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Témoignage relatif à l'incurie de l'Administration des Postes en 1903

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Anecdotes insolites
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Incurie des services postaux :
témoignage accablant en 1903
(D’après « La Joie de la maison », paru en 1903)
Publié / Mis à jour le lundi 12 juin 2017, par LA RÉDACTION
 
 
 
En 1903, le Journal des Débats publiait une très curieuse lettre que lui adressait un de ses abonnés et témoignant sur un ton délicieusement ironique de l’incurie du service des Postes, ainsi que de l’incommensurable bêtise d’une Administration qu’il faudrait, selon lui, ne plus envier à la France...

Le 16 juillet dernier, à Paris, explique ce lecteur, j’écris une lettre à une de mes parentes, Mme L. L...,186 boulevard Pereire. Quelques jours après, l’Administration des Postes, me renvoie ma lettre « tombée en rebut » avec la mention d’usage : « Renvoi à l’expéditeur. Inconnu à l’appel des facteurs. »

Je renvoie à l’Administration des Postes la lettre renvoyée, avec une autre lettre polie et précise, où je prenais la liberté de faire remarquer à cette personne diligente mais étourdie — je parle de l’Administration des Postes — que mon écriture était parfaitement lisible, la dame à qui j’écrivais parfaitement réelle et son adresse parfaitement exacte. Je la priais donc de vouloir bien faire tenir ma lettre à sa destinataire, avec les explications et les excuses qu’elle croirait devoir lui adresser. Là-dessus, je pars en vacances.

Ces jours derniers, par l’intermédiaire du directeur des Postes de mon département et de la receveuse des Postes de mon village, je reçois un nouveau pli de l’Administration centrale. On me retourne, une seconde fois, la lettre déjà envoyée par moi à Mme L. L..., le 16 juillet, en me déclarant de nouveau qu’il a été impossible de trouver la destinataire. Notez qu’elle habite la même maison depuis huit ans et que, à moins qu’on n’ait interverti fraîchement l’ordre des facteurs, il me paraît invraisemblable que les facteurs du quartier ne connaissent pas son nom.

Je renvoie à mon tour à l’Administration centrale la lettre renvoyée, en lui présentant pour la seconde fois, peut-être avec plus de vivacité, les mêmes observations que ci-dessus. Je pense que cette fois ma lettre du 16 juillet arrivera sans encombre à son adresse ; elle y aura mis environ un mois : ce n’est pas trop, mais comme la vie est courte c’est bien quelque chose.

Autre grief. En renvoyant ma lettre « tombée au rebut » à l’Administration centrale, j’avais, profitant de l’occasion, cru pouvoir me plaindre, doucement, que, depuis quelques années, les lettres écrites par moi, ou par moi adressées, pendant les vacances, se fussent quelquefois perdues en route. Je m’en étais déjà plaint naguère, et l’Administration avait daigné me répondre vaguement à ce sujet.

Oubliant sans doute ma première plainte et sa première réponse, l’Administration me demandait un supplément d’information pour qu’elle pût « procéder à une enquête »... C’est un peu comme si l’on disait à un réclamant : « Vous vous plaignez que votre correspondance s’égare. C’est bien vague ; dites-nous où et comment elle s’est perdue ; nous vous ferons un plaisir de vous renseigner. »

Quant à l’enquête que voulait bien me proposer l’Administration, j’ai cru pouvoir lui répondre sans ironie, que « si les enquêtes dirigées par elle devaient être aussi heureuses que celle qui venait d’aboutir à ne pas déchiffrer une adresse lisible et à ne pas découvrir à sa véritable adresse, une personne véritablement existante, je me méfiais un peu de ses investigations. »

On me pardonnera d’avoir porté cette petite histoire devant la presse qu’on appelait autrefois le tribunal de l’opinion. Si la presse doit servir à quelque chose, c’est bien à faire entendre des doléances légitimes et à exprimer des souhaits facilement réalisables : il n’est pas de meilleur moyen de redresser les abus et de corriger les imperfections. La Poste coûte assez cher en France pour que le service soit bien fait : il ne l’est pas toujours, à Paris et en province, en province surtout, aussi bien qu’il pourrait l’être.

Le jour où tous ceux qui ont à se plaindre, pour des raisons différentes, se plaindraient en chœur, ce serait, je crois, écrit encore le lecteur des Débats, un beau concert. Je n’ai pas du tout l’intention de provoquer mes concitoyens à une réclamation collective et à un vaste pétitionnement : je suis sûr d’être l’écho fidèle et mesuré d’un certain nombre d’entre eux en avisant M. le sous-secrétaire d’Etat Bérard, qui est d’ailleurs un très galant homme, que les services qu’il dirige ne touchent pas encore à la perfection. Je sais bien que la perfection n’est pas de ce monde, mais il y a des degrés.

Une statistique récente et peut-être optimiste a établi, je croi,s conclut notre lecteur, que le chiffre des lettres perdues s’élevait en gros, à 90 000 par année. Cela fait une moyenne de 270 par jour : ce n’est pas rien. Ne pourrait-on pas abaisser cette proportion et arriver à la réduire de moitié ? Personne ne s’en plaindrait, pas même la Poste, puisqu’on se plaindrait d’elle moins souvent et qu’elle serait moins détournée de son véritable objet qui n’est pas de correspondre avec le public, mais de faire parvenir la correspondance des autres.

 
 
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