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22 juillet 1812 : assassinat d’Anne-Antoinette-Cécile Clavel, dite madame Saint-Huberty

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22 juillet 1812 : assassinat
d’Anne-Antoinette-Cécile Clavel,
dite madame Saint-Huberty
(D’après « Éphémérides universelles, ou Tableau religieux, politique,
littéraire, scientifique et anecdotique, etc. » (Tome 7), édition de 1834)
Publié / Mis à jour le mercredi 19 juillet 2017, par LA RÉDACTION
 
 
 
Antoinette Saint-Huberty fut à son époque la meilleure actrice-cantatrice qu’on ait jamais connue. Elle jouait admirablement ce qu’elle chantait ; cette qualité lui valut l’approbation de Louis XVI, qui ne pouvait pas souffrir l’opéra.

Ainsi, Louis XVI lui donna deux mille francs de pension, après qu’elle eut joué Didon, à Fontainebleau, devant toute la cour. Elle n’était pas belle, mais, comme Le Kain, son rare talent l’embellissait.

Née à Strasbourg le 15 décembre 1756, fille d’un ancien militaire qui ne lui laissa aucune fortune, elle monta sur le théâtre en Pologne et en Prusse. Un chevalier de Croisy l’épousa à Berlin, la conduisit à Strasbourg, et enfin à Paris, où elle débuta, en 1777, par un petit rôle, qui lui fut confié dans le chef-d’œuvre de Gluck, Armide.

Ce grand compositeur devina les brillantes destinées qui attendaient l’humble débutante : il la protégea. Madame Croisy faisait vivre son mari avec des appointements si modiques que le ménage ne pouvait habiter, dans la rue du Mail, qu’une mansarde, dont un grabat et une malle servant de chaise, composaient tout le mobilier. Cette détresse, loin d’exciter le respect des princesses de l’Opéra, était pour elles matière à raillerie, et un jour que la pauvre Saint-Huberty arriva à la répétition, vêtue de son éternelle robe noire : Ah ! voici madame la Ressource, s’écrièrent ses rivales. Oui, dit aussitôt Gluck, avec sa franchise brusque et sa voix brutale, oui, vous avez raison, la Ressource de l’Opéra.

Antoinette Saint-Huberty. Détail d'une peinture d'Élisabeth Vigée Le Brun (vers 1780)
Antoinette Saint-Huberty. Détail d’une peinture d’Élisabeth Vigée Le Brun (vers 1780)

Ginguené dit quelque part en parlant de madame Saint-Huberty : « Le talent de cette actrice prenait sa source dans son extrême sensibilité. On peut mieux chanter un air ; mais on ne peut donner ni aux airs, ni aux récitatifs, un accent plus vrai, plus passionné. On ne peut avoir une action plus dramatique, un silence plus éloquent. On n’a point oublié son terrible jeu muet, son immobilité tragique, et l’effrayante expression du son visage, pendant la longue ritournelle du chœur des prêtres, à la fin du troisième acte de Didon, et pendant la durée de ce chœur. Quelqu’un lui parlant de l’impression qu’elle avait paru éprouver, et qu’elle avait communiquée à tous les spectateurs : Je l’ai réellement éprouvée, répondit-elle : Dès la dixième mesure, je me suis sentie morte. »

Pendant douze ou treize ans, madame Saint-Huberty obtint les plus beaux succès. Un soir, à la Comédie italienne , les spectateurs l’apercevant dans une loge , se levèrent spontanément, et l’applaudirent avec transport en s’écriant : voilà Didon ! Voilà la reine de Carthage ! Ce jour même, elle avait réconcilié Gluck et Piccini. Cette actrice est la première qui ait été couronnée sur la scène.

Des intrigues la dégoûtèrent du théâtre. Vers le commencement de la Révolution, elle suivit, dans l’émigration, le comte d’Entraigues, et l’épousa. Elle le sauva, en Italie, de la colère du général Bonaparte ; ses efforts et son éloquence firent rendre à d’Entraigues la liberté, et sa femme conserva aussi courageusement des papiers essentiels à la cause des Bourbons. Le roi Louis XVIII lui donna la décoration de Saint-Michel.

Un assassinat horrible termina ses jours et ceux de son mari. La police de France ayant appris qu’il existait une liaison entre Canning et d’Entraigues, envoya des émissaires en Angleterre, qui parvinrent à corrompre un Piémontais, domestique de d’Entraigues, et qui, jusque là fidèle, possédait la confiance de ses maîtres. Ce malheureux, avant d’aller porter les dépêches dont d’Entraigues le chargeait souvent pour Canning, les déposait, pendant quelques heures, entre les mains des agents français. Le 22 juillet 1812, d’Entraigues demanda sa voiture pour aller ajouter verbalement quelques renseignements à ceux qu’il venait d’envoyer à Canning, par son domestique, dans la matinée même ; le traître, à qui les espions n’avaient pas encore donné le temps de faire sa commission, jugea que son infidélité allait être découverte et perdit la tête. Egaré par la honte ou le désespoir, il poignarda le comte et son épouse, avant de se tuer lui-même.

Ainsi périt madame Saint-Huberty à l’âge de 56 ans.

 
 
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