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LES MESSES ROUGES
(D'après un article paru en 1890)
Chaque année, la Sainte-Chapelle est rendue, pour un jour, au culte : on y célèbre la messe Rouge. Le 25 octobre 1883, M. Martin-Feuillée, alors ministre de la justice, adressait aux parquets, à l'occasion de la réorganisation de la magistrature, une circulaire où il disait : « Quant à la messe du Saint-Esprit par laquelle il est d'une coutume assez générale de faire précéder la reprise des travaux judiciaires, aucun texte de loi ni de décret n'en fait une obligation, et elle n'a lieu que sur l'initiative des compagnies judiciaires... Je n'ai aucune instruction à leur donner sur ce point. » Mais il avait soin d'ajouter qu'il lui semblait en tout cas « préférable de n'adresser des invitations aux autorités que pour l'audience solennelle ». Les magistrats parisiens, invités à opter, ne voulurent pas rompre avec la tradition. La cour de cassation décida, à la majorité des voix, de se conformer à l'usage, et la cour d'appel, sans discussion, résolut de suivre son exemple, L'une et l'autre en furent félicitées par le cardinal Guibert, qui présida à la cérémonie religieuse, et dont l'allocution ne laissa pas de faire quelque bruit.
En fait de messe Rouge, la Révolution n'en a connu qu'une, c'est l'exécution, à la barrière du Trône, sous la Terreur, des cinquante-quatre personnes impliquées dans la tentative d'assassinat commise par Ladmiral sur Collot-d'Herbois, et par Cécile Renault sur Robespierre. On les conduisit au supplice revêtus de la chemise rouge des parricides. Ce qui fit dire au conventionnel Vouland, membre du Comité de la sûreté générale : « Allons, auprès du grand autel, voir célébrer la messe Rouge. » Le premier consul, même après le concordat, ne songea pas à l'imposer aux juges qui recevaient de lui l'investiture et, quand il fut devenu empereur, ses cours et tribunaux continuèrent à n'attendre que de lui seul leurs inspirations. La Restauration devait naturellement revenir aux anciens usages. En 1815, les cours impériales, désormais cours royales, reprirent leurs travaux après avoir entendu la messe Rouge. Mais l'avènement de la monarchie de Juillet, qui se piquait, comme on sait, de voltairianisme, amena de nouveau la suppression de la messe du Saint-Esprit. Elle ne reparut qu'en 1849, sous la présidence de Louis-Napoléon Bonaparte, et depuis lors, sauf en 1870, elle s'est maintenue, du moins à Paris. Du reste, ce n'est pas toujours à la Sainte-Chapelle qu'elle a été célébrée. Le parlement l'entendait dans sa grande salle où était élevé un autel, dédié à saint Nicolas. Sous la Restauration, il y avait en réalité deux messes Rouges, car la cour de cassation et la cour royale assistaient séparément à l'office divin : la première, généralement dans la salle d'audience de la chambre des requêtes, la seconde dans le vestibule du prétoire de la première chambre. Il n'était pas jusqu'au tribunal de première instance qui n'eût son service particulier, dans le local d'une de ses chambres. Pendant la période révolutionnaire, la Sainte-Chapelle, après avoir servi de club d'abord, puis de grenier à farine, avait reçu le dépôt des archives judiciaires, et de hautes et poudreuses étagères montaient le long des admirables vitraux de la chapelle supérieure.
C'est un décret du président Grévy, rendu le 5 juillet 1885, qui fixa le commencement des messes Rouges le 15 août, et l'achèvement le 15 octobre. Auparavant, les vacances allaient du 1er septembre au 1er novembre. Mais, en vertu d'une ordonnance de 1867, la rentrée, à cause de la Toussaint et du jour des Morts, n'avait lieu que le 3. En sollicitant un changement de date, M Brisson, ministre de la Justice, faisait remarquer que cette époque était « trop tardive pour les séjours aux bords de la mer, ou dans les stations thermales », et qu'il y avait « défaut de concordance entre les vacances universitaires et les vacances judiciaires », ce qui gênait « les rapports de famille ». |
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