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Histoire des Français. Le Directoire : régime révolutionnaire liberticide ruinant la France, son administration, ses institutions. Révolution française - Histoire de France et Patrimoine


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Histoire des Français

L’Histoire des Français : systèmes politiques, contexte social, population, économie, gouvernements à travers les âges, évolution des institutions.


Le Directoire : régime révolutionnaire
liberticide ruinant la France
(D’après « Minerva », paru en 1902)
Publié / Mis à jour le dimanche 29 décembre 2013, par LA RÉDACTION

 
 
 
Liberticide et tyrannique, recourant à l’amende, à la prison et à la violence, le Directoire, régime auquel eut recours la Première République et façonnant la France de 1795 à 1799, participa de la ruine de notre pays, sabordant les institutions, démantelant les administrations, s’attaquant aux traditions, imposant au forceps une nouvelle religion tout en pourchassant les prêtres réfractaires, réformant l’enseignement afin d’ « inonder le pays de lumière », réglementant dans les moindres détails la vie d’un citoyen français désormais traqué

En 1902, l’historien et académicien Albert Vandal explique dans le tome 1 de L’avènement de Bonaparte que « depuis la chute de Robespierre jusqu’à l’avènement de Bonaparte, fait domine l’histoire politique de la Révolution : l’effort des révolutionnaires nantis, en possession des places et de l’influence, pour se maintenir au pouvoir, pour s’y perpétuer obstinément malgré et contre la nation. »

Mode sous le Directoire
Mode sous le Directoire

Ces révolutionnaires de la basse époque ne comptaient plus dans leurs rangs un homme de valeur ; mais ils formaient une association que maintenaient l’intérêt et de mesquines passions. Une citation de La Fayette, de qui nul ne suspectera l’attachement aux principes essentiels de la Révolution, se place ici très opportunément : « Représentez-vous, s’écriait le grand libéral désabusé, représentez-vous nombre d’individus qui, à force de crimes politiques et sociaux, ont accaparé des emplois. Les plus vils sont gorgés de pillage. D’autres ont deux ou trois actions dans leur vie qui troublent leur conscience, toute robuste qu’elle est. Les plus dégagés ne peuvent plus, sans embarras, rencontrer les yeux des honnêtes gens.

« Représentez-vous ensuite une multitude d’inférieurs qui, dans leur commune, ont commis telle vexation, tel sacrilège qu’on a décoré du nom de républicain, mais qui a perdu ces gens-là pour toujours. Voilà ce qui s’est constitué essentiellement la République française. Ce parti s’appuie sur les intérêts de beaucoup de gens et sur un petit nombre de républicains enthousiastes ». Le trait distinctif de tous ces hommes, et en y comprenant même ceux qui, au point de vue privé, pouvaient être considérés comme d’honnêtes gens, c’est, dit Vandal, la bassesse morale. « Chez eux, nulle conception élevée de leurs devoirs et de leurs droits, nulle générosité de cœur ou d’esprit, nul effort pour pacifier et rassembler la nation, nulle pitié pour cette malheureuse France, qui souffrait tant de maux. »

Matériellement le pays tombait en ruines. Les finances publiques étaient détruites, les rouages administratifs ne fonctionnaient plus. Dans nombre de localités, la journée seule appartient à l’autorité. Dès que la nuit est venue, coupeurs de bourses et trousseurs de filles règnent en souverains. Le brigandage a pris des proportions inouïes et qu’on n’avait plus connues depuis les guerres de religion. Bandes de brigands des plus variées, où l’on trouve des désespérés, des déserteurs et des réfractaires, ces derniers de plus en plus nombreux, des partisans qui, sous couleur de royalisme, dévalisent les diligences transportant les fonds publics. Nul ne voyageait plus en sécurité. « Soudain, à l’un des angles de la route, des fusils braqués luisent et de sataniques figures surgissent de la broussaille, hommes au visage couvert d’un crêpe ou noirci à la suie. »

Si l’administration ne fonctionne pas, ce n’est pas faute de fonctionnaires. Les fonctions ont été par la Révolution incroyablement multipliées. Ne fallut-il pas satisfaire les cupidités qui grouillaient sur elle, alimenter ses créatures, payer ses soutiens ? « Aussi, dit Vandal, voyait-on une foule d’administrateurs et fort peu d’administration ; dans les campagnes, des gardes champêtres et des gardes forestiers par milliers, peu de police rurale ; dans les villes, des préposés à toutes sortes de services, des commis, des policiers, et peu de police », à l’exception de l’inquisition et de la délation politiques qui, elles du moins, fonctionnaient activement « Partout, conclut Vandal, le désordre dans la comptabilité, le désordre dans les recettes et les dépenses, le désordre dans la disposition même des locaux affectés aux services et dans la tenue des paperasses, un désordre sans nom, un incomparable gâchis. »

Outillé comme on vient de le dire, l’État n’en tenait pas moins à prendre sur lui tous les services, à se mêler de toutes choses. Il ne se contentait plus, comme jusqu’à la Révolution il avait semblé que ce fût son unique rôle, d’assurer les grands services et de pourvoir à la défense du pays. « La République doit encore, dit Vandal, élever républicainement les enfants, soigner les malades, assister les indigents, recueillir les orphelins ; elle doit se faire curatrice universelle, maîtresse d’école, infirmière et nourrice. »

Cependant, gouvernement et administration ne s’occupant que de politique, l’argent devient de plus en plus rare : et comme l’État s’est chargé de tout, tout manque à la fois. Laissera-t-il au moins agir les initiatives individuelles ? « Les autorités actuelles, écrit de Lyon le général Moncey, et surtout l’administration centrale sont devenues, à force de malversations, une calamité publique. Tout est entravé par l’action administrative, tout y est refroidi par ses insinuations, même par sa seule présence. »

L’instruction publique est nulle. Hôpitaux et hospices sont misérables. A Aix, deux infirmiers étouffent un malade pour le voler : « Ils faisaient les républicains, dit un texte contemporain, et l’on s’était vu forcé de leur donner de l’emploi ». Les enfants assistés, les enfants de la République, périssent par milliers entre les mains des femmes auxquelles ils sont abandonnés sans surveillance. Les prisons sont d’un aspect répugnant. Il est vrai que les murs en sont dans un tel délabrement que les détenus s’en évadent avec la plus grande facilité. Reprenant une tradition d’ancien régime, en quelques endroits, les geôliers permettent à leurs hôtes de s’aller promener à leur plaisir. Plus de travaux publics. Chemins, digues, canaux sont également délaissés. Les loups apparaissent par bandes nombreuses jusqu’aux portes des villes. Des contrées entières, récemment encore cultivées, retombent on friche. Vandal cite les noms, donne les textes précis.

Pièce de 1 centime sous le Directoire
Pièce de 1 centime sous le Directoire (an VII)

C’est l’anarchie et, comme il advient toujours dans les Etats anarchiques, c’est la destruction de la liberté. « Parmi les légendes qui se sont accréditées sur le Dix-huit Brumaire, dit Vandal, il n’en est pas de plus erronée que celle de l’acte liberticide. Ce fut longtemps un lieu commun historique que de représenter Bonaparte brisant du revers de son épée une légalité réelle et étouffant sous le roulement de ses tambours, dans l’Orangerie de Saint-Cloud, les derniers soupirs de la liberté française. En présence des faits mieux reconnus et étudiés, il n’est plus permis de répéter cette solennelle niaiserie. On peut reprocher à Bonaparte de n’avoir pas fondé la liberté ; on ne saurait l’accuser de l’avoir détruite », pour la simple raison qu’elle n’existait plus.

A ce point de vue, la situation religieuse est, comme toujours, très intéressante à étudier. Peut-être bien que, parmi les Jacobins au pouvoir, quelques-uns avaient encore en tête quelques idées de liberté. « Ils adoraient platoniquement la liberté, écrit Vandal, mais l’ajournaient jusqu’au moment impossible où toute la Fiance penserait comme eux. » Ils croyaient très sincèrement que la liberté consistait à penser comme eux.

De 1795 à 1797, on avait assisté à une vive renaissance du catholicisme. La France, se ressaisissant dans ses couches profondes, revenait à une religion qu’elle avait faite, et où elle avait mis, à travers les siècles, l’essentiel de ses traditions morales. La liberté religieuse avait d’ailleurs été finalement proclamée par la Convention. La loi du 3 ventôse déclarait : « L’exercice d’aucun culte ne peut être troublé la République qui n’en salarie aucun. » Pour confirmer cette liberté du culte, le Directoire, depuis fructidor an V (août 1797) jusqu’à prairial an VII (mai 1799), lança près de deux mille arrêtés de déportation contre des ecclésiastiques français. Quelques prêtres sont transportés en Guyane parce que « leur présence pouvait occasionner des troubles » ; d’autres parce qu’ils sont entachés de superstition ; un curé fut envoyé en Guyane pour « exorcisme ».

Le Directoire imposa de nouveau aux prêtres la prestation du serment. La plupart s’y refusèrent. « Ils abandonnaient les églises ; les uns, renonçant à toute fonction ecclésiastique, se tenaient cachés ; les autres s’en allaient hors des habitations, dans les granges, dans les souterrains, au fond des forêts, célébrer un culte héroïque et furtif. » Il y eut plus de prêtres dans les bois que dans les villes. On citait des départements entiers où l’exercice du culte paraissait de nouveau suspendu. « L’Église, dit Vandal, était rejetée au désert. »

Les Jacobins, qui, vrais sectaires, avaient l’esprit plus religieux que ceux qu’ils proscrivaient, créèrent d’ailleurs une religion pour remplacer celle qu’ils poursuivaient d’une haine étroite. Ce culte avait un beau nom, le culte de la patrie. Le dernier jour de la décade, le décadi, fut choisi pour la célébration de la religion d’État. « Au jour dit, dans un décor solennel et pastoral, les administrateurs des cantons réunissaient les habitants autour de l’autel de la Patrie, lisaient et commentaient les lois, sermonnaient laïquement, interrogeaient les enfants, citaient les faits de vertu civique avec accompagnement d’orgues et de chants. » Cérémonies solennelles et touchantes, bien qu’au point de vue liturgique elles n’eussent rien de bien neuf.

Les Jacobins entendaient opposer leur calendrier décadaire au calendrier grégorien. Ils prétendaient que l’on ne célébrât plus d’autre fête en France que les fêtes de leur invention. Noël et l’Assomption s’effacèrent devant la fête du chien et celle du lapin. Nous parlons sérieusement. « Ce calendrier, dit Vandal, aux noms sonores, poétiques, évocateurs, faisant passer devant nous tout le cycle de l’année avec ses splendeurs et ses tristesses, excite aujourd’hui une indulgente curiosité. On oublie trop qu’il institua en France une tyrannie de plus et fit pendant plusieurs années la désolation du peuple. »

Un arrêté du 14 germinal interdit de tenir marché au poisson les ci-devant vendredis. A Paris, on ferma l’oratoire établi aux Carmes parce qu’on y avait célébré la fête des rois, et de fait, aux yeux d’un Jacobin, c’était double sacrilège. A Strasbourg, un débitant de comestibles fut condamné à l’amende pour avoir mis sur son étal, un jour d’abstinence, plus de carpes et de brochets que d’habitude. Trois cent cinquante jardiniers furent poursuivis judiciairement pour avoir célébré le dimanche en ne portant pas ce jour-là leurs légumes au marché. Il y eut des vexations plus graves. Les jours de foires et de marchés, fixés séculairement, durent être déplacés, quand ils se trouvèrent tomber un décadi, nouveau jour férié. Les mariages ne furent plus célébrés que le décadi et dans le temple du chef-lieu de canton. « Ce qui obligeait les mariés villageois à de longs trajets, et les exposait aux plaisanteries des mauvais plaisants de petites villes. »

Le gouvernement intervint pour obliger les gens à quitter le dimanche leurs habits de fête, et pour les leur faire endosser le décadi. Le 11 thermidor, les Jacobins firent un pas de plus. Ils promulguèrent la loi du chômage obligatoire. Tous les travaux durent être interrompus le décadi, « à l’exception de ceux qui seraient jugés par les corps administratifs présenter un caractère d’urgence ». Et pour imposer l’observance de ce nouveau dimanche on recourut aux meilleurs moyens : à l’amende, à la prison, à la violence ; on employa la troupe et l’on fit tirer sur les gens. A Manosque, on fusilla les paysans qui travaillaient dans les champs.

Une difficulté s’imposa à l’attention du législateur : quels travaux seraient autorisés et quels seraient prohibés au saint jour du décadi ? On appréhenda à Saint-Germain-en-Laye un maréchal ferrant qui avait ferré ce jour le cheval d’un voyageur. Le criminel allégua pour sa justification « qu’il avait ferré ledit cheval avec des fers préparés dans le cours de la décade ». D’autre part, le cheval avait besoin d’être ferré et le voyageur devait continuer sa route. Grave embarras. Le ministère de l’Intérieur réunit des jurisconsultes et rendit une consultation qui fit dorénavant jurisprudence en matière de ferrage des chevaux un jour de décadi, avec des fers préparés dans le cours de la décade.

Quand, passant dans la rue, un décadi, les agents du gouvernement percevaient quelque bruit suspect, les battements d’un métier, te bourdonnement d’une roue, ils envahissaient la maison et dressaient procès-verbal. « Ils en vinrent à interdire aux ouvriers de travailler dans leur domicile, portes et fenêtres closes et sans bruit. » En Ille-et-Vilaine, une pauvre vieille de quatre-vingt-deux ans fut condamnée à l’amende parce qu’elle avait filé sa quenouille un décadi « à vue de la rue ». La bonne femme en cornette blanche assista avec surprise à toute l’affaire dont elle se trouvait l’héroïne et la victime, sans parvenir à comprendre de quoi il retournait.

On empêcha enfin le paysan de danser le dimanche sur l’herbe en fleurs, sous la feuillée. Mais il lui fut ordonné de danser par compensation le décadi. Les gendarmes interviennent. Les gars sont appréhendés, les coiffes des filles sont mises en pièces. Dans l’Yonne, des paysans criaient : « Où est donc la liberté si nous ne pouvons pas danser quand nous voulons ! » C’étaient des gens simples, aux cerveaux obscurcis, et qui n’entendaient pas la liberté.

Les lois sur l’enseignement couronnèrent l’édifice. Les Jacobins disaient : « Si le peuple s’attarde à ses vieux préjugés, c’est qu’il est ignorant et que de perfides instituteurs lui insufflent la superstition et le fanatisme. Donc, il faut républicaniser l’instruction et en même temps l’étendre : inonder le pays de lumière ». Il fallait faire « l’unité morale de la France ». La Convention, dans un moment d’égarement, avait, il est vrai, décrété la liberté de l’enseignement. On avait proclamé, le 17 brumaire an III (7 novembre 1794) : « La loi ne peut porter aucune atteinte aux droits qu’ont les citoyens d’ouvrir des écoles particulières et libres. » Des écoles « particulières » s’étaient ouvertes. Ce furent des foyers de « fanatisme », où l’on enseignait les superstitions. Et par une aberration inconcevable, c’est dans ces écoles particulières que les Français s’obstinaient a envoyer leurs enfants.

Tous les documents l’attestent : les maîtres de l’État enseignaient dans le vide. « On voyait même, écrit Vandal, des révolutionnaires considérables, qui se targuaient publiquement d’incrédulité, céder en ce qui concernait leur famille aux vieux préjugés et faire élever chrétiennement leurs enfants. » On trouvait dans les « écoles de fanatisme » des enfants de députés. « Des députés, dit Schmidt dans ses Tableaux de la Révolution, qui, en 1792 et 1793, se sont le plus élevés contre les prêtres, ne regardent leurs filles bien élevées que quand elles ont fait leur première communion. » Scandale qui, heureusement, ne s’est pas renouvelé depuis.

On trouva d’ailleurs des remèdes. Le Directoire enjoignit aux fonctionnaires d’envoyer leurs enfants aux écoles publiques. On élabora un projet de loi décidant : « qu’à une époque déterminée nul ne pourrait devenir fonctionnaire, s’il n’avait passé par tous les degrés des écoles primaires et centrales ». Et ce furent des destitutions d’instituteurs et d’institutrices, l’obligation aux écoles particulières de fermer le décadi et d’enseigner le dimanche, l’ordre d’afficher dans les locaux en gros caractères la Déclaration des droits et des devoirs du citoyen. Une surveillance rigoureuse fut exercée sur l’enseignement privé. Il s’agissait de « républicaniser l’enseignement et de l’uniformiser ». « Nous jugeons, disaient les administrateurs de la Seine, que si ces établissements n’étaient sévèrement surveillés, il existerait dans la République deux espèces d’écoles, deux sortes d’éducation. »

Mode sous le Directoire
Mode sous le Directoire

Cependant le commerce et l’industrie dépérissaient. A Lyon, 13000 ateliers sur 15000 ont été fermés. Le port de Marseille est désert ; à Bordeaux, les rues ne sont même plus éclairées le soir. « Morte l’exportation des toiles de Bretagne et de Normandie ; morte l’exportation des draps du Languedoc. A Thiers, les fabriques de coutellerie produisent moitié moins qu’en 1789. Au Havre, tous tes magasins sont fermés. A Calais, à peine quelques mâts dans le port. Une population en carmagnole et en bonnet de coton traîne ses sabots le long de la jetée au-devant des rares navires qui apparaissent. » Et partout les plaies béantes des attentats révolutionnaires. A Arras, toute une rue a été dépeuplée par la guillotine : la peste rouge. Tant d’édifices ont été détruits qu’on ne trouve plus à en vendre les matériaux. Et Paris souffrait autant que la province. Tel patron, qui employait soixante à quatre-vingts ouvriers, n’en emploie plus que dix à présent.

On voyait cependant prospérer une classe parmi tant de misères. « Dans le trouble général des affaires et des transactions, écrit Vandal, une affaire subsiste, énorme, colossale, extraordinaire : c’est la Révolution elle-même. L’accroissement inouï des besoins et des services publics, les nécessités des armées ont fait surgir une foule, un peuple, une race de fournisseurs, munitionnaires, commissaires, ordonnateurs, vivriers, traitants, sous-traitants, trafiquants hauts et bas, de mine insolente et chafouine. »

Ils fourmillent sur l’État comme la vermine sur un corps en décomposition ; ils s’engraissent et prospèrent. Derrière eux vont les commissaires-priseurs, les experts, les huissiers, les clercs, les avocats, les gens de basoche et de procédure. Que dirait à présent le vieux marquis de Mirabeau qui, à coups de canne, chassait de ses terres recors et huissiers venant instrumenter sur ses vassaux, s’indignant que l’on « changeât en encre le sang des sujets du roi ? » Nul crédit. C’est le règne de la brocante et de l’usure : prêteurs à gages, prêteurs à la petite semaine, usuriers, Lombards et Juifs. Et par-dessus le pullulement des insectes parasites, les grands rongeurs, les fournisseurs qui ont raflé des millions dans les fournitures des armées, les spéculateurs qui ont habilement manœuvré dans les grandes crises d’agiotage, les aigrefins de la finance. Et leur prospérité, leur insolence, sont une marque nouvelle du délabrement général.

Le 18 brumaire, le Conseil des Anciens, usant du droit que lui avait donné la Constitution, avait décidé que le Parlement siégerait dorénavant à Saint-Cloud. Au matin de la journée décisive du 18 brumaire, Paris commençait à respirer. Vandal en donne un charmant tableau. « Dans la foule qui s’amassait autour des Tuileries, aucun désordre n’éclatait, une animation joyeuse régnait. Paris avait sa physionomie des jours de fête plutôt que des jours de révolution. Chacun comprenait cependant qu’il s’agissait de renverser le Directoire. On disait : Le Directoire est en bas, et cette idée réjouissait.

« Il tombait enfin, ce gouvernement pourri qui, depuis longtemps, ne tenait plus debout et continuait pourtant à faire peser sur la France une laide tyrannie. Sa chute contentait à peu près tout le monde. Un sentiment de soulagement et de délivrance dominait. (...) Un nom volait sur les bouches, revenait dans toutes les conversations, obsédait les imaginations, remplissait Paris : Bonaparte. Avec une curiosité allègre, la foule vit le général poindre à l’entrée de la place avec ses officiers. Elle vit l’illustre chevauchée passer à travers les troupes à pied, obliquer vers les Tuileries et s’engager dans le jardin. Des acclamations s’élevaient ; ce cri significatif partait : Vive le libérateur ! »

Peu d’heures après, dans l’Orangerie de Saint-Cloud, les tambours frappaient sur leurs caisses à tour de bras. C’est une rumeur sonore, puissante, triomphale et qui éveillait dans l’âme des Jacobins l’écho des tambours roulant au pied des guillotines pour étouffer les dernières plaintes des victimes qu’ils avaient immolées. Un second groupe de soldats, sous Leclerc, a rejoint le premier. Grenadiers, en avant ! crient des voix de commandement, et Murat plus crûment : « F..... -moi tout ce monde dehors ! »

Le soir même on rassembla les députés dévoués, ceux qui, avec la rapidité et la détermination souvent appréciées, s’étaient tout aussitôt tournés vers l’astre levant. On battit la forêt de Saint-Cloud, on en trouva derrière les buissons. On constitua ainsi une manière de Parlement qui consolida sans tarder le nouvel état de choses. Boulay présenta le rapport dont il avait été chargé. Il commença par constater qu’il n’existait en France ni liberté publique, ni liberté particulière. La nécessité qui s’imposait était de restaurer en France la notion de gouvernement.

Bonaparte se mit immédiatement à la tâche de reconstitution. Mais une chose manqua à Bonaparte : diriger dans la voie de la tradition un État fort de traditions communes. Nul génie, nulle sagesse ne peut remplacer ce patrimoine d’expériences que le génie et la sagesse de tout un peuple ont laborieusement constitué d’âge en âge, fortifié ou transformé à travers tant d’efforts et de douleurs. Il en est des peuples comme des familles. Le jour où ils ont détruit leurs traditions, ils peuvent encore produire de grands hommes : la grandeur commune est atteinte et les voilà qui, peu à peu, progressivement, s’enlisent dans une existence sans souffle, dans une vie éteinte, jusqu’au jour où l’histoire les voit disparaître devant leurs voisins plus puissants.




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