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Superstition au théâtre : cordes, date de la représentation, nombre lettres du titre. Brèves d'Histoire de France. Miettes historiques

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Brèves d’Histoire
Brèves d’Histoire de France : bribes et miettes historiques utiles à une meilleure connaissance de notre passé
Superstition (La) au théâtre
(D’après « Le Petit Journal illustré », paru en 1923)
Publié / Mis à jour le mercredi 28 février 2024, par Redaction
 
 
Temps de lecture estimé : 2 mn
 
 
 
De la superstition de la corde à celle liée à la date de la répétition générale, en passant par le nombre de lettres du titre d’une pièce, il est des croyances vivaces hantant la scène où se produisent des acteurs qui longtemps furent méprisés

Les philosophes se sont demandé pourquoi le monde du théâtre est demeuré superstitieux à un point presque incroyable. Certains psychiatres ont étudié à fond la question. Ils ont conclu que le comédien vit sur les nerfs, que sa sensibilité est constamment éveillée, et qu’enfin il mène une existence factice, artificielle, propre à développer la crédulité.

Quoi qu’il en soit, le machiniste élève apprendra qu’on ne doit pas, au théâtre, prononcer le mot « corde ». Les énormes câbles qui servent à hisser les pesants décors s’appellent des « fils ». Il l’apprendra à ses dépens, car s’il a le malheur sur scène d’articuler le mot défendu, il sera impitoyablement mis à l’amende d’une « tournée » générale.

Une représentation sous Louis XIV. Chromolithographie publicitaire publiée vers 1890
Une représentation sous Louis XIV. Chromolithographie publicitaire publiée vers 1890

La superstition de la « corde » a été expliquée. On sait que, jadis, les comédiens étaient excommuniés et considérés comme des bateleurs, quelque pût être leur talent. Sous Louis XII, un édit fut promulgué, disant que tous les interprètes de la farce ou du mystère représenté sur la place publique devaient « savoir marcher sur les cordes ». Cette mesure vexatoire ne fut jamais appliquée, mais symbolisait le mépris que l’on professait sur les acteurs. Les historiens du théâtre rattachent à cet édit l’horreur traditionnelle que l’on professe au théâtre pour l’expression interdite.

Il est d’autres superstitions non moins curieuses. C’est ainsi que le fait d’ouvrir un parapluie en scène est un désastreux présage pour la pièce en cours de répétitions. Les comédiennes, le 31 décembre, ont accoutumé d’embrasser le pompier de service pour avoir de beaux rôles durant la nouvelle année.

Celui qui nous révèle ces croyances, Jacques Chabannes, rapporte également avoir souvenance d’un incident pittoresque qui lui arriva vers 1905 dans un petit théâtre des Champs-Elysées. On y répétait une revuette dont il était l’auteur. Le prologue se passait à Montmartre. Rodolphe, de la Vie de Bohême, regrettait le temps jadis et déplorait l’envahissement de la Butte par les Américains et les jazz-bands. Alors, Mimi, éternellement jeune, faisait son entrée. Et, sur l’air du Temps des cerises, elle chantait qu’il y a et qu’il y aura toujours des Rodolphes et des Mimis à Montmartre, et que le temps des cerises reviendra.

A la veille de la répétition générale, le directeur du petit théâtre en question était dans la salle. Et quand il vit l’actrice chargée du rôle de Mimi, faire son entrée, portant des cerises accrochées aux oreilles, il rugit :

— Mademoiselle ! Voulez-vous enlever ça...

— Quoi donc, monsieur ?

— Ces... choses que vous avez sur les oreilles... oui, ces fruits. Vous voulez donc que je fasse faillite ?

Et, se tournant vers Jacques Chabannes, il ajouta : « Ce que j’en dis, c’est pour votre revue, mon cher. Jamais, vous m’entendez, dans un théâtre que je dirigerai, il ne sera question de ce fruit. »

Il évitait avec soin de prononcer le nom dudit fruit. L’auteur dut couper la chanson, tant le pauvre homme avait peur que ces couplets ne portassent « la cerise » à son théâtre, c’est-à-dire la malchance.

Il y a au théâtre bien d’autres traditions du même genre. Ainsi d’une divette justement célèbre qui n’est jamais entrée en scène sans « toucher du bois », de préférence un portant. Est-il besoin de dire que le numéro 13 joue un grand rôle au théâtre ? Ce chiffre est favorable, selon les uns, terrible pour les autres. Certains directeurs ne donneraient pour rien au monde leur répétition générale un treize. D’autres, au contraire, recherchent cette date.

Plusieurs auteurs dramatiques sont également superstitieux. C’est ainsi qu’Henry Bernstein aime à donner pour titre, à ses pièces, des mots ayant six lettres : la Rafale, Samson, le Détour, le Secret, l’Assaut. N’est-il pas curieux de constater que certaines pièces d’Henry Bernstein, dont le titre ne fut pas composé de six lettres : Après moi, l’Elévation, n’obtinrent pas auprès du public le succès auquel cet auteur est accoutumé ?

Notre chroniqueur rapporte encore qu’à la veille de l’inauguration du Théâtre de Paris, qui cessait d’être le Théâtre Réjane, il rencontra dans l’autobus Passy-Bourse Henry Kistemaeckers, l’auteur de la pièce qui allait être jouée. Il paraissait fort contrarié. « Figurez-vous, dit-il, que l’on a, par erreur, mal orthographié mon nom sur les affiches. Ils n’ont mis que douze lettres à mon nom qui en compte treize. Ils ont oublié le c. Chaque fois que cela m’arrive, il survient un incident désagréable. »

L’incident annoncé ne manqua pas de se produire. Le jour de l’inauguration, le rideau de fer ne put pas être levé. Il demeura bloqué à mi-hauteur entre le cintre et le plateau. On dut s’excuser auprès des invités, et remettre au lendemain la représentation.

 
 
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