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Purgations électriques au XVIIIe siècle, ou le remède électricité

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Inventions, Découvertes
Inventions et découvertes dans les domaines des sciences et des arts. Origine des travaux de recherche ou des trouvailles fortuites.
Purgations électriques
au XVIIIe siècle,
ou le remède électricité
(D’après « Revue d’histoire de la pharmacie », paru en 1854)
Publié / Mis à jour le lundi 8 février 2021, par LA RÉDACTION
 
 
 
C’est un peu involontairement qu’aux environs de 1750, les physiciens devinrent des guérisseurs : l’électricité, grande merveille du XVIIIe siècle, divertissement de salon et sujet d’études passionnant, apparaissant en effet comme une curiosité inutile, on songea à l’appliquer aux êtres humains, et, c’est à l’abbé Nollet, alors à la tête des « physiciens, électriseurs d’Europe » que revint cet honneur

Après avoir exposé, dans la mémorable séance publique de l’Académie des sciences du 20 avril 1746, la fameuse expérience de Pieter van Musschenbroeck, professeur de l’université de Leyde (Pays-Bas), qui mettait en évidence le renforcement et la condensation de l’électricité par le procédé de l’induction, et après avoir contrôlé, avec Le Monnier, l’exactitude de ces faits surprenants, l’abbé, très prudemment et très méthodiquement, avait essayé l’action de la décharge de ce qu’il appelait maintenant la « bouteille de Leyde », sur des végétaux, puis sur de petits animaux.

Convaincu qu’il n’y avait pas de danger, il essayait de ressusciter les mouvements dans les membres des paralytiques. Les malades choisis étant porteurs d’hémiplégies anciennes, suites de blessures de la tête, les résultats ne furent que minimes et on était, en France, plutôt découragé, lorsque de surprenantes nouvelles parvinrent d’Italie.

Expérience de Leyde réalisée en 1746 par Pieter van Musschenbroeck. Gravure extraite de Essai sur l'électricité des corps par l'abbé Nollet (édition de 1765)
Expérience de Leyde réalisée en 1746 par Pieter van Musschenbroeck. Gravure extraite
de Essai sur l’électricité des corps par l’abbé Nollet (édition de 1765)

Pivati, jurisconsulte à Venise et surintendant de la Librairie, écrivait à Zanneti, secrétaire de l’Académie de Bologne, une Lettre sur l’électricité médicale qui contient des expériences singulières d’Electricité relatives à la médecine, relatant des faits étonnants : Pivati pensait qu’à la voie buccale, seule utilisée pour l’introduction de médicaments souvent fort mauvais, on pouvait substituer l’électricité.

Une femme souffrant d’une douleur continue de la hanche et électrisée à l’aide d’un tube neuf enduit de baume du Pérou et hermétiquement bouché, avait sué beaucoup et très bien dormi. La sueur, la chemise, tout le corps exhalaient une odeur agréable de baume. Ainsi, ces « Cylindres balsamiques » étaient capables de consolider des plaies, de dissiper des vapeurs hypochondriaques, d’aider la digestion, de calmer les douIeurs.

L’évêque de Lébénigo, un vieillard de 75 ans, « aux doigts tout crochus d’une goutte invétérée », ne marchant que soutenu sous les aisselles, sortait guéri à la suite d’une unique électrisation, à tel point « qu’il descendait l’escalier d’un air délibéré et entrait dans sa gondole avec presque autant de vigueur qu’un jeune homme » ! La durée de l’électrisation et les doses de médicament demeuraient imprécises ; qu’importait, puisque les résultats étaient là !

Cette médication, dite des « intonacatures », faisait rapidement des adeptes, et la Faculté était conquise : Bianchi, professeur à l’Université de Turin, anatomiste réputé, affirmait avoir guéri des paralysies, des spasmes, des ictères, des tumeurs froides, etc. Cet « etc. » à lui seul en disait long ! Toutes les espérances étaient permises.

La renommée emportait la merveilleuse méthode par-delà les frontières : à Leipzig, Winckler, professeur à l’Université, la défendait contre les médecins allemands, demeurés sceptiques, et apportait même des faits nouveaux. La Société Royale de Londres confiait à Watson, l’homme du royaume le plus compétent en électricité, la mission de refaire les expériences, en présence d’une commission, présidée par Martin Folkes, président de la société. Évidemment, les résultats furent toujours complètement négatifs. La qualité du verre, la structure des machines, la manière d’enduire les tubes intervenaient-elles ?

Les Réflexions physiques sur la médecine électrique de Pivati résumaient cependant ces travaux sensationnels et recensaient aussi les approbations reçues, car il y avait, sans un sourire, les Pivatistes et le Antipivatistes ! Ces réflexions venaient aussi à l’appui d’une découverte encore plus sensationnelle due au Dr Bianch i : non seulement Blanchi avait guéri spectaculairement des paralysies en une séance, mais encore il revendiquait la gloire d’avoir purgé des gens sans douleur, en leur faisant simplement tenir dans la main des purgatifs violents, scammonée ou aloès, tandis qu’on les électrisait ! On imagine le soupir de soulagement des innombrables constipés de l’époque à la pensée d’en avoir fini avec les drogues innommables et les clystères à répétition.

Frontispice de Guérison de la paralysie par l'électricité par l'abbé Sans (1772)
Frontispice de Guérison de la paralysie par l’électricité par l’abbé Sans (1772)

Comment ne pas croire à toutes ces:merveilles, puisque les Observations physico-médicales sur l’électricité, de Joseph Veratti, celui-ci professeur à l’Université de Bologne, et dédiées au très illustre et très excellent Sénat de Bologne, confirmaient encore les travaux de Pivati et de Bianchi. Il ne pouvait y avoir que des succès, car si un échec survenait, il était toujours attribué à quelque contingence, mais jamais à la méthode elle-même.

Nollet, trop honnête homme pour nier d’emblée ce que d’autres affirmaient, surtout s’ils étaient gens de poids, était très perplexe. Il est bien certain, ajouterons-nous, que ces impressionnantes séances d’électrisation, si elles ne servaient point au transfert de la scammonée ou de l’aloès, pouvaient bien avoir quelque effet sur l’équilibre du vagosympathique et entraîner chez les sujets « d’un tempérament facile à émouvoir », comme disait l’abbé, des débâcles diarrhéiques, que ces expérimentateurs, un peu trop pressés de conclure, ne tardaient pas à expliquer plus simplement.

Nollet refit les expériences avec un morceau de scammonée, gros comme une orange, et en utilisant l’électricité de globes frottés, plus forte que celles des tubes, chez des personnes de tout âge et de tout sexe. Ce fut en vain, de même qu’il n’arriva jamais à percevoir les odeurs transmises. « Le verre d’Italie, l’air qu’on y respire, le tempérament des personnes qui l’habitent seraient-ils donc la cause de toutes ces merveilles encore renfermées dans le sein de la péninsule et de ce que tous nos résultats se trouvent si différents de ceux qu’on nous a annoncés ! », se demandait l’abbé, non sans une nuance d’ironie.

N’était-il pas préférable d’aller observer les faits sur place ? Et la cour de France envoya l’abbé en mission en Italie. Elle le chargeait bien, en même temps, d’étudier l’élevage des vers à soie et l’industrie de la soie qui, en France, traversait alors une crise très grave. Mais, en fait, ces traitements électriques étaient le motif principal de ce grand voyage qui dura sept mois, du 27 avril au 18 novembre 1749, et au cours duquel le savant français fut reçu comme l’ambassadeur de la pensée scientifique européenne, par toute l’Italie princière, artistique, mondaine, diplomatique.

À Turin, chez le marquis d’Orméa, garde des Sceaux et Bijoux de la Cour, en présence du Dr Bianchi, de l’abbé Porta, on électrise l’abbé sans résultat pendant quinze minutes, le P. Beccaria, 35 ans, sec et bilieux, un garçon de 22 ans de complexion délicate, un aide de cuisine, un domestique de 40 ans, robuste. Huit jours plus tard, on recommence avec quatorze personnes de la société ; tout le monde sort indemne de l’épreuve.

À Venise, Pivati ne veut même pas recommencer sa fameuse expérience, qui n’a réussi qu’une fois, reconnaît que l’évêque de Lébénigo, porté guéri, est toujours dans le même état. D’ailleurs, le Dr Logoario, témoin des faits, glisse à Nolllet dans le creux de l’oreille que c’est la femme de Pivati qui a opéré sans précaution aucune, et qu’aucun malade n’a eu le moindre soulagement.

L'abbé Nollet. Gravure (colorisée ultérieurement) de 1867
L’abbé Nollet. Gravure (colorisée ultérieurement) de 1867

À Bologne, Veratti, bien que maintenant ses conclusions quant aux purgations — conclusions qu’il reverra de plus près si les faits ne se renouvellent pas constamment —, se récuse lui aussi, usant d’aimables et trop visibles faux-fuyants et ne s’offre pas de donner satisfaction à l’abbé, qui ne lui cache pas son désir d’assister aux expériences..

Si, vis-à-vis des physiciens italiens, Nollet, académicien de l’Académie royale des sciences, en imposa, au point de faire perdre contenance à tous, dans les cercles bien informés, comme nous dirions aujourd’hui, on avait compris, et, en allant prendre congé du vice-légat, Nollet rencontrera — effet d’un hasard sans doute voulu — Pozzi, le médecin extraordinaire du pape, qui mettra encore la conversation sur l’électricité, et l’assurera qu’à l’avenir, il ne sortira rien de Bologne, touchant ce sujet, qui n’ait été bien examiné.

Mieux encore : Nollet sera reçu en audience privée par le pape Benoît XIV, qui enchantait tous ceux qui l’approchaient par le brillant de sa conversation et le piquant de ses saillies, encourageait les savants et les académies, assistait à leurs séances. Il se fera rendre compte par l’abbé de son voyage, surtout de son séjour à Bologne, point névralgique. « Il m’a paru, note l’abbé, que mon discours était entendu favorablement. » On ne saurait en douter, connaissant le caractère et les qualités des deux hommes en présence.

Sur le point de quitter l’Italie, étant à Turin, Nollet recevra la visite du Dr Sommis venu spécialement apporter des nouvelles toutes fraîches de Bologne, où on avait encore refait les expériences de transmission des odeurs et des purgations électriques, auxquelles on avait même ajouté une nouveauté : « L’assoupissement par l’opium et l’électricité », sans jamais réussir évidemment. Si le doute avait motivé le voyage en Italie, la certitude de l’erreur accompagnait le retour.

Exemple remarquable d’une erreur scientifique et de contagiosité de l’erreur, les pseudo-purgations électriques démontraient que, si au delà des monts, le merveilleux était encore capable de séduire et que si, comme le disait Montesquieu, en Italie il était inutile de faire de bons livres, il suffisait d’en faire. Au pays de Descartes, les progrès du bon sens et de la raison avaient vaincu la fantaisie et organisé l’expérience.

Ces essais « d’ionisation avant la lettre », si l’on peut dire, furent oubliés. Le voyage d’Italie avait permis de mesurer les limites d’action de l’électrothérapie et l’abbé, qui avait été comme « le député de tout l’Ordre des Physiciens, Français, Allemands et Anglais, avait bien pénétré le vrai des choses ». « Ombres passagères », dira-t-il, que ces soi-disant guérisons électriques qu’on a prises avec un peu trop de précipitation ou de complaisance pour les réalités constantes.

Traitement des suppressions par l'électricité. Gravure extraite de Mémoire sur les différentes manières d'administrer l'électricité et observations sur les effets que ces divers moyens ont produits par Pierre-Jean-Claude Mauduyt de La Varenne (1784)
Traitement des « suppressions » par l’électricité. Gravure extraite de Mémoire sur les différentes
manières d’administrer l’électricité et observations sur les effets que ces divers moyens
ont produits
par Pierre-Jean-Claude Mauduyt de La Varenne (1784)

Cependant, le Bulletin de Pharmacie de 1811 rapportait qu’un Dr G..., de Berlin, avait signalé au pharmacien Cadet que lorsqu’il voulait se purger, il plaçait dans son anus une canule ou « suppositoire » de cristal recouverte de cire et communiquant avec la garniture intérieure d’une bouteille de Leyde, en contact elle-même avec une machine électrique, au fond de la bouche, une spatule d’argent. À l’aide d’un excitateur gradué, il modérait à volonté les petites commotions et, au bout d’une à deux minutes, il avait une selle.

En 1838, encore, Stendhal, alors traité par son ami, le Dr Koreff, faisait l’achat, au prix de 25 francs, d’une machine électrique, d’une bouteille de Leyde et d’une chaîne, chez Adam, ouvrier en chambre, rue des Mathurins-Saint-Jacques, n° 18. Dans une note en marge du manuscrit des Promenades dans Rome, Stendhal ne dit pas à quel usage il destinait cet attirail. Mais Koreff — « ce diable de Koreff qui sait tout, même un peu de médecine », disait Talleyrand — ne croyait guère aux potions, ni aux pilules, était un adepte du magnétisme, et était bien capable de frapper l’imagination de ses clients en usant de cette thérapeutique de choc.

 
 
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