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Un ancêtre du célèbre dictionnaire médico-pharmaceutique Vidal - Histoire de France et Patrimoine

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Événements marquants
Evénements ayant marqué le passé et la petite ou la grande Histoire de France. Faits marquants d’autrefois.
Vidal : un ancêtre du célèbre
dictionnaire médico-pharmaceutique
(D’après « Revue d’histoire de la pharmacie », paru en 1977)
Publié / Mis à jour le mercredi 27 novembre 2019, par LA RÉDACTION
 
 
 
L’analogie d’intention du Dictionnaire médical et thérapeutique des spécialités pharmaceutiques et médicinales paru en 1885 avec le petit livre rouge du corps médico-pharmaceutique qu’est le Vidal est évidente, le propos étant de fournir au milieu médical des informations techniques et pratiques sur les solutions thérapeutiques dont il dispose

La première édition de ce dictionnaire édité par la maison Carmouche porte en sous-titre : Mémorandum du médecin-praticien pour l’emploi des Spécialités. « L’extension croissante des spécialités pharmaceutiques, écrit l’auteur-éditeur, l’impossibilité où se trouve le praticien de connaître la valeur médicale de chacune d’elles et, disons-le, les questions que m’apporte le courrier de chaque jour, m’ont inspiré la pensée de ce Dictionnaire. Là, le médecin trouvera immédiatement, groupés avec méthode et clarté, tous les renseignements dont il peut avoir besoin. Il aura sous la main la description des remèdes sérieux, journellement employés par le corps médical, leur base, leur composition, leur dose, leur mode d’emploi, leur prix, et le seul fait de les rencontrer dans cet ouvrage sera une garantie de leur efficacité, car un choix s’imposait à ma sollicitude. »

Cette sélection, Carmouche affirme l’avoir faite uniquement en fonction de la fréquence de la demande des produits. Il indique ensuite la division de son travail en trois parties : 1° classification thérapeutique des médicaments ; 2° nomenclature des maladies comprenant pour chacune d’elles un exposé sommaire du traitement général, suivi des notices sur les spécialités ad hoc ; 3° table des spécialités décrites dans l’ouvrage, noms et adresses des fabricants et prix public. Enfin, l’auteur fait naturellement appel aux remarques des utilisateurs et annonce des mises à jour semestrielles.

Digitaline Nativelle
Digitaline Nativelle

Il débute par une classification des médicaments calquée sur celle du médecin et pharmacien Apollinaire Bouchardat (1806-1886). Le pharmacien François Dorvault (1815-1879), en 1855, dans la quatrième édition de L’Officine ou Répertoire général de la pharmacie pratique, avait adopté l’autre classification, celle de Pereira, dite classification anglaise, qui ne comportait que 9 classes au lieu de 16. Suit une nomenclature imposante des eaux minérales comprenant 93 stations.

La seconde partie du Dictionnaire, la plus importante, comprend 215 rubriques des maladies les plus variées allant des « cors au pied » et de l’ « haleine fétide » aux « miasmes » et au « cancer », en passant par les chapitres « alimentation des convalescents » et « pansements ».

Pour chacune de ces affections, le traitement général préconisé réserve souvent bien des surprises. Au mot « conjonctivite » on trouve : collyres anesthésiants, lotions tièdes, purgatifs légers, onguent napolitain, injections d’eau alcoolisée au quart. Contre le coryza : forte sudation provoquée, aspiration de vapeurs d’iode ou ammoniacales. Quant au chapitre cancer, le premier produit qui y est cité est le Biscuit du Dr Chauvin antisyphilitique.

Examinons maintenant ces spécialités. Elles sont 543, eaux minérales non comprises. Sur ce nombre, 17 seulement portent ce que nous appelons un nom de fantaisie. Toutes les autres dénominations sont composées de la forme ou du principe de base suivi du patronyme de l’inventeur ou de l’exploitant. Nous ne résistons pas à la tentation d’en citer quelques-unes : les Ampoules Boissy de nitrite d’amyle, le Charbon végétal du Dr Belloc, le Coaltar saponisé Le Beuf, les Granules de digitaline Nativelle, l’Ergotine Bonjean, l’Elixir Grez, le Vin Mariani, l’Elixir Trouette Perret à la papaïne, le Fer Bravais, les Sedlitz Chanteaud, la Pancréatine Defresne, les Pastilles de Vichy-État, le Pepto-Fer Jaillet, la Poudre d’Abyssinie, le Sirop de Teyssèdre, le Valérianate Pierlot, le Quinium Labarraque, tous noms familiers à nos oreilles et dont la longue carrière n’est, dans certains cas, pas terminée.

Les formes utilisées le plus fréquemment sont les sirops (63), les granules (42), les vins (36), les élixirs (33), les pilules (35), les dragées (29), les capsules (26), les poudres (17), à égalité avec les pastilles, tandis que les cigarettes sont au nombre de 9 et les pommades de 7 seulement. Aucun suppositoire et un seul produit injectable : la Peptone hydrargyrique ammoniaque de Delpech, solution peptonée de sublimé au 100e dont le fabricant affirmait que plus de 120 000 injections avaient été pratiquées, en quatre ans, sans accident, mais dont la présentation n’étaait pas précisée.

Carte publicitaire de la fin du XIXe siècle pour le vin Mariani, représentant une sculpture d'E. Boisseau pour l'Album Mariani
Carte publicitaire de la fin du XIXe siècle pour le vin Mariani,
représentant une sculpture d’E. Boisseau pour l’Album Mariani

Les biscuits, chocolats et thés, encore présents dans Carmouche, ont, bien entendu, disparu de nos catalogues. Notons aussi, pour la petite histoire, l’Inhalateur-cigare Magnes Lahens (breveté S.G.D.G.), les Métriasiphores Petitot, sortes de pessaires médicamenteux, enfin, les Escargots concentrés et candis J.-T. Fait à noter : l’absence totale de présentations infantiles ; seule la posologie permet l’adaptation nécessaire.

Quant aux fabricants, ils sont 180, mais 125, soit 70 % du total, ne fabriquent qu’un produit, 168 moins de cinq articles et 12 seulement, soit 6 %, plus de cinq spécialités. C’est la confirmation de l’origine officinale de la spécialité pharmaceutique, situation qui persistera longtemps.

Le texte des notices dans le Dictionnaire est très variable. Parfois muet ou très laconique sur la composition, il se limite la plupart du temps à l’énoncé du ou des principes actifs et au dosage unitaire pour les médicaments divisés en prises. Seuls deux produits, le Goudron Freyssinge et le Sirop Faraud donnent leur formule centésimale complète. Les arguments avancés en faveur de l’activité thérapeutique font très souvent référence aux travaux ou publications d’un médecin nommément désigné, à un cours de clinique hospitalière ou à une communication devant une société savante.

Voici, à titre d’exemple, au chapitre « Enrouement » le texte « Vin de Mariani » : « Le Dr Ch. Fauvel, à sa clinique, a émis les idées suivantes : De tous les remèdes que j’emploie localement contre les affections du pharynx, c’est encore à l’action directe et topique de la coca pendant plusieurs semaines et plusieurs fois par jour que je donne la préférence. » Il est vrai qu’avec Mariani nous touchons à un virtuose de la publicité. Toujours en faveur de son vin de coca, il n’hésite pas à invoquer au secours des malades frappés d’aphonie non seulement le Dr Fauvel et Gübler, mais aussi les ténors de l’Opéra : « Si les lettres flatteuses envoyées à Mariani au sujet de l’emploi de son vin pouvaient figurer dans ce recueil, il faudrait citer Capoul, Faure, Melchissédech, Marie Helbronn, Patti et autres grands noms d’artistes. »

Publicité pour la Poudre d'Abyssinie
Publicité pour la Poudre d’Abyssinie

Heureusement, tous les fabricants ne se montrent pas aussi lyriques ! Force est pourtant de reconnaître que l’originalité semble mince au sein de cette première génération de spécialités. Curieuse époque où l’on pouvait se permettre de créer le « Coton hydrophile du Dr Touraine », l’ « Huile de foie de morue de Hogg », l’ « Huile de foie de morue blanche de Jouin » ou la « Pétréoline Lancelot » dont le fabricant dit, en toute franchise, qu’il s’agit de la vaseline du Codex ! La limonade citromagnésienne revient, elle, sous trois noms différents. Il est vrai qu’à propos de la « Limonade du Dr Collis » on nous dit que le citrate de magnésie, d’après les expressions textuelles du rapporteur de l’Académie de médecine, agit « tuto, cito et jucunde » !

Passons sur les innombrables préparations ferrugineuses et mercurielles et les sempiternelles capsules de santal ou de copahu, mais notons, sous l’influence des théories pastoriennes et des travaux de Lister, une floraison d’antiseptiques phénolés, thymolés ou salicylés. La maison Desnois, voisin immédiat de Carmouche au 17 rue Vieille-du-Temple à Paris, semble s’être fait un étendard de la « méthode Lister ». L’article « pansement », qui codifie les règles opératoires de l’époque, est un des rares de l’ouvrage qui conserve quelque valeur, sur le plan historique bien entendu.

Il est intéressant de dire ici quelques mots du Dictionnaire des spécialités de Louis Vidal, familièrement devenu « le Vidal » au même titre que « le Bottin » ou « le Larousse » : il mérite bien, lui aussi, un bref historique.

À sa naissance, en 1914, il se présente sous la forme d’un petit livre de poche format 8x 12 cm, vendu 3 francs par ses éditeurs, Vidal et Georges, 123 rue Lafayette. Ce n’était alors, disent ceux-ci, que la réédition, sous une forme plus pratique, de « fiches pharmacologiques » publiées antérieurement et dont l’idée première revenait au Dr Perrin, de Nancy.

Ce premier Vidal présentait 338 produits, un par page, classés par ordre alphabétique et repris en fin d’ouvrage par activités thérapeutiques. Un coup d’œil rapide sur cette liste montre l’évolution : 80 % des noms utilisés sont devenus des noms de fantaisie, en même temps que le nombre des laboratoires exclusivement de fabrication a progressé.

Couverture de la première édition du Dictionnaire Vidal (1914)
Couverture de la première édition
du Dictionnaire Vidal (1914)

En 1921, l’éditeur est devenu l’ « Office de Vulgarisation Pharmaceutique ». En 1924, les auteurs sont le Dr Louis Vidal et M. Dareau, le premier nommé restant très vite seul signataire. Le format, la disposition intérieure et l’épaisseur suivent l’évolution du marché : format 10 x 15 cm, puis 15 x 14,5, enfin 22 x 15, avec un ou deux textes par page au départ contre quatre ou cinq dans l’édition de 1976, année où le Vidal sera officiellement promu ouvrage de référence en France. L’édition 1976 présentait environ 4 500 « textes ».

Il est difficile de faire des comparaisons sur le nombre des spécialités, l’évolution de la pharmacologie et de la législation ayant abouti à la notion de « produit » et à sa définition retenue par le Syndicat national de l’industrie pharmaceutique : « On entend par produit tout médicament spécialisé contenant une substance de base, quelle qu’en soit l’origine (humaine, animale, végétale ou chimique), et vendu sous une même dénomination, quels que soient les associations, dosages, formes d’administration ou modèles divers mis sur le marché. »

Les éditions successives du Vidal traduisent l’accroissement, jusqu’en 1955 environ, du nombre des spécialités, puis sa diminution et sa stabilisation actuelle. Autre conséquence des impératifs de la science thérapeutique, de la législation et de l’énorme accroissement de l’activité des produits : les formes et les dosages se sont multipliés pour chacun d’eux. En 1972, on comptait une moyenne de quatre présentations par produit, contre deux par spécialité en 1914.

Enfin, par comparaison avec Carmouche, un changement radical dans le style rédactionnel et la composition des notices est manifeste dès la première édition du Vidal. Dès l’origine, les éditeurs ont uniformisé les présentations des textes. Pour chaque dénomination, et dans un ordre constant, on rencontre la composition, la pharmacologie, les indications et contre-indications, la posologie, la ou les présentations, le prix public, le nom et l’adresse du fabricant. On est passé d’un texte publicitaire à un outil d’information.

 
 
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