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Augmentation de l'indemnité parlementaire, ou l'indécence politique dénoncée en 1926 - Histoire de France et Patrimoine


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L’actualité au prisme de l’Histoire, ou quand l’Histoire éclaire l’actualité. Regard historique sur les événements faisant l’actu


Augmentation de l’indemnité
parlementaire, ou l’indécence
politique dénoncée en 1926
(D’après « La Revue hebdomadaire », paru en 1926)
Publié / Mis à jour le dimanche 30 juin 2019, par LA RÉDACTION

 
 
 
Début 1926, cependant que les députés envisagent de s’octroyer, sans consulter un peuple auquel ils doivent leurs avantages, une augmentation de leur indemnité de 50%, le journaliste Louis Latzarus, qui collabora notamment au Figaro et à l’Intransigeant, déplore que la politique soit un métier, et vitupère contre les membres d’une Chambre ne voyant plus les intérêts de la France qu’à travers les intérêts parlementaires de leur parti

Le bruit court que les députés vont s’octroyer 40 000 francs par an, écrit Louis Latzarus en janvier 1926. Car la somme de 2250 francs que chaque mois ils touchent ne suffit point à leur vie, et ils sont las de se débattre contre la gêne domestique. Il est dur, lorsqu’on est un personnage, de gagner un peu moins qu’un chauffeur de taxi, et l’on comprend l’exaspération de nos maîtres contre les mille soucis de leur médiocrité.

Mais ces soucis, neuf dixièmes des Français les connaissent aussi, et ils n’ont point la ressource de se voter une augmentation. Aussi n’est-il pas douteux qu’ils ne s’irritent. Et l’on imagine sans peine les propos qu’ils vont tenir :

« C’est trop simple ! Les députés ne savent comment régler pour nous la question de la vie chère. Mais, en ce qui les concerne, ils disposent d’un excellent moyen. Quelques millions de plus dans un coin du budget, le tour est joué. Ils échappent à tous les ennuis. Nous leur confions le soin de nos finances, et ils en profitent pour mettre en ordre les leurs. Ils puisent dans notre caisse ce qu’ils jugent convenable, et n’ont aucune autorisation à obtenir de personne. Après cela, allez donc leur demander de lutter contre des maux dont ils ne souffrent point !

« Chacun réclame des économies, et on entend à la Chambre de beaux discours sur la nécessité de se restreindre. Mais ceci ne vaut que pour ceux qui écoutent et non point pour ceux qui parlent. D’où peut cependant venir l’exemple, sinon du haut ? Et comment des gens qui s’attribuent d’abord une augmentation pourront-ils, sans rire, et surtout sans faire rire, nous prêcher l’économie ?

À la Chambre des députés. Illustration publiée dans Le Petit Journal illustré du 21 janvier 1921
À la Chambre des députés. Illustration publiée dans Le Petit Journal illustré du 21 janvier 1921

« Qui les force d’ailleurs à faire le métier qu’ils font ? Hé ! s’ils ne le trouvent pas assez lucratif, ils peuvent l’abandonner. Le Palais-Bourbon ne chômera pas pour si peu. Il y a, Dieu merci, plus de candidats que de fauteuils, et l’on a parfois entendu dire que les électeurs s’abstiennent, mais jamais qu’ils n’ont trouvé personne à élire. Au surplus, il est vraiment singulier, et presque indélicat, que des gens qui paraissaient vouloir se contenter de 27 000 francs s’en adjugent 40 000 sans nous consulter. La raison, sans parler de la convenance, exige qu’ils viennent nous demander d’abord si nous consentons. Ils préfèrent nous mettre devant le fait accompli. C’est assurément plus facile. Mais c’est révoltant. »

Ainsi parleront les bonnes gens, conclut Louis Latzarus, et l’on ne saura quoi leur répondre, sinon peut-être ceci :

« La politique est devenu un métier. Vous n’avez donc pas en face de vous des hommes qui reçoivent une indemnité pour un dérangement occasionnel, mais des employés qui ont droit à un salaire. Que peut faire un député, en dehors de la Chambre ? Rien, sauf des articles de journaux où il exprimera ce qu’il n’a pu dire en séance.

« On imagine aussi de grands chefs d’industrie qui peuvent se contenter de la matinée pour leurs affaires, et consacrer l’après-midi à celles du public. Les avocats parisiens ne sont pas contraints d’abandonner complètement le Palais, et un médecin d’une certaine notoriété, s’il exerce à Paris, parviendra à conserver quelque clientèle.

« Mais, dans la plupart des cas, le député renonce à sa profession personnelle dès qu’il est élu. Il est uniquement député. C’est son métier, dont il est tenu de vivre. Et vous êtes donc tenus, par conséquent, de lui donner de quoi vivre avec décence. »

Tel est le débat, qui a une grande importance. Il met en discussion, souligne Latzarus, non point le régime tel qu’il a été établi, non point la constitution telle qu’elle est écrite, mais les coutumes qui ont transformé le régime et faussé la constitution. On ne sait en effet pourquoi les députés ont pris l’habitude de siéger toute l’année. Une session de trois mois devrait leur suffire. Le contrôle qu’ils ont mission d’exercer sur le gouvernement, où est-il écrit que ce doit être un contrôle perpétuel, et qui ne se relâche pas d’une minute ?

Aujourd’hui, nos représentants ne laissent pas aux ministres un seul instant de répit. Ils leur demandent compte, non pas seulement de leurs actes, mais de leurs intentions. Dans les couloirs de la Chambre, une incessante conspiration tend ses filets. Toujours menacés dans leur existence, les ministres passent leurs journées à se débattre et à se défendre. Un vaste plan leur est interdit. Et dans ces temps où il faudrait entreprendre une construction, à peine l’architecte a-t-il tracé la ligne des fondations qu’une troupe irritée accourt, qui lui cherche noise. La Chambre, depuis qu’elle siège en permanence, n’est plus bonne qu’à empêcher le gouvernement de travailler.

En outre, le député, enfermé dans sa profession spéciale, ne participe plus à la vie réelle de la nation, et, en conséquence, la représente fort mal. Il ne voit plus les intérêts de la France qu’à travers les intérêts parlementaires de son parti. Il n’aperçoit plus qu’un tissu de combinaisons artificielles. Il perd le contact avec ses électeurs, et cherche seulement à conserver leur suffrage par les faveurs qu’il leur distribue. Croit-on vraiment que les choses n’iraient pas mieux si les députés, mêlés à la population pendant les trois quarts de l’année, se contentaient de quitter leur maison, leur profession et leurs mandants pendant un trimestre, interroge notre journaliste ?

Alors, le gouvernement leur rendrait ses comptes, et défendrait sa politique après qu’on en aurait pu voir les premiers résultats. Alors il y aurait une collaboration véritable entre le pays et le pouvoir. À l’heure présente, le citoyen, dès qu’il a mis un bulletin dans l’urne, est dépouillé pour quatre ans de toute possibilité d’exprimer utilement son opinion. Son député, il ne le verra peut-être pas une seule fois. Son député est devenu un Parisien d’une espèce particulière, qui se livre à un jeu bizarre, incompréhensible aux profanes.

Or, assène Latzarus, il n’y a aucune raison pour que l’avocat, le médecin, le pharmacien, le commerçant ou l’ouvrier délégué au Parlement cesse soudain d’être ce qu’il était, et ne gagne plus sa vie par les moyens qu’il a employés jusque-là. Il recevra une indemnité pour le temps qu’il sera obligé de passer dans la capitale, et, le reste de l’année, il vivra comme les autres Français. On peut supposer qu’alors il ne lui faudra pas quarante mille francs, ni même vingt-sept mille en échange de ses services. Et l’on peut espérer aussi que nos affaires n’en iront que mieux.

 
 

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