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Fontaine de Rouen (La plus ancienne) ou comment une croix de pierre triomphe d'une pyramide, d'un révolutionnaire et des soubresauts politiques

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Fontaine de Rouen (La plus ancienne)
ou comment une croix de pierre triomphe
d’une pyramide, d’un révolutionnaire
et des soubresauts politiques
(D’après « La Mosaïque : revue pittoresque illustrée
de tous les temps et de tous les pays », paru en 1875)
Publié / Mis à jour le dimanche 11 octobre 2015, par LA RÉDACTION
 
 
 
La Fontaine de la Croix-de-Pierre, à Rouen, est un monument dont l’histoire, on ne peut plus singulière et mouvementée, aboutit à son démantèlement au début du XIXe siècle, avant qu’une réplique exacte soit de nouveau érigée sur le même emplacement et que, eu égard aux charmes de la construction originelle, la plus ancienne fontaine de la ville, on ne décide de reconstituer celle-ci, pierre à pierre, en un autre endroit de la cité, offrant à Rouen l’occasion de se prévaloir de posséder un double exemplaire d’un même monument...

Construite en 1515, cette pyramide-fontaine ne fut jamais ni dans l’intention de l’architecte, ni dans l’intention du cardinal Georges d’Amboise auquel elle est due. Destinée à supporter une croix, c’était un monument purement civil, une riche borne-fontaine, un petit château d’eau gothique comme on en construisait tant alors et de formes si diverses, ainsi qu’on le peut voir à Rouen même, où l’on retrouve encore, dans le genre gothique, la fontaine Saint-Maclou, la fontaine de la Crosse, la fontaine Lisieux.

Comment la pyramide est-elle devenue croix de pierre ? L’histoire mérite d’être racontée. Vers la fin du XIIe siècle, au temps de Philippe Auguste, il y avait à Rouen un archevêque du nom de Gauthier de Coutances. Cet archevêque possédait à Andely un coin de côte aride dont Richard Coeur de Lion s’empara sans cérémonie pour y planter sa forteresse appelée Château-Gaillard. L’archevêque de Rouen réclama, prêcha, excommunia. Richard n’en tint compte, mais le prélat fit un tel ameutement des populations pour son lopin de côte englobé dans la citadelle qu’à la fin le Coeur de Lion céda ; il ne démolit pas bien entendu sa citadelle, mais il rendit à l’archevêque normand, en échange de ce qu’il lui avait pris, un autre terrain beaucoup plus grand et de meilleur rapport.

Gauthier en fit chanter dans sa cathédrale des Te Deum qui ne finissaient pas, et, pour perpétuer à jamais ce triomphe, il fit ériger des croix en plusieurs points de la ville ; mais la plus belle de ces croix fut construite en pierre, au principal carrefour de la région est de la ville, non loin de la porte Saint-Hilaire ; au pied de cette croix de pierre, il fit graver cette superbe inscription, bien digne d’un plaideur normand qui vient, après longues plaidoiries, de regagner son coin de terre :

TV AS VAINCV, GAVTHIER

Le carrefour devint donc la place de la Croix de pierre ; et lorsqu’en 1515 on érigea la gracieuse pyramide-fontaine, elle prit le nom tout naturellement de Fontaine de la place de la Croix de pierre, et puis, pour abréger, celui de Fontaine de la Croix de pierre. La vraie croix de pierre de l’archevêque Gauthier, construite en 1197, était toujours là ; mais, en 1562, les huguenots la renversèrent. Il n’en fut plus question jusqu’en 1628 ; mais, à cette époque, le catholicisme venait de remporter avec Richelieu son succès de La Rochelle, et plus on détruisait partout les vieilles citadelles féodales, plus on élevait et restaurait les croix.


Fontaine de la Croix-de-Pierre à Rouen

La croix de pierre fut donc réédifiée, mais elle le fut moins solidement qu’autrefois ; il n’en faut pas douter, car, en 1774, moins d’un siècle et demi après sa restauration, la voilà qui menace ruine ; on projette de la réparer ; mais comme alors l’usage des chariots, voitures et carrosses commençait à se propager, comme la vieille croix gênait un peu la circulation, les habitants en demandèrent la disparition. La chose fut accordée, à cette condition pourtant qu’une croix en pierre remplacerait la pointe élégante de la pyramide-fontaine.

Le monument civil de 1515 devint ainsi lui-même la croix de pierre. Mais la pauvre fontaine n’était pas au bout de ses aventures. En 1792, la croix fut abattue et remplacée par le buste du citoyen Marat. Il va sans dire que Marat n’eut pas longtemps ce triomphe ; il disparut à son tour, et l’édifice n’eut plus ni croix, ni buste, ni pointe. Il avait eu d’ailleurs beaucoup à souffrir. On dut une fois encore le réparer. Cette nouvelle réparation eut lieu en 1816, et la croix fut replacée.

Mais vint 1830 ; un drapeau tricolore fut attaché à la croix, retiré, puis remis à chaque anniversaire pendant quelques années ; ce drapeau fut cause que de nouveau la croix eut à souffrir ; et puis le temps, et puis les hivers et le vent et la pluie agissant, voilà, vers la fin du Second Empire, la fontaine de nouveau dégradée. On parle de la réparer. « La réparer, dit l’architecte, il vous sera plus économique de la rebâtir tout à neuf ». Ainsi fut dit, ainsi fut fait ; la pyramide de 1515 fut définitivement rasée et remplacée par une pyramide à croix du gothique le plus pur.

C’est alors qu’on s’aperçut qu’au monument primitif il y avait toutes sortes de charmes. Proposition est faite d’en reprendre et d’en réunir toutes les pierres dispersées. L’ancienne pyramide fut donc transportée pierre à pierre du quartier Saint-Hilaire au quartier Beauvoisine, et reconstruite dans le jardin de l’École de médecine, près de l’ancien couvent de Sainte-Marie, où les curieux peuvent la voir et la comparer à la sœur cadette qui a pris sa place vers 1870.

On pourrait s’étonner de cette réédification de l’ancienne fontaine de la Croix de pierre dans le jardin de l’École de médecine, si nous n’ajoutions que ce jardin sert d’entrée au musée départemental d’antiquités. Ainsi, la pyramide de Georges d’Amboise est aujourd’hui transplantée dans l’ancien jardin des Visitandines, en même temps qu’on en retrouve le calque parfait en son lieu primitif. Existe-t-il une autre ville que Rouen où l’on ait ainsi à double exemplaire un même monument ?

 
 
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