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« Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du
peuple avant qu'il ne les ait oubliées » (C. Nodier, 1840)


Légendes, croyances, superstitions. Le Berry entre êtres surnaturels et lieux chargés de mystère. Fées, loups-garous, Grand’Bête, pierres qui dansent, Gargantua - Histoire de France et Patrimoine


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Légendes, Superstitions

Légendes, superstitions, croyances populaires, rites singuliers, faits insolites et mystérieux, récits légendaires émaillant l’Histoire de France


Le Berry entre êtres surnaturels
et lieux chargés de mystère
(D’après « Légendes et superstitions populaires du Berry », paru en 1879)
Publié / Mis à jour le dimanche 26 octobre 2014, par LA RÉDACTION

 
 
 
Fées, loups-garous, Grand’Bête, pierres qui dansent ou encore Gargantua... Ces créatures mythiques et lieux empreints de mystère que l’on rencontre notamment dans le Berry, sont l’objet des terreurs les plus superstitieuses et s’ingénient à apparaître la nuit aux yeux des êtres humains, comme pour mieux forcer leur crainte et défendre l’accès à certains trésors...

Parmi les superstitions berrichonnes que George Sand a poétisées dans ses Légendes rustiques, il faut citer les Pierres-Sottes ou Pierres-Caillasses, les Hommes-de-Pierre, les Demoiselles ou Filles-Blanches, les Lavandières ou Laveuses-de-Nuit, le Lupeux, les Flambettes, Flamboires ou Feux-Follets, la Peillerouse ou Mendiante-de-Nuit, la Brayeuse-de-Nuit, la Hure, animal hideux gravissant la nuit contre les murs et « si vilain » qu’on ne peut le regarder sans mourir de peur ; le Casseux, Coupeux ou Batteux-de-Bois, ou l’Homme-de-Feu ; la Grand »bête, sorte de chienne de la grosseur d’une génisse, qui suit, sans leur faire de mal, les passants attardés.

Vers le milieu du XIXe siècle, dans la commune de Reuilly, un laboureur fut, un soir, poursuivi par la Grand’Bête ; c’était, disait-il, un animal gros comme une taure de deux ans, avec de grandes cornes, de grands poils roux hérissés, de grands yeux brillants. Quand il courait, la Grand’Bête courait ; quand il marchait, elle marchait ; quand il « restait d’arrêt », elle « restait d’arrêt ». Par instants, elle lui appuyait sa tête sur l’épaule et elle « l’haleinait » de si près qu’il sentait son souffle chaud lui passer sur le visage. Il se réfugia, haletant, dans une ferme voisine, sise à l’embranchement de trois routes. Après s’être réconforté quelque temps au coin du feu, il prit son courage à deux mains et sortit en chantant à tue-tête pour se donner du cœur. La Grand’Bête l’attendait de l’autre côté des bergeries. Il rentra précipitamment et resta jusqu’au lendemain.

Citons encore les Lubins ou Lupins, les Loups-Garous, les Meneux-de-Loups, le Moine-Bourru, la Birette, sorte de fantôme particulier au département du Cher, qui, la nuit, parcourt les champs, couvert d’un suaire blanc : sa rencontre est de mauvais augure. De même que sur la Grand’Bête et les autres apparitions de cette nature, les balles de fusil n’ont pas d’effet sur la Birette, à moins qu’on ait eu la précaution de les faire bénir par le curé de la paroisse.

Le loup-garou
Le loup-garou

Qui ne connaît, au moins de réputation, la Chasse-à-Ribaud ? La Chasse-à-Ribaud ou à Baudet est un bruit qu’on entend à n’importe quelle heure de la nuit. On dirait un nombre considérable de voix de chiens de différentes grosseurs et, par-dessus tout, la voix forte et grave d’un gros dogue accompagnant par intervalles égaux, ce concert discordant. Cela vous passe au-dessus de la tête à une très faible hauteur, mais on ne voit absolument rien. Cela suit, de préférence, les bas-fonds, les prairies, les lieux solitaires. Tous ceux qui ont entendu la Chasse-à-Ribaud la dépeignent identiquement.

En avril 1879, un jeune homme des environs de Graçay rentrait le soir chez lui en suivant la route de Nohant, quand soudain il entendit au-dessus de sa tête entendit au-dessus de sa tête la Chasse-à-Ribaud, accompagnée comme toujours par la traditionnelle grosse voix qui domine toutes les autres. La chasse passait si près de lui qu’il baissa instinctivement la tête, craignant, dit-il plus tard, qu’elle ne lui enlevât son chapeau. Il n’osa pas regarder en l’air ; mais il entendit la chasse se diriger au-dessus du Marais et se perdre dans le Pré-Tambour, non loin du cimetière de Graçay.

Quelquefois, mais rarement, les apparitions ont lieu le jour ; citons-en un exemple. Au XIXe siècle, un vieillard de Graçay revenait d’Issoudun à pied, par une journée brumeuse. Il n’était plus qu’à un kilomètre de la ville, quand, vis-à-vis le Pilier de la Justice, à dix mètres environ de lui, il aperçut une dame encapuchonnée et couverte d’un manteau. Après un moment de saisissement, il s’approcha d’elle et lui offrit la moitié de son parapluie ; mais l’apparition s’évanouit aussitôt sans laisser de traces.

La Brenne surtout, de même que la Bretagne, est riche en légendes de toute sorte. C’est le pays des Meneux-de-Loups, des Loups-Garous, des Sorts. Une des communes les plus réputées en sorcellerie est Paulnay, les Brenous répétant jadis ce dicton :

Paulnay, Saulnay, Rosnay, Villiers,
Quatre paroisses de sorciers.

La forêt de Chanteloube, près de la Motte-de-Presle, dans la commune de Mers, était tellement redoutée qu’on n’osait y pénétrer que pendant le jour. Dès la tombée de la nuit, ses profondeurs mystérieuses se remplissaient de bruits sinistres ; de lugubres fantômes glissaient le long des arbres, secoués par des forces invisibles. Si un malheureux, égaré dans ces lieux redoutables, était conduit par son mauvais génie vers la Fosse-du-Diable, il était forcé d’y rester jusqu’au jour sans pouvoir s’en éloigner, car il revenait sans cesse sur ses pas.

Dans une foule de localités du Bas-Berry, on retrouve vivace le souvenir de Gargantua, dont la légende, si populaire, est bien antérieure au héros de Rabelais. C’est Gargantua qui, en secouant la boue attachée à son sabot, produisit la petite éminence qui se dresse isolée dans la plaine de Montlevic ; c’est lui qui, venant de la capitale du Berry en une seule enjambée, laissa tomber le monticule qui s’élève près de Clion et que l’on appelle le Pied-de-Bourges ; dans la commune de Châtillon-sur-Indre, il a semé les Dépattures-de-Gargantua qui font suite au Pied-de-Bourges ; sur les bords de la Creuse, il avala un bateau chargé de moines ; précédemment il avait, dans les environs d’Issoudun, absorbé par mégarde sa nourrice en voulant la téter, et l’on ne retrouva la bonne femme que le lendemain, en changeant les langes de son nourrisson. Enfin la « horde vieille », habile à confectionner les « restrictifs », et qui « avoit réputation d’estre grand médicine, estoit venue de Brisepaille, d’auprès Sainct-Genou », pour assister Gargamelle lors de la naissance de Gargantua.

Ce mythe de Gargantua existe non seulement dans la région de l’Indre touchant à la Creuse, mais aussi dans tout l’ouest de la France et jusqu’en Grande-Bretagne. Rabelais, selon toute probabilité, l’a emprunté aux croyances de la Saintonge, du Poitou et du Bas-Berry, qu’il a habité pendant quelque temps. L’île d’Oléron, par exemple, possède les Galoches, la Cuiller et le Palet-de-Gargantua : on suppose que ce sont des dolmens, dont les tables seules subsistent. Près de Poitiers est un dolmen connu sous le nom de Pierre-de-Gargantua. A Mauvières, dans la Brenne, existent un dolmen et un menhir appelés le Palet-de-Gargantua ou des Géants. Suivant la légende, la table du dolmen est le palet, et le menhir est le bouchon sur lequel les géants exerçaient leur adresse. Au surplus, les villages et les chaumières d’une partie du Bas-Berry admettaient autrefois l’existence de géants ayant habité jadis le pays et que l’on voit apparaître et se promener dans les « mauvaises nuits ».

Le souvenir des fées est encore vivace dans une foule de localités du Berry. Presque partout ce sont elles qui ont édifié les dolmens et les menhirs, qu’elles portaient, malgré leur pesanteur énorme, dans leurs tabliers de gaze. Souvent aussi elles n’avaient pas le temps de les mettre en place, surprises qu’elles étaient, avant la fin de leur besogne, par le chant matinal du coq.

C’est ce qui arriva, entre autres, pour les dolmens de la Pierre-du-Charnier, commune de Saint-Aigny, et de la Pierre-à-la-Fade, commune de Douadic. La légende rapporte que la table de ce dernier dolmen était destinée aux fondations du donjon du Bouchet ; mais la fée, qui était condamnée à transporter ce bloc dans son tablier, fut surprise par l’aurore avant d’avoir accompli sa tâche : le coq chanta ; le frêle tablier se déchira, et la pierre tomba lourdement au bord de la Mer-Rouge. Aujourd’hui encore, si l’on s’attarde, la nuit, près et l’immense étang, on voit fuir au-dessus des eaux une petite flamme tremblotante : c’est la pauvre fée qui revient, sans pouvoir terminer la tâche qui lui avait été confiée. Quant au donjon du Bouchet, un aperçoit toujours la place où manque l’assise que portait la fée.

Une légende analogue existe sur le menhir de la Pierre-à-la-Femme, commune de Saint-Georges-sur-Moulon. Ce monolithe en granit rouge a été apporté du fond de la vieille forêt de Haute-Brune par une fée d’une beauté remarquable et d’une taille colossale ; mais, à la pointe du jour, son tablier de gaze se déchira, et le bloc, en tombant, s’enfonça dans le sol. La fée portait en même temps un autre bloc d’égale grosseur, qui se brisa en s’échappant du tablier, et dont les fragments s’aperçoivent encore à quelques pas de là. D’après une autre légende, la pierre plantée par la femme inconnue n’était qu’un petit caillou qui grandit rapidement, jusqu’à ce qu’il eût atteint sa grosseur actuelle.

Quoi qu’il en soit, depuis ce jour, chaque soir, au crépuscule, la belle étrangère revient errer autour du rocher mystérieux : c’est que celui-ci protège un immense trésor, caché dans un souterrain qui ne s’ouvre que le dimanche des Rameaux. Ce jour-là, le pouvoir de la fée expire : au moment même où la procession va rentrer à l’église, le menhir se soulève et laisse libre l’entrée du caveau. II faut alors se hâter d’y pénétrer, si l’on en a le courage, et remplir rapidement ses poches d’or et de pierres précieuses ; car à peine le prêtre a-t-il frappé les trois coups sacramentels de l’Attollite portas, la pierre se redresse brusquement et referme le souterrain jusqu’à l’année suivante. Combien de malheureux, jadis, ont été ensevelis vivants, victimes de leur cupidité et de leur impiété !

Une légende identique se rapporte à un vieux château situé à quelques kilomètres de Reuilly. Là aussi, ]e jour des Rameaux, au moment même où la procession, revenant à l’église, s’arrête un instant devant les portes closes, une cachette pratiquée dans l’épaisseur d’une énorme murailles s’entrouvrait d’elle-même.

Un jour, une femme, ayant son enfant à la mamelle, eut l’audace d’y pénétrer. Un monceau d’or frappa ses regards. Incapable de résister à la tentation, elle posa l’enfant, remplit son tablier et sortit, emportant une faible partie du trésor ; puis elle revint précipitamment chercher son nourrisson : la muraille s’était refermée. La pauvre mère affolée pria, implora la Vierge et les saints : tout fut inutile. La nuit suivante, une fée lui apparut et lui dit : « Ne pleure plus ; dans un an, jour pour jour, heure pour heure, ton enfant te sera rendu, si tu rends, toi, intégralement tout ce que tu as pris. Mets tous les samedis soir une chemise blanche au pied du mur, vis-à-vis de la « cache » ; tous les dimanches matin, tu trouveras à la place la chemise sale de la semaine. » Ainsi fut fait. L’année suivante, le dimanche des Rameaux, à l’instant précis où le prêtre s’arrêtait à la porte de l’église, la muraille s’entrouvrit de nouveau. La mère, anxieuse, courut reporter le trésor à sa place, reprit, son fils, et la muraille se referma pour toujours. Quant à l’enfant, il avait grandi, profité, et il se portait à merveille.

Au surplus, la tradition ajoute que d’immenses trésors sont enfouis près de ce même château de l’Ormeteau. Le dicton populaire prétend, en effet, qu’il existe

Des Ecuries aux Bergeries
De quoi acheter tout Reuilly.

Dans le Bas-Berry, vers le sud du département de l’Indre, les fées sont connues sous le nom de Fades, Fadées, Martes, Marses. Dans quelques régions pourtant, surtout dans l’arrondissement de La Châtre, on les appelle, comme dans le Midi, Dames, Demoiselles. C’est principalement sur les bords pittoresques et sauvages de la Creuse, de la Bouzanne, de l’Anglin, du Portefeuille, que leur souvenir s’est conservé le plus vivace. Là, dans chaque grotte, sur chaque rocher, autour des nombreux dolmens et menhirs semés dans la contrée, on les voit errer et accomplir leurs rites mystérieux.

Une de leurs principales demeures est l’Aire-aux-Martes, dans la commune de Saint-Benoît-su-Sault, au pied du coteau de Montgarnaud. Là est une ravine, profondément encaissée, où le Portefeuille bondit avec fracas de rochers en rochers. Dans cette cascade pittoresque, quand les eaux sont basses, on distingue, au fond du ruisseau, arrondis et creusés dans le roc, le chaudron, le poêlon, les ustensiles en pierre servant leur cuisine. Tandis que les mâles s’efforcent de poser sur ses supports la table inclinée du dolmen, les femelles essaient d’allumer du feu dans la cascade pour faire bouillir leur marmite de granit, et, impuissantes, font retentir les échos de leurs cris et de leurs vociférations.

Les Martes de Montgarnaud sont de grandes femmes hideuses, décharnées, à peine vêtues, aux cheveux longs, noirs et raides, aux yeux de flammes, aux mamelles flasques, pendant jusque sur leurs cuisses. Du haut de la table d’un dolmen, du faîte d’un menhir, elles appellent parfois, à la tombée de la nuit, les bergers et les laboureurs. Si ceux-ci ne se hâtent pas de répondre à leurs avances amoureuses, elles les poursuivent, en rejetant leurs seins par dessus leurs épaules. Malheur à celui qui ne fuit pas assez précipitamment et qu’elles contraignent à subir leurs baisers impudiques !

Leurs maris, frères ou amants, nommés aussi Martes ou Marses, sont des géants dont la force surhumaine est prodigieuse ; ce sont eux qui ont apporté et dressé les dolmens et les menhirs. L’un d’entre eux, lorsqu’il fallut poser sur ses supports la table du dolmen de Montborneau, se vanta de pouvoir lui seul soulever cette pierre immense ; mais les forces lui manquèrent, et, bien que ses trois compagnons soient accourus à son secours, il ne parvint même pas à lever le côté dont il était chargé aussi haut que les autres. Voilà pourquoi la table du dolmen de Montborneau est toujours restée inclinée.

Les Fades sont bien plus douces et bien moins turbulentes que les Martes. Elles sont très connues dans le canton de Sainte-Sévère, où elles se tiennent de préférence au milieu des campagnes arrosées par les petits affluents de l’Indre. Elles consacrent généralement tout leur temps aux troupeaux, ainsi que le prouve le souvenir vivace, conservé à Notre-Dame-de-Pouligny, d’une de ces fées qui habite une grotte connue sous Ie nom de Trou-aux-Fades. Ce sont elles qui, la nuit, nettoient les étables, soignent les bestiaux, étrillent les chevaux, leur lustrent le poil et quelquefois nouent malicieusement la crinière des cavales.

Souvent les noms de lieu offrent un reflet de ces vieilles superstitions populaires : tels sont le Trou-aux-Fades, à Notre-Dame-de-Pouligny, et à Saint-Saturnin ; la Fontaine-de-la-Demoiselle, à Saint-Maur ; la Fontaine-de-la-Bonne-Dame, à Prissac ; l’Etang-de-l’Effe-à-la-Dame, à Rosnay ; la Fontaine-à-la-Dame, à Longefont, près de Saint-Gaultier ; le Champ-de-la-Dame ; le Pré-de-la-Dame, que l’on retrouve dans plusieurs contrées, etc.

Dans la commune de Lacs, le Pré-à-la-Dame et le Champ-de-la-Demoiselle sont le lieu de promenade favori de la Dame-de-la-Font-Chancela, si belle, si perfide, dont la source glacée, qui lui sert de demeure, est si dangereuse pour quiconque a l’audace de venir s’y désaltérer pendant les chaleurs de la canicule. La nuit, on voit s’élever au-dessus de ce palais de cristal, une gigantesque figure de femme qui « se perd dans le temps », sans changer de place, quand on approche d’elle.

La magnifique fontaine de la Font-de-Font, à Lourouer-Saint-Laurent, est le rendez-vous des Laveuses-de-Nuit. Près de la ville d’Henrichemont, le Lac-aux-Fées était fréquenté par deux jeunes filles dont la tradition a perpétué les hauts faits : naguère encore, on les voyait revenir, certains soirs, sous forme de lueurs phosphorescentes.

Dans beaucoup de localités, les fées ont été sanctifiées : on les a alors surnommées Dames, Bonnes-Dames, sans doute par euphémisme, ainsi que les anciens faisaient pour les Euménides, car les fées, bien qu’elles ne soient pas ordinairement méchantes, sont toujours redoutées : or l’homme invoque surtout ce qu’il craint. Telles sont la Bonne-Dame-de-Sainte-Sévère, en grande vénération dans cette commune et dans la contrée environnante ; Notre-Dame-de-Pouligny, qui doit son nom à une vierge miraculeuse ; la Bonne-Dame-des-Bois, à Diors, et la Bonne-Dame-du-Chêne, dans la forêt de Châteauroux, dont le pèlerinage était jadis si fréquenté ; Notre-Dame-des-Miracles, à Déols, dont la chapelle, longtemps en grande vénération, fut démolie en 1832 ; la Bonne-Dame-de-Vaudouan, à Briantes, le pèlerinage le plus célèbre de tout le Bas-Berry.

Le Banquet des Fées. Peinture de John Anster Fitzgerald, 1859
Le Banquet des Fées. Peinture de John Anster Fitzgerald, 1859

Le 25 mars de l’an 1013, une bergère découvrit la statuette de la Vierge, flottant sur les eaux de la fontaine de vaudouan. On porta successivement la statue dans l’église de Briantes et dans celle de Saint-Germain, de La Châtre ; mais toujours, dès le lendemain, la vierge avait disparu, et on la retrouvait invariablement flottant dans la fontaine. On résolut alors de bâtir un sanctuaire en cet endroit. En vain prit-on toutes les précautions voulues : l’eau envahissait constamment les fondations et entravait les travaux. Désespéré, l’architecte jeta de dépit son marteau en l’air : un coup de vent l’emporta à 500 mètres plus loin dans la prairie, et la chapelle fut construite sur le point même où il tomba.

Une légende analogue est relative à la fondation de Neuvy-Saint-Sépulcre et de Bourges ; seulement, pour cette dernière ville, le marteau du géant, en s’élevant dans les airs, franchi les 16 kilomètres qui la séparent de Quantilly.

Chacune de ces Dames constitue une divinité particulière ; chacune a ses attributions, ses propriétés miraculeuses parfaitement distinctes de celles des autres Bonnes-Dames. Notre-Dame de Graçay ne possède pas la même spécialité que Notre-Dame-d’Issoudun ; l’une ne saurait être efficacement invoquée pour l’a.

Partout, dans nos campagnes, la Vierge a donc été substituée aux fées. Ainsi s’explique pourquoi la sainte Vierge venait, pendant la messe de minuit, se placer sur la table la plus élevée des Pierres-Folles de Nohan-en-Graçay, aujourd’hui détruites, tandis que les supports et les pierres du cromlech dansaient et tournaient autour d’elle. D’autres monuments mégalithiques ont, eux aussi, l’habitude, certaines époques de l’année, de se livrer urne sarabande effrénée. Les menhirs de Vasselay et de Saint-Georges-sur-Moulon sont pans ce cas ; il en est de même de la Pierre-Branlante de Dame-Sainte, qui tourne sur elle-même chaque dimanche des Rameaux, au moment où le prêtre prononce l’Attollite portas.

Au surplus, nos monuments de pierre, qui, tous, cachent d’immenses trésors, ne restent immobiles que pour fermer l’entrée du souterrain qui les enserre ; mais cette immobilité est un leurre. Celui qui aurait la hardiesse d’en approcher pendant certaines nuits, pendant la nuit de Noël, par exemple, les verrait danser, sauter et se livrer à des ébats singuliers. Il est vrai qu’il serait fort dangereux d’être aperçu dans de tels moments par ces pierres vindicatives : elles ne manqueraient pas de poursuivre l’imprudent, de l’atteindre, de l’écraser sous leur masse.

Les noms de Pierres-Folles, Rochefolle, si fréquemment appliqués dans nos contrées aux monuments mégalithiques, ont donc la double signification du mot latin fatua, folle et fée. Les Pierres-Folles ne sont pas seulement des pierres qui dansent follement à certaines époques de l’année ; ce sont aussi des Pierres-des-Fées, des Pierres-Fées. Et par le fait elles ont toutes une fort mauvaise réputation, et elles sont grandement entachées de sorcellerie. Sorcier est le menhir d’Allouis, connu sous le nom de Longue ou Pierre-à-la-Bergère : il porte à sa base une double cavité assez profonde où l’on peut introduire la main et qu’il est impossible de boucher. A plusieurs reprises, on a tenté de fermer cette ouverture avec des pierres et de la terre ; dès le lendemain, l’ouverture était redevenue complètement vide. Sorcière aussi, la Pierre-à-Nom, qui existe dans la commune de Douadic, près du domaine d’Arminié : ce nom, nul ne le connaît, nul ne peut le connaître, car celui qui le saurait mourrait immédiatement.

Quelques-unes pourtant de ces pierres, mais cela est. rare, ont une influence bienfaisante : telle était la Pierre-de-Midi ou Pierre-à-la-Mariée, que l’on voyait autrefois sur le champ de foire de Graçay, en haut du Paradis et tout près du Puits-d’Enfer. C’était une vaste dalle horizontale sur laquelle les jeunes filles venaient danser le jour de leurs noces, afin d’être heureuse en ménage et d’avoir beaucoup d’enfants. Le sol avait été profondément excavé sous cet énorme rocher ; on fut forcé de le briser, pour prévenir les accidents que sa chute aurait pu entraîner.

Enfin quelques-uns rie ces monuments ont été sanctifiés par le christianisme, et ils ont acquis par là la faveur d’être en grande vénération. De ce nombre sont : le menhir de Chitray, qui est surmonté d’une croix ; celui de la Croix-de-Puy-Morin, commune de La Châtre-Langliun, qui porte, grossièrement taillée sur une de ses l’aces, une croix à traverses arrondies ; celui de la Croix-des-Rendes, même commune, au sommet duquel est gravée une petite croix de 25 centimètres de longueur. On montre à Arthon le Pas-de-la-MuIe, rocher sur lequel s’arrêta le cardinal Eudes de Châteauroux, évêque de Tusculum, natif de Neuvy-Saint-Sépulcre, lorsqu’il rapporta le précieux sang et les saintes reliques qu’il avait obtenues à Jérusalem : le pied de sa mule et l’extrémité de sa crosse s’imprimèrent sur la roche. A Sainte-Gemme, saint Martin s’arrêta sur un dolmen pour prêcher les habitants ; mais, ne pouvant les convertir, il laissa sur la table l’empreinte de ses pieds, de ceux de son âne et du bout de son bâton, afin de prouver à tous que le cœur des hommes était souvent plus dur que les rochers eux-mêmes.

Abordons enfin les légendes relatives aux mardelles et aux souterrains. On entend, la nuit, sortir du Crot-à-la-Brayeuse, commune d’Allouis, un bruit cadencé, semblable à celui que, par un temps calme, produit la braye, manœuvrée par les femmes, dans la cour des fermes : c’est une blanche fée, qui est condamnée à broyer du chanvre pour toute l’éternité, et que l’on voit parfois, au clair de la lune, se promener en filant la quenouille autour de la fontaine du Griffon.

Dans la Mardelle-Sainte, près de Sainte-Fauste, est enterrée la sainte qui a donné son nom à la commune. Voici dans quelles circonstances. Le corps de Fauste était, depuis un temps immémorial, conservé dans l’église paroissiale, quoique les moines de l’abbaye de la Prée aient prétendu avoir possédé, eux aussi, ces reliques miraculeuses. Tentés sans doute par le démon, des dévots d’une localité voisine forcèrent les portes de l’église au milieu de la nuit et ne craignirent pas de ravir le précieux trésor. Tout alla bien jusqu’à la limite de la paroisse : à cet endroit, les bœufs qui traînaient la charrette sur laquelle avait été déposée la châsse de la sainte, refusent d’avancer ; rien n’y fait, ni menaces, ni coups d’aiguillon. Alors les ravisseurs se décident à charger les reliques sur leurs propres épaules ; mais, à peine les ont-ils touchées, qu’ils sont tous frappés de douleurs atroces. Eperdus, affolés, ils s’enfuient en poussant des cris lamentables, et la sainte, se relevant, va d’elle-même s’ensevelir au fond de la mardelle.

Depuis ce jour, tous les lundis de la Pentecôte, une affluence considérable de pèlerins accourt chaque année vers la Mardelle-Sainte chercher un remède à ses maux. En marge de ce pèlerinage annuel, on y fait, pour la guérison des douleurs, des neuvaines efficaces qui doivent être exécutées à jeun, le vendredi, pendant trois semaines de suite. La neuvaine faite, on dépose son offrande au pied de la croix plantée au bord de la Mardelle, on se rend à l’église faire brûler un cierge devant la statue de la patronne, et l’on s’en retourne complètement guéri.

Une autre mardelle, sise dans la commune de Primelles, provoque également chaque année l’affluence d’un grand nombre de fidèles : elle est dédiée à saint Firmin. Un jour, un bœuf mugit, gratta la terre et en fit sortir la statue du saint, aujourd’hui placée dans l’église paroissiale. Depuis ce temps, tous les malades, pour guérir leurs douleurs et raffermir leurs forces épuisées, doivent aller chercher et emporter pieusement quelques parcelles de la terre où a été découverte la statue. Quant à l’excavation creusée par le bœuf, il n’a jamais été possible de la combler. Dès qu’on veut la boucher, elle se rouvre invariablement le lendemain.

Quelques mardelles sont fort redoutées, principalement de ceux qui, perdant la nuit, sont forcés de passer auprès d’elles. Plusieurs, surtout celles connues sous le nom de Trou-aux-Fades, Fosse-aux-Loups, Crot-du-Diable, servent de rendez-vous nocturnes aux fées, aux sorciers, aux loups-garous.

L’une d’elles, sise dans la commune de Saint-Pierre-de-Jards, est fréquentée, à certaines époques de l’année, par le diable, qui se promène autour dans un grand carrosse à six chevaux. Cette légende du carrosse est très populaire dans la contrée. Pendant certaines nuits, le carrosse, traîné par six vigoureux chevaux noirs, jetant du feu par les naseaux, part du donjon de Paudy et va s’abîmer avec fracas à la place où était le pont-levis du vieux château de l’Ormeteau.

Il existe, à Saint-Outrille-en-Graçay, un pont jeté sur le Fouzon, qui n’a jamais pu être terminé. Il y a bien longtemps de cela, un étranger de haute taille arrêta sa voiture à l’entrée du pont, alors en construction, et, d’un ton arrogant, ordonna aux ouvriers de lui laisser le passage libre. Sur leur refus, l’inconnu fouetta ses coursiers, franchit d’un bond l’obstacle, et l’équipage s’évanouit dans la prairie, laissant derrière lui une colonne rougeâtre de feu et de soufre. Depuis cette époque, il manque et il manquera toujours une assise au Pont-du-Diable.




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