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7 mai 1664 : Louis XIV donne les fêtes des Plaisirs de l'île enchantée à Versailles pour sa favorite Louise de La Vallière - Histoire de France et Patrimoine


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Éphéméride, Calendrier

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7 mai 1664 : Louis XIV donne les fêtes
des Plaisirs de l’île enchantée à Versailles
pour sa favorite Louise de La Vallière
(D’après « Les fastes de Versailles, depuis son origine
jusqu’à nos jours » (par Hippolyte Fortoul), paru en 1839)
Publié / Mis à jour le jeudi 13 avril 2017, par LA RÉDACTION

 
 
 
Versailles était l’asile préféré de tous les plaisirs du roi, et les femmes ne captivaient pas Louis XIV si elles ne parvenaient pas à se faire fêter dans son palais ; après avoir subjugué son âme il leur restait à franchir en reines le seuil de Versailles...

Louis XIV faisait toujours bâtir à Versailles ; il élevait longuement ce somptueux palais, l’ornait avec une patiente magnificence pour le rendre digne de loger sa monarchie. C’était là sa pensée la plus chère, la plus personnelle et la plus tenace ; il la caressait avec une affection persévérantes ; il était inconstant en amours et changeait souvent de maîtresse, mais il était fidèle à son palais ; il songeait à lui jour et nuit, et le parait avec la prodigalité d’un amant passionné, ne trouvant jamais qu’il l’eût assez enrichi ni qu’il l’aimât trop.

Les passions du Roi-Soleil s’épanouissaient plus librement en cet endroit, comme s’il s’y fût trouvé chez lui plus que partout ailleurs. Il y fixait ses rendez-vous les plus désirés ; ainsi le favori cachait sous son magnifique manteau l’illustre impudeur des favorites.

Louise de la Vallière, par Jean Nocret (1617-1672)
Louise de la Vallière, par Jean Nocret (1617-1672)

Mademoiselle de La Vallière n’était pas de ces beautés toutes parfaites qu’on peut admirer sans les aimer ; elle avait le teint beau, les cheveux blonds, le sourire agréable, les yeux bleus, le regard si tendre et en même temps si modeste qu’il gagnait le coeur et l’estime au même moment. Ces qualités étaient mêlées de défauts qui ajoutaient quelque chose de piquant à ses grâces ; elle était d’une taille médiocre, elle boitait, elle avait la bouche grande, elle était marquée de la petite vérole.

Elle avait l’esprit solide, orné et vif ; mais il paraît qu’elle ne se mettait pas en peine de ces ingénieux détours de la pensée et de ces raffinements de vue et d’ambition qui étaient alors en grande mode ; elle était sincère, fidèle, éloignée de toute coquetterie, et plus capable que personne d’un grand attachement. Elle était plus attentive à songer à ce qu’elle aimait qu’à lui plaire, toute renfermée en elle-même et dans sa passion, qui a été la seule de sa vie.

Telle était la femme qui occupa la pensée de Louis XIV aux meilleures années de sa vie ; c’était pour elle qu’il voulait orner Versailles ; c’était elle qui était l’âme de tous les enchantements qu’il prodiguait dans ce palais féerique qui commençait à sortir de terre.

Le monarque emprunta à l’amour de mademoiselle La Vallière une exaltation chevaleresque qu’il n’avait point encore montrée, et un élan de grandeur qu’il ne poussa jamais plus loin. Il fit pour elle, à Paris, dans la cour des Tuileries, un carrousel magnifique qui dura plusieurs jours. Mais c’est à Versailles qu’il donna les plus beaux divertissements dont son règne ait laissé le souvenir. La Vallière en était encore l’objet secret ; Anne d’Autriche, Marie-Thérèse et Henriette s’attribuaient l’honneur de ces fêtes, qui s’adressaient à une jeune fille que l’amour avait élevée au-dessus d’elles.

Le mercredi 7 mai 1664, la cour arriva à Versailles pour jouir des fêtes qu’on y avait préparées. L’idée en avait été donnée par le duc de Saint-Aignan ; un Italien nommé Vigarani s’était chargé d’en achever le plan avec lui : l’imagination de l’Arioste devait en faire tous les frais. Comme par enchantement Versailles devint le palais d’Alcine, et les seigneurs de la cour furent transformés en paladins. Ces divertissements composèrent ainsi une sorte de grand poème dramatique qu’on joua pendant trois jours, et auquel on donna pour titre : Les Plaisirs de l’île enchantée.

Les Plaisirs de l'île enchantée. Première journée : comparse des quatre saisons. Gravure d'Israël Silvestre
Les Plaisirs de l’île enchantée. Première journée : comparse
des quatre saisons. Gravure d’Israël Silvestre

Le premier acte ou la première journée de ce drame offrit aux yeux de la cour un carrousel magnifique. La lice était dans un bosquet où de grandes allées aboutissaient, entre de hautes palissades, par quatre portiques de trente-cinq pieds d’élévation, ornés de plusieurs festons enrichis d’or et de diverses peintures avec les armes de Sa Majesté. Les dames étaient assises sous des arcs de triomphe qui garnissaient les côtés. Le roi, portant le costume de Roger, et tout couvert de diamants, fit son entrée, précédé des hérauts d’armes, des pages et des écuyers, tous richement équipés, et suivi des chevaliers qui devaient lui disputer le prix.

Après la cavalcade on vit paraître un char colossal, représentant celui du Soleil entouré des Ages d’or, d’argent, de fer et d’airain, des Saisons, des Heures, etc. Les plus importants de ces personnages mythologiques vinrent tour à tour débiter aux reines des vers que le président de Périgny et Benserade avaient faits ; puis les courses commencèrent. Le roi fut constamment victorieux. La nuit venue, des tables furent dressées par les divinités qui entouraient le char du Soleil ; Pan et Diane s’avancèrent sur une montagne mue par des ressorts cachés, en descendirent, et firent servir sur ces tables une splendide et exquise collation. Derrière les tables, sur un théâtre improvisé, des musiciens exécutèrent des symphonies pendant le repas. Mademoiselle de La Vallière fut placée à table du côté de la reine-mère et pas loin d’elle.

Les jeux de la seconde journée se passèrent dans d’autres bosquets, élevés aussi par enchantement, et plus rapprochés du lieu où la fête devait se dénouer. À chaque journée on faisait un pas de plus vers l’étang où l’on avait construit le palais d’Alcine au milieu des eaux et vers la fin de la fête. Celle-ci fut principalement marquée par la représentation de La Princesse d’Élide, comédie nouvelle de Molière. Ainsi les chefs-d’œuvre de Molière servaient d’intermède aux grandes pièces féeriques que la cour de Louis XIV jouait. Mais de quoi était-il question dans cette comédie ? Voici ce que dit, dans la première scène, à Euryale, son confident Arbate :

Les Plaisirs de l'île enchantée. Seconde journée. Gravure d'Israël Silvestre
Les Plaisirs de l’île enchantée. Seconde journée. Gravure d’Israël Silvestre
Moi, vous blâmer, seigneur, des tendres mouvements
Où je vois qu’aujourd’hui penchent vos sentiments !
Le chagrin des vieux jours ne peut aigrir mon âme
Contre les doux transports de l’amoureuse flamme ;
Et, bien que mon sort touche à ses derniers soleils,
Je dirai que l’amour sied bien à vos pareils ;
Que ce tribut qu’on rend aux traits d’un beau visage
De la beauté d’une âme est un vrai témoignage,
Et qu’il est malaisé que, sans être amoureux,
Un jeune prince soit et grand et généreux.
C’est une qualité que j’aime en un monarque ;
La tendresse du cœur est une grande marque
Que d’un prince à votre âge on peut tout présumer
Dès qu’on voit que son âme est capable d’aimer.
Oui, cette passion, de toutes la plus belle,
Traîne dans son esprit cent vertus après elle,
Aux nobles actions elle pousse les cœurs,
Et tous les grands héros ont senti ses ardeurs.

L’allusion était facile à saisir ; mais elle devient plus évidente encore dans la réponse qu’Euryale fait à son confident. Quelle est cette princesse d’Élide qu’aime le prince d’Ithaque ?

Un bruit vient cependant à répandre à ma cour
Le célèbre mépris qu’elle fait de l’amour ;
On publie en tous lieux que son âme hautaine
Garde pour l’hyménée une invincible haine,
Et qu’un arc à la main, sur l’épaule un carquois,
Comme une autre Diane elle hante les bois,
N’aime rien que la chasse, et de toute la Grèce
Fait soupirer en vain l’héroïque jeunesse.

On ne s’y méprit point ; tout le monde reconnut à ce portrait la vertu de mademoiselle de La Vallière qui résistait depuis plusieurs années à toutes les séductions royales. Molière voulut se représenter lui-même dans cette comédie où il avait représenté le roi et son amante ; il s’y donna la figure d’un bouffon, et, pour qu’on doutât moins de l’analogie, il en voulut remplir le rôle. Mais il prit soin de faire dire à la cour quelle espèce de bouffon il était :

Par son titre de fou tu crois bien le connaître ;
Mais sache qu’il l’est moins qu’il ne le veut paraître,
Et que, malgré l’emploi qu’il exerce aujourd’hui,
Il a plus de bon sens que tel qui rit de lui.

Commandé pour divertir les courtisans, Molière sentait qu’il méritait tout autre chose que la gaîté qu’il inspirait ; du haut du théâtre sur lequel il grimaçait par ordre du roi, il promenait l’œil d’un philosophe sur la foule brillante qui l’applaudissait ; et, entre deux éclats de rire, il lui adressait à la dérobée un mélancolique regard qui semblait lui dire : « Tu es plus folle que moi ! »

La troisième journée de la fête se passa autour de l’étang dans lequel s’élevait le palais d’Alcine. Le temps se montra un peu contraire ; il fit un grand vent qui faillit empêcher les divertissements qu’on attendait. Mais on plaça, presque en un instant, de hautes toiles et des bâtiments de bois qui abritèrent les spectateurs, et à la place des quatre mille bougies qui ne pouvaient résister au vent, on alluma un nombre prodigieux de torches et de flambeaux de cire blanche. C’est au milieu de cette illumination extraordinaire que le palais d’Alcine montra ses enchantements à la cour, et finit par vomir un magnifique feu d’artifice qui éclaira sa destruction.

Les Plaisirs de l'île enchantée. Troisième journée. Gravure d'Israël Silvestre
Les Plaisirs de l’île enchantée. Troisième journée. Gravure d’Israël Silvestre

Les Plaisirs de l’île enchantée furent terminés à ce point ; mais le roi voulut prolonger encore les fêtes, et il retint la cour. Le lendemain, qui était samedi, 10 mai, il fit courir la teste, sorte de jeu nouveau qui était venu d’Allemagne : la lice fut placée dans la cour de marbre ; la reine elle-même fournit le prix, qui était une rose de diamant. Les dames se mirent au balcon, et, appuyées sur la balustrade de fer doré qui faisait alors le tour du palais, elles jugèrent des coups. Au premier assaut le roi fut vainqueur ; il proposa de nouveau le prix qu’il avait remporté ; le marquis de Coaslin le gagna au marquis de Soyecourt.

La matinée du dimanche se passa en causerie ; on parla des coups de la veille, et on fit un pari pour le lendemain ; puis on alla, avec le roi, visiter la ménagerie qui était située à une extrémité du parc, dans un endroit où Louis XIII élevait ses chiens et ses oiseaux de chasse ; on y admira des bêtes de toutes les façons. Le soir on eut le divertissement d’une comédie que les fêtes de Vaux avaient rendue célèbre ; Molière joua Les Fâcheux, et on jugea que la scène du chasseur était la plus belle, parce qu’on savait que le roi en avait donné l’idée.

Le lundi, les dames tirèrent une grande loterie, après quoi on vida les paris de la veille. Ce fut le duc de Saint-Aignan qui gagna. Le soir, le roi fit jouer les trois premiers actes de Tartufe, que Molière n’avait pas encore achevé. Quoique la cour fût alors livrée tout entière à la galanterie, on trouva bien grande la hardiesse du poète. Les vers furent jugés très beaux et les scènes admirablement conduites ; mais Louis XIV, tout en prodiguant ses éloges à Molière, défendit de donner au public la représentation qu’il venait de voir, « parce que, dit-il, il est fort difficile de faire la différence des vrais et des faux dévots. »

Pauvre Molière ! s’il avait composé La Princesse d’Élide, s’il avait fait l’éloge du prince, s’il avait justifié son amour, s’il avait divinisé sa maîtresse, s’il avait pris lui-même dans la pièce un rôle de bouffon et d’entremetteur, c’était pour faire passer Tartufe sous la protection des bonnes grâces royales. Il vit donc toute sa peine perdue, et toute l’humiliation à laquelle il s’était soumis inutile. Il ne se découragea pas néanmoins et n’abandonna pas l’œuvre capitale de sa vie et de son siècle ; il compta sur son génie et sur son habileté pour vaincre les répugnances du roi.

Le mardi fut employé à courre les testes, dont le roi remporta encore le prix. Et Molière fournit encore les divertissements de la soirée ; il représenta Le Mariage forcé, comédie-ballet, dans laquelle le roi avait dansé le 29 janvier de la même année. Ainsi Louis XIV et Molière étaient les héros de ces fêtes. Pendant le jour c’était le roi qui faisait l’admiration de sa cour par son grand air de noblesse, par ses travestissements somptueux, par ses habits de parade chargés d’or et de diamants, par ses triomphes sans contestation, par tout l’éclat de sa personne et de son rang. Mais le soir cette majesté faisait place à un autre ; elle se couchait avec le soleil auquel les poètes la comparaient sans cesse ; un astre non moins éblouissant montait à l’horizon : Molière faisait briller la lumière et la raison de son génie ; c’était la splendeur de l’esprit qui succédait à celle de la puissance.




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