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23 avril 1918 : mort du folkloriste, peintre et écrivain Paul Sébillot - Histoire de France et Patrimoine


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23 avril 1918 : mort du folkloriste,
peintre et écrivain Paul Sébillot
(D’après « Revue des questions historiques », paru en 1918)
Publié / Mis à jour le vendredi 22 avril 2016, par LA RÉDACTION



 

Fondateur en 1885 de la Société des traditions populaires puis de la Revue des traditions populaires l’année suivante, nommé président de la Société d’anthropologie en 1905, membre d’une multitude de sociétés savantes, Paul Sébillot était, de son vivant déjà, considéré comme le premier folkloriste de France. Parmi les nombreux discours d’hommage prononcés après sa disparition, celui du Dr G. Papillaut, professeur de Sociologie de l’Ecole d’anthropologie, retrace le parcours exceptionnel de celui dont l’œuvre est empreinte d’une clarté, d’une simplicité, d’une érudition élégamment dissimulée malgré la précision consciencieuse du détail.

La première qualité pour étudier et comprendre, relève le Dr Papillaut, est d’avoir une intime sympathie pour les êtres et les choses qu’on observe. Sébillot commença par aimer la Bretagne où il était né ; il aima ses traditions, il sentit ses poésies, il s’émut devant ses paysages, il vécut la vie journalière de ce peuple si fidèle à son passé. Puis ayant compris, assimilé ce petit coin charmant de l’univers, il sentit son cœur se dilater avec les années, il s’intéressa aux traditions de la grande patrie, de la France, puis à celles du monde celto-latin. Enfin son intérêt s’élargit encore et rien de ce qui est humain ne lui resta étranger. Son livre le Folk-Lore, résume la littérature orale et l’ethnographie traditionnelle de tous les peuples. Tel est le plan général, très logique et très beau, de sa croissance intellectuelle. Notons ces quelques détails qui nous feront mieux comprendre l’homme et son oeuvre.

Né le 6 février 1843 à Matignon (Côtes d’Armor), il est issu d’une vieille famille bretonne dont le nom apparaît dès le XVe siècle. On la trouve d’abord au centre du pays breton, puis vers l’ouest, puis dans les Côtes du Nord, comme si elle avait voulu ramasser, dans sa course laborieuse, tous les atavismes du pays, explique Papillaut. C’est une de ces vieilles familles bourgeoises qui constituent la charpente de la civilisation française, et en assurent la solidité et la puissance. Les ancêtres de Sébillot sont médecins pendant plusieurs générations : son père est médecin et maire de sa localité ; son frère est un ingénieur de grand talent, et d’une originalité d’esprit remarquable. Le traditionalisme qui reliait les unes aux autres ces générations de travailleurs fructifiait ainsi en un sol généreux, et cette petite histoire familiale confirme la grande loi du savant anthropologiste anglais Galton, à savoir, que rien n’est plus héréditaire que le talent.

Manoir du Heûme, à Matignon (Côtes d'Armor) : maison natale de Paul Sébillot
Manoir du Heûme, à Matignon (Côtes d’Armor) : maison natale de Paul Sébillot

Ce talent se développa donc, comme il le fallait dans son terroir, avant de porter ses fruits dans la grande Cité intellectuelle. Sébillot fait ses études au collège de Dinan, puis il vient à Paris apprendre les différentes techniques dont il avait besoin, et recevoir, dans les milieux surchauffés de la capitale, ces excitations multiples qui éveillent définitivement les jeunes esprits et leur donnent leur plein essor. C’est alors que nous voyons se dérouler les étapes intellectuelles.

La Bretagne va donc d’abord accaparer tout son intérêt, toute son affection artistique et scientifique, et elle en garde la meilleure part jusqu’aux derniers jours. Il la peint ; il la chante ; il l’étudié dans ses mœurs et dans ses croyances. Il la peint dans les régions où elle a le mieux conservé son particularisme, à Pont-Aven, à Portsall, à Loguivy, et surtout à Saint-Cast et à Saint-Briac. Une peinture fine, légère, lumineuse et discrète, à la technique très personnelle mais sans excès, traduisant avec une émotion contenue les paysages familiers, dont il goûte si profondément, à la fois, la mélancolie et la sérénité.

Cette peinture est l’expression plastique de son style. Telle il peint la Bretagne, telle il la chante, dans ses recueils de vers la Bretagne enchantée et la Mer Fleurie. Bien d’autres « Mers » ont paru dans notre littérature, œuvres de romantisme outré ou de versification savante : mais nulle ne retient comme cette œuvre fine et sincère, si proche des âmes dont elle traduit les tristesses et les joies avec une fidélité qui n’écarte jamais l’élégance.

Ces manifestations artistiques, malgré leur succès incontestable, ne pouvaient satisfaire complètement l’activité inquiète de Sébillot. Le besoin d’analyse marchait de front, chez lui, avec l’émotion, et nous voyons ses sentiments prendre une forme, de plus en plus intellectuelle pour aboutir à la Science pure, au Folklore.

Sébillot comprit toute la beauté du rôle d’observateur sagace recueillant ces humbles et précieuses créations de l’esprit humain que sont les traditions bretonnes. Aucun conte, aucune légende de sa chère Bretagne ne le laisse indifférent. Il va par les champs et par les grèves, les rechercher dans la cabane du paysan et dans le bateau du pêcheur, et il les réunit, avec un amour de collectionneur, dans une longue suite de volumes, parmi lesquels : Contes populaires de la haute Bretagne. — Contes des paysans et des pêcheurs. — Contes des marins. — Contes de terre et de mer.— Légendes de la haute Bretagne. — Contes des landes et des grèves. — Littérature orale de la Haute Bretagne. — Joyeuses histoires de Bretagne. — Petite Légende dorée de la Haute Bretagne. — Légendes locales de la Haute Bretagne. — Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne. — Essai sur le Patois gallot. — La langue bretonne ; limites et statistiques. — L’Annuaire de la Bretagne, etc.

Paul Sébillot
Paul Sébillot. Portrait extrait de Contes des landes et des grèves, paru en 1900

Ayant ainsi mis en sûreté le trésor régional qui allait se perdre, Sébillot sent sa curiosité s’élargir : sa sympathie intellectuelle va embrasser des domaines de plus en plus amples. Allié à Yves Guyot par des liens étroits, il trouva auprès de son beau-frère, devenu ministre des Travaux publics, cet appui désintéressé et tenace que le futur directeur de l’Ecole d’Anthropologie a toujours accordé aux institutions comme aux individus qui font un travail sérieux et utile : grâce à lui, il put recueillir en Europe, en Asie et en Amérique, une foule de documents précieux sur les traditions et croyances qui touchent aux travaux publics et aux mines, aux routes, aux ponts, aux canaux, aux ports etc., et il les classe en un gros volume intitulé : Les Travaux Publics et les Mines dans les traditions et les superstitions de tous les pays.

Enfin, nous arrivons aux œuvres capitales de Sébillot sur le Folklore. Le Folk-Lore de France, qui comprend également la Belgique wallonne et la Suisse romande, et qui constitue, en ses magnifiques volumes, le répertoire le plus vaste, le plus complet sur les populations de langue française ; Le Paganisme contemporain chez les peuples celto-latins ; puis Mythologie contemporaine, et enfin Le Folk-Lore, déjà mentionné, et où l’auteur accomplit ce tour de force de synthétiser en moins de quatre cents pages, toutes ses connaissances sur le Folklore.

Ce dernier ouvrage est un peu comme le testament scientifique de Sébillot. Donnons rapidement une idée de son ordonnance pour bien faire sortir la multiplicité des documents employés, la complexité des phénomènes étudiés, et montrer quel effort était nécessaire pour imposer à cette masse énorme de faits une classification commode, pratique, et pourtant étroitement adaptée à la nature subjective et fuyante de son objet.

Une grande division s’imposait tout d’abord, visant plus la forme que la nature même des matériaux ; une première partie comprend la Littérature orale ; la seconde comprend l’Ethnographie, traditionnelle.

La Littérature orale nous offre un sujet inépuisable d’études, puisque c’est le point de départ et la source permanente des formes plus savantes. L’auteur ne pouvait qu’indiquer ses formes générales, ses espèces distinctes, son évolution. Il consacre un chapitre aux contes et aux légendes ; un autre aux chants populaires, un troisième aux devinettes ; les deux derniers portent sur les proverbes et les formulettes.

L’Ethnographie traditionnelle retiendra plus longtemps l’attention, car c’est tous les matériaux qui emplissent les cadres précédents ; la classification en est extrêmement ardue : elle variera nécessairement suivant le but qu’on se propose et les corrélations psycho-sociales qu’on tentera de dégager. Mais il fallait au début, trouver un casier simple, commode, naturel, où chacun pût puiser facilement et retrouver la fiche dont il pouvait avoir besoin. La classification de Sébillot répond admirablement à ces nécessités premières d’étude.

Une première grande case comprend toutes les croyances touchant le monde physique, ses origines, son rôle, sa signification, ses rapports avec l’homme et le monde moral. Dans cet ordre d’idées, un chapitre est consacré à la terre, dont les montagnes, les rochers, les volcans, les forêts ont particulièrement excité l’imagination de tous les peuples, car on néglige presque toujours le mystère qui s’attache aux choses les plus familières. Il ne faut pas nous en étonner, puisque, dans les littératures et dans les philosophies les plus savantes, on confond encore le familier et le connu.

Un autre chapitre est consacré aux eaux dont la mobilité presque vivante a toujours inquiété l’homme. Puis le ciel changeant inaccessible, plein de mystères, offre un cadre immense à une foule de croyances dont la conscience moderne est encore toute pénétrée.

Enfin la Flore, immobile et déjà vivante, si proche de nous par ses grands phénomènes biologiques de naissance, de fécondation et de mort, clôt le monde physique et annonce, avec les plantes merveilleuses, l’âme des arbres, et le culte qu’on leur rend, le livre suivant, consacré au monde animé.

Ce second casier est encore plus richement rempli que le précédent. Le chapitre consacré à la France expose les différentes espèces de croyances qui s’attachent au monde animal, et l’on devine facilement leurs variétés presque infinies, quand on se rappelle tous les cultes théromorphiques — le théromorphisme désignant le stade de la locomotion quadrupède dressée —, dont la puissance est encore si évidente dans religions les plus évoluées. L’histoire de l’homme apparaît enfin, et ne comprend pas moins de onze grandes divisions.

Après avoir exposé les croyances relatives à sa création, quatre chapitres sont consacrés à ce que nous pourrions appeler les principales crises de la vie humaine, la naissance, l’adolescence, le mariage, les maladies et la mort. Les autres classent les croyances dans leur relation avec nos besoins fondamentaux ; alimentation, construction et industrie, vie sociale, esthétique et divertissements.

Cette sèche énumération de catalogue ne peut donner une idée de la matière vivante et multiforme qui s’y trouve enfermée ; mais elle nous permet de deviner l’étendue des connaissances indispensables pour parfaire une telle oeuvre ; elle nous révèle aussi la prudence scientifique de Sébillot qui voit parfaitement la portée philosophique du Folklore, mais se défie des théories aventureuses, et s’en tient aux données les plus sûres et les plus simples de la psychosociologie.

Toutes ces croyances, depuis les plus humbles superstitions jusqu’aux visions les plus poétiques et les plus pénétrantes, se relient, sans aucun hiatus, avec les croyances religieuses et les conceptions les plus élaborées de la philosophie. Ce ne sont point les pures fantaisies d’une imagination populaire sans frein ; toutes, à quelque étage intellectuel qu’elles se placent, traduisent, en des langages divers, les instincts les plus profonds de la nature humaine, que Sébillot n’a point oubliés dans sa classification. Ce sont précisément les principaux titres de chapitre que nous rappelions plus haut.

Notre vie en société satisfaisant si rarement nos instincts précaires ; les crises de notre vie et de nos besoins si difficilement satisfaits ; nos rapports avec le monde physique et animal si souvent hostile éveillent en nous des émotions de joie et de douleur, d’angoisse surtout, qui orientent tout notre travail cérébral et en font jaillir cette moisson abondante de croyances que recueille le Folklore. Leur variété superficielle ne doit pas nous faire illusion ; cette apparente fantaisie est liée à l’architecture permanente de notre organisme. Tous ces cris de joie et d’angoisse se réunissent et s’accordent en quelques grandes phrases, expressions permanentes des sentiments les plus stables du cœur humain. La psychosociologie put les dégager et les formuler en quelques lois générales qui représentaient certainement les connaissances les plus profondes que nous possédions sur nos tendances, nos besoins, notre organisation psychique fondamentale.




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