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Fernand Forest, père du moteur à explosion. Inventeur et honneurs. Portrait, biographie, vie et oeuvre - Histoire de France et Patrimoine


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Personnages : biographies

Vie, oeuvre, biographies de personnages ayant marqué l’Histoire de France (écrivains, hommes politiques, inventeurs, scientifiques...)


Fernand Forest : inventeur de génie
loin des honneurs
(D’après « Les Annales politiques et littéraires », paru en 1910)
Publié / Mis à jour le mercredi 12 novembre 2014, par LA RÉDACTION



 
 
 
Considéré comme le père du moteur à explosion, inventeur de la roue de bicyclette à rayons tangents, Fernand Forest connut le sort de nombre de scientifiques dont le génie désintéressé fut à l’origine d’outils ingénieux exploités par les industriels. Directeur des Annales politiques et littéraires, Adolphe Brisson rapporte comment sept personnes seulement adhérèrent au projet d’un banquet en l’honneur d’un homme travaillant en solitaire et n’entrant pas dans le jeu du monde des « relations ».

Il existe un homme, écrit Brisson en 1910, qui reçut de la nature le don mystérieux de créer des choses auxquelles les autres hommes ne songeaient pas et d’ouvrir de nouvelles voies au progrès. Il se nomme Fernand Forest ; il est fils d’artisan, ouvrier lui-même.

Fernand Forest
Fernand Forest
Il naquit à Clermont-Ferrand (et mourut à Monaco en 1914), et, au sortir de l’école primaire, entra comme apprenti chez un coutelier. Dès l’âge de seize ans, son génie lui suggère l’invention d’un outil ingénieux : une machine à fraiser, qui a pour conséquence une économie de fabrication et une simplification de la main-d’œuvre. Ses camarades, menacés dans leur travail, le regardent de travers. Son patron le congédie. Il vient à Paris, y apprend la mécanique...

C’était le temps du vélocipède, prédécesseur du « cycle ». Forest invente la roue de la bicyclette avec les rayons tangents au moyeu... Découverte d’une importance incalculable ! Nul ne conteste le mérite du constructeur ; mais nul ne lui vient en aide pour exploiter son brevet. L’industrie attend — quinze ans — que celui-ci soit périmé. Alors, elle s’en empare, elle l’exploite, elle en tire d’énormes profits. Toutes les bicyclettes sont munies de la roue de Forest. Et Forest, dépossédé des fruits légitimes de sa trouvaille, continue de besogner obscurément, de végéter. Il ne recueille pas une miette des millions qui, grâce à lui, ont été gagnés.

Pourtant, il ne se décourage pas. Il cherche le principe du moteur à explosion. Après d’innombrables tâtonnements, il arrive à le fixer. Il améliore ses premiers essais, les rectifie, les amène peu à peu à l’état de perfection. Je ne puis vous donner, à leur sujet, des détails précis ; je vous renvoie aux ouvrages techniques. Ce que je sais, poursuit Brisson, c’est que Fernand Forest arrive à construire l’appareil dont nous nous servons communément ; il multiplie les cylindres pour atténuer la violence des chocs et prolonger la détente. En 1888, il édifie une machine à trente-deux cylindres ; il est le père indiscuté de l’automobilisme et le prophète de l’aviation.

« Il ne fut pas seul à poursuivre la solution de ces problèmes, écrit un de nos confrères ; mais il a, le premier, montré la route, et comme, dans la science, on glorifie l’auteur de l’idée, c’est bien à Fernand Forest que revient la création de tant de merveilles actuellement réalisées. »

Annonce du banquet en l'honneur de Forest
Annonce du banquet en l’honneur de Forest
En 1906, le directeur de l’Auto, dont il faut louer la généreuse initiative, appelle la sollicitude de l’Etat sur l’humble et remarquable savant. Il publie, dans son journal, la note suivante : « Nous demandons, pour Fernand Forest, la croix de chevalier de la Légion d’honneur. — Hé quoi ! il ne l’a pas ? C’est un modeste. Cela dit tout. Le ministre s’honorera en lui accordant le ruban rouge, en récompensant ce grand citoyen qui a enfanté une industrie et qui, au cours d’une vie laborieuse, est demeuré les mains nettes. »

Vous savez comment s’obtiennent les croix, continue le directeur des Annales politiques. Il ne suffit pas de signaler les titres d’un candidat au puissant personnage de qui dépend son élévation. Il est nécessaire de les appuyer par des démarches pressantes et collectives, de faire agir des influences, de signer des pétitions. Le directeur de l’Auto se met en campagne. Il va voir les gros bonnets de l’automobilisme et du cyclisme. « Ils ne refuseront pas, pense-t-il, de témoigner leur estime à un homme qui les a, en somme, enrichis. Ils seront heureux de saisir cette occasion de l’honorer. »

Quelle n’est pas sa surprise de ne rencontrer que des regards fuyants, des réticences, des excuses embarrassées, là où il comptait trouver de chaudes paroles, des bras tendus. Il a retracé sa mésaventure :

« Après une dizaine de visites, toutes assez pénibles, Serpollet seul, le grand et regretté Serpollet, avait bien voulu me donner sa signature. Et je dus renoncer à une tâche au-dessus de mes forces... Comme je contais moi-même mon échec à Fernand Forest, il me dit, avec son bon sourire désabusé : Ne vous étonnez pas, c’est si naturel...

« Car les pires malheurs n’ont pas réussi à aigrir le cœur du grand inventeur, jamais las de l’amertume de son calvaire. Cependant, notre cher Archdeacon, avec son ardeur communicative, constituait un comité, au sein duquel j’avais l’honneur d’être admis, et, grâce à l’énergie inlassable, à la persévérance obstinée de cet apôtre qu’est Archdeacon, Forest voit enfin ses mérites officiellement reconnus. »

Le voici donc décoré, reprend Brisson. Mais il n’est pas au bout de sa fâcheuse odyssée. Les amis qui ont obtenu pour lui cette haute distinction songent, naturellement, à la solenniser dans un repas. (Vous savez qu’en France une gloire n’existe que si elle a été consacrée par deux ou trois cents personnes, nourries de saumon sauce verte, de filet printanière, et abreuvées de mauvais Champagne.) On annonça le banquet Forest. Et savez-vous combien d’adhésions on réunit ? Il en arriva sept..., pas une de plus... Sept en tout et pour tout. Faute de convives, les agapes durent être décommandées.

Vous êtes indignés, suffoqués d’une telle indifférence ? Elle, s’explique, peut- être, par la maladresse et le manque d’énergie des organisateurs du festin, mais aussi par des raisons plus profondes. Fernand Forest vit timidement dans son petit atelier de banlieue ; il ne sort pas ; jamais il n’a échangé son bourgeron contre la redingote et l’habit noir ; il ne possède point de relations ; il ne va même pas au café.

S’il s’était montré moins dédaigneux du bluff et de la réclame, soyez sûrs que l’on n’eût pas attendu qu’il ait dépassé la soixantaine pour accrocher à sa cotte l’étoile des braves, et que tout Paris se fût disputé des places à son banquet. Forest n’est qu’un solitaire ; ceux-là mêmes qui ont tiré profit de ses travaux, secrètement le jalousent, ne tiennent pas à provoquer des manifestations dont ils ne recueilleraient aucune part, — au contraire. Ils préfèrent le demi-oubli, le silence favorable à l’ingratitude.

Timbre émis en 1974 par la Principauté de Monaco en hommage à Fernand Forest
Timbre émis en 1974 par la Principauté de Monaco en hommage à Fernand Forest

Seulement, comme le fait judicieusement observer M. Jean Lecoq, à qui j’emprunte cette anecdote, conclut Brisson, il arrivera ceci : alors que tant de réputations du boulevard seront depuis longtemps oubliées, l’illustration de Forest subsistera. Et il est infiniment probable que cet homme, dont on n’a pu fêter la croix dans un banquet, aura, quelque jour, sa statue sur une place publique. La justice immanente de l’avenir offre cette revanche aux inventeurs... Rappelez-vous le quatrain du poète :

On les persécute, on les tue,
Sauf, après un lent examen,
A leur dresser une statue,
Pour la gloire du genre humain.

C’est égal ! j’aurais été fier de dîner avec Forest, et de boire sans phrases — en tout petit comité — à son désintéressement, à son labeur.




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