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7 janvier 1878 : mort de François-Vincent Raspail, chimiste et militant politique - Histoire de France et Patrimoine


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7 janvier 1878 : mort de
François-Vincent Raspail,
chimiste et militant politique
(D’après « Raspail. Sa vie, sa mort, son oeuvre politique, scientifique
et philosophique » (par Louis Baudier) paru en 1878, « Floréal.
L’hebdomadaire illustré du monde du travail » du 6 août 1921,
« Lectures pour tous » paru en 1927
et « Catalogue de l’exposition François-Vincent Raspail » (du 28 novembre
au 31 décembre 1978) paru en 1978)
Publié / Mis à jour le dimanche 7 janvier 2018, par LA RÉDACTION

 
 
 
Évoquant un long boulevard parisien ou une station de métro, le nom de Raspail est pourtant celui d’un précurseur de la doctrine microbienne et fondateur des bases de l’antisepsie : perdant son père à 5 ans, destiné à l’état ecclésiastique, il s’en détourne et se rend à Paris, pour y entamer de front des études de droit et de sciences, et initier des travaux scientifiques tout en menant un combat politique républicain lui valant plusieurs séjours en prison

Les Raspail, originaires du Dauphiné, s’installèrent au XVIe siècle à Sault, sur les flancs du Mont-Ventoux. Dès le début du XVIIe siècle, un Raspail est aubergiste à Carpentras (Vaucluse). C’est dans cette ville et au sein d’une famille plus attaché à la monarchie qu’à la République, que naquit François-Vincent Raspail, le 5 pluviôse an II (25 janvier 1794) de Joseph Raspail (1735-1799) et de Marie Laty.

Son père, continuant le métier ancestral, exerçait à Carpentras la profession de traiteur ; mais il ne traitait, paraît-il, que les gourmets, et faisait de la cuisine un art qui finit par l’enrichir. Spirituel et bon vivant, il s’honorait notamment d’être traiteur des vice-légats du pape. C’était, de plus, un homme d’esprit qui s’adonnait, non sans succès, dans ses heures de loisir, à la poésie provençale, et dont on répétait, à l’entour, les saillies que sa verve, quoiqu’il fût royaliste, laissait parfois échapper contre les nombreux hobereaux de la contrée. Du côté maternel, les Laty, de petite noblesse vaticane très appauvrie, étaient boulangers à Pernes-les-Fontaines ?

François-Vincent Raspail à l'âge de 15 ans
François-Vincent Raspail à l’âge de 15 ans

Joseph eut d’un premier lit trois fils : l’aîné, Raspail Saint-Ange, devint lieutenant-colonel ; c’était un des plus beaux hommes de l’armée, romanesque, courageux, riche d’aventures amoureuses, il mourut à 82 ans. Le second, Victor, fut capitaine dans la garde impériale. Couvert de blessures, il fut nommé commandant de place à Novarre en 1812. Revenu à Carpentras après la chute de l’Empire, il s’y suicida par suite du chagrin que lui firent éprouver les malheurs de la France. Le troisième frère mourut à Avignon, où il était marchand de tableaux. Du second lit, Joseph Raspail fut père de François-Vincent, de Joseph, et de quatre filles.

La mort de Joseph Raspail en 1799, ruiné par la faillite des assignats, laissa sa veuve et ses six enfants dans une pauvreté certaine. Leur enfance se déroula dans un climat de grande piété et de haine pour la République. Le jeune François-Vincent Raspail, dont l’intelligence se manifesta dès ses premières années, fut pris en amitié par le vénérable abbé janséniste et républicain Joseph-Siffrein Eysseric. Savant studieux en grec, latin, hébreu et même syriaque, il tenait une petite école pour les enfants pauvres. Sa pédagogie vivant permit mena si loin François-Vincent qu’à l’âge de douze ans, il commençait à lire couramment les grands auteurs de ces langues. C’est à sa mémoire qu’en 1833 Raspail dédia en ces termes son Traité de Chimie organique :

Pour complaire à sa mère, qui ambitionnait de lui voir embrasser l’état ecclésiastique, il entra, muni d’une demi-bourse, au séminaire d’Avignon, en 1808. L’année suivante, après avoir obtenu le prix de philosophie, il reçut la charge de répétiteur de cette science. En 1812, après avoir remporté le premier prix sur des théologiens de quatrième année, parmi lesquels se trouvait un futur patriarche d’Orient, Mgr d’Auvergne, il fut nommé, malgré sa grande jeunesse, professeur de théologie, et eut ainsi pour élèves plusieurs évêques, archevêques et cardinaux, entre autres l’archevêque de Paris, Sibour.

Entraîné par un besoin insatiable d’études, le jeune Raspail se procurait secrètement tous les livres qui n’avaient pas accès dans le séminaire ; ils les cachaient dans la paillasse de son lit pour lire pendant la nuit. Chargé, dans un exercice de controverse théologique auquel assistait un légat de passage à Avignon, de défendre une thèse contre l’infaillibilité du pape, il prit tellement au sérieux son rôle de contradicteur, qu’il embarrassa son adversaire, qui n’était autre que le supérieur du séminaire, devenu, quelques années après, évêque de Fréjus.

L’incident fit du bruit ; mais déjà Raspail s’était aperçu de l’incertitude de sa vocation religieuse ; loyalement, il alla s’en ouvrir à l’évêque d’Avignon, qui l’approuva, dans ces conditions, de se retirer avant d’avoir reçu l’ordination. Il n’avait que dix-huit ans lorsqu’il descendit ainsi des hauteurs du professorat pour accepter une chaire de basse latinité, la seule disponible à ce moment au collège de Carpentras.

On était alors en 1813. Le prestige de Napoléon venait d’être profondément atteint par la désastreuse campagne de Russie ; l’empereur touchait à la décadence ; aussi, l’ancien pays des papes commençait-il à mal payer les impôts, et pas un prêtre n’osait se charger de prendre part à la célébration de la fête commémorative de la bataille d’Austerlitz, les plus intrépides panégyristes de l’empereur refusaient d’atténuer ses revers. Les autorités de la ville jetèrent les yeux, pour remplir ce devoir, sur le jeune professeur du collège, déjà mis en relief par plusieurs sermons conçus d’une manière neuve et saisissante et qui avaient produit un grand effet.

Le jeune Raspail accepta l’obligation de s’occuper du discours d’apparat. Il le fit avec la ferme résolution de n’être pas un panégyriste, et son discours fut accueilli avec enthousiasme ; il calma l’irritation des esprits et, le lendemain, les paysans vinrent en foule payer les impôts. Au sortir de la cathédrale, les autorités civiles et militaires se rendirent auprès de Mme Raspail mère pour la complimenter. Le discours fut envoyé à l’empereur ; il revint avec cette annotation de sa main : « Surveillez ce jeune homme, il ira loin ». Dans le département, Raspail fut désigné, après cet éclat, sous le nom de Petit Bossuet.

François-Vincent Raspail en 1833
François-Vincent Raspail en 1833

En 1814, François-Vincent perdit sa place de professeur. La défaite de la France lui avait glacé le cœur ; aussi, lorsque Napoléon revint de l’île d’Elbe, en 1815, et croyant que ce dernier saurait profiter des leçons du malheur, fit-il éclater sa joie et ses espérances patriotiques. Une chanson bachique échappa à son enthousiasme ; on la chanta pendant les Cent-Jours ; mais, aux derniers, une indiscrétion ayant trahi l’incognito de l’auteur, les royalistes s’en vengèrent en le faisant inscrire sur les listes des cours prévôtales, dont Pointis était l’exécuteur dans le Vaucluse.

On le retrouve à Paris en 1816, âgé de 22 ans. Sa situation financière étant critique, il chercha à gagner sa vie et, utilisant sa culture classique, entra comme professeur dans des institutions privées : l’institution Stadler, annexe du collège Stanislas, puis le collège Sainte-Barbe. Il s’inscrivit également en Facultés de Droit et des Sciences ; mais ce qu’il désirait par dessus tout, c’était d’écrire. On était alors en pleine Restauration. Très vite, il publia sous divers pseudonymes, dans des journaux de l’opposition, des articles très violents.

Il perdit deux fois son emploi pour cette raison, et se trouva dans une situation d’autant plus précaire que, ayant rencontré en 1821 une jeune femme dont il fit sa campagne, il en eut un premier fils en 1823, et un second en 1827. Malgré ses ennuis financiers, il se fit carbonaro en 1821, fut reçu dans une loge maçonnique vers la même date, et fut mêlé à toutes les luttes politiques de l’époque. Il se dégoûta vite du droit auquel il préféra les sciences naturelles dans lesquelles il devint en quelques années un homme de premier ordre.

Le rigoureux plan de travail qu’il se fixa dès 1824 devait en effet mener Raspail à la découverte des phénomènes chimiques de la vie intra-cellulaire, méconnue jusqu’alors. Les techniques qu’il inventa à cette époque restèrent à la base des disciplines scientifiques centrées sur les études à l’échelon de la cellule. C’est pourquoi le 1er Congrès international d’histochimie, en 1960 à Paris, s’ouvrit sous l’égide de Raspail.

Le premier, il utilise le microscope que, faute d’argent, il construit lui-même et qui lui permettra de faire son admirable découverte, grosse de conséquence, de la cellule. « Ce ne sont pas, écrivent ses biographes, de beaux instruments d’optique, de riches collections d’histoire naturelle qui ont fait découvrir à M. Raspail ce que tant d’autres n’avaient point aperçu : une loupe montée, quelques gouttes de réactifs, des pots de terre placés devant une fenêtre en guise de serre chaude, le terrain des carrières de Montrouge pour Jardin botanique, et, à l’heure des repas, un morceau de pain en face d’un verre d’eau... voilà quelles étaient ses ressources. »

En portant ses recherches sur la fécule, Raspail constat l’erreur des chimistes d’alors qui la considéraient comme une substance homogène. Le grain de fécule lui apparaît un organe infiniment complexe, et le résultat de cette étude aboutit à la découverte de la cellule « constituant l’élément primordial de toute organisation végétale ou animale ».

En 1827, Raspail fonde, avec toute la netteté désirable, la théorie cellulaire : Omnis cellula e cellula... la cellule naît de la cellule ; et ce n’est que quelques années plus tard, en 1838, que l’Allemand Schwann devait écrire un ouvrage sur un thème identique.

Raspail est enfin le précurseur le plus direct de la doctrine microbienne. Les « parasites », les « helminthes », les « infiniment petits » n’étaient autres que les microbes, si bien que l’antisepsie, base de la chirurgie moderne, trouve avec lui ses préceptes essentiels et commence ses premiers bienfaits.

Il préconise donc le nettoyage des chairs à l’alcool camphré « qui participe de la propriété antiseptique », de même qu’un pansement dont la base est le camphre ou bien une pommade camphrée, pansement avec lequel on n’a à redouter « aucun accident consécutif à une opération chirurgicale, ni tétanos, ni gangrène, ni pus de mauvaise nature ».

François-Vincent Raspail. Portrait satirique paru dans le journal L'Éclipse du 23 mai 1869
François-Vincent Raspail. Portrait satirique paru dans le journal L’Éclipse du 23 mai 1869

Les erreurs judiciaires dues à des expertises chimiques incertaines glaçaient d’horreur Raspail, penché sur toutes les formes de souffrances. En 1828, il affronta le professeur de toxicologie, doyen de la Faculté de Médecine, Mathieu Orfila. Les confrontations entre les deux savants furent sévères : en 1839, l’affaire des époux Mercier, à Dijon ; en 1840, la célèbre affaire Lafarge à Tulle ; en 1840 encore, l’affaire Rigal à Albi, et l’affaire Boeglin à Colmar ; ce sont les principaux procès en Cour d’Assises où François-Vincent Raspail tenta d’arracher d’innocents accusés à de lourdes condamnations dues aux expertises d’Orfial.

Ses découvertes, les consultations gratuites où il soulageait les misères humaines, ne l’empêcheront pas d’être dénoncé pour exercice illégal de la médecine et poursuivi — il sera condamné en 1845. Il se défendra alors avec une éloquence admirable, qui fait écrire à un journaliste de l’époque : « Il y a chez lui, et peut-être chez lui seul en France, en ce moment, toute l’étoffe d’un tribun. »

Aux journées de juillet 1830, Raspail quitte la plume et prend le fusil. Ce n’est plus l’heure de prêcher, c’est l’heure de se battre. Le jeune et héroïque savant est blessé à l’attaque de la caserne de Babylone. Puis le soldat de juillet commença contre Louis-Philippe une lutte sans merci et féconde en incidents.

Il avait accepté la décoration de Juillet ; les ministres de Louis-Philippe, qui ne connaissaient point cette nature de fer, crurent enchaîner leur adversaire en lui offrant la croix de la Légion d’honneur. La nomination parut dans le Moniteur universel à l’insu de Raspail, qui écrivit au ministre la lettre suivante, publiée dans plusieurs journaux :

« Monsieur le ministre,

« J’ai reçu, le 16 de ce mois, la lettre datée du 13, par laquelle vous me faites l’honneur de m’annoncer que, par ordonnance du 12, Sa Majesté a daigné me conférer le titre de chevalier de la Légion d’honneur.

« Je m’empresse, monsieur, de vous prier de rapporter cette ordonnance.

« Si la croix d’honneur s’était conservée la croix des Monge, des héros de Marengo, d’Austerlitz et d’Iéna, peut-être aurais-je eu la faiblesse de braver mille fois la mort pour mériter cette décoration une seule. Mais, depuis la Restauration, on l’a prodiguée à tant de bureaucrates ou de traîtres qui ont tout fait contre nos libertés ; et, ces jours derniers encore, on a essayé (...) qu’en l’acceptant, je semblerais insulter à la situation mes camarades de Juillet, de ces braves qui préfèrent se laisser empoigner plutôt que d’amener la guerre civile, alors qu’il n’est pas encore bien démontré qu’il existe deux camps dans Paris.

« La seule décoration à laquelle mes opinions, essentiellement républicaines, me permettent de prétendre, c’est la décoration spéciale des trois journées ; celle-là n’ennoblit pas, elle honore ; elle sera décernée, non par le pouvoir, mais par nos frères d’armes ; elle n’aura été flétrie par aucune boutonnière indigne ; mais, toute tardive qu’elle est, elle sortira vierge, je l’espère, des mains de la Commission des récompenses nationales.

« Agréez, monsieur le ministre, l’expression de la considération avec laquelle j’ai l’honneur d’être votre très humble serviteur.

« Raspail, homme du peuple. Paris, 17 mars 1831. »

Cette noble franchise fut punie de huit mois de prison et de 800 francs d’amende. C’était le premier procès de Raspail (10 mai 1831).

Son second procès est de 1832. François-Vincent Raspail avait été impliqué dans les poursuites dirigées contre la Société des Amis du peuple, qui inquiétait le gouvernement. Le jury acquitta les prévenus ; mais le ministère public, qui voulait avoir à toute force des condamnations, obtint de la cour que les accusés fussent condamnés pour les vivacités de leur défense. En ce qui touche Raspail, disait l’arrêt : « Considérant que, dans le discours susénoncé, il s’est rendu coupable d’offense envers la personne du roi et de provocation au renversement du gouvernement, notamment en signalant le roi comme un homme sorti de ses jardins et venu pour exploiter la ruine des libertés de la France ; en disant : Périsse le traître, fût-il roi !... Peuple, hâte-toi de reprendre ton sceptre, car toi seul peux connaître tes ressources et tes besoins ; en disant à propos d’économie : Il faudrait enterrer vivant sous les ruines des Tuileries un citoyen qui demanderait à la France quatorze millions pour vivre, condamne Raspail à quinze mois de prison et 500 francs d’amende. »

François-Vincent Raspail au bureau du Réformateur (1835). Gravure réalisée d'après une peinture de A. Latil
François-Vincent Raspail au bureau du Réformateur (1835).
Gravure réalisée d’après une peinture de A. Latil

Le 11 décembre 1833, un nouveau procès rappelle sur Raspail l’attention publique. Une réunion de l’Association en faveur de la presse, et dans laquelle Raspail, président par occasion, avait prononcé un discours, fut le prétexte des poursuites. Raspail fut arrêté le soir même. Il fut acquitté ; mais, au moment d’être remis en liberté, on lui apprenait qu’il était accusé de complot contre la personne du roi. Il allait avoir son quatrième procès.

La Société des Droits de l’Homme avait été dissoute par arrêt de la Cour du 10 avril 1833, mais ses membres poursuivaient leur propagande. Comme on ne pouvait poursuivre la Société elle-même pour délit d’association illicite, on dressa l’échafaudage d’une accusation de complot. Quelques papiers saisis au domicile de Raspail et de ses amis servaient de base à cette accusation.

L’acte d’accusation est signifié aux prévenus le 30 novembre. L’instruction signale 27 accusés, en première ligne Kersausie et Raspail, comme ayant tout conçu, tout dirigé par leurs écrits, tout secondé par leur exemple. C’est le 11 décembre que les débats s’ouvrirent. L’avocat de Raspail expliqua que « livré depuis trois ans aux rudes épreuves de l’apostolat politique, confesseur de sa foi dans les prisons comme devant les juges, M. Raspail était encore destiné à cette dernière et solennelle protestation. Ambitieux, dit-on, mais vous auriez pu savoir que cet ambitieux donne l’exemple des vertus domestiques les plus touchantes et les plus rares ; que cet ambitieux, stoïcien antique, mange gaiement, depuis trois ans, le pain de la prison et qu’il nourrit sa femme et ses enfants de celui que ses geôliers lui permettent de gagner. »

Acquitté avec ses amis, François-Vincent Raspail fut rendu à la liberté : il avait fait six mois de prison préventive. Plus actif que jamais contre le gouvernement, il fonde le journal Le Réformateur, pour lequel son ami Kersausie avait donné toute sa fortune, 100 000 francs.

Après l’attentat de Fieschi du 28 juillet 1835 contre Louis-Philippe, des mesures générales de rigueur furent prises par le ministère de Thiers contre les républicains, qu’on accusait d’être complices. Raspail fut arrêté à Nantes, malade, et amené à Paris. Interrogé par le juge d’instruction Zangiacomi, Raspail répond avec vivacité, le juge se prétendant alors outragé dans l’exercice de ses fonctions : Raspail fut condamné à deux ans de prison et cinq ans de surveillance. Cette décision fit l’objet de nombreux appels, au terme desquels la peine fut réduite à six mois d’emprisonnement, cependant que Raspail en avait déjà effectué cinq.

Suivit une période durant laquelle Raspail semblait ne plus s’intéresser qu’à la science et à la médecine. Il se maria en 1847 avec Henriette Adélaïde Troussot, dont il avait déjà cinq enfants. Le succès de son Manuel Annuaire de la Santé et de ses produits commençait à lui apporter une confortable aisance, mais, l’esprit révolutionnaire qui l’avait animé n’était qu’endormi.

François-Vincent Raspail parle de son rôle d’ardent républicain dans la révolution de 1848 : « La République, dit-il, c’est moi qui l’ai proclamée le 25 février 1848. Il y avait une vingtaine d’hommes dévoués. Le gouvernement provisoire délibérait pour savoir si l’on instituerait la Régence. J’ai consulté mes hommes. Je les ai interrogés, ceux qui étaient en armes et ceux qui ne l’étaient pas. Je les ai consultés, parce que le suffrage universel est pour moi un principe. Je voulais connaître l’opinion publique. Tout pour la France et par la France : tel est mon principe. Puis j’ai proclamé la République. »

Le 27 février, il fonda l’Ami du Peuple. Son club réunissait certains soirs 5000 personnes. Mais ce républicain eut aussi à subir les sévérités de la République. Le 15 mai 1848, il est entraîné par un agent provocateur, Huber, qui dirige la manifestation. On l’implique dans un procès politique. On obtint de la Chambre une autorisation de poursuites, et la haute Cour de Bourges le condamna à cinq ans de prison. Emprisonné et devenu un symbole, il fut alors choisi par les socialistes révolutionnaires comme candidat à la Présidence de la République.

Procès du citoyen Raspail devant la Haute Cour de Bourges : le banc des accusés
Procès du citoyen Raspail devant la Haute Cour de Bourges : le banc des accusés

Le Deux-Décembre trouva Raspail à Doullens et lui fit grâce, malgré lui. Tandis qu’il était toujours retenu prisonnier, il apprit la mort de sa tendre compagne. De la citadelle de Doullens, le 9 mars 1853, Raspail envoyait cette lettre au journal la Presse :

« Monsieur le rédacteur,

« Je viens de perdre ma compagne de trente-cinq ans, mon ange gardien, le modèle de l’amour maternel et du dévouement conjugal, la nourrice et l’idole de tous ses enfants, la providence de tous les malheureux qu’elle a pu rencontrer autour d’elle. Mme Henriette-Adélaïde Raspail, née Troussot, vient de s’éteindre, à l’âge de cinquante-trois ans, presque aux portes de ma prison, le 8 mars, à midi, à ’la suite d’une rechute comme foudroyante et après une longue convalescence qui semblait lui promettre le retour à la santé.

« Ma chaîne a pu un instant s’allonger assez pour que j’aie eu le temps de recueillir son dernier soupir et de lui fermer les yeux, entouré de trois de ses enfants.

« La dispersion de la famille serait cause que nos amis et nos parents ne recevraient que bien tard, par la voie ordinaire, une nouvelle aussi désespérante ; permettez-moi de me servir de la publicité de votre feuille pour leur en faire part.

« Mme Raspail a toujours manifesté le désir que ses restes mortels aillent reposer à Paris, le lieu de sa naissance et de celle de tous ses enfants ; une réclame ordinaire, insérée dans tous les journaux, indiquera le jour et l’heure de la cérémonie funèbre à ses parents et aux personnes qui auront gardé le souvenir pieux de son courage, de ses vertus et d’une vie qui ne fut que le martyre du dévouement. Aucun discours ne sera prononcé en cette circonstance, sur une pareille tombe, les sanglots étouffant la voix.

« Agréez, etc.

« F.-V. RASPAIL. »

Napoléon III prit ce prétexte pour changer en bannissement les deux ans de prison que Raspail avait encore à accomplir et, ainsi libéré, Raspail passa en Belgique et vécut là, jusqu’en 1862, ayant auprès de lui ses fils, Benjamin, proscrit lui-même, et Xavier, le plus jeune de ses enfants. Sa fille Marie, qui avait été déjà admise à partager sa prison, partagea également son exil. « Ce sont mes plus belles années », dira-t-il. En effet, chassé de son pays, il recueillait près de Bruxelles les hommages du monde entier. La science suivait l’impulsion puissant qu’il lui avait donnée. En 1863, profitant de l’amnistie consécutive aux victoires de Napoléon III dont il approuvait la politique extérieure, il rentra en France et vint habiter le château d’Arcueil-Cachan, où il devait vivre le reste de ses jours.

En 1869, il fut nommé député à Lyon, et à la Chambre prit fréquemment la parole, mais ne voulut entrer dans aucun des groupes de cette Assemblée. Il participa à la proclamation de la République le 4 septembre 1870, mais fut étranger à la Commune. Il vivait alors retiré à Cachan, ne s’occupant plus que de ses publications scientifiques.

En 1873, il fut poursuivi pour avoir, dans son Almanach, attaqué les Jésuites et publié une note laudative sur le communard Delescluze. Il fut condamné à deux ans de prison par la Cour d’Assises de la Seine, peine réduite en appel à un an et qu’il purgea à la maison de santé de Bellevue en raison de ses 82 ans, sa fille dévouée venant s’enfermer avec lui et y contractant le mal qui l’emporta le 11 décembre 1876.

En même temps que Raspail éprouvait cette vive douleur, il était séparé de son fils Xavier, réduit à demander asile à l’étranger pour ne pas être, lui aussi, jeté en prison. Au sortir de sa détention, François-Vincent Raspail, élu en 1876 député de Marseille, présida, comme doyen d’âge, la première séance de la Chambre des députés. Il prononça, à l’ouverture de la session, un discours plein de modération, de sagesse et de tact. En traversant, appuyé sur le bras d’un jeune secrétaire bonapartiste, la cour qui conduisait à la salle des séances, il avait aperçu, ainsi le voulait le cérémonial, des gendarmes qui lui portèrent les armes : « C’est la première fois, dit-il en souriant, que je vois des gendarmes qui ne me conduisent pas en prison. »

Raspail était venu habiter avec son fils Émile l’élégante demeure que le savant ingénieur avait fait construire à côté de son usine d’Arcueil. Durant tout l’été 1877 il avait conservé une bonne santé. Mais le 7 janvier 1878, après avoir souffert cinq jours sans perdre un seul instant sa présence d’esprit, sa sérénité habituelle, il mourut à huit heures quarante du soir.




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