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Usure de la Terre : un sursis de 45 000 siècles ?

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Anecdotes insolites
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Usure de la Terre :
un sursis de 45 000 siècles ?
(D’après « La Science française », paru en 1895)
Publié / Mis à jour le mercredi 3 juin 2020, par LA RÉDACTION
 
 
 
Cependant qu’immanquablement l’on assiste à la disparition de certains îlots lentement rongés par les flots, on en voit sourdre du fond de la mer, et en réalité « le plancher des vaches » s’effrite chaque jour au bénéfice de l’océan, loi à laquelle les continents n’échappent pas plus que les îles. Mais, calculs à l’appui, combien de temps cela laisse-t-il au genre humain avant que la surface de la planète ne soit totalement rabotée ? s’interroge-t-on à la fin du XIXe siècle

Les vents, les pluies, les neiges, les glaces et tous les autres agents météorologiques, les microbes, les ferments, les insectes et les vers qui vivent dans les entrailles du sol, où ils président aux putréfactions cadavériques et à la germination des plantes, à la décomposition des choses mortes et à l’élaboration des choses vivantes, les réactions chimiques, les jeux sournois de l’électricité, les éruptions volcaniques, l’homme lui-même, ce sculpteur sur planètes par excellence, une foule d’autres entrepreneurs de démolitions, ne cessent d’égratigner, de corroder, de désagréger la croûte terrestre, écrit en 1895 le directeur de La Science française Émile Gautier, et de la transformer en poussières volatiles, que les aquilons et les zéphyrs se chargent ensuite d’emporter à travers l’espace, pour en saupoudrer l’immensité des mers, où mon dit « plancher des vaches » s’abîme ainsi peu à peu, en détail et par impalpables fragments.

Il n’est pas jusqu’à nos pieds, à tous, qui ne collaborent peu ou prou à cette érosion sans fin, poursuit Émile Gautier. Je sais bien qu’on n’emporte pas la patrie à la semelle de ses souliers, mais on l’use quand même, à la longue, à force de marcher dessus.

La Terre, ses fleuves et ses rivières (représentation schématique de l'orbis terrarum surmonté du Paradis d'où coulent les quatre fleuves évoqués par la Bible). Enluminure extraite du Livre des propriétés des choses de Barthélemy l'Anglais (XIIIe siècle), traduction de Jean Corbichon (manuscrit n°9140 de la BnF, vers 1480)
La Terre, ses fleuves et ses rivières (représentation schématique
de l’orbis terrarum surmonté du Paradis d’où coulent les quatre fleuves évoqués par la Bible).
Enluminure extraite du Livre des propriétés des choses de Barthélemy l’Anglais (XIIIe siècle),
traduction de Jean Corbichon (manuscrit n°9140 de la BnF, vers 1480)

Mais ce n’est rien encore en comparaison du travail des eaux. Tout ce qu’ont pu jeter de terre aux quatre vents du ciel des brûleurs d’étapes comme Henri d’Orléans (1867-1901) — explorateur et photographe, il était l’un des arrière-petits-enfants du roi Louis-Philippe — voire même des éventreurs de continents comme feu M. de Lesseps — Ferdinand de Lesseps (1805-1894), promoteur du canal de Suez et à l’origine du scandale du canal de Panama —, tout cela n’est qu’une quantité négligeable, au regard de ce que balaie en trois mois un grand fleuve comme le Nil ou le Yang-Tsé-Kiang — le plus important des fleuves chinois —, voire même une modeste rivière de second ordre comme notre Seine ou comme le Guadalquivir — fleuve espagnol se jetant dans l’océan Atlantique à l’ouest du détroit de Gibraltar.

Tout d’abord, quelle est la capacité, la valeur (en volume) du relief de la partie non noyée du globe, des terres plus ou moins habitables qui émergent au-dessus des flots ? D’après Humboldt, à supposer toutes ses aspérités uniformément réparties sur la surface entière du sphéroïde, la terre ferme aurait formé un massif dominant de 305 mètres environ le niveau de la mer. Mais, depuis, grâce aux progrès de l’hypsométrie, on a dû plus que doubler ce chiffre. À l’heure actuelle, les géographes sont à peu près unanimes à affirmer que ce relief pourrait être figuré par un plateau uniforme mesurant quelque chose comme 700 mètres d’altitude.

Or, ce plateau de 700 mètres est l’objet d’attaques incessantes de la part de l’Océan, d’un côté, de la part des agents atmosphériques, de l’autre. Les rivières, en effet, ne cessent de transporter à la mer, laquelle ne cesse de déferler sur les plages et contre les falaises, qu’elle bombarde à jet continu de sa mitraille d’embruns, de vagues brisantes et de galets, les menus détritus des roches entraînés par les pluies. La question est précisément de savoir dans quelle mesure et avec quelle rapidité s’opère, sous l’action, plus ou moins silencieuse, de toutes ces influences destructives, la fonte de ce vilain morceau de sucre qu’on appelle la Terre.

Quand on écoute le fracas des vagues montant à l’assaut des escarpements du littoral, qui frémit sous le choc, quand on est témoin des éboulements énormes dont les rivages maritimes sont si souvent le théâtre, on est tenté de croire que, dans cet émiettement continu, c’est la mer qui doit être le facteur prépondérant.

Eh bien ! ce n’est là qu’une supposition trompeuse, affirme Émile Gautier. Il est, en effet, des cas où non seulement le travail de démolition des vagues peut être considéré comme insignifiant, mais même où la mer apporte au lieu d’emporter, et édifie au lieu de détruire.

Le Mont Saint-Michel. Gravure exécutée en 1634 par Christophe Tassin
Le Mont Saint-Michel. Gravure exécutée en 1634 par Christophe Tassin

Et notre journaliste de rapporter que le coefficient moyen du recul de la terre devant la mer ne saurait être raisonnablement estimé à plus de 3 mètres par siècle, 3 centimètres par an. Si maintenant, poursuit-il, l’on admet que la hauteur moyenne des falaises ne dépasse pas 50 mètres, il s’ensuit que cette perte annuelle de 3 centimètres doit faire disparaître 1,5 m3 par mètre courant, soit 1 500 m3 par kilomètre. Et comme, d’après Élisée Reclus, l’étendue totale des côtes littorales sur toute l’étendue du globe entier peut être évaluée à 200 000 kilomètres, la perte totale du fait des vagues de la mer sera de 1 500 x 200 000, soit 3 millions de mètres cubes.

Les fleuves, rivières, torrents, ruisseaux, et autres cours d’eaux généralement quelconques sont autrement « grugeurs ». Si l’on considère les dix-neuf principaux fleuves, on trouve que leur débit annuel est approximativement de 3 610 m3, véhiculant une masse de matières solides en suspension équivalente à 1 kilomètre 315, ce qui donne, en volume, une proportion de 38 pour 100 000.

S’il est vrai, d’autre part, comme le prétend le savant Écossais John Murray, que l’ensemble du débit annuel de tous les fleuves de la terre puisse et doive être évalué à 33 000 km3, nous obtenons, en appliquant la proportion précitée de 38 pour 100 000, pour les matières solides déversées en douze mois dans la mer, environ 10,5 km3.

Ce n’est pas tout, ajoute Émile Gautier. En outre de ce que balayent — mécaniquement — les eaux continentales, il convient de tenir compte de ce que — chimiquement — elles dissolvent, avec le concours de l’acide carbonique. Or, d’après les savants qui ont étudié spécialement la composition des eaux de telles ou telles rivières, et, en particulier, du Mississippi, du Danube et de la Tamise, la quantité de matières enlevées ainsi, non plus en suspension, mais en dissolution, ne serait pas moindre de 5 km3 par an.

Cela nous donne finalement, pour l’action fluviale, 15,5 km3. Voilà ce que perd, d’une année à l’autre, le terre-plein sur lequel évolue le genus humanum.

Combien de temps cela peut-il encore durer ainsi, sans qu’on ait à redouter d’une façon trop urgente l’inexorable raz-de-marée ? That is the question, écrit notre chroniqueur. On sait que le plateau continental, auquel on suppose une altitude uniforme de 700 mètres, représente une superficie d’environ 146 millions de kilomètres carrés. Une perte annuelle de 16 kilomètres cubes correspond donc à l’enlèvement d’une tranche dont l’épaisseur serait de 11 centièmes de millimètre.

Mais comme les débris de cette tranche viennent se déposer au fond de la mer en sédiments superposés, de façon à prendre la place d’un égal volume d’eau et à surélever d’autant le niveau de la mer au détriment de l’émergence de la terre ferme ; comme, d’autre part, le rapport de la superficie continentale à la surface de la plaine liquide est à peu près de 25/63, il en résulte, en ultime analyse, que « le plancher des vaches » subit chaque année un déchet de cent cinquante-cinq millièmes de millimètre.

Par conséquent, autant de fois 155 millièmes de millimètre seront contenus dans 700 mètres, c’est-à-dire dans 700 000 millimètres, autant il faudra d’années pour amener la totale disparition de la terre ferme. Et, à la condition de prêter toujours la même intensité aux phénomènes de destruction, quatre millions et demi d’années suffiraient pour raboter d’un pôle à l’autre la surface de la planète.

Les chutes du Niagara. Gravure réalisée d'après un dessin de Robert Hancock et extraite de A New and complete system of geography (Tome II), par Charles Theodore Middleton (1779)
Les chutes du Niagara. Gravure réalisée d’après un dessin de Robert Hancock et extraite de
A New and complete system of geography (Tome II), par Charles Theodore Middleton (1779)

Ce chiffre ne laisse pas d’être assez rassurant, conlut Émile Gautier. D’ici, en effet, au 45 021e siècle, m’est avis que, très probablement, « Le roi, l’âne et moi, nous mourrons ». Sans compter que certains grands cataclysmes impossibles à prévoir, comme l’éruption de Krakatoa (Indonésie) en 1883, qui n’a pas lancé por las nubes (à travers les nuages) moins de seize kilomètres cubes de laves et de cendres, peuvent reconstituer en partie un relief en voie d’effacement.

Sans compter que les débris organiques des animaux et des plantes, qui ne puisent pas toute leur substance dans le sol, mais en empruntent une partie à l’air du temps et à l’eau du ciel, peuvent également, par leur accumulation, retarder la submersion suprême.

Sans compter qu’il tombe sur la terre assez de météorites et de poussières cosmiques pour en augmenter le volume de 1 460 000 m3 et le poids de 8 760 millions de kilogrammes en cent siècles...

 
 
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