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Histoire faune et flore. Pierres de colique du poisson appelé maigre, aigle, umbra marina. Maladie de la pierre, calculs rénaux - Histoire de France et Patrimoine


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Faune, Flore

Arbres célèbres, vertus des plantes, croyances liées aux animaux. Faune et flore vues par nos ancêtres. Balade au coeur des règnes animal et végétal


Pierres de coliques du poisson appelé
maigre et fort prisé des gourmets
(D’après « Bulletin de la Société d’histoire de la pharmacie » paru en 1924
et « Mémoires du Museum d’histoire naturelle » paru en 1815)
Publié / Mis à jour le mercredi 30 avril 2014, par LA RÉDACTION

 
 
 
Tombée dans l’oubli, appartenant au poisson appelé maigre dont la tête était prisée des gourmets du XVIe siècle au point d’être l’objet d’une célèbre légende, la pierre de colique, portée au cou et enchâssée dans de l’or, passait pour guérir les calculs rénaux

Anonyme mais attribuée à deux Messins, l’avocat Charles Féticq et le notaire Bouy, une pièce de théâtre fut jouée à Metz en 1709, et roulait sur un procès en diffamation intenté par un riche boulanger à un avocat ayant tourné en ridicule sa fille unique parce qu’elle avait l’ambition d’épouser un membre du barreau.

Paul Jove
Paul Jove, qui rapporte un conte
célèbre sur le maigre

Le procès est gagné ; le boulanger vient l’annoncer à sa femme qui ne veut pas le croire. Alors Claude (c’est le nom du mari) tire de sa poche un papier qu’il lui montre en disant : « Femme, si vous ne le voulez pas croire, eh bien, allez-y voir : Voilà pourtant un papier, il (l’avocat perdant) en doit payer les frais. » A quoi, Nanon (la femme) répond : « Aussi, donnez-le moi ; je vous jure que je l’enchâsserai dans une boîte d’argent comme une pierre de colique. »

Ce passage, qui se trouve dans la scène I du quatrième acte, restait sans explication au début du XXe siècle, cependant qu’une nouvelle édition de la comédie messine était publiée en 1916, parce qu’alors on ne savait déjà plus ce qu’était la pierre de colique. Il faut en effet remonter jusqu’au XVIe siècle pour, en trouver la définition.

Pierre Belon, décrivant un poisson de mer, appelé par les Français Maigre, par les Romains Umbra marina, et par les Grecs Sciaena, dit qu’ « il ha deux grosses pierres en la teste, nommées Pierre de colique, si congneues en France qu’il n’y a orfebvre qui n’en ait d’enchasssées en sa monstre. Mais, ajoute-t-il, pour les avoir bonnes, fault qu’on ne les achète, ains qu’elles soyent données par un autre ; autrement on ne les estimeroit de nulle valeur ». Pierre Belon écrivait cela en 1555, à Metz, où il était attaché à Monsieur de Vieilleville, gouverneur de cette ville, en qualité de médecin. Il y avait vu bien certainement dans la montre des orfèvres, dont quelques-uns étaient très habiles – en 1558 et 1562, de Vieilleville fit frapper à Metz des médailles d’or à l’effigie du roi et de Catherine de Médicis, lesquelles furent admirées par la cour de France –, de jolies amulettes de pierre de colique.

Ignorée de Pierre Pomet et à peine mentionnée par Nicolas Lémery (dans son Dictionnaire universel des drogues simples, article Sciaena), la pierre de colique reparaît au XIXe siècle : d’abord dans une Notice lue à la Classe des Sciences de l’Institut, le 8 novembre 1813, par Georges Cuvier, et intitulée Notice sur un poisson célèbre et, cependant presque inconnu des auteurs systématiques, appelé sur nos côtes de l’Océan, aigle ou maigre, et sur celles de la Méditerranée, umbra, fegaro et poisson royal, avec une description abrégée de sa vessie natatoire.

Ce poisson, bien connu au XVIe siècle et figurant alors au sein des listes des gourmands, avait même donné lieu au proverbe : « Il vient de la Rochelle ; il est chargé de maigre ». Au XIXe siècle, il en paraît à peine un ou deux individus par an, chez les marchands de comestibles, et on les recherche si peu, que celui dont Cuvier présente à l’Institut le squelette, malgré sa grande taille, n’a été vendu à Dieppe que 10 francs, affirme-t-il. Cependant il atteste par expérience que sa chair, quoique un peu sèche, est fort bonne à manger de quelque manière qu’on l’apprête. Comme on est d’ordinaire obligé de la vendre par morceaux, et que la tête est la partie la plus estimée, les pêcheurs de Rome étaient autrefois dans l’usage d’offrir cette tête, ainsi que celle de l’esturgeon, aux trois magistrats nommés Conservateurs de la cité, comme une sorte de tribut, de façon qu’on ne pouvait en manger que chez eux, ou par leur courtoisie.

L’historien italien Paul Jove, rapporte encore Cuvier, fait même au XVIe siècle à ce sujet un conte intéressant car prouvant en quel honneur le maigre était de son temps. Un célèbre parasite, nommé Tamisio, plaçait son valet en embuscade au marché, pour être informé des maisons où allaient les bons morceaux ; ayant appris un jour qu’il était arrivé un maigre plus grand que de coutume, il se hâta de faire visite aux Conservateurs, dans l’espoir qu’on le retiendrait et qu’il aurait sa part de la tête ; mais il n’avait pas encore monté les degrés du Capitole, qu’il vit repasser cette tête que les Conservateurs envoyaient couronnée de fleurs au cardinal Riario, alors en grand crédit, comme neveu du pape Sixte IV.

Tout réjoui que ce friand morceau fût destiné à un prélat qu’il connaissait et à qui il pouvait sans crainte demander à dîner, Tamisio s’empressa de se mettre à la suite des gens des Conservateurs ; mais pour le malheur du parasite, Riario eut une autre idée : il est juste, dit-il, que la tête d’un si grand poisson aille au plus grand des cardinaux, et il l’adressa à un de ses collègues, le cardinal Fédéric de Saint-Severin, que les Mémoires du temps présentent comme d’une taille démesurée. Nouvelle course pour Tamisio et nouvel incident. Saint-Severin qui devait beaucoup d’argent au riche banquier Augustin Chigi, fut bien aise de lui faire une politesse ; il lui envoya la tête, sur un plat d’or.

Cette fois il fallut la suivre au delà du Tibre, où Chigi faisait bâtir le joli palais de la Farnesine, que les chefs-d’œuvre de Raphaël et du Sodoma ont rendu si célèbre ; mais Chigi encore ne la garda point ; il fit renouveler les fleurs que le soleil avait fanées et l’envoya à sa maîtresse, courtisane alors en vogue, qui demeurait près du pont Sixte ; ce fut là seulement que le pauvre Tamisio, vieillard gros et replet, après avoir couru toute la ville par une char leur ardente, put se repaître à son aise de l’objet d’une si violente convoitise.

Planche de Historiae piscium naturalis de Klein représentant le maigre et ses pierres de colique
Planche de Historiae piscium naturalis (1740) de Klein
représentant le maigre et ses pierres de colique

On conviendra qu’un poisson que les plus grands de Rome regardaient comme un présent magnifique, et qui faisait braver à un vieux gourmand le soleil d’Italie à midi, méritait bien une place dans les livres des Ichtyologistes. Rondelet copie aussi cette histoire, mais il la rapporte mal à propos au sciaena cirrhosa, qui n’est ni assez grand ni assez précieux pour y avoir donné occasion. Duhamel donne connaissance d’un fait qui expliquera peut-être l’oubli où le maigre est tombé à Paris ; selon lui, ces poissons avoient quitté, plusieurs années avant l’impression de son ouvrage, les côtes de l’Aunis pour aller peupler celles de la Biscaye, éloignées d’une centaine de lieues. N’auraient-ils pas un peu plus tôt émigré de la Manche vers les côtes de l’Aunis ? Enfin, les pêcheurs de Dieppe le connurent au XIXe siècle sous le nom d’aigle.

Outre au sein de la Notice de Cuvier en 1813, la pierre de colique apparaît dans l’Histoire naturelle des poissons, du même auteur, en collaboration avec Valenciennes. Le passage concernant ladite pierre est ainsi conçu dans ces deux publications :

« Les pierres que le maigre a dans l’oreille, comme tous les autres osseux, mais qui sont chez lui, ainsi que dans le sciaena umbra et dans le sciaena cirrhosa, plus grandes à proportion qu’aucun autre genre, ont été remarquées par les Anciens, qui répètent plusieurs fois que l’ombre a des pierres dans la tête, et le peuple leur a attribué des vertus imaginaires, comme il en attribue à tous les objets singuliers. On les nommait autrefois, selon Belon, pierres de colique, et on les portait au cou, enchâssées dans de l’or, pour guérir et même pour prévenir cette maladie ; mais il fallait pour cela qu’on les eût reçues en don, et celles qu’on achetait perdaient leur vertu ».

La pierre de colique a été figurée par Aldrovandi dans son Musaeum metallicum édité à Bologne en 1648 (p. 796), et par Jacques-Théodore Klein dans le premier fascicule de son Histoire naturelle des Poissons, publié à Dantzig en 1740 (planche IV). Cuvier dit que la pierre de colique se portait au cou, enchâssée dans de l’or ; mais notre Nanon, en femme économe, se contentait d’une boîte d’argent pour y enchâsser le papier attestant le gain du procès intenté par son mari.

 
 

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