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Louis XVI et les francs-maçons - Histoire de France et Patrimoine


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Patrimoine littéraire

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Louis XVI
et les francs-maçons
(par Steve Brastel)
Publié / Mis à jour le jeudi 18 janvier 2018, par LA RÉDACTION

 
 
 
« Les temps de l’ignorance sont passés, le flambeau de la philosophie et de la raison brille aux yeux de l’univers, et la maçonnerie ne peut que s’applaudir d’avoir contribué à écarter les nuages qui obscurcissaient la lumière. » C’est par cette circulaire officielle du 5 janvier 1792, que le Grand Orient apporta un soutien retentissant et explicite à la Révolution française.

De nombreux auteurs ont diminué le rôle de la franc-maçonnerie alors qu’elle travailla discrètement au renversement de la monarchie, car il est surprenant de trouver toujours au bon endroit, au bon moment et à la bonne heure, un maçon...

Le roi et la reine, malgré les avertissements incessants des papes à Rome, négligèrent dans un aveuglement suicidaire l’infiltration maçonnique au sein de l’État. Une noblesse décadente qui joua les idiots utiles d’une organisation intrinsèquement en opposition avec les principes monarchiques du Roi très chrétien. Ils entraînèrent la Maison de Bourbon à la ruine.

Dans l’avant-propos de son ouvrage, Steve Brastel, déjà auteur de La franc-maçonnerie : le Régime Ecossais Rectifié (2017) ou encore Introduction à la symbolique hermétique (2016), écrit : « Un énième livre sur la franc-maçonnerie ? Quel intérêt me diriez-vous ? Tout a été écrit sur le sujet. Les publications ne manquent pas. Que l’on soit dans le camp des détracteurs ou dans celui des maçons, la littérature est abondante jusqu’à l’indigestion. Et c’est bien là le problème. Procéder à une actualisation et à une synthèse complète du sujet, tel est l’intérêt du présent ouvrage.

« L’historiographie maçonnique a fait des progrès depuis une quarantaine d’années et il est inconcevable de reprendre les mêmes données datant du XIXe siècle sans les confronter aux récentes découvertes. La discipline s’est « professionnalisé » comme en témoigne les rigoureux travaux de Roger Dachez, Pierre Mollier, André Kervella, Yves Hivert-Messeca, Jean-François Var ou encore Jean-Marc Vivenza. Le point commun de ces différents auteurs ? Ils sont tous maçons.

« Une caractéristique utile afin d’appuyer solidement sur certains points avec sûreté notamment sur les questions de mythes et autres légendes au sein de la franc-maçonnerie. Ils serviront de sources tout au long du livre. De fait, nous ne serons pas cantonnés dans le « barruelisme » caricatural, amalgamant franc-maçonnerie, martinisme, philosophie des Lumières, rosicrucianisme et templarisme. Trop de publications n’ont fait que reprendre ad vitam aeternam ce melting-pot au demeurant fort imprécis, voir fallacieux. (...) À l’image des auteurs maçons contemporains, nous ne devons nous baser que sur du concret et mettre de coté les éléments douteux dont on ne peut clairement établir la provenance et ainsi en faire la démonstration au grand public.

Les adieux de Louis XVI à sa famille. Estampe allemande de la Collection Michel Hennin des estampes relatives à l'Histoire de France (Tome 130)
Les adieux de Louis XVI à sa famille. Estampe allemande de la Collection Michel Hennin
des estampes relatives à l’Histoire de France (Tome 130)

« La grande question reste toujours la même : la franc-maçonnerie a-t-elle fait oui ou non la Révolution ? C’est l’objet de la deuxième partie du livre, mais nous pouvons y répondre dès maintenant, en guise d’amusement : évidemment que oui ! Une preuve ? Le Grand Orient lui-même ! Le 5 janvier 1792, il publia une circulaire officielle et apporta son soutien éclatant en tant qu’institution à la Révolution en cours : Les temps de l’ignorance sont passés, le flambeau de la philosophie et de la raison brille aux yeux de l’univers, et la maçonnerie ne peut que s’applaudir d’avoir contribué à écarter les nuages qui obscurcissaient la lumière.

« Louis-Claude de Saint-Martin, maçon mystique bien connu des cercles occultistes de la capitale et républicain convaincu alla de sa déclaration révélatrice : Quand on la contemple, cette révolution, dans son ensemble et dans la rapidité de son mouvement, et surtout quand on la rapproche de notre caractère national qui est si éloigné de concevoir et peut-être de pouvoir suivre de pareils plans on est tenté de la comparer à une sorte de féerie et à une opération magique ce qui fait dire à quelqu’un qu’il n’y aurait que la même main cachée qui a dirigé la révolution, qui pût en écrire l’histoire. Quand on la contemple dans ses détails on voit que quoiqu’elle frappe à la-fois sur tous les ordres de la France il est bien clair qu’elle frappe encore plus fortement sur le clergé. Car la noblesse elle-même, cette excroissance monstrueuse parmi des individus égaux par leur nature, ayant déjà été si abaissée en France par quelques Monarques et par leurs ministres, n’avait plus à perdre pour ainsi dire, que de vains noms et que des titres imaginaires ; au lieu que le clergé, étant dans la jouissance de tous ses droits factices et de toutes ses usurpations temporelles devait éprouver, tous les rapports, le pouvoir de la main vengeresse qui conduit la révolution attendu qu’on ne peut guère se refuser à regarder les prêtres comme les plus coupables, et même comme les seuls auteurs de tous les torts et de tous les crimes des autres ordres.

« La circulaire du Grand Orient est explicite, et même son grand maître, le duc d’Orléans, décida de ne plus s’occuper de maçonnerie en quittant l’institution quelques jours avant son régicide, prétextant une méconnaissance des membres qui composent l’Ordre, un navire autonome sans capitaine. Après avoir été l’un des principaux acteurs du désordre en spéculant notamment sur le prix des matières premières, et de fait qui eut des conséquences immédiates en affamant le peuple, mais en détournant la faute et la colère sur Louis XVI et son gouvernement, le futur Philippe Égalité, voyant la Révolution dévorer ses enfants se retira en ayant joué le rôle d’idiot utile de la maçonnerie et de traître à son cousin et — c’est d’autant plus grave — à son pays.

Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803), dit le Philosophe inconnu
Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803), dit le Philosophe inconnu

« Un des points surprenants de 1789 est l’adhésion en masse de la noblesse à la franc-maçonnerie. L’entourage proche du roi maçonnait à tout-va dans un aveuglement suicidaire. Ils ont embrassé le diable. Sauf qu’en jouant avec Lui, le jeu n’est pas sans conséquence. Rien n’est gratuit. Ce n’est pas Jésus qui donne sans attendre en retour. Ils ont payé sèchement leurs forfaitures. Soit de leurs têtes, soit d’une émigration forcée. Plus grave encore est la liquidation de la maison Bourbon par les erreurs d’un Charles X, maçon lui-même, qui entraîna la mise à l’écart de sa famille du pouvoir et de la France à jamais. Tellement il est vrai qu’une troisième restauration semble inimaginable !

« Cette trahison de la noblesse — n’ayons pas peur des mots — est souvent mal étudiée. Pourquoi se sont-ils précipité en loge alors que la franc-maçonnerie professait des idées radicalement contraire à une monarchie absolu de droit divin ? La maçonnerie du XVIIIe siècle était particulière à son temps. Influencé par les idées des Lumières, elle était égalitariste, libertaire et surtout anticatholique.

« Égalitariste ? Évidemment, le fait de casser la hiérarchie au sein des loges entre les trois ordres (noblesse, clergé, tiers-état) et de pouvoir échanger au même niveau entre le bourgeois et le noble bouleversa la façon de concevoir l’organisation sociale entre les hommes. La bourgeoisie ne faisait qu’imiter jalousement les réunions mondaine auxquelles elles n’avaient pas accès à Versailles. Les décorations maçonniques ne servaient qu’à flatter l’orgueil du maçon sous couvert d’égalité, en reproduisant toute la liturgie, l’étiquette et les fanfreluches de la noblesse dans un ridicule aussi grand que leur ego en manque de reconnaissance. La jalousie des biens d’autrui fut un moteur conséquent à l’action.

Louis-Philippe d'Orléans, dit Philippe Égalité après 1792, qui vota la mort de son cousin Louis XVI. Gravure extraite des albums du roi Louis-Philippe constitués dans la première moitié du XIXe siècle
Louis-Philippe d’Orléans, dit Philippe Égalité après 1792, qui vota la mort de
son cousin Louis XVI. Gravure extraite des albums du roi Louis-Philippe
constitués dans la première moitié du XIXe siècle

« Libertaire ? Assurément la maçonnerie l’était par son relativisme philosophique et son refus de la Révélation chrétienne. Chacun a sa vérité.

« Anticatholique ? C’est le point qui unit toutes les maçonneries, qu’elles soient déistes, se revendiquant même « christique » comme au rite écossais rectifié, elles sont intrinsèquement contre l’Église. Cela se concrétisa par le vote unanime de la Constitution Civile du Clergé et par la chasse au clergé réfractaire, la transformation des édifices chrétiens en « temple de la Raison », pour finir atrocement en Vendée où les pires moyens d’annihilation ont été utilisés.

« La franc-maçonnerie a deux visages : le premier rassurant est celui du club de pensée, philanthropique où le bon mot règne, mêlé de flagornerie et de repas fraternel. Le deuxième est idéologique et doctrinal, beaucoup moins rieur et sympathique.

« De toutes les révolutions, la Révolution française se caractérise par sa triple nature usurpatrice, anticatholique et sanglante, intrinsèque à son idéologie destructrice du table rase. L’idée de régénération de la société par les vertus philosophiques abstraite — mais suffisamment générales pour être applicables — et utopiques des Lumières, fut le prétexte et la base spirituelle à toutes les horreurs commises par ses disciples. Si la Révolution ne marche pas, c’est qu’il n’y a pas assez de Révolution ! Tel fut la devise sanguinaire de juillet 1789 à juillet 1794. Jamais le royaume des lys ne fut autant martyrisé et vidé de sa substance que pendant ces cinq années terribles où tant de français tombèrent dans le rouge infernal au pays du blanc immaculé. »

INFORMATIONS PRATIQUES :
Louis XVI et les francs-maçons, par Steve Brastel.
190 pages. Format 15x23 cm. 13 euros.
ISBN 978-1-979925365. Paru en novembre 2017

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