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« Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du
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Légende saint Nicolas. Histoire, vie, miracles, fête - Histoire de France et Patrimoine


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Personnages : biographies

Vie, oeuvre, biographies de personnages ayant marqué l’Histoire de France (écrivains, hommes politiques, inventeurs, scientifiques...)


Saint Nicolas : vie, miracles, légendes
(D’après « Les petits Bollandistes » paru en 1876, « Le romancéro populaire
de la France : choix de chansons populaires françaises » paru en 1904,
« La Légende dorée - édition enrichie » paru en 1910
et « Revue britannique » paru en 1851)
Publié / Mis à jour le dimanche 6 décembre 2015, par LA RÉDACTION



 
 
 
Saint Nicolas naquit vers 250 à Patare, ville de Lycie, qui est une province de l’Asie Mineure. Euphémius, homme riche, mais extrêmement pieux et charitable, fut son père, et Anne, sœur de Nicolas l’ancien, archevêque de Myre, fut sa mère. Il ne vint au monde que quelques années après leur mariage et lorsqu’ils n’espéraient plus avoir d’enfants.

La légende rapporte que lorsqu’à sa naissance on le mit dans le bassin, pour le laver, il se leva de lui-même sur ses pieds et se tint en cet état pendant deux heures, les mains jointes et les yeux élevés vers le ciel ; qu’il commença à jeûner dès le berceau ; car, le mercredi et le vendredi, qui étaient les jours d’abstinence et de jeûne dans l’Eglise orientale, il ne tétait qu’une fois vers le soir au lieu de plusieurs fois par jour.

VIE ET MIRACLES
Il reçut une excellente éducation, tant par l’étude des sciences divines et humaines, que par la pratique de toutes les vertus. Mais la peste lui ayant enlevé ses parents dès sa plus tendre jeunesse, il commença à se défaire des biens que son père et sa mère lui avaient laissés. Ce fut à cette époque qu’il fit cette action donnant naissance à la légende des trois jeunes filles : un jour, étant averti qu’un des plus nobles habitants de sa ville, qui n’avait pas le moyen de pourvoir ni même de nourrir ses trois filles nubiles, était dans le dessein de les prostituer, il résolut d’empêcher cet infâme commerce, en lui donnant du bien suffisamment pour les marier. Il voulut néanmoins le faire secrètement et sans être découvert.

Saint Nicolas
Saint Nicolas
Ainsi, prenant la nuit une bourse remplie de pièces d’or, il l’alla jeter dans la chambre de cet homme, par une fenêtre qu’il trouva heureusement ouverte, et cette somme ayant servi à marier honnêtement l’aînée des filles, il en fit de même pour la seconde et ensuite pour la troisième. On ne peut croire l’étonnement du père, lorsqu’il vit la première et la seconde fois les soins que la divine Providence avait de sa famille ; mais il voulut savoir qui était son bienfaiteur ; il veilla pour le découvrir et, l’ayant reconnu lorsqu’il revint la troisième fois, il se jeta à ses pieds, reconnut sa culpabilité et fit vœu de pénitence. Saint Nicolas le pria instamment de tenir son action secrète ; mais ses prières furent inutiles, toute la ville en fut informée et le bruit s’en répandit en peu de temps dans toute la province.

Son oncle, l’archevêque de Myre, admirant de plus en plus la vertu et la sainteté de son neveu, l’ordonna prêtre et le fit supérieur d’un monastère appelé la Sainte-Sion, qu’il avait fait bâtir auprès de la ville métropolitaine, et, ayant remarqué avec combien de sagesse il s’acquittait de cette charge, il lui confia le soin de tout son diocèse pendant un voyage de piété qu’il fit en Terre sainte. Sa mort étant arrivée peu de temps après son retour, Nicolas pensa un moment se retirer dans le désert, mais opta pour un voyage en Terre sainte, prenant congé de ses religieux et s’embarquant. En chemin, il prédit au pilote une horrible tempête, qui survint et fut si furieuse que tous les passagers se crurent perdus ; mais Nicolas rendit le calme à la mer.

Durant sa vie, il renouvela plusieurs fois cet exploit, expliquant ainsi pourquoi les nautoniers le prennent pour leur patron et leur protecteur, et l’invoquent singulièrement dans tous leurs voyages. Dans le vaisseau, il ressuscita également un jeune garçon qui s’était tué en tombant du haut du mât. On dit qu’à Alexandrie il guérit un grand nombre de malades que les habitants lui présentèrent, sur les assurances que ceux de son vaisseau leur avaient données. Parvenu à Jérusalem, il se rendit sur les lieux saints, avant d’entreprendre le voyage de retour.

Le successeur de l’oncle de saint Nicolas venant à mourir, les évêques de la province s’assemblèrent pour élire un pasteur en sa place. Leurs sentiments sur ce choix étaient d’abord partagés, quand le plus ancien d’entre eux eut une révélation : le prêtre qui viendrait le lendemain le premier à l’église serait l’archevêque tant attendu. Il se posta le matin à la porte de l’église, et ce fut Nicolas qui s’y dirigea dès l’aube et y entra le premier. L’évêque, s’approchant de lui, lui demanda son nom, ce à quoi le Saint répondit : « Nicolas, serviteur de Votre Sainteté ». Alors les évêques, l’ayant revêtu de brillants ornements, l’installèrent dans le siège épiscopal. Il devenait ainsi archevêque de Myre. Après la messe pontificale, une femme lui présenta son enfant qui, tombé dans le feu, y était mort. Faisant sur lui le signe de la croix, Nicolas le ressuscita en présence de toute l’assemblée : d’où la coutume d’invoquer saint Nicolas dans les accidents de feu.

S’il avait jeûné deux fois la semaine dès le commencement de sa vie, il avait ajouté un troisième jeûne aux deux précédents, avec l’abstinence de chair et de vin ; une fois évêque, il se fit une loi de jeûner tous les jours, de ne manger que le soir et de n’avoir ordinairement sur sa table qu’un seul mets. Son lit n’était qu’une natte, une planche ou la terre nue. L’empereur Licinius, ayant renouvelé en Orient la persécution de Dioclétien et de Maximien, envoya des officiers à Myre pour y rétablir l’idolâtrie et forcer les chrétiens, par toutes sortes de supplices, de l’embrasser. Les uns furent mis à mort, les autres jetés dans des cachots, ceux-ci envoyés en exil et ceux-là dépouillés de tous leurs biens et réduits à la dernière misère. Jeté en prison, saint Nicolas ne plia pas et fut relâché par crainte d’un soulèvement populaire.

Sous Constantin le Grand, qui vainquit Licinius (324) et fit cesser la persécution, Nicolas revint à Myre et s’attacha à exterminer le culte des faux dieux, fit abattre les idoles, démolir les temples, couper les arbres et ruiner les bocages qui leur étaient dédiés ; lui-même prit la cognée en main et coupa en sept coups un arbre d’une prodigieuse grandeur, où Diane était honorée.

La légende rapporte que le démon, furieux, prépara alors une huile contre nature possédant la propriété de brûler dans l’eau et sur les pierres. Puis, prenant la forme d’une religieuse, il monta dans une barque, accosta des pèlerins qui naviguaient vers saint Nicolas, et leur dit : « Je regrette de ne pas pouvoir vous accompagner auprès du saint homme. Veuillez du moins, en souvenir de moi, enduire de cette huile les murs de son église et de sa maison ! » Mais voici que, la barque du démon s’étant éloignée, les pèlerins virent s’approcher d’eux une autre barque avec, à son bord, Nicolas. Et celui-ci leur dit : « Cette femme, que vous a-t-elle dit et que vous a-t-elle donné ? » Les pèlerins lui racontèrent ce qui s’était passé. Alors il leur dit : « Cette femme n’est pas une religieuse mais l’impudique Diane elle-même ; et, si vous en voulez une preuve, jetez son huile à la mer ! » A peine l’eurent-ils jetée qu’elle s’enflamma.

Nicolas soutint les décisions du concile de Nicée (325) avec force, accomplissant des miracles devenus légendaires. On dit qu’il ressuscita à Myre deux jeunes écoliers de qualité qu’un hôtelier avare et cruel avait égorgés et serrés dans un saloir, afin de profiter de leur argent et de leur corps. D’autres disent qu’il en ressuscita trois sur le chemin de Nicée, qu’un méchant homme avait traités avec la même barbarie et dont il vendait la chair hachée comme de la viande commune. Ces deux prodiges, néanmoins, n’ont aucun témoignage dans l’antiquité ; nous n’avons que la tradition des peuples pour nous en assurer. Peut-être aussi que ce n’a été qu’un seul miracle rapporté différemment par divers auteurs.

La province de Lycie et la ville de Myre étant affligées d’une très grande disette de blé qui les réduisait à une extrême famine, Nicolas sut qu’un riche marchand en avait plusieurs vaisseaux chargés dans un port de Sicile. Il lui apparut donc en songe et l’avertit de faire voile vers Myre, l’assurant que la nécessité y était excessive et qu’il y vendrait son grain tout ce qu’il voudrait, et, de peur qu’il ne crût que c’était une illusion, il lui mit dans la main trois pièces d’or. Le marchand, les trouvant sur lui à son réveil et voyant bien que personne n’était entré dans sa chambre, crut à cette vision. Aussi il s’embarqua, porta son blé au port de Myre, le vendit à très haut prix et, en gagnant beaucoup, il soulagea extrêmement la ville.

D’autres marchands, passant par le même port pour porter des blés à Constantinople, le Saint les pria d’en décharger une partie pour son peuple. Ils répondirent que cela leur était impossible, parce qu’ils devaient tout rendre à Constantinople exactement et par mesure. Mais il les assura que quelque quantité qu’ils lui laisseraient, ils trouveraient toujours leur compte où ils allaient : ils vendirent une partie de leur blé à Myre, et lorsqu’ils furent arrivés à Constantinople, ils trouvèrent sans aucune diminution toute la quantité qu’ils avaient chargée en l’embarquant.

D’ailleurs, le Saint multiplia si prodigieusement les blés qu’il avait fait venir et achetés, que ce qui n’aurait suffi à son peuple que pour quelques jours, se trouva suffisant pour plus de deux années.

Etant un jour aux portes de Myre avec Népotien, Ours, et Apilion, trois maîtres de camp envoyés par l’empereur Constantin qui avaient été arrêtés en chemin par un vent contraire et fait relâche dans un port du diocèse de saint Nicolas, ce dernier les invita à dîner chez lui. Apprenant qu’on allait faire mourir contre toute sorte de justice trois honorables habitants que le président Eustache, corrompu par argent, avait condamnés à mort, le Saint pria ses hôtes de l’accompagner, et, accourant avec eux sur le lieu où devait se faire l’exécution, trouva les trois soldats déjà à genoux et la face voilée, le bourreau brandissant déjà son épée au-dessus de leurs têtes. On raconte qu’aussitôt Nicolas, enflammé de zèle, s’élance bravement sur ce bourreau, lui arrache l’épée des mains, délie les trois innocents, et les emmène, sains et saufs, avec lui.


Saint Nicolas, protecteur des enfants,
distribue des récompenses
aux enfants sages
Puis il court au prétoire du consul, et en force la porte, qui était fermée. Bientôt le consul vient le saluer avec empressement. Mais le saint lui dit, en le repoussant : « Ennemi de Dieu, prévaricateur de la loi, comment oses-tu nous regarder en face, tandis que tu as sur la conscience un crime si affreux ? » Et il l’accabla de reproches, mais, sur la prière des princes, et en présence de son repentir, il consentit à lui pardonner. Après quoi les messagers impériaux, ayant reçu sa bénédiction, poursuivirent leur route, et soumirent les révoltés sans effusion de sang ; et ils revinrent alors vers l’empereur, qui leur fit un accueil magnifique.

Mais quelques-uns des courtisans, jaloux de leur faveur, corrompirent le préfet impérial, qui, soudoyé par eux, accusa ces trois princes, devant son maître, du crime de lèse-majesté. Aussitôt l’empereur, affolé de colère, les fait mettre en prison et ordonne qu’on les tue, la nuit, sans les interroger. Informés par leur gardien du sort qui les attend, les trois princes déchirent leurs manteaux et gémissent amèrement ; mais soudain, l’un d’eux, à savoir Népotien, se rappelant que le bienheureux Nicolas a naguère sauvé de la mort, en leur présence, trois innocents, exhorte ses compagnons à invoquer son aide.

Et en effet, sur leur prière, saint Nicolas apparut cette nuit-là à l’empereur Constantin, lui disant : « Pourquoi as-tu fait arrêter injustement ces princes, et les as-tu condamnés à mort tandis qu’ils sont innocents ? Hâte-toi de te lever et fais-les remettre en liberté au plus vite ! Sinon, je prierai Dieu qu’il te suscite une guerre où tu succomberas, et tu seras livré en pâture aux bêtes ! » Et l’empereur : « Qui es-tu donc, toi qui, entrant la nuit dans mon palais, oses me parler ainsi ? » Et lui : « Je suis Nicolas, évêque de la ville de Myre » Et le saint se montra de la même façon au préfet, Ablave, qui avait le plus appuyé leur condamnation et qu’il épouvanta en lui disant : « Insensé, pourquoi as-tu consenti à la mise à mort de trois innocents ? Va vite travailler à les faire relâcher ! Sinon, ton corps sera mangé de vers et ta maison aussitôt détruite. » Et le préfet : « Qui es-tu donc, toi qui me fais de telles menaces ?" Et lui : « Sache, dit-il, que je suis Nicolas, évêque de la ville de Myre ! »

L’empereur et le préfet, s’éveillant, se firent part l’un à l’autre de leur songe, et s’empressèrent de mander les trois prisonniers. « Etes-vous sorciers, leur demanda l’empereur pour nous tromper par de semblables visions ? » Ils répondirent qu’ils n’étaient point sorciers, et qu’ils étaient innocents du crime qu’on leur reprochait. Alors l’empereur : « Connaissez-vous, leur dit-il, un homme appelé Nicolas ? » Et eux, en entendant ce nom, levèrent les mains au ciel, et prièrent Dieu que, par le mérite de saint Nicolas, il les sauvât du péril où ils se trouvaient. Et lorsque l’empereur eut appris d’eux la vie et les miracles du saint, il leur dit : « Allez et remerciez Dieu, qui vous a sauvés sur la prière de ce Nicolas ! Mais rendez-lui compte de ma conduite, et portez-lui des présents de ma part ; et demandez-lui qu’il ne me fasse plus de menaces, mais qu’il prie Dieu pour moi et pour mon empire ! » L’empereur les chargea même de très riches présents pour saint Nicolas, afin qu’ils lui témoignassent par là leur reconnaissance de ce qu’il les avait délivrés de la mort. Ces présents furent un livre des Evangiles écrit en lettres d’or, un encensoir d’or massif et enrichi de pierreries, deux chandeliers d’or et des gants brodés d’or pour la messe pontificale. Cette épisode explique pourquoi ceux qui sont faussement accusés ont recours à la protection de saint Nicolas.

Nul historien n’a omis de rapporter la légende des matelots qui étaient à deux doigts de périr par la violence d’une tempête et qui, ayant imploré saint Nicolas, le trouvèrent à l’heure même dans leur vaisseau leur disant : « Me voici, je viens à votre aide ». Aussitôt il prend le gouvernail et se met à conduire le navire. Il commande à la mer et il en apaise les flots ; et, par ce moyen, il les mène jusqu’au port de Myre, où il disparut. Dès qu’ils furent débarqués, ils allèrent à l’église pour le remercier d’une si grande faveur, et l’aperçurent au milieu de ses clercs. Ils se jetèrent à ses pieds, lui firent le récit de ce qui s’était passé et lui en témoignèrent leur reconnaissance. Le Saint leur fit connaître que ce péril leur était arrivé pour quelques péchés secrets dont ils devaient se corriger et faire pénitence.

Ayant eu la révélation de sa mort prochaine, il dit adieu à son peuple dans une messe pontificale, puis se retira dans le monastère de la Sainte-Sion dont il avait été fait abbé. Ce fut là qu’une petite fièvre l’ayant saisi, il se fit administrer les sacrements et s’éteignit le 6 décembre 343. Il fut enseveli dans une tombe de marbre ; et de sa tête se mit à couler une source d’huile apportant la santé à bien des malades, et de ses pieds une source d’eau. Cette huile cessa de couler lorsque le successeur de saint Nicolas se vit chassé de son siège par des envieux. Mais dès que l’évêque fut réinstallé sur son siège, l’huile se remit aussitôt à couler. Longtemps après, les Turcs détruisirent la ville de Myre. Et comme quarante-sept soldats de la ville de Bari passaient par là, quatre moines leur ouvrirent la tombe de saint Nicolas : ils prirent ses os, qui nageaient dans l’huile, et les transportèrent dans la ville de Bari, en l’an 1087.

Saint Nicolas est le patron des écoliers et petits garçons, des bateliers, pêcheurs, marins et mariniers, déchireurs de bateaux et débardeurs, voyageurs et pèlerins, brasseurs, tonneliers, ciriers, mal jugés.

On peut citer deux autres miracles accomplis par le Saint. Un noble avait prié saint Nicolas de lui faire obtenir un fils, promettant qu’en récompense il se rendrait avec son fils au tombeau du saint et lui offrirait un vase d’or. Le noble obtient un fils et fait faire un vase d’or. Mais ce vase lui plaît tant qu’il le garde pour lui-même et, pour le Saint, en fait faire un autre d’égale valeur. Puis il s’embarque avec son fils pour se rendre au tombeau du saint. En route le père ordonne à son fils d’aller lui prendre de l’eau dans le vase qui d’abord avait été destiné à saint Nicolas. Aussitôt le fils tombe dans la rivière et se noie. Mais le père, malgré toute sa douleur, n’en poursuit pas moins son voyage. Parvenu dans l’église de saint Nicolas, il pose sur l’autel le second vase ; au même instant une main invisible le repousse avec le vase, et le jette à terre : l’homme se relève, s’approche de nouveau de l’autel, est de nouveau renversé. Et voilà qu’apparaît, au grand étonnement de tous, l’enfant qu’on croyait noyé. Il tient en main le premier vase, et raconte que, dès qu’il est tombé à l’eau, saint Nicolas est venu le prendre, et l’a conservé sain et sauf. Sur quoi le père, ravi de joie, offre les deux vases à saint Nicolas.

Un homme riche avait obtenu, grâce à l’intercession de saint Nicolas, un fils qu’il avait appelé Dieudonné. Aussi avait-il construit, en l’honneur du saint, une chapelle dans sa maison, où il célébrait solennellement sa fête tous les ans. Or un jour Dieudonné est pris par la tribu des Agaréniens, et amené en esclavage au roi de cette tribu. L’année suivante, au jour de la Saint-Nicolas, l’enfant, pendant qu’il sert le roi, une coupe précieuse en main, se met à pleurer et à soupirer, en songeant à la douleur de ses parents, et en se rappelant la joie qu’ils éprouvaient naguère à la Saint-Nicolas. Le roi l’oblige à lui confesser la cause de sa tristesse ; puis, l’ayant apprise : « Ton Nicolas aura beau faire, tu resteras ici mon esclave ! » Mais au même instant un vent terrible s’élève, renverse le palais du roi, et emporte l’enfant avec sa coupe, jusqu’au seuil de la chapelle, où ses parents sont en train de célébrer la fête de saint Nicolas. Selon d’autres auteurs, cet enfant aurait été originaire de Normandie, et aurait été ravi par le sultan ; et comme celui-ci, le jour de la Saint-Nicolas, après l’avoir battu, l’avait jeté en prison, voici que l’enfant s’endormit et, à son réveil, se trouva ramené dans la chapelle de ses parents.

ORIGINE DE LA LÉGENDE DES ENFANTS AU SALOIR
Comme les deux seules versions de la complainte des enfants au saloir ont été recueillies aux deux bouts de la Champagne ; qu’il existe dans les Ardennes et aux environs de Reims d’autres cantiques semi-populaires, où le même miracle est relaté sommairement ; et qu’enfin saint Nicolas, patron de la Lorraine, est aussi en grand honneur dans la Champagne, son culte ayant rayonné tout autour du sanctuaire de Saint-Nicolas-de-Port (Meurthe-et-Moselle), qui en est le centre : tout cela porte à assigner à la pièce une origine champenoise. Il ne semble pas, à la tournure du style, qu’on la puisse reculer au delà du XVIIe siècle, et avancé. Une note de Nozot nous apprend que cette complainte fut usitée comme chant de quête aux alentours de Mézières, et que les enfants de chœur l’allaient réciter dans les veillées et les auberges pendant le mois qui précède la Saint-Nicolas (6 décembre) : la coutume s’est perdue vers 1850.

Le culte de saint Nicolas, d’abord spécial aux Grecs, passa en Occident à l’époque des Croisades. Sur la fin du XIe siècle, les gens de Bari en Sicile feignirent de posséder son corps, premièrement enseveli au mont Sion près de Myre, et dont ils alléguaient une prétendue translation. De Bari, en 1098, un croisé lorrain, seigneur de Varangeville, rapporta chez lui une phalange d’un doigt du corps saint : la relique, déposée dans une chapelle qui devint le sanctuaire de Saint-Nicolas-de-Port, attira un grand concours de pèlerins, et c’est ainsi que le culte du saint se propagea en France, dans les Pays-Bas et dans l’Allemagne.

Sa légende compilée par Siméon le Métaphraste et transcrite en latin par les hagiographes du Moyen Age (Miroir historial, Légende dorée, etc.), contient tout le détail de ses prodiges. Cependant, celui des enfants au saloir ne se trouve point dans la légende grecque, non plus que dans aucun des légendiers latins qui l’ont reproduite ou amplifiée. Les plus anciens documents que nous ayons de ce miracle datent des XIIe et XIIIe siècles ; ils consistent dans :

1° un passage de la Vie de saint Nicolas, poème en octosyllabes du trouvère Wace : c’est un énoncé sommaire du miracle (14 vers en tout), sans aucun détail. La Vie de saint Nicolas étant la dernière œuvre de Wace, lequel mourut vers 1175, on la peut fixer au troisième quart du XIIe siècle.

2° un petit mystère latin (Secundum miraculum Sancti Nicholai), qui fait partie d’un recueil du XIIIe siècle intitulé Mysteria et Miracula ad scenam ordinata ; recueil provenant de l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire et publié par Monmerqué et Bouderie à la suite du Jus Sancti Nicolai de J. Bodel (Didot, 1834). Ce recueil de drames, en vers latins rythmiques et rimés, est évidemment d’origine et de destination cléricales. Voici l’analyse de celui qui nous intéresse.

Trois clercs, voyageant pour leurs études et surpris par la nuit, frappent à la porte d’un certain vieillard, à qui ils demandent à loger. Et comme celui-ci fait des difficultés, ils s’adressent à sa femme, non moins vieille, lui promettant qu’en récompense Dieu peut-être bien, lui accordera de mettre au monde un fils. La vieille consent, les clercs sont reçus et couchés. Mais pendant qu’ils dorment, l’hôte se prend à soupeser leurs bourses pleines d’écus et trouve qu’il y aurait là une belle occasion de s’enrichir. A la bonne heure, approuve la femme, coupe-leur donc le col ! (ou plutôt car l’auteur affecte le style noble : Evagines ergo gladium !). Ce qui est fait.

Saint Nicolas et les trois petits enfants
Saint Nicolas et les trois petits enfants
Là-dessus arrive saint Nicolas, que l’hôte accueille sur sa bonne mine. Il lui offre quantité de plats différents ; mais le saint refuse toujours, il ne veut que de la « chair fraîche ». - Je n’en ai pas. - Voilà un grand mensonge ! Tu en as de toute fraîche, et que tu as saignée par amour de l’argent. L’hôte et sa femme atterrés se jettent aux pieds du saint. Celui-ci les exhorte au repentir, il se fait apporter les trois corps et prie Dieu de les rappeler à la vie. Les clercs ressuscitent.

3° un sermon attribué à saint Bonaventure, mort en 1274 (Sancti Bonaventuræ Opera). D’après le récit du sermonnaire, court et peu circonstancié, deux (sic) écoliers nobles et riches, faisant route vers Athènes, s’arrêtent à la ville de Myre. L’hôte qui les héberge (il n’est pas fait allusion à sa femme), après les avoir occis dans leur sommeil, « les taille en morceaux comme viande de porc et met leurs chairs au saloir ». Saint Nicolas, averti par un ange, les vient ressusciter.

4° une verrière de la cathédrale de Bourges. Le miracle y est figuré dans un médaillon en deux parties : à gauche, trois enfants couchés, un homme qui s’apprête à les navrer à coups de hache, une femme auprès, tenant une corbeille (pour recevoir les corps dépecés ?) ; à droite, les trois enfants debout dans une sorte de huche (le saloir) et saint Nicolas qui les bénit. Cette verrière est du XIIIe siècle.

Encore n’est-il pas exact de dire que cette floraison soit finie. La complainte, mise au jour par Gérard de Nerval, et répandue dans le monde lettré, y devint l’objet d’adaptations littéraires. L’excellent poète Gabriel Vicaire l’a mise à la scène dans son Miracle de saint Nicolas (1888), une féerie religieuse de naïveté exquise et toute parée de rythmes charmants. Une version de 1851 affirme que ce fut pendant une famine sévissant à Myre que Nicolas accomplit ce qui est considéré comme l’un de ses plus importants miracles. Il voyageait dans son diocèse pour consoler et encourager son troupeau ; or, il logea un soir chez un fils de Satan. Comme les vivres étaient rares et très chers, cet aubergiste volait de petits enfants qu’il tuait, faisait cuire et servait à ses hôtes.

Il eut l’audace d’offrir un mets pareil à l’évêque et aux hommes de sa suite ; mais Nicolas n’eut pas plus tôt jeté les yeux dessus, qu’il eut connaissance de la fraude. Il réprimanda sévèrement le criminel hôtelier ; puis, allant vers le tonneau où celui-ci avait mis les membres découpés et salés de ses innocentes victimes, le saint prêtre fit le signe de la croix. Aussitôt les enfants se levèrent sains et saufs. Les témoins de ce miracle furent frappés de surprise ; pour les ressuscités, ils coururent chez leur mère, car ils étaient les fils d’une pauvre veuve, et ils séchèrent ses larmes.

Les divers documents, issus plus ou moins directement d’une source commune, sont indépendants les uns des autres. En effet, le plus ancien, qui est la Vie de Wace, offre un narré trop succinct pour avoir rien pu fournir aux suivants. Il manque au mystère latin le trait essentiel des corps hachés et salés ; et le sermon de saint Bonaventure, qui a bien gardé ce trait, passe sous silence le rôle de l’hôtesse, exactement développé dans le mystère. Enfin le vitrail de Bourges supposant, à ce qu’il semble, un récit complet, le peintre verrier n’a pu se servir d’aucune des rédactions précitées.

Du rapprochement de ces quatre formes secondaires, il est facile d’induire les éléments du récit original, qui étaient tels : trois écoliers ambulants sont logés un soir dans une auberge ; l’hôte, par le conseil de sa femme, les tue pendant leur sommeil, puis les dépèce et les sale ; saint Nicolas, averti surnaturellement, entre dans l’auberge, demande à manger de la chair fraîche, et avec une telle insistance que le meurtrier éperdu confesse son crime ; repentir des deux coupables, résurrection des jeunes gens.

Ce prototype du miracle coïncide, comme on voit, de tous points avec notre complainte, sauf que le chansonnier a remplacé les clercs voyageurs par des enfants qui glanent aux champs (influence probable du Petit Poucet, où les sept frères, avant d’être hébergés par l’ogre, « ramassent des broutilles au bois »), et qu’il a mis, très absurdement, entre le forfait du boucher et la visite de l’évêque, un intervalle de sept années. Quant au canal par où l’ancien conte est parvenu jusqu’à lui, ce peut être ou l’homélie d’un prêcheur, ou encore une de ces représentations dramatiques, analogues au mystère du manuscrit d’Orléans, et dont on sait que la vie du saint a souvent fourni la matière.

L’origine de ce conte pieux, tardivement greffé sur la légende de saint Nicolas, n’est pas impossible à déterminer. Le résumé de Wace suppose une rédaction plus complète du miracle existant vers le milieu du XIIe siècle ; d’autre part ce même miracle n’a pu commencer à circuler avant l’introduction du culte de saint Nicolas en Occident, qui eut lieu à la fin du XIe. C’est donc dans la première moitié du XIIe siècle qu’il en faut placer la fabrication ; mais comment s’est-il formé ? et pourquoi l’a-t-on attribué justement à l’évêque de Myre ?

Ici doit sans doute intervenir le facteur iconographique, si puissant dans l’élaboration des mythes et des légendes populaires. Un des principaux miracles de saint Nicolas rapportés par les hagiographes consiste dans ce fait : l’évêque, invoqué par des matelots en péril de naufrage, leur apparaît soudain sur le navire et les sauve de la tempête. Cet épisode, vu son caractère à la fois simple et saisissant, dut être très anciennement figuré en peinture ou en bas-relief. Or, étant donnés les moyens de représentation dont dispose un artisan primitif, trois matelots debout dans une nef ne diffèrent pas beaucoup de trois enfants se levant du fond d’un cuvier.

Avec un thaumaturge de la force de saint Nicolas, l’idée d’une résurrection se présente naturellement, et l’interprétation particulière du saloir est en rapport avec cette croyance selon laquelle des personnes étaient parfois tuées, et leurs chairs apprêtées en guise de comestible par des hôteliers, bouchers ou pâtissiers ; croyance qu’on retrouve çà et là fixée en mainte légende locale. Cette interprétation une fois posée, il s’en est suivi un conte ad explicandum, et c’est ainsi que l’ouvre mal comprise de quelque imagier naïf aura engendré l’historiette prodigieuse dont notre complainte est l’épanouissement final.




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