule leur besace de toile. Ces braves échassiers, suivant les usages de la Grande Lande où tout le monde dit être un peu cousin, traitaient de Parents les Bordelais qu’ils voyaient.

Entre temps, puisque la mine est bonne, et bonne pour lui seul à Bordeaux — car Lacour, tout directeur d’école qu’il soit, ne peut en 1826 placer aucune livraison ou presque des 150 dessins lithographiques de Mon portefeuille ni vendre en 1830 son Album autographique, Gustave de Galard imagine d’abonner ses admirateurs à un album périodique de portraits, de caricatures, de paysages, qu’il publie avec des réclames marquées de l’humour du jour. Ainsi le premier album est lancé avec l’annonce de cent livraisons annuelles et l’auteur « désirant ardemment que ses souscripteurs reçoivent le dernier numéro, leur promet de ne rien négliger pour tenir son engagement ».

Cette organisation de débit à long terme lui permet de penser que son existence d’artiste est liée à un travail obligatoire mais peut rouler désormais sur un fixe assuré. Il a fait construire par l’architecte Lafforgue sa maison à l’angle du cours d’Angoulême (allées d’Orléans) et de la rue de Condé, qui lui a coûté 61 000 francs de ses économies et de ses petites ressources de cadet de famille. Son atelier ou plutôt le lieu de livraison de ses publications se trouve là. Et Gustave de Galard fournissait un travail important. Les lithographies de ses albums étaient toutes coloriées à la main ; Madame Larue, qui eut le mérite de l’aider dans ce travail, devint sa femme.

Il semble que la mort en 1834 de son fils Georges, âgé de 23 ans et donnant les plus grandes espérances comme peintre et graveur, ait détendu les ressorts de l’activité de Gustave de Galard. En 1840, il quitte la ville pour s’installer dans une propriété dite l’Espiau, à la campagne ; à la campagne d’alors, au Petit-Laharpe, petit chemin d’Eysines, en face du domaine qui devint le Parc Bordelais, non loin d’un petit bien qu’il avait possédé déjà.

Les jeux cruels de la vie et de la mort espacent ses amitiés ; mais celles qui survivent, celles des gens du peuple dont il parle le patois gascon avec malice et celles de ses amis les plus fidèles, lui suffisent jusqu’à sa mort sans histoire, survenue le 7 mai 1841. Il allait avoir 62 ans. Ses obsèques eurent lieu le lendemain 8 mai, à une heure de l’après-midi, dans la basilique de Saint-Seurin de Bordeaux. Chose pénible, peut-on lire dans La Guyenne du 12 mai 1841, on remarqua le vide incompréhensible fait autour du cercueil de Gustave de Galard, qu’accompagnèrent seulement quelques amis fidèles, désireux de rendre les derniers devoirs à l’artiste distingué et à l’homme de bien que Bordeaux avait la douleur de perdre.

Marchande de paille. Lithographie de Gustave de Galard publiée dans L'Album Bordelais ou Caprices (1823)
Marchande de paille. Lithographie de Gustave de Galard
publiée dans L’Album Bordelais ou Caprices (1823)

Les articles nécrologiques de l’Indicateur et du Courrier de Bordeaux, dignes, justes et concis, le célébrèrent comme un artiste distingué, ayant illustré Bordeaux, remarquable par ses œuvres pleines d’esprit et son labeur infatigable. Il n’est en effet pas une publication bordelaise de son temps à laquelle n’ait collaboré cet infatigable artiste : La Flore bordelaise, en 1818 ; Le Musée d’Aquitaine, en 1823 ; Le Kaléidoscope, en 1826-1827 ; La Gironde, en 1834, contiennent de lui de spirituelles lithographies très prisées par les collectionneurs.

Gustave de Galard était un causeur aimable ; sa conversation, émaillée de traits originaux, était fort gaie, et il y mêlait parfois une pointe malicieuse et spirituelle, qui n’en était pas le moindre charme. L’esprit toujours en éveil, il saisissait promptement les menus incidents qui le frappaient. Assez grand, élancé, il avait été fort joli garçon, et les aventures, quelquefois un peu risquées, de sa jeunesse, qu’il narrait à ravir, auraient facilement formé les éléments d’un volume à consulter comme antidote par les gens moroses et à l’esprit chagrin.

 
 
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