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« Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du
peuple avant qu'il ne les ait oubliées » (C. Nodier, 1840)

Profanation tombeaux des rois de France à Saint-Denis en 1793 : acte de barbarie sans précédent - Histoire de France et Patrimoine


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Événements marquants

Evénements ayant marqué le passé et la petite ou la grande Histoire de France. Faits marquants d’autrefois.


Destruction des tombeaux royaux
de Saint-Denis en 1793 :
acte de barbarie sans précédent
(D’après « Histoire de la basilique et de l’abbaye de Saint-Denis
et des principaux événements qui s’y rattachent » paru en 1858
et « Dictionnaire universel, géographique, statistique, historique
et politique de la France » (Tome 4) paru en 1804)
Publié / Mis à jour le dimanche 12 novembre 2017, par LA RÉDACTION

 
 
 
Lieu de sépulture des rois de France depuis son origine, l’abbaye de Saint-Denis fut, sous la Révolution, le théâtre de profanations commanditées par la République naissante, qui s’étendirent sur deux semaines et dont le récit donne la mesure de l’acharnement à effacer toute trace des figures de l’Ancien Régime

La ville de Saint-Denis fut célèbre dès le VIIe siècle par une abbaye que le roi Dagobert Ier — qui régna de 629 à 639 — fonda et qu’il enrichit des dépouilles des plus belles églises de France. C’est le premier roi des Francs qui y fut enterré. L’église était couverte en argent, et Clovis II — second fils de Dagobert qui fut roi de Bourgogne et de Neustrie de 639 à 657, et roi des Francs en 657 —, après avoir distribué tout ce qu’il avait dans ses coffres, pendant une famine, la fit découvrir en 649 pour en donner l’argent aux pauvres.

L’abbaye de Saint-Denis fut, depuis son origine, le lieu de sépulture des rois de France. Saint Louis fit rebâtir l’église en 1231 ; il y fit plusieurs changements dans les tombeaux des rois et des reines. Dans le trésor que renfermait cette abbaye, et qui excitait la curiosité, on voyait plusieurs reliques, entre autres une grande croix enrichie de pierreries, un morceau de la vraie croix, la châsse où étaient déposés une partie des ossements de saint Louis, la couronne de Charlemagne, qui servait au sacre des rois, l’épée de cet empereur, un vase d’une seule agate orientale, orné de toutes sortes de figures en bas-reliefs, très estimé par son antiquité, enfin une quantité considérable de choses précieuses en pierreries et en or, comme bustes, reliquaires, calices, crosses, mitres, chefs d’argent, etc.

Tombeau de Dagobert Ier à l'abbaye abbatiale de Saint-Denis. Gravure publiée en 1850 dans Le Moyen Age et la Renaissance (Tome 3), par Paul Lacroix
Tombeau de Dagobert Ier à l’abbaye abbatiale de Saint-Denis. Gravure publiée
en 1850 dans Le Moyen Age et la Renaissance (Tome 3), par Paul Lacroix

Le 1er octobre 1789, le maire de la ville fut massacré par suite d’une insurrection causée par la cherté du pain, et à l’époque de la Révolution, quelques bénédictins se trouvaient encore à l’abbaye de Saint-Denis ; ils en furent chassés en 1791. Une messe solennelle fut alors célébrée en signe d’adieux, et pendant deux années rien ne troubla le silence de l’église et du cloître déserts.

Le 31 juillet 1793, sur la proposition de Barrère, la Convention nationale rendit un décret portant que « les tombeaux et mausolées des ci-devant rois, élevés dans l’église de Saint-Denis, dans les temples et autres lieux dans toute l’étendue de la République, seraient détruits. » Une commission fut aussitôt nommée pour présider à cette destruction. Sur la réclamation tardive de quelques amis des arts, on y adjoignit une autre commission, dite des monuments, chargée de conserver ceux qui leur paraîtraient dignes de cette exception. Ces monuments sauvés du pillage furent déposés plus tard dans un musée que l’on créa rue des Petits-Augustins (plus tard rue Bonaparte) à Paris, et qui fut appelé Musée des monuments français.

Il serait difficile de peindre ici tout ce qu’a eu d’effrayant ce pillage féroce, inouï dans l’histoire du monde, même dans celle des peuples les moins civilisés. Dans son Génie du christianisme, Chateaubriand écrit : « Lecteurs chrétiens, pardonnez aux larmes qui coulent de nos yeux, en errant au milieu de cette famille de saint Louis et de Clovis. Si tout-à-coup, jetant à l’écart le drap mortuaire qui les couvre, ces monarques allaient se dresser dans leurs sépulcres et fixer sur nous leurs regards à la lueur de cette lampe !...

« Mais... elles ne sont plus ces sépultures ! Les petits enfants se sont joués avec les os des puissants monarques : Saint-Denis est désert ; l’oiseau l’a pris pour passage, l’herbe croît sur ses autels brisés ; et, au lieu du cantique de la mort, qui retentissait sous ses voûtes, on n’entend plus que les gouttes de pluie qui tombent par son toit découvert, la chute de quelque pierre qui se détache de ses murs en ruines, ou le son de son horloge, qui va roulant dans les tombeaux vides ou les souterrains dévastés. »

On se demande, en se reportant à cette terrible époque, ce qu’ont dû éprouver ceux qui les premiers entrèrent dans Saint-Denis pour ouvrir ses tombes, ceux qui les premiers frappèrent et découvrirent, en levant la pierre, la tête du premier monarque. Le récit des exhumations peut être fait d’après les notes prises par un religieux de l’abbaye, Dom Poirier, qui fut témoin oculaire et dont le rapport fut complété par le gardien du chartrier de l’abbaye Dom Druon, ainsi que d’après les renseignements fournis par les écrits du temps.

Les cendres des rois et des reines renfermées dans les cercueils de pierre ou de plomb des tombeaux furent déposées dans l’endroit où avait été érigée la tour des Valois, attenant à la croisée de l’église, du côté du nord, et détruite en 1719. Là était alors le cimetière. Chaque cercueil contenait la simple inscription du nom sur une lame de plomb, et la plupart de ces lames étaient fort endommagées par la rouille. Ces inscriptions, ainsi que les coffres de plomb de Philippe le Hardi et d’Isabelle d’Aragon, furent transportées à l’hôtel de ville et ensuite à la fonte.

Voici la relation exacte de cette destruction, par laquelle fut anéanti en quelques jours seulement l’ouvrage de douze siècles.

« Le samedi 12 octobre 1793, les membres composant la municipalité de Franciade (nom qui fut donné à cette époque à la ville de Saint-Denis) ayant donné les ordres d’exhumer, dans l’abbaye de Saint-Denis, les corps des rois, des reines, des princes et princesses, et des hommes célèbres qui avaient été inhumés pendant près de douze cents ans, pour en extraire les plombs, conformément au décret rendu par la Convention nationale, les ouvriers, curieux de voir les restes d’un grand homme, s’empressèrent d’ouvrir le tombeau de Turenne.

« Ce fut le premier. Quel fut leur étonnement, lorsqu’ils eurent démoli la fermeture du petit caveau, placé immédiatement au-dessus du tombeau de marbre que sa famille lui avait fait ériger, et qu’ils eurent ouvert le cercueil ! Turenne fut trouvé dans un état de conservation tel, qu’il n’était point déformé, et que les traits de son visage n’étaient point altérés. Les spectateurs surpris admirèrent, dans ces restes glacés, le vainqueur de Turkeim ; et, oubliant le coup mortel dont il fut frappé à Saltzbach, chacun d’eux crut voir son âme s’agiter encore pour défendre les droits de la France.

« Chacun voulut avoir une partie de ses précieuses dépouilles ; le fameux Camille Desmoulins lui coupa le petit doigt de la main droite. Ainsi les malheureux restes de Turenne furent également victimes de l’admiration et de la fureur de ces hommes pour qui rien n’était sacré.

« Ce corps, nullement flétri, et parfaitement conforme aux portraits et médaillons que nous possédons de ce grand capitaine, était en état de momie sèche, et de couleur de bistre clair. Sur différentes observations, il fut remis au nommé Host, gardien du lieu, qui conserva cette momie dans une boîte de bois de chêne, et la déposa dans la petite sacristie de l’église, où il l’exposa, pendant plus de huit mois, aux regards des curieux ; et ce ne fut qu’à cette dernière époque qu’il passa au jardin des Plantes, à la sollicitation de M. Desfontaines, professeur et membre de ce bel établissement.

« Le 24 germinal an VII (11 avril 1799), le directoire exécutif arrêta que les restes de Turenne seraient transportés dans le musée des monuments français, et qu’ils seraient déposés dans un sarcophage placé dans le jardin de cet établissement. Le 1er vendémiaire an IX (23 novembre 1799) , conformément à l’arrêté des consuls, le corps de Turenne fut transporté en grande pompe dans l’église des Invalides, qu’on nommait alors Temple de Mars, où il fut aussitôt placé dans l’intérieur du tombeau qui avait été érigé à Saint-Denis. Ce tombeau avait été transporté du musée des monuments français, où il avait été préservé de la destruction.

« On a ouvert le caveau des Bourbons, du côté des chapelles souterraines, et on a commencé par en tirer le cercueil de Henri IV, mort en 1610, âgé de 57 ans, ainsi que l’annonçait la plaque de cuivre posée sur son cercueil. Le corps de ce prince s’est trouvé dans une telle conservation, que les traits de son visage n’étaient point altérés. Il fut déposé dans le passage des chapelles basses, enveloppé dans son suaire, qui était également bien conservé. Henri IV fut placé contre un des deux gros piliers, en face de la chapelle du fond, celui qui se trouve vers le nord, et livré ainsi aux insultes d’une multitude furieuse. Une femme s’avança vers lui, et, lui reprochant le crime irrémissible d’avoir été roi, lui donna un soufflet et le fit tomber par terre.

Henri IV exhumé. Gravure d'Eustache-Hyacinthe Langlois (1777-1837) d'après une peinture de Théodore Basset de Jolimont
Henri IV exhumé. Gravure d’Eustache-Hyacinthe Langlois (1777-1837)
d’après une peinture de Théodore Basset de Jolimont

« Soit que les militaires aient dans le caractère plus de générosité, soit qu’ils ne considérassent Henri IV que comme un grand capitaine, ils ne partagèrent point en cette occasion la fureur de la populace ; un soldat qui était présent, mû par un martial enthousiasme, au moment de l’ouverture du cercueil, se précipita sur le cadavre du vaillant monarque, et après un long silence d’admiration, il tira son sabre, lui coupa une longue mèche de sa barbe, qui était encore fraîche, s’écria en même temps, en termes énergiques et vraiment militaires : Et moi aussi, je suis soldat français ! désormais je n’aurai pas d’autre moustache. En plaçant cette mèche précieuse sur sa lèvre supérieure : Maintenant je suis sûr de vaincre les ennemis de la France, et je marche à la victoire.

« Chacun eut la liberté de voir cette royale dépouille jusqu’au lundi matin 14, qu’on le porta dans le chœur, au bas des marches du sanctuaire, où il est resté jusqu’à deux heures de l’après-midi, et il fut transporté de là dans le cimetière dit de Valois, ensuite dans une grande fosse creusée dans le bas, à droite, du côté du nord. Ce cadavre, considéré comme momie sèche, avait le crâne scié, et contenait, à la place de la cervelle, qui en avait été ôtée, de l’étoupe enduite d’une liqueur extraite d’aromates répandant une odeur encore tellement forte qu’il était impossible de la supporter.

« Lundi 14 octobre 1793. — Ce jour, après le dîner des ouvriers, vers les trois heures après midi, on continua l’extraction des autres cercueils des Bourbons, savoir : de Louis Xlll, mort en 1613, âgé de quarante-deux ans ; de Louis XIV, mort en 1715, âgé de soixante-dix-sept ans ; de Marie de Médicis, seconde femme de Henri IV, morte en 1642, âgée de soixante-huit ans ; d’Anne d’Autriche, femme de Louis XIII, morte en 1666, âgée de soixante-quatre ans ; de Marie-Thérèse infante d’Espagne, épouse de Louis XIV, morte en 1688, âgée de quarante-cinq ans ; de Louis, dauphin, fils de Louis XIV, mort en 1711, âgé de cinquante ans ;

« Quelques-uns de ces corps étaient bien conservés, surtout celui de Louis XIII. Louis XlV l’était aussi, mais sa peau était noire comme de l’encre. Les autres corps, et surtout celui du grand dauphin, étaient en putréfaction liquide.

« Le mardi 15 octobre 1793. — Vers les sept heurs du matin, on a repris et continué l’extraction des cercueils des Bourbons par celui de Marie Leczinska, princesse de Pologne, épouse de Louis XV, morte en 1768, âgée de soixante-cinq ans ; de Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière, épouse de Louis, grand dauphin, fils de Louis XIV, morte en 1690, âgée de trente ans ; de Louis duc de Bourgogne, fils de Louis, grand dauphin, mort en 1712 , âgé de trente ans ; de Marie-Adélaïde de Savoie, épouse de Louis, duc de Bourgogne, morte en 1712, âgée de vingt-six ans ; de Louis, duc de Bretagne, premier fils de Louis, duc de Bourgogne, âgé de neuf mois dix-neuf jours ; de Louis, duc de Bretagne, second fils de Louis, duc de Bourgogne, mort en 1712, âgé de six ans ; de Marie-Thérèse, infante d’Espagne, première femme de Louis, dauphin, fils de Louis XV, morte en 1746, âgée de vingt ans ; de Xavier de France, duc d’Aquitaine, fils de Louis, dauphin, mort le 22 février 1754, âgé de cinq mois et demi ; de Marie-Zéphirine de France, fille de Louis, dauphin, morte le 2 septembre 1755, âgée de cinq ans ; de Marie-Thérèse de France, fille de Louis, dauphin, et de Marie-Thérèse d’Espagne, sa première épouse, morte le 27 avril 1748, âgée de vingt-un mois ; de (mort avant d’être nommé),... duc d’Anjou, fils de Louis XV, mort le 7 avril 1733, âgé de deux ans sept mois trois jours.

« On a aussi retiré du caveau les cœurs de Louis, dauphin, fils de Louis XV, mort à Fontainebleau le 20 décembre 1765, et de Marie-Joseph de Savoie, son épouse, morte le 13 mars 1767.

« Le plomb, en figure de cœur, a été mis en réserve, et ce qu’il contenait a été porté au cimetière avec tous les cadavres des Bourbons. Les cœurs de plomb étaient couverts de vermeil ou d’argent : les couronnes ont été déposées à la municipalité, et le plomb remis au commissaire du gouvernement, nommé commissaire aux accaparements.

« Ensuite on alla prendre les autres cercueils, à mesure qu’ils se présentaient, dans le caveau de droite et de gauche. Le premier fut celui d’Anne-Henriette de France, fille de Louis XV, morte le 10 février 1752, âgée de vingt-quatre ans cinq mois vingt-sept jours ; de Louise-Marie de France, fille de Louis XV, morte le 19 février 1733 , âgée de quatre ans et demi ; de Louise-Elisabeth de France, fille de Louis XV, morte le 6 décembre 1759, âgée de trente-deux ans trois mois vingt-deux jours ; de Louis-Joseph-Xavier de France, duc de Bourgogne, fils de Louis, dauphin, et frère de Louis XVI, mort le 22 mars 1761, âgé de neuf ans et demi ; de (mort avant d’être nommé),... duc d’Orléans, second fils de Henri IV, mort en 1611, âgé de quatre ans ; de Marie de Bourbon de Montpensier, première femme de Gaston, morte en 1627, âgée de vingt-deux ans ; de Gaston-Jean-Baptiste, duc d’Orléans, fils de Henri IV, mort en 1660, âgé de cinquante-deux ans ; d’Anne-Marie-Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier, fille de Gaston et de Marie de Bourbon, morte en 1693, âgée de soixante-six ans ; de Marguerite de Lorraine, seconde femme de Gaston, morte le 3 avril 1762, âgée de cinquante-neuf ans ; de Jean-Gaston d’Orléans, fils de Gaston-Jean- Baptiste et de Marguerite de Lorraine, mort le 10 août 1652 , âgé de deux ans ; de Marie-Anne d’Orléans, fille de Gaston et de Marguerite de Lorraine, morte le 17 août 1756, à l’âge de quatre ans.

« L’extraction des cercueils faite dans la journée du mardi 15 octobre n’offrit rien de remarquable : de la plupart des corps sortait une vapeur noire et épaisse, d’une forte odeur, que l’on chassait à force de vinaigre et de poudre à tirer ; ce qui n’empêcha pas les ouvriers de gagner des fièvres qui heureusement n’eurent point de suites fâcheuses.

« Mercredi 16 octobre 1793. — Vers les sept heures du matin, on continua l’extraction des corps et cercueils du caveau des Bourbons, et on commença par celui de Henriette-Marie de France, fille de Henri IV, épouse de Charles Ier, roi d’Angleterre, morte en 1669, âgée de soixante ans ; de Henriette Stuart, fille de Charles Ier, roi d’Angleterre, première femme de Monsieur, frère de Louis XlV, morte en 1670, âgée de vingt-six ans ; de Philippe d’Orléans, dit Monsieur, frère unique de Louis XlV, mort en 1701, âgé de soixante-un ans ; d’Élisabeth- Charlotte de Bavière, seconde épouse de Monsieur, morte en 1722, âgée de soixante-dix ans ; de Charles de France, duc de Berry, petit-fils de Louis XIV, mort en 1714, âgé de vingt-huit ans ; de Marie-Louise-Élisabeth d’Orléans, fille du duc régent du royaume, épouse de Charles, duc de Berry, morte en 1719, âgée de vingt-quatre ans ; de Philippe d’Orléans, petit-fils de France, régent du royaume sous la minorité de Louis XV, mort le 2 décembre 1723, âgé de quarante-neuf ans ;

« d’Anne-Élisabeth de France, fille aînée de Louis XIV, morte le 30 décembre 1662, n’ayant vécu que quarante-deux jours ; de Marie-Aune de France, seconde fille de Louis XIV, morte le 26 décembre 1661, âgée de quatre ans et un jour ; de Philippe, duc d’Anjou, fils de Louis XIV, mort le 10 juillet 1671, âgé de trois ans ; de Louis-François de France, duc d’Anjou, frère du précédent, mort le 4 novembre 1672, n’ayant vécu que quatre mois dix-sept jours ; de Marie-Thérèse de France, troisième fille de Louis XIV, morte le 1er mars 1772, âgée de cinq ans ; de Philippe-Charles d’Orléans, fils de Monsieur, mort le 8 décembre 1666, âgé de deux ans cinq mois ; de (morte avant d’être nommée),... d’Orléans, fille de Monsieur, morte en naissant ; de Sophie de France, tante du roi Louis XVI et sixième fille de Louis XV, morte le 3 mai 1782, âgée de quarante-sept ans sept mois et quatre jours ; de (morte avant d’être nommée),... de France, dite d’Angoulême, fille du comte d’Artois, morte le 5 décembre 1783, âgée de sept ans quatre mois et un jour ; de Sophie-Hélène de France, fille de Louis XVI, morte le 19 juin 1787, âgée de sept ans sept mois et treize jours.

L'abbaye de Saint-Denis et ses dépendances, d'après un dessin de la fin du XVIe siècle. Gravure publiée en 1850 dans Le Moyen Age et la Renaissance (Tome 3), par Paul Lacroix
L’abbaye de Saint-Denis et ses dépendances, d’après un dessin de la fin du XVIe siècle.
Gravure publiée en 1850 dans Le Moyen Age et la Renaissance (Tome 3), par Paul Lacroix

« À onze heures du matin, dans le moment où la reine Marie-Antoinette d’Autriche, femme de Louis XVI, eut la tête tranchée, on enleva le cercueil de Louis XV, mort le 10 mai 1774, âgé de soixante-quatre ans. Il était à l’entrée du caveau sur un banc ou massif de pierre, élevé à la hauteur d’environ huit pieds, du côté droit, en entrant , dans une espèce de niche pratiquée dans l’épaisseur du mur ; c’était là qu’était déposé le corps du dernier roi, en attendant que son successeur vînt pour le remplacer, et alors on le portait à son rang dans le caveau.

« Les entrailles des princes et princesses étaient aussi dans ce caveau, dans des seaux de plomb, déposés sous les tréteaux de fer qui portaient les cercueils ; on les porta dans le cimetière, et on en retira les entrailles qu’on jeta dans la fosse commune avec les cadavres. Les seaux de plomb furent mis de côté pour être portés, comme tout le reste, à la fonderie qu’on venait d’établir dans le cimetière même, pour fondre le plomb à mesure que l’on en découvrait.

« Vers les trois heures de l’après-midi, on a ouvert, dans la chapelle dite des Charles, le caveau de Charles V, mort en 1380, âgé de quarante-deux ans, et celui de Jeanne de Bourbon, son épouse, morte en 1378, âgée de quarante ans. Charles de France, enfant, mort en 1386, âgé de trois mois, était inhumé aux pieds du roi Charles V, son aïeul. Ses petits os, tout à fait desséchés, étaient dans un petit cercueil de plomb : sa tombe de cuivre était sous le marche-pied de l’autel ; elle a été enlevée et fondue.

« Isabelle de France, fille de Charles V, morte quelques jours après sa mère, Jeanne de Bourbon, en 1378, âgée de cinq ans, et Jeanne de France, sa sœur, morte en 1356, âgée de six mois quatorze jours, étaient inhumées dans la même chapelle à côté de leurs père et mère. On ne trouva que leurs ossements sans cercueil de plomb, et quelques restes de planches pourries.

« On a retiré du cercueil de Charles V, une couronne de vermeil bien conservée, une main de justice d’argent, et un sceptre en vermeil, portant environ un mètre deux tiers (cinq pieds), et surmonté d’un bouquet en feuillage, du milieu duquel s’élevait une grappe de corymbe ; ce qui lui donne à peu près la forme d’un thyrse, tel qu’on en voit dans Montfaucon, article des sceptres. Ce morceau d’orfèvrerie, assez bien travaillé pour son époque, avait conservé tout son éclat. Dans le cercueil de Jeanne de Bourbon, sa femme, on a découvert un reste de couronne, son anneau d’or, des débris de bracelets ou chaînons, un fuseau ou quenouille de bois doré, à demi consommé, des souliers de forme pointue assez semblables à ceux connus sous le nom de souliers à la Poulaine ; ils étaient en partie costumés, et laissaient voir encore les broderies en or et en argent dont on les avait ornés.

« Jeudi 17 octobre 1793. — À sept heures du matin, on a fouillé dans le tombeau de Charles VI, mort en 1422, âgé de cinquante-quatre ans, et dans celui d’Isabeau de Bavière, sa femme, morte en 1435 ; on n’a trouvé dans leurs cercueils que des ossements desséchés : leur caveau avait été enfoncé lors de la démolition du mois d’août même année. On retira ce qu’il y avait de plus précieux dans les cercueils.

« Les corps de Charles V et de Jeanne de Bourbon sa femme, de Charles VI et d’Isabeau de Bavière sa femme, de Charles VII et de Marie d’Anjou sa femme, retirés de leurs cercueils, ont été reportés dans la fosse des Bourbons, qui fut recouverte immédiatement après ; et on en ouvrit une autre à la gauche de celle-ci, dans laquelle on déposa de suite tous les autres corps, trouvés dans l’église.

« Le tombeau de Charles Vll, mort en 1461, âgé de cinquante-neuf ans, et celui de Marie d’Anjou, sa femme, morte en 1463, avaient été aussi enfoncés et pillés ; on n’a trouvé dans leurs cercueils qu’un reste de couronne et de sceptre d’argent doré. Une singularité de l’embaumement du corps de Charles VII, c’est qu’on y avait parsemé du vif-argent, qui avait conservé toute sa fluidité. On a observé la même singularité dans quelques autres embaumements de corps des XIVe et XVe siècles.

« Le même jour 17 octobre, vers quatre heures du soir, dans la chapelle de Saint-Hippolyte, on a fait l’extraction de deux cercueils ; savoir : celui de Blanche de Navarre, seconde femme de Philippe de Valois, morte en 1398, et de Jeanne de France, leur fille, morte en 1371, âgée de vingt ans. On n’a pas trouvé la tête de cette dernière.

« On fit ensuite l’ouverture du caveau de Henri Il, qui était fort petit. On en retira d’abord deux cœurs ; l’un était fort gros, et l’autre plus petit. Comme ils étaient sans inscriptions, on ignore de quels personnages ils viennent. Quatre cercueils en furent ensuite retirés : celui de Marguerite de France, fille de Henri II, première femme de Henri IV, morte le 27 mai 1615, âgée de soixante-deux ans ; de François duc d‘Alençon, quatrième fils de Henri II, qui a régné un an et demi, et mourut le 5 décembre 1560, âgé de dix-sept ans ; de Marie-Élisabeth de France, fille de Charles IX, morte le 2 avril 1578 , âgée de six ans.

« On ouvrit avant la nuit le caveau de Charles Vlll , mort en 1498, âgé de vingt-huit ans. Son cercueil de plomb était posé sur des tréteaux ou barres de fer, comme ceux des autres princes. On n’y trouva que des os presque desséchés.

« Vendredi 18 octobre 1793. — Vers les sept heures du matin, on continua le travail commencé de la veille, et on retira quatre grands cercueils ; savoir : celui de Henri II , mort le 10 juillet 1559, âgé de quarante ans et quelques mois ; de Catherine de Médicis, femme de Henri II, morte le 5 janvier 1589, âgée de soixante-dix ans ; de Henri III, mort le 2 août 1589, âgé de trente-huit ans ; celui de Louis d’Orléans, second fils de Henri Il, mort au berceau ; de Jeanne de France et de Victoire de France, ses filles, toutes deux mortes en bas-âge.

« Ces cercueils étaient posés les uns sur les autres sur trois lignes. Au premier rang, à main gauche, en entrant, on voyait ceux de Henri II, de Catherine de Médicis et de Louis d’Orléans, leur second fils ; celui de Henri II était posé sur deux barres de fer, et les deux autres cercueils étaient placés sur celui de Henri leur père. Au second rang, au milieu du caveau, étaient quatre autres cercueils placés les uns sur les autres, et les deux cœurs dont il est parlé ci-dessus.

« Au troisième rang, à main droite, du côté du chœur se trouvaient quatre cercueils ; savoir : celui de Charles IX, posé sur deux barres de fer qui portaient également un cercueil beaucoup plus grand renfermant le corps de Henri III, et les deux autres plus petits et précités. Dessous les barres ou tréteaux de fer sous lesquels reposaient cette famille, on trouva une quantité d’ossements que l’on présume avoir été déposés en cet endroit lorsque, en 1619, on fit les fouilles nécessaires à la construction d’un nouveau caveau des Valois, qui était avant construit dans l’endroit même où on a déposé les restes des princes et princesses au fur et à mesure qu’on les a découverts.

« Le même jour, 18 octobre 1793, on est descendu dans le caveau de Louis XII, mort en 1515, âgé de cinquante-trois ans ; d’Anne de Bretagne, son épouse, et veuve de Charles VIII, morte en 1514, âgée de trente-sept ans. On a trouvé sur leurs cercueils de plomb deux couronnes de cuivre doré.

« Dans le chœur, sous la croisée septentrionale, on ouvrit, de suite, le tombeau de Jeanne de France, reine de Navarre, fille de Louis X dit le Hutin, morte en 1349, âgée de trente-huit ans. Elle était enterrée auprès de son père en pleine terre. Une pierre creusée en forme d’ange, tapissée extérieurement de lames de plomb et recouverte d’une autre pierre plate renfermait ses ossements. L‘usage des cercueils de plomb n’était pas encore introduit à cette époque. On n’a trouvé dans ce cercueil qu’une couronne de cuivre doré.

« Louis X dit le Hutin n’avait pas non plus de caveau ni de cercueil en plomb : une pierre creusée en forme d’ange, aussi tapissée de lames de plomb, renfermait ses ossements desséchés, avec un reste de couronne et de sceptre rongé par la rouille. Il était mort en 1310, âgé de près de vingt-sept ans. Le petit roi Jean, son fils posthume, qui n’a vécu que quelques jours, était à côté de son père, dans une petite tombe de pierre revêtue de plomb.

La violation des caveaux des rois dans la basilique Saint-Denis, en octobre 1793. Peinture de 1793 d'Hubert Robert (1733-1808)
La violation des caveaux des rois dans la basilique Saint-Denis,
en octobre 1793. Peinture de 1793 d’Hubert Robert (1733-1808)

« Près du tombeau de Louis X était enterré, dans un simple cercueil de pierre, Hugues dit le Grand, comte de Paris, mort en 956, père de Hugues Capet, chef de la race capétienne. On n’a trouvé que des os presque réduits en poussière.

« On découvrit ensuite au milieu du chœur la fosse de Charles le Chauve, mort en 877, âgé de cinquante-quatre ans. Une auge en pierre enfoncée très avant dans la terre renfermait un petit coffre de plomb où étaient les restes de ses cendres. Il était mort de poison en-deçà du mont Cenis, sur les confins de la Savoie, dans une chaumière du village de Bris, à son retour de Rome. Son corps, mis en dépôt au prieuré de Nantua, du diocèse de Dijon, fut transporté à Saint-Denis sept ans après.

« Samedi 19 octobre 1793. — La sépulture de Philippe, comte de Boulogne, fils de Philippe-Auguste, mort en 1233, n’a rien représenté de remarquable, sinon la place de la tête du prince creusée dans le cercueil de pierre qui renfermait les ossements. Nous remarquerons la même chose pour le cercueil de Dagobert. La tombe de pierre, toujours en forme d’ange, d’Alphonse, comte de Poitiers, mort en 1271, frère de saint Louis, ne contenait plus que des cendres ; cependant ses cheveux étaient bien conservés. Le dessus de la pierre qui couvrait le cercueil était taché, coloré et veiné de jaune et de blanc comme s’il eût été de marbre.

« Le corps de Philippe Auguste, mort en 1223, était entièrement consumé : la pierre taillée en dos d’âne, qui couvrait le cercueil de pierre, était arrondie du côté de la tête. Le corps de Louis VIII, père de saint Louis, mort le 8 novembre 1226, âgé de quarante ans, s’est trouvé aussi presque consumé. Sur la pierre qui couvrait son cercueil était sculptée une croix en demi-relief. On n’a trouvé qu’un reste de sceptre de bois pourri et son diadème qui n’était qu’une bande d’étoffe tissée en or avec une grande calotte d’une étoffe satinée assez bien conservée. Le corps avait été enveloppé dans un drap ou suaire tissé en or, il s’en trouva encore des morceaux intacts. Son corps, ainsi enseveli, avait été recouvert et cousu dans un cuir fort épais qui avait encore toute son élasticité.

« Ce fut le seul corps, parmi ceux exhumés à Saint-Denis, qui fut trouvé enveloppé de cuir. S’il en a été ainsi pour lui, ce fut probablement pour que son cadavre n’exhalât pas au dehors de mauvaise odeur, dans le transport qu’on en fit de Montpensier en Auvergne, où il mourut à son retour de la guerre contre les Albigeois.

« On fouilla vainement au milieu du chœur, au bas des marches du sanctuaire, sous une tombe en cuivre, pour trouver le corps de Marguerite de Provence, femme de saint Louis, morte en 1295.

« Dans la chapelle de Notre-Dame-la-Blanche, on a ouvert le caveau de Marie de France, fille de Charles IV dit le Bel, morte en 1341, et de Blanche, sa sœur, morte en 1392. Le caveau était rempli de décombres sans corps et sans cercueils.

« En continuant les fouilles dans le chœur, on a trouvé, à côté du tombeau de Louis VlII, celui dans lequel on avait déposé les ossements de saint Louis ; mort en 1270. Il était plus court et moins large que les autres. Les os en avaient été retirés lors de la canonisation du roi en 1297.

« On a ensuite décarrelé le haut du chœur pour découvrir les autres cercueils cachés sous terre. On a trouvé celui de Philippe le Bel, mort en 1314, âgé de quarante-six ans. Le cercueil était de pierre et recouvert d’une large dalle. Il n’y avait pas d’autre cercueil que la pierre creusée en forme d’ange et plus large à la tête qu’aux pieds, et tapissée en dedans d’une lame de plomb, et une forte et large lame aussi de plomb, scellée sur les barres de fer qui fermaient le tombeau. Le squelette était tout entier ; on trouva un anneau d’or, un reste de diadème d’étoffe tissée en or, et un sceptre de cuivre doré d’un mètre soixante-cinq centimètres de long et terminé par une touffe de feuillage, sur laquelle était un oiseau aussi de cuivre doré et colorié de ses couleurs naturelles, et qui paraissait être un chardonneret, si l’on en juge par sa forme et les couleurs dont il était chargé, et assez semblable à celui que nous a donné Montfaucon dans sa Monarchie française.

« Le soir, à la lumière, on a ouvert le tombeau de pierre du roi Dagobert, mort en 638 [ou 639]. On cassa, pour cela, la statue qui fermait l’entrée du sarcophage, long de plus de six pieds, fait en lumachelle de Bourgogne et creusée pour recevoir la tête qui était séparée du corps. On a trouvé un coffre de bois d’environ soixante-cinq centimètres de long, garni de plomb dans son intérieur. Ce coffre renfermait les ossements du roi et ceux de Nanthilde, sa femme, morte en 642. Les ossements étaient enveloppés d’une étoffe de soie, et les corps séparés par une planche intermédiaire qui partageait le coffre en deux parties. Sur un des côtés de ce coffre était une lame de plomb avec cette inscription : Hic jacet corpus Dagoberti. Sur l’autre côté une lame de plomb portait : Hic jacet corpus Nanthildis.

« Dimanche 20 octobre 1793. — Après avoir détaché le plomb qui tapissait le dedans du tombeau en pierre de Philippe le Bel, les ouvriers reprirent leurs travaux auprès de la sépulture de Louis IX ; on n’y trouva qu’un ange de pierre sans couvercle.

« Dans la chapelle dite des Charles, on retira le cercueil en plomb de Bertrand Duguesclin, mort en 1380. Son squelette s’est trouvé intact ; les os tout à fait desséchés et très blancs. Auprès de lui était celui de Bureau de la Rivière, mort en 1400.

« Ainsi la cendre des grands capitaines qui avaient usé leur vie à combattre pour la France, au nom de laquelle on prétendait agir en ce moment, ne fut pas plus respectée que celle des rois !

« Après bien des recherches, on a trouvé l’entrée du cercueil de François Ier, mort en 1547, âgé de cinquante-deux ans. Ce caveau, fort grand et très bien voûté, contenait six cercueils de plomb posés sur des barres de fer, savoir : celui de François Ier et ceux de Louise de Savoie, sa mère, morte en 1531 ; de Claude de France, sa femme, morte en 1524, âgée de vingt-cinq ans ; de François, dauphin, mort en 1536, âgé de dix-neuf ans ; de Charles, son frère, duc d’Orléans, mort en 1545, âgé de vingt-trois ans, et celui de Charlotte, leur sœur, morte en 1521, âgée de huit ans.

« On reprit ensuite les fouilles de la croisée méridionale du chœur. On y découvrit une auge ou tombe de pierre, et l’on trouva, par l’inscription, que c’était le tombeau de Pierre de Beaucaire, chambellan de Louis IX, mort en 1270. Sur le soir, on a trouvé près de la grille, du côté du midi, le tombeau de Matthieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis et régent du royaume sous Louis IX et sous Philippe le Hardi ; il n’avait point de cercueil de pierre ni de plomb ; il avait été seulement mis dans un cercueil de bois, dont quelques débris avaient encore de la solidité. Le corps était entièrement consumé, et on ne trouva que le haut de la crosse en cuivre doré et des lambeaux d’une étoffe très riche ; il était mort en 1286, et avait été enterré, suivant l’ancien usage, vêtu de ses ornements d’abbé.

« Lundi 21 octobre 1793. — Au milieu de la croisée du chœur, on a levé le marbre qui couvrait le petit caveau où l’on avait déposé, au mois d’août 1791, les ossements et cendres des six princes et d’une princesse de la famille de saint Louis, transférés en cette église de l’abbaye de Royaumont. Les cendres et ossements ont été retirés de leurs cercueils de plomb, et portés au cimetière, dans la seconde fosse commune, où Philippe Auguste, Louis Vlll, François ler et toute sa famille avaient déjà été portés.

« On commença, dans l’après-midi, à fouiller dans le sanctuaire, à côté du grand autel, à gauche, pour exhumer les cercueils de Philippe le Long, mort en 1322, de Charles IV, dit le Bel, mort en 1328 ; de Jeanne d’Evreux, troisième femme de Philippe de Valois, morte en 1348, et celui du roi Jean, mort en 1364.

« Mardi 22 octobre 1793. — Dans la chapelle dite des Charles, le long du mur de l’escalier qui conduit au chevet, on trouva deux tombeaux placés l’un sur l’autre : celui de dessus, de pierre carrée, renfermait le corps d’Arnaud Guillem de Barbazan, mort en 1431, premier chambellan de Charles VIII. Celui de dessous, couvert d’une lame de plomb, contenait le corps de Louis de Sancerre, connétable de Charles Vl, mort en 1402, âgé de soixante ans. Sa tête était encore garnie de beaux cheveux longs et partagés en deux grandes tresses d’environ quarante centimètres.

« On leva ensuite la pierre perpendiculaire qui couvrait les tombeaux en pierre de l’abbé Adam, mort en 1122, de l’abbé Suger, mort en 1151, et de l’abbé Pierre d’Auteuil, mort en 1229. On ne trouva dans ces tombeaux que des ossements réduits en poussière.

« Les fouilles se firent ensuite dans la chapelle dite du Lépreux ; les ouvriers levèrent la tombe qui couvrait Sédille de Sainte-Croix, morte en 1380, femme de Jean Pastourel , conseiller du roi Charles V ; on n’y trouva que des os consumés.

Abbaye de Saint-Denis. Gravure du XVIIe siècle extraite de Monasticon gallicanum, par Dom Michel Germain
Abbaye de Saint-Denis. Gravure du XVIIe siècle
extraite de Monasticon gallicanum, par Dom Michel Germain

« Mercredi 23 octobre 1793. — On reprit au matin les travaux qu’on avait commencés la veille pour la découverte des tombeaux du sanctuaire. On trouva d’abord celui de Philippe de Valois, en pierre dure, tapissé de plomb dans son intérieur et fermé par une forte lame de même métal, soudée sur des barres de fer, le tout recouvert d’une grande et large pierre plate. Ce tombeau contenait une couronne et un sceptre surmonté d’un oiseau de cuivre doré. Plus près de l’autel, on ouvrit celui de Jeanne de Bourgogne, première femme de Philippe de Valois, dans lequel on trouva l’anneau d’argent que portait cette princesse, sa quenouille et son fuseau. Ses ossements étaient desséchés.

« Jeudi 24 octobre 1793. — À gauche du tombeau de Philippe de Valois, s’est trouvé celui de Charles le Bel. Ce tombeau était construit comme celui de Philippe de Valois ; il renfermait une couronne d’argent doré, un sceptre de cuivre doré haut de vingt-trois décimètres (près de sept pieds) ; un anneau d’argent, un reste de main de justice, un bâton de bois d’ébène, un oreiller de plomb sur lequel reposait la tête du roi ; son corps était desséché.

« Vendredi 25 octobre 1793. — Le tombeau de Jeanne d’Evreux avait été remué ; la tombe était brisée en trois morceaux, et la lame de plomb qui fermait le cercueil était détachée. On ne trouva que des os desséchés sans la tête. On ne fit pas d’information. Il y avait néanmoins apparence qu’on était venu dans la nuit précédente dépouiller ce tombeau.

« Vers le même lieu on découvrit dans le tombeau en pierre de Philippe le Long son squelette, qui était dans son entier et vêtu de ses habits royaux ; sa tête était coiffée d’une couronne d’argent doré, enrichie de pierres ; son manteau était orné d’une agrafe d’or en forme de losange, et d’une autre plus petite d’argent ; une partie de sa ceinture d’étoffe satinée, garnie d’une boucle d’argent doré, et un sceptre de cuivre doré, furent également retirés du cercueil. Au pied du sarcophage était un petit caveau qui contenait le cœur de Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe de Valois, enfermé dans une cassette de bois presque pourri : l’inscription dont elle était recouverte était gravée sur cuivre.

« On ouvrit ensuite le tombeau du roi Jean, mort en Angleterre en 1364, âgé de cinquante-six ans. On a trouvé une couronne, un sceptre très haut dans son origine, mais brisé, une main de justice, le tout en argent doré. Son squelette était entier.

« Quelques jours après , les ouvriers avec les commissaires aux plombs ont été au couvent des Carmélites, pour y faire l’extraction du cercueil de Louise de France, fille de Louis XV, morte le 23 décembre 1787 ; ils l’apportèrent dans le cimetière, et déposèrent dans la fosse commune, à gauche, son corps, qui était tout entier, mais en putréfaction. Ses habits de carmélite étaient très bien conservés. »

Dans la nuit du 11 au 12 novembre suivant, par ordre du département, en présence des commissaires du district et de la municipalité de Saint-Denis, on fit l’enlèvement du trésor : tout y était intact, châsses, reliques, etc. Le tout fut mis dans de grandes caisses de bois, ainsi que tous les riches ornements de l’église, calices, ciboires, chapes, chasubles, etc. Le 12, à dix heures du matin, ces objets précieux partirent pour la Convention, en grand appareil, dans des chariots parés exprès et accompagnés de la garde des habitants de la ville. On enleva, quelque temps après, la toiture de plomb qui recouvrait l’église, et on la laissa ainsi exposée aux injures du temps.

Après tant d’horreurs, on ne s’arrêta pas encore. On fit de l’ancienne basilique un temple de la Raison, puis un dépôt d’artillerie, puis un théâtre de saltimbanques, et enfin un magasin de farine et de fourrages. Ce monument était menacé d’une ruine complète. Pour en sauver au moins quelques débris, un architecte se vit réduit à proposer sérieusement d’en faire un marché public. La grande voûte était sacrifiée ; déjà les chapelles se transformaient en boutiques.

C’est en ce grave péril que le concordat trouva la basilique et répara une partie des ruines qui avaient été faites. Un décret impérial du 20 février 1806 fit de Saint-Denis le siège d’un chapitre et le tombeau de la dynastie nouvelle. Un autre décret établit dans les bâtiments du monastère une maison d’éducation pour les filles des officiers de la Légion d’honneur, et dès ce moment on commença la restauration de l’église.

Lorsque Louis XVIII revint en France, il voulut rendre à Saint-Denis sa destination première, et par ordonnance du 23 décembre 1815, enrichit le chapitre de nouveaux privilèges. C’est alors qu’on apporta dans les caveaux de cette église tous les sépulcres que l’on voit aujourd’hui. Lors de la spoliation du trésor de l’abbaye, les reliques du saint évêque de Paris avaient été sauvées de la profanation, cachées avec soin et déposées ensuite dans l’église paroissiale de la ville. Le 26 mai 1819, elles furent transférées avec beaucoup de solennité dans l’église de l’ancienne abbaye.




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