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Coutumes et traditions. Vie quotidienne des prisonniers de la Bastille ou le mythe des cachots insalubres - Histoire de France et Patrimoine


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Histoire des Français

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Vie quotidienne des prisonniers
de la Bastille ou le mythe
des cachots insalubres
(D’après « Le Monde illustré », paru en 1898)
Publié / Mis à jour le mardi 20 mars 2018, par LA RÉDACTION

 
 
 
Dans la deuxième édition de Légendes et archives de la Bastille parue en 1898, ouvrage charmant et plein de faits nouveaux, l’historien Frantz Funck-Brentano, érudit bibliothécaire de l’Arsenal, nous révèle des détails vraiment surprenants sur la manière dont les pensionnaires de la célèbre prison d’Etat étaient nourris et soignés

Le gouverneur touchait, pour l’entretien d’un homme de condition inférieure, trois livres par jour ; pour l’entretien d’un bourgeois, cinq livres ; d’un financier, d’un juge, d’un homme de lettres, dix livres ; d’un conseiller au Parlement, quinze livres. Le cardinal de Rohan y faisait une dépense de cent vingt francs par jour. Le prince de Courlande, pendant un séjour de cinq mois à la Bastille, dépensa vingt-deux mille francs.

Aussi lisons-nous avec le plus grand étonnement la description des repas que faisaient les prisonniers. Renneville, de qui le témoignage est d’autant plus important que son livre est un pamphlet contre le régime de la Bastille, parle en ces termes de son premier repas : « Le porte-clefs mit une de mes serviettes sur la table et y plaça mon dîner qui consistait en une soupe aux pois verts, garnie de laitue bien mitonnée et de bonne mine, avec un quartier de volaille dessus ; dans une assiette, il y avait une tranche de bœuf succulent avec du jus et une couronne de persil, dans une autre un quartier de godiveau bien garni de ris de veau, de crêtes de coq, d’asperges, de champignons, de truffes, et, dans une autre, une langue de mouton en ragoût, tout cela fort bien apprêté, et, pour le dessert, un biscuit et deux pommes reinettes.

« Le porte-clefs voulut me verser du vin. C’était de très bon bourgogne et le pain était excellent. Je le priai de boire, mais il m’affirma que cela ne lui était pas permis. Je lui demandai si je payerais ma nourriture ou si j’en étais redevable au roi. Il me dit que je n’avais qu’à demander ce qui, naturellement, pourrait me faire plaisir, qu’on tâcherait de me satisfaire et que Sa Majesté payait tout. »

Le roi désirait que les vendredis et jours de carême ses « hôtes » fissent maigre ; mais il ne les traitait pas moins bien pour cela. « J’avais, dit Renneville, six plats et une soupe d’écrevisses admirable. Parmi mon poisson il y avait une vive fort belle, une grande sole et une perche, le tout très bien assaisonné avec trois autres plats. »

Représentation d'un cachot de la Bastille lors de la libération d'un des prisonniers le 14 juillet 1789, par Houel
Représentation d’un cachot de la Bastille lors de la libération
d’un des prisonniers le 14 juillet 1789, par Houel

A cette époque la pension de Renneville était de dix francs par jour ; plus tard, elle fut réduite au taux des prisonniers de la catégorie inférieure. « L’on m’avait, dit-il, beaucoup retranché de mon ordinaire ; j’avais cependant une bonne soupe aux croûtes, un morceau de bœuf passable, une langue de mouton en ragoût et deux échaudés pour mon dessert... quelquefois on ajoutait sur ma soupe une aile ou une cuisse de volaille ou, quelquefois, on mettait sur le bord de l’assiette deux petits pâtés. »

Voilà pour la nourriture : au point de vue de l’habillement, les détenus n’étaient pas moins bien traités. Le roi ne leur donnait pas un uniforme de prison, mais des robes de chambre ouatées ou fourrées de peau de lapin, des culottes de couleur, des vestes doublées de peluche de soie et des habits de fantaisie. Le commissaire de la Bastille faisait prendre mesure aux détenus, s’informant de leurs goûts, des couleurs et de la façon qui leur convenait le mieux.

Une dame Sauvé, enfermée à la Bastille, désirait qu’on lui fît une robe de soie blanche semée de fleurs vertes. La femme du commissaire Rochebrune courut plusieurs jours les magasins de Paris, puis écrivit, désolée : « Nulle faiseuse ne possède cette étoffe ; ce qui s’en rapproche le plus est une soie blanche avec des lignes vertes ; si la dame Sauvé veut bien s’en contenter, on viendra prendre mesure. »

« Monsieur le gouverneur, écrit un prisonnier nommé Hugonnet, les chemises que l’on m’a apportées hier ne sont point celles que j’ai demandées, car il me ressouvient d’avoir écrit fines avec manchettes brodées ; au lieu que celles qui sont ici sont grosses, d’une très mauvaise toile et avec des manchettes tout au plus propres pour un porte-clefs ; c’est pourquoi je vous prie de les renvoyer à M. le commissaire. Pour moi, je n’en veux pas ! »

Enfin notons que la bibliothèque à l’usage des détenus était soigneusement entretenue de livres propres à leur faire oublier leurs soucis. A la date du 27 mars 1773, le lieutenant de police Berryer raye — ceci peut passer pour un comble — du catalogue de la bibliothèque un poème sur la grandeur de Dieu comme étant d’un sujet trop mélancolique pour des prisonniers !

Ouvrages nouveaux — même les encyclopédistes, même Voltaire et Puffendorf —, gazettes, atlas, eau-de-vie, tabac, cartes, jeu d’échecs, clavecin, billard... on s’ingéniait à leur fournir tout cela pour les distraire, ces pauvres martyrs, de la plus odieuse des tyrannies.

Maintenant rappelez-vous la description que Louis Blanc a tracé de la fameuse forteresse : « Des cages de fer rappelant le Plessis-lès-Tours et les tortures du cardinal de la Ballue... ! des cachots souterrains, affreux repaires de crapauds, de lézards, de rats monstrueux, d’araignées. dont tout l’ameublement consiste en une énorme pierre, recouverte d’un peu de paille, où le prisonnier respire un air empesté, enveloppé des ombres du mystère, condamné à une ignorance absolue du délit qui lui est intenté et du genre de supplice qui l’attend, il cesse d’appartenir à la terre. »

Un tel tableau fait frissonner — et ce frisson est soigneusement entretenu, depuis, par tous les historiens et tous les chroniqueurs, rappelle l’historien G. Lenotre, pseudonyme de Louis Gosselin (1855-1935). L’académicien Victorien Sardou, dans l’étincelante préface qu’il mit en tête du livre de Funck-Brentano, raconte qu’il visita, avec quelques amis, à la grande exposition de 1889, cette réduction de la Bastille que tout le monde avait pu voir et qui d’ailleurs était bien faite pour en donner l’idée la plus fausse.

« A peine, dit-il, avait-on franchi la porte d’entrée que l’on voyait, dans l’obscurité, un vieillard affublé d’une longue barbe blanche, couché sur la paille humide traditionnelle, agitant ses chaînes et poussant des hou ! hou ! lamentables. Et le guide des visiteurs disait, non sans émotion : Vous voyez ici l’infortuné Latude, qui est resté dans cette position, les deux bras enchaînés derrière le dos, pendant trente-cinq ans !

« Je complétai ce renseignement en disant sur le même ton : C’est même dans cette attitude qu’il a eu l’adresse de fabriquer l’échelle de cent quatre-vingts pieds de long qui lui a permis de s’évader ! L’assistance me regarda avec surprise, le guide avec malveillance, et je m’esquivai. »

Voilà pourtant comment on écrit l’histoire, déplore Louis Gosselin.

 
 

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