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Le ministre de l'Agriculture « injurié » lors de la Foire de Paris en 1922

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Anecdotes insolites
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Ministre (Le) de l’Agriculture « injurié »
lors de la Foire de Paris en 1922
(D’après « Le Populaire de Paris », paru en 1922)
Publié / Mis à jour le mardi 13 octobre 2015, par LA RÉDACTION
 
 
 
Figure emblématique du gouvernement de Raymond Poincaré alors président du Conseil (15 janvier 1922 - 29 mars 1924), Henry Chéron, membre du Parti républicain démocratique et social, occupe le poste de ministre de l’Agriculture lorsqu’il est « gravement injurié » lors de la Foire de Paris par un homme ayant crié sur son passage « pomme de terre » et « motte de beurre ». Appréhendé, ce dernier est déféré au parquet, sa mésaventure faisant l’objet d’articles tranchants paraissant au sein du quotidien Le Populaire de Paris, « journal socialiste du matin » fondé le 1er mai 1916.

Calé dans le coin de sa voiture, montrant à la foule qui se pressait à la Foire de Paris sa trogne écarlate et sa volumineuse bedaine, Son Excellence Chéron Pain-Cher regagnait avant-hier son ministère, peut-on lire dans un court article du Populaire en date du 19 mai 1922.

Henry Chéron
Henry Chéron

Sur le passage de ce volumineux représentant du gouvernement de la République, peut-on encore lire, un employé murmura « Pomme de terre » et « Motte de beurre ». Il n’en fallut pas plus pour qu’un flic zélé s’emparât de celui qui venait d’injurier si gravement le ministre de Poincaré. Le malheureux fut conduit au commissariat des Invalides. Il y passa la nuit et dans la journée d’hier on l’a amené au petit Parquet. Il paraît qu’un substitut code en main a prouvé que pomme de terre et motte de beurre constituaient des injures tombant sous le coup de la loi. Et voilà pourquoi M. Ortais, brave et digne homme, devra comparaître devant la justice française.

Le lendemain, 20 mai, ce même Populaire insère dans ses colonnes un article virulent de Victor Snell, journaliste d’origine genevoise, jadis secrétaire de rédaction à L’Humanité puis premier rédacteur en chef du Canard enchaîné (1916-1931), et ami de Jean Jaurès :

Vous avez lu hier cette information publiée par le Populaire, et d’ailleurs par tous les journaux : Un honnête citoyen, M. Ortais, a été arrêté par un flic imbécile pour avoir « manifesté » devant Chéron en criant : « Pomme de terre ! » « Motte de beurre ! »

C’est déjà prodigieux. Mais ce qui l’est bien plus encore, c’est qu’il se soit trouvé un commissaire de police — celui des Invalides — pour maintenir cette arrestation, et un substitut pour retenir l’inculpation ! Je ne connais pas M. le commissaire des Invalides, mais je pense que ça doit être un joli coco, un joli mimi, un joli commissaire d’opérette. A moins que, suivant la coutume, il n’ait été à ce moment au dancing ou chez quelque poule et que la gaffe ait été commise par Monsieur son chien.

Et le substitut ? s’interroge Victor Snell. Ah ! le beau chat-fourré en mal d’avancement que ça doit faire ! Il a peut-être de la barbe, mais je me l’imagine avec une tête de larbin, de vilain larbin, plat comme punaise, et calculant que son servilisme lui sera compté. Inventer le délit d’offense-Chéron, vous comprenez ! Ça vaut au moins un fauteuil de conseiller. Et allons-y, c’est M. Ortais qui fera les frais !...

... Cependant, puisque M. Ortais a été arrêté pour avoir qualifié de « pomme de terre » cette pomme de terre de Chéron, il va bien falloir le poursuivre ! En vertu de quoi ? Ce sera curieux. Il faudra qu’on aille voir ce procès dont Jules Moinaux et Courteline n’auraient pas eu l’idée.

Caricature d'Henry Chéron, alors sous-secrétaire d'État à la guerre, par Léandre (parue dans Le Rire du 9 mai 1908)
Caricature d’Henry Chéron, alors sous-secrétaire d’État à la guerre,
par Léandre (parue dans Le Rire du 9 mai 1908)

Et pour ce jour-là, et même avant, je vois très bien, très bien, et je propose une petite manifestation pacifique — pacifique à l’excès ! pacifique comme un éclat de rire parisien : tous ceux qui en ont assez de la vie chère, tous ceux qui en ont assez d’être volés par les copains de Chéron, auxquels il nous a sacrifiés en prenant ses décrets, se rencontreraient par exemple aux Halles. Et des Halles on se rendrait au ministère de l’Agriculture en chantant : Pomme de terre ! Pomme de terre !... Et les enfants danseraient des rondes sur l’air de Il était un’ bergère :

C’est une pomm’ de terre Chéron
Chéron, Chéron
Petit patapon...

Car il faudra bien que M. le commissaire des Invalides et M. le domestique de service au Petit Parquet, et même tous les Grippeminauds du Grand Parquet se rendent à l’évidence : « Pomme de terre » est le qualificatif le plus bénin, bénin qu’on puisse adresser à ce malfaisant cucurbitacé de Chéron. « Pomme de terre » ! En vérité, M. Ortais a été d’une modération immodérée.

Chéron-Beurre-Cher, Chéron-Pain-Cher, Chéron-Vie-Chère, Chéron-Mercanti mérite mieux que ça — sans parler d’un bon coup de pied dans le chéron.

 
 
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