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12 mars 1853 : mort de Mathieu Orfila, médecin, chimiste et père de la toxicologie - Histoire de France et Patrimoine


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12 mars 1853 : mort du médecin, chimiste
et père de la toxicologie
Mathieu Orfila
(D’après « Bulletin de l’Académie nationale de médecine », paru en 1987)
Publié / Mis à jour le samedi 4 mars 2017, par LA RÉDACTION

 
 
 
Espagnol de naissance, naturalisé français en 1818, celui dont l’existence fut rythmée par les accidents et que son père destinait au métier de marin, devient le père de la toxicologie médico-légale et le concepteur d’un enseignement scientifique et clinique suivi pendant plus d’un siècle

Le 24 avril 1787 naissait à Port Mahon (île de Minorque) Mateu Josep Bonaventura Orfila, connu plus tard sous son nom français Mathieu Orfila. S’il naquit aux Baléares, il adopta notre pays, répondant ainsi à sa vocation de chimiste, et attiré par le renom de nos savants. Il eut à vivre et à partager et même à assumer bien des épisodes heureux ou malheureux de notre histoire.

Notre pays se flatte d’être celui où règne la raison, qui concourt à tous les progrès, mais celui aussi où se lèvent parfois comme des tempêtes des passions qui nous entraînent au service des causes les plus généreuses et parfois les plus détestables. Mais au temps des violences et des injustices succèdent de longues périodes de sagesse, de vérité, c’est bien ce que Chateaubriand avait dit au moment de la mort de Fontanes : « Ce beau génie est peut-être oublié dans la ville où tout s’oublie, mais le temps de la mémoire reviendra ».

Mathieu Orfila dans les années 1820. Lithographie d'Antoine Maurin (1793-1860), colorisée
Mathieu Orfila dans les années 1820. Lithographie d’Antoine Maurin (1793-1860), colorisée

Orfila connut en effet toutes les joies, les félicités, les honneurs que l’on peut rendre à un homme, mais parfois la cruauté de certaines envies, de certaines jalousies, il les connut, gardant avec une grande dignité son attachement pour ceux qui l’avaient accueilli, et ceci sans aucun reniement de ses racines hispaniques, éprouvant toujours de la joie à retrouver les siens.

A l’âge mûr se réalisent souvent des rêves de jeunesse. La vie d’Orfila en apporte le témoignage. Lui-même l’a exprimé dans l’autobiographie qu’il rédigea à l’âge de soixante ans, en écrivain de qualité. Sa sincérité est confirmée par ses contemporains. Orfila était le fils d’un négociant, armateur et banquier, et d’une jeune femme d’ascendance anglaise. Port Mahon possède en effet une rade superbe qui tenta successivement : Français, Anglais, Espagnols et Arabes.

C’est donc à Port Mahon, aux origines si diverses, que commence sa vie pleine d’imprévus et de passions dont le caractère dominant sera la volonté. On retrouve chez lui les traits mêmes d’un héros de Stendhal ou de Balzac, qui furent ses contemporains ; il en vécut, à peine modifiées, les aventures.

Port Mahon n’avait pas de collège d’enseignement en ce temps : son père le confie à 7 ans à un Cordelier qui lui apprend le latin et la philosophie ; à 9 ans, un prêtre français émigré le familiarise avec notre langue ; en 1799, cependant qu’il a 12 ans, un religieux irlandais l’initie à son tour à la langue anglaise. Polyglotte, sa culture classique est excellente. Il vanta d’ailleurs les mérites de ses maîtres, de ce qu’ils , lui avaient apporté, préconisant la nécessité dans la vie d’une solide formation initiale. Il avait par ailleurs une belle voix, de l’attrait pour la musique et le chant, arts qu’il cultiva, même dans l’âge mûr. Il était de plus fin jouteur dans les jeux de la parole, ce qui le servira plus tard.

Son père, homme impérieux, voit en lui son successeur naturel ; il fera donc son apprentissage en étant d’abord marin. Naviguer avec sûreté demande de posséder quelques connaissances mathématiques, elles sont utiles pour se diriger en mer, puis plus tard dans la conduite des affaires. Un maître lui en apprend les rudiments jusqu’à la trigonométrie. Mais, les jugeant médiocres, il décide de recruter à son tour des élèves pour s’instruire en enseignant, il les trouve parmi ses camarades. Il aura toute sa vie la vocation d’enseignant. Pendant un an il se consacre à la fois aux mathématiques et aux éléments de la navigation. Cela lui suffit pour le moment.

Obéissant aux instructions paternelles, il embarque le 15 juin 1802 sur un brick marchand de 16 hommes d’équipage pour se rendre à Alexandrie. Il a à peine 15 ans. On lui confie cependant la fonction d’aide-pilote. En Égypte il ne manifeste aucune curiosité pour les pyramides et s’enferme dans sa cabine pour se remettre au travail : sur ce point il est encore et sera toujours infatigable.

C’est le retour vers Port Mahon, son navire côtoie l’Italie dont les noms lui rappellent quelques souvenirs de ses études classiques. Si tout cela était prévu dans le programme de l’expédition c’est maintenant que les aventures commencent vraiment ; une tempête le rend malade, au point qu’elle entraîne sa décision : « je ne serai pas un marin je serai médecin » ; son vaisseau est attaqué et saisi par des pirates barbaresques, il se voit déjà vendu comme esclave à Tunis ou à Alger.

Un retournement incroyable de la situation dramatique où il se trouve se produit : le pirate qui l’avait pris, ayant séjourné à Port Mahon, le reconnaît et s’écrie : « mais c’est le fils Orfila ! ». Remis en liberté, l’avenir souhaité pendant la tempête pourra donc se réaliser. Le voici étudiant en médecine à Valence. L’enseignement qu’il reçoit lui paraît suranné, trop élémentaire. Toujours curieux il se procure les ouvrages de Lavoisier, de Fourcroy, de Vauquelin. Il les dévore, c’est une véritable révélation qui le marque à tout jamais.

Nous sommes en 1804. Pendant 2 ans il ne dormira que deux heures par nuit. Il se présente au concours de la faculté : ce jeune homme de 18 ans est si remarquable qu’il est appelé « Maître » par le jury. Convoqué le lendemain par le Grand Inquisiteur, celui-ci veut en savoir davantage sur ce brillant sujet, il le pousse dans les derniers retranchements de ses connaissances, Orfila répond avec assurance. Emerveillé, le Grand Inquisiteur le conduit alors dans sa bibliothèque et lui montre les œuvres des Encyclopédistes français. En souriant il l’invite à continuer ses études sans aucune inquiétude : on peut faire confiance à son intelligence et à sa jeune force. Suivant le mot de Talleyrand, « il lui avait trouvé de l’avenir dans l’esprit ». Jamais il ne gaspilla sa jeunesse.

Valence ne lui suffit plus, il gagne Barcelone, y travaille pendant deux ans, puis ayant obtenu une bourse de la Junte de Catalogne en 1807, il part pour Paris où l’attire la réputation de savants dont il avait lu les œuvres avec passion. Il a 20 ans, riche surtout d’ambitions intellectuelles. Tout est encore pour lui succession d’aventures imprévues et le sera encore toute sa vie. Lors de son passage à Madrid, il est, naïf, victime d’une escroquerie. Il finit cependant par arriver à Paris après un voyage romanesque. Il débarque de sa diligence sans un sou vaillant, mais il est maintenant dans la ville qui garde le souvenir de Buffon, de Lavoisier et où travaillent toujours Fourcroy, Vauquelin : ce sont ses premiers maîtres.

Tout est bien, il reçoit une avance sur la bourse promise en Catalogne et se lie d’amitié avec le peintre Lacoma, son compatriote, qui fera son portrait, devient élève de Lamarck, de Geoffroy Saint-Hilaire, de Cuvier qui l’encouragent à leur tour. Il abandonne cependant l’histoire naturelle pour la médecine et donne, afin de vivre convenablement, des leçons de chimie. Il travaille auprès de Vauquelin à l’École de médecine et prépare les cours de Fourcroy qui lui rapporte les propos généreux de Lavoisier : « le médecin, avait dit ce dernier, peut aussi dans le silence de son laboratoire espérer par ses travaux diminuer la masse des maux qui affligent l’espèce humaine ».

Orfila ayant terminé ses études passe en 1811 sa thèse de doctorat en médecine dont le sujet est : « Nouvelles recherches sur l’urine des ictériques » thèse, on le voit, de chimie médicale. Entre temps, car rien ne se fait pour lui sans accident, Orfila est arrêté pendant la guerre d’Espagne, mais Vauquelin, en habit d’académicien, vient le tirer de sa prison. Il lui en gardera une reconnaissance sans défaut.

Le soutien moral et affectif de Vauquelin n’est pas suffisant pour vivre. Il ne reçoit plus de bourse de Catalogne, ni d’aide de sa famille. Il doit ouvrir maintenant un cours, on dit « un cours particulier » dans différents locaux de la rue du Bac, chez un pharmacien, et rue du Foin Saint-Jacques. Cela se pratiquait en ce temps-là sans aucune réglementation. Il enseigne à ceux qui sont ses cadets tout ce qu’il sait : la chimie, la physique, la botanique et même l’anatomie. Ce cours est un succès qui lui inspirera plus tard quelques vues sur la formation médicale.

Mathieu Orfila donnant sa première leçon de chimie en présence de Beclard, Cloquet et Edwards
Mathieu Orfila donnant sa première leçon de chimie en présence de Beclard, Cloquet et Edwards

Ce cours est, aussi et surtout, à l’origine de son orientation scientifique parce qu’un jour l’accompagnant de démonstrations, il annonce à son auditoire le résultat d’une expérience dont l’acide arsénieux est le sujet. Le précipité et le changement de coloration, attendus dans sa tasse de café, ne se produisent pas. Au lieu d’en être déçu il en est intrigué. Pourquoi ce résultat ? C’est ce pourquoi qui est à l’origine de ses recherches. Il va expérimenter des produits toxiques de toute nature sur 4 000 chiens et, à partir des résultats obtenus, rédige entre 1812 et 1814 son Traité des poisons qui aura 5 éditions françaises et des éditions anglaises, allemandes, espagnoles.

L’histoire des poisons et le récit des empoisonnements vont céder la place à la notion des substances toxiques. La toxicologie prend place parmi les sciences expérimentales. Nous sommes maintenant en 1814, à l’aube de la Restauration, c’est pour Orfila le début de la célébrité : l’Académie des sciences le nomme membre correspondant en 1815, sur la proposition de Hallé, le courageux défenseur de Lavoisier. Il n’a que 28 ans.

L’Espagne souhaite son retour, mais il avait voulu venir en France, il en aime la conception de la science, celle de Vauquelin, son véritable patron et des autres savants dont il a été l’élève. Il décide de rester dans notre pays : il y tient d’autant plus qu’il s’y est marié en 1815 avec la fille du sculpteur Lesueur. La France désirant garder ce chimiste déjà reconnu, Louis XVIII le nomme médecin par quartier, sinécure qui assure sa subsistance.

Voyant plus haut et plus loin, Lefèvre, médecin de Louis XVIII, souhaite le voir enseigner à la Faculté de médecine de Paris, mais il est de nationalité espagnole : il est alors sans difficulté naturalisé et la Faculté le nomme, en raison de ses travaux en 1818, professeur de médecine légale. C’est Cuvier qui vient lui-même lui annoncer sa nomination. Il écrit alors un petit livre sur les soins à donner aux empoisonnés et aux asphyxiés. Sur la santé il publia d’autres ouvrages : Éléments de chimie, un Traité de médecine légale, un Traité des exhumations juridiques.

En 1819, les vœux de tous sont comblés : Mateo Orfila est devenu professeur à la Faculté de médecine de Paris. Tout a été rapide, s’est déroulé en 3 ans. Louis XVIII fonde l’Académie royale de médecine en 1820, qui succédait à la Société royale de médecine disparue à la Révolution. Portal, qui en rédige le règlement, l’y fait entrer. À 33 ans, il est le plus jeune de ses 70 membres.

Le professeur Mateo Orfila est admiré de tous. Comme toujours il va consacrer à l’enseignement une activité intense. Son cours de 120 heures par an, et cela sans défaillance pendant 35 années d’exercice, provoque chez ses auditeurs un enthousiasme inégalé. Il était, dira Dubois, simple, clair dans ses exposés, passionnant et facile à suivre. Un de ses anciens élèves se souvient : « Ceux qui comme nous ont assisté aux leçons de ce professeur hors ligne, se rappellent les luttes qu’il fallait soutenir pour pénétrer dans l’amphithéâtre assiégé par une foule avide d’entendre Orfila ».

Il est applaudi non seulement dans l’amphithéâtre, mais à la ville. Orfila devient encore homme du monde. Sérieux dans les choses sérieuses, il est plein de gaieté dans le courant de la vie. Il est le savant à la mode d’autant plus que, célèbre par sa science et ses travaux, il est recherché par les malades, car il soigne aussi des malades, qui ne parlent que de lui.

Une santé de fer lui permet de mener de front plusieurs existences ; une vie mondaine commence, pleine d’attraits, mais surtout utile pour l’avenir. Paris possède des salons que sa femme et lui fréquentent : celui de la princesse de Vaudemont, puis de la comtesse de Rumford, veuve de Lavoisier. C’est là qu’il rencontre, nouvelles et bonnes écoles, celle de l’honneur, avec Chateaubriand, et de l’habileté avec Talleyrand. « En France, écrit-il à son père (non sans quelque plaisir d’en faire partie), la noblesse c’est le talent ». Et le talent, chez lui, c’est à la fois la science, le charme, l’agrément de la conversation, son aisance dans toutes les situations. Il exerce une certaine fascination à laquelle contribuent le timbre agréable de sa voix, sa figure et son élégance.

Ses relations avec les autorités officielles, avec la Cour et les ministres, ne sont pas des vanités. Comme l’y invite Royer-Collard, il songe à l’avenir, par ambition personnelle certes, mais aussi à ses devoirs envers la Faculté qui l’avait accueilli, à la médecine française si mal organisée : elle a bien des médecins illustres comme Trousseau et des chirurgiens célèbres comme Dupuytren, mais malheureusement des officiers de santé praticiens au savoir discutable qui encombrent villes et campagnes et dont la médiocrité est peinte par Flaubert dans Madame Bovary. Ils sont environ 8 000 à côté de 10 000 médecins.

Dès 1820, Orfila conçoit un plan de réforme de l’enseignement. Mais ce n’est pas encore l’heure de le faire adopter. Il avait bien avec Béclard fait passer des examens à ses étudiants. Une certaine agitation survient dans la faculté en 1822. Elle en entraîne la fermeture provisoire et permet au Gouvernement de modifier l’organisation des Chaires, décision qui s’accompagne parfois d’injustices : Vauquelin, son bienfaiteur, malgré sa notoriété, est sacrifié. Il obtient avant de partir qu’Orfila occupe sa chaire de Chimie et continue son enseignement. Ils firent à cette occasion assaut de générosité mutuelle. Orfila, se souvenant de ce qu’il lui doit, est tenté de refuser ; Vauquelin, lucide et noble, lui demande d’accepter sa succession.

La Faculté entre alors dans une période de paix, sans histoire pour tous et pour Orfila surtout, qui enseigne, travaille, réfléchit, pensant à l’avenir, à la formation des futurs médecins. Arrive 1830 et la Révolution de Juillet. Sur la proposition d’Antoine Dubois, doyen en exercice, il est alors nommé doyen de la Faculté. Maintenant peut commencer, et commence vraiment son œuvre de rénovateur de l’enseignement médical. Cette œuvre se poursuit jusqu’en 1848. La Restauration lui avait permis d’asseoir son autorité, ses projets aboutissent sous la Monarchie de Juillet. Il a maintenant les prérogatives, l’audience et l’autorité d’un doyen et quel doyen ! avec les moyens que lui donnent sa nomination et sa popularité.

Il faut d’abord rétablir l’ordre dans la maison et parmi les élèves. Son autorité et sa compréhension des problèmes lui permettront de réaliser ce premier objectif. Il a toujours été exigeant avec lui-même, consacrant le meilleur de son temps à son enseignement. Il exige la présence des élèves non seulement aux cours, mais surtout aux travaux pratiques. L’étudiant qui a pris ses inscriptions à la Faculté se présentera à un examen avant de pouvoir prendre d’autres inscriptions pour passer dans une nouvelle année.

Cette discipline des études, leur programme, leur contrôle régulier porteront leurs fruits. Rien de semblable n’existait avant la Révolution de 1789, ni depuis, ni même sous la Restauration qui a toujours avancé avec prudence. Orfila se souvient des projets de réforme, acceptés sous la Convention, en principe seulement, mais non dans les faits, dont les grandes lignes lui avaient été transmises par Vauquelin.

Au XVIIIe siècle et encore au début du XIXe, la médecine on le sait n’avait rien de scientifique, elle s’appuyait sur des spéculations, des systèmes dogmatiques, des mots comme : « les humeurs peccantes », des discours pompeux sans fondements. Orfila est un chimiste, un biologiste même, un expérimentateur, la toxicologie lui a appris que la maladie est liée à une altération de l’organisme, elle doit être envisagée comme telle. C’est ce qu’avaient pensé déjà Bichat et Laennec. Orfila va imprégner ses réformes de cette conception aujourd’hui si banale : la pathologie chirurgicale l’avait naturellement acceptée. Ce n’était pas encore le cas de la pathologie médicale. Avec Orfila c’est un état d’esprit qui va changer dans nos Facultés. « C’est à Paris entre 1800 et 1850 que naît alors, dira à la fin du siècle l’américain Shzyock, la médecine moderne ».

La réforme des études comporte la possession préliminaire du baccalauréat ès lettres, et ès sciences, une scolarité de 4 à 5 ans d’études. Les étudiants sont examinés par des agrégés et des professeurs. Les agrégés sont nommés au concours, les professeurs doivent posséder des titres universitaires. Ce corps enseignant sera rémunéré, comme il convient, par un traitement décent. Membre du Conseil général des hôpitaux et hospices en 1832, puis du Conseil royal de l’Instruction publique, Orfila crée des services hospitaliers d’ophtalmologie, des voies urinaires et d’orthopédie.

On trouve parmi les étudiants des illettrés, il les élimine dès 1836 et demande, sans l’obtenir nous l’avons dit, la suppression du grade d’officier de santé. Mais, par contre, sait-on qu’on lui doit en 1831 le corps des élèves externes des Hôpitaux, à côté de celui des internes. Orfila, par ailleurs, dans un souci philanthropique, fonde en 1835 l’Association des médecins de la Seine destinée à aider les médecins âgés sans ressources, création à laquelle il tient comme étant sa fondation la plus importante, elle annonce dans ses principes les futurs syndicats médicaux.

Mathieu Orfila à la fin de sa vie. Lithographie d'Alexandre Collette (1814-1876) publiée dans The Illustrated London News du 19 mars 1853
Mathieu Orfila à la fin de sa vie. Lithographie d’Alexandre Collette (1814-1876)
publiée dans The Illustrated London News du 19 mars 1853

Il demande l’institution de chambres disciplinaires pour veiller à la moralité du corps médical. C’est en germe, mais bien plus tard, ce que sera l’Ordre des médecins. Cette proposition provoque des haines inexpiables de la part des charlatans, mais ne sera pas suivie d’effet.

Il fut aussi un bâtisseur, il organisa les pavillons de dissections dits « de Clamart » pour remplacer l’École Pratique détruite en 1833, l’Hôpital des Cliniques de la Faculté en 1834 avec ses cliniques externe, interne et d’accouchement qui fonctionnèrent jusqu’en 1847, un jardin botanique, et surtout deux musées : l’un sera installé dans le réfectoire des Cordeliers à la suite de la fondation de la Chaire d’anatomie pathologique, le musée Dupuytren, musée établi grâce à l’action d’Orfila. L’autre fondation est celle qui porte son nom. Le savant désire promouvoir en les créant les sciences médicales. La description du corps humain, de ses structures est indispensable sur le plan des applications. Cette connaissance est déjà acquise par le chirurgien à l’Ecole pratique, assurant son habileté, le génie de sa main, mais cela est-il suffisant ? Orfila a été formé à l’école des Encyclopédistes. Il a visité à Londres le musée Hunter fondé par deux frères anatomistes et chirurgiens.

Il sait bien lui, le chimiste, pour avoir expérimenté sur l’animal l’intérêt et l’importance des structures de l’organisme ; elles sont fonctionnelles. Ferrein, Winslow et plus près de lui Portal, les ont enseignées au Jardin du Roi, Winslow, neveu de Stenon, avait rappelé ce que ce dernier disait : « Belles sont les choses que l’on voit, plus belles celles que l’on sait, plus belles encore celles que l’on ignore ».

Telles sont les pensées qui le guident : ce que l’on ignore est à connaître. Il est même un précurseur, Orfila ne veut pas que dans la Faculté qu’il dirige s’établissent, entre les sciences médicales, des cloisons qui aboutiraient à une nouvelle scolastique tout aussi stérile que la médiévale. Cette pensée sera celle de Claude Bernard quelques années plus tard. En mars 1881, moins de 33 ans après son départ du décanat, le catalogue du musée Orfila, rédigé par Houel, recensera 4 000 préparations de toute nature, mais surtout d’anatomie humaine. Ce musée devint ainsi, par la richesse de ses collections, unique au monde, le plus riche en pièces d’anatomie humaine de l’adulte, mais encore de l’enfant, en reconstructions embryologiques.

Tant d’activités à la Faculté et dans les commissions ministérielles où siège Orfila, si elles suscitent l’admiration, ne peuvent pas ne pas provoquer autour de lui jalousies et haines, fureurs partisanes, calomnies mêmes, à la recherche d’arguments pour les combats politiques qui s’annoncent. Son action le désignait comme future victime. En 1848, quand débute la Révolution de Février, tirant profit des troubles de la rue, certains voient l’occasion rêvée de se débarrasser de ce doyen trop actif. Honteux on vient lui demander de choisir entre la démission de ses fonctions décanales, assumées pendant 18 ans, et la révocation. C’est cette dernière que l’honneur lui fait préférer.

Le lendemain de sa révocation, l’ancien doyen, déchu mais fier, entre dans l’amphithéâtre, comme à l’accoutumée, pour enseigner ses étudiants. 1 500 viendront l’acclamer. Ses ennemis ne désarment pas, ils attaquent alors sa gestion. Il apporte non seulement la preuve de sa probité, mais celle de sa libéralité : c’est sa propre bourse qui avait servi à couvrir certaines dépenses engagées.

Mais en 1851, il était réservé à l’Académie nationale de médecine de rendre à Orfila justice et réparation de l’outrage de 1848, en l’élevant à sa présidence. Cette réparation ne lui permet pas cependant de retrouver sa position antérieure. Il avait été mortellement blessé, mais n’avait jamais été homme à s’avouer vaincu. On avait cru lui enlever, en 1848, la gloire et la force ; la noblesse de cœur et la générosité lui restaient. Le 4 janvier 1853, il donne lecture à l’Académie de médecine, en séance publique, de son testament : il fait d’elle et de sa Faculté, de l’École de pharmacie et de l’Association des médecins de la Seine, ses principaux héritiers.

Il meurt le 12 mars de la même année, âgé de presque 66 ans. Tel fut Mathieu Orfila, homme d’honneur fidèle et novateur, intelligent et généreux, un homme dont la France et l’Espagne peuvent être également fières.




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