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La belle Corisande : maîtresse et soutien inconditionnel du futur Henri IV - Histoire de France et Patrimoine


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Personnages : biographies

Vie, oeuvre, biographies de personnages ayant marqué l’Histoire de France (écrivains, hommes politiques, inventeurs, scientifiques...)


La belle Corisande : maîtresse
et soutien inconditionnel
du futur Henri IV
(D’après « Le Petit Journal illustré », paru en 1935)
Publié / Mis à jour le mardi 2 février 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
Si l’on devait décrire de quelques mots le parcours flamboyant précédant la fin moins heureuse de Diane d’Andoins, dite la belle Corisande, qui fut pour le futur Henri IV une alliée de tous les instants dans les luttes qu’il soutint contre la Ligue, il suffirait de citer Sainte-Beuve : « La belle Corisande, revue en son jour, nous laisse l’idée d’une amie dévouée, brillante, romanesque ; elle fut bien la maîtresse qu’on se figure du roi de Navarre, en Guyenne, pendant les luttes de son laborieux apprentissage, l’aidant de son zèle, de ses deniers, de la personne de ses serviteurs jusqu’au jour du triomphe : une autre hérita facilement de son bonheur. »

Il ne faut pas être trop exigeant sur l’état civil de Diane d’Andoins ou d’Andouins, comtesse de Guiche, dite la belle Corisande. Naquit-elle en 1554 ou 1556 ? Les avis sont partagés et on a discuté gravement sur ces deux dates, les historiens tombant désormais d’accord sur l’automne 1554. Quant à l’année exacte de sa mort, certains avancent 1620, d’autre 1621. Mais sur plus de 60 ans d’existence, Diane en connut « seulement » 35 d’une vie rayonnante et heureuse.

Elle eut cependant de la chance. Elle était la fille de Paul d’Andouins, un cadet de Gascogne, qui n’avait pour toute fortune que sa gentilhommière délabrée et un maigre patrimoine dont il n’avait aucun souci. Ferrailler, batailler était son affaire, mais ce n’est pas avec les armes qu’on faisait alors fortune quand le champ de son activité ne dépassait pas le bassin de la Garonne et celui de l’Adour...

La petite Diane eût pu vivre ainsi dans la médiocrité jusqu’au jour où une abbesse charitable eût consenti à la prendre avec ses filles. Seulement les bonnes fées s’étaient penchées sur le berceau de cette enfant. Elles lui avaient fait un cadeau qui, à l’expérience, devait mériter le qualificatif de royal. Diane était d’une suprême beauté ! Beauté qui, lorsqu’elle fut une toute jeune fille, devint légendaire. Cette réputation dépassa d’ailleurs les frontières de la Gascogne. Elle alla non seulement jusqu’à la Navarre voisine, mais encore jusqu’à Paris. Les jeunes gens accouraient en foule vers celle qu’ils appelaient la belle Corisande. Il faut ajouter que s’ils se montraient galants et empressés autour d’elle, l’aspect pitoyable de la demeure paternelle les éloignait aussitôt...

Portrait de Corisande tiré de l'ouvrage Cette grande Corisande, de Raymond Ritter (1936)
Portrait de Corisande tiré de l’ouvrage Cette grande Corisande, de Raymond Ritter (1936)

Un jour l’un d’eux, qui était jeune et fort beau garçon, vint voir Diane. Le lendemain il revint, mais cette fois pour demander la main de sa fille à Paul d’Andouins. C’était Philibert de Gramont, comte de Guiche, gouverneur de Bayonne. Diane avait été séduite par ce garçon d’une grande distinction et qui avait fière allure. Elle eut toujours une préférence pour les gens braves et courageux.

Cette union fut heureuse et jamais traversée de nuages. Le comte de Guiche adorait sa jeune femme qui le lui rendait bien. Non seulement elle avait épousé un homme qui plaisait à son cœur, mais aussi, grâce à lui, après tant d’années de privations, elle connut la fortune. Mais elle était en tout femme de mesure et sa nouvelle situation ne lui tourna pas la tête.

Six années passèrent ainsi heureuses au cours desquelles naquirent deux enfants, un garçon, Antoine de Gramont, et une fille Catherine, qui devait épouser plus tard le comte de Lauzun, père du célèbre Lauzun. Philibert de Gramont était un soldat courageux. Il devait en donner le témoignage héroïque au siège de La Fère en 1580. Blessé grièvement, il expirait quelques heures après. Le chagrin de Diane en apprenant cette nouvelle fut immense. Pendant plusieurs mois elle fut une veuve sincèrement éplorée. Mais elle avait vingt-six ans... Elle était dans le plein épanouissement de sa jeunesse et sa grâce et sa beauté n’avaient jamais été aussi attachantes.

Elle vit venir alors la foule des admirateurs qu’elle avait connus avant son mariage. Elle accepta que certains d’entre eux jouent le rôle de consolateurs. C’est alors que parut près d’elle celui qui devait écarter tous les autres rivaux, le jeune Henri de Navarre, héros valeureux, idole des femmes et de tous ses coreligionnaires. Il venait de signer le traité de Fleix qui mettait fin à la septième guerre de religion.

La belle Corisande ne laissa pas longtemps languir le prince de Navarre... Très rapidement elle devint sa maîtresse. Henri s’attacha d’autant plus à elle qu’elle avait infiniment d’esprit. Aux heures de tendresse elle était la plus précieuse des amantes, mais ensuite elle savait être une compagne dont on ne se fatiguait point. Bien plus, Diane, peut-être guidée par de lointains desseins, s’intéressait à la fortune politique du prince de Navarre.

Les hostilités ne tardèrent d’ailleurs pas à reprendre et elles donnèrent à Diane l’occasion d’aider Henri. La guerre était longue et coûteuse et le Trésor de l’armée des huguenots se trouvait réduit à de minces proportions. Souvent Diane fut le commanditaire de son amant, ne regardant jamais le montant de ses débours et consentant tous les sacrifices. Henri lui en était profondément reconnaissant, mais ces choses comptaient peu dans son esprit à côté des sentiments qu’il éprouvait pour elle. La guerre et la politique ne l’empêchèrent jamais de songer à ses amours. Peu de journées ne se passaient sans qu’il écrivît à sa maîtresse des billets enflammés qui témoignaient un vif sentiment littéraire.

Ces lettres ont été publiées. Tant de fraîcheur, de sincérité et de charme étonnent et émeuvent. On voudrait pouvoir tout citer. Un jour les ligueurs avaient eu connaissance des amours du prince de Navarre et de la belle Corisande, et on leur avait dit qu’il s’échappait parfois de l’armée pour aller rejoindre sa maîtresse. Ils lui tendirent alors une embuscade près d’un moulin où il avait l’habitude de passer. Mais il découvrit la ruse. Alors il envoya le billet suivant à Diane : « Ne craignez rien, mon âme : quand cette armée qui est à Nogaro m’aura montré son dessein, je vous irai voir et passerai sur les ailes de l’amour hors de la connaissance de ses misérables terriers, après avoir pourvu, avec l’aide de Dieu, à ce que ce vieux renard n’exécute pas son dessein. »

Portrait équestre d'Henri IV
Portrait équestre d’Henri IV

Un autre jour — le 25 mai 1584 — il lui écrit : « Bonnières est allé à Poitiers acheter des cordes de luth pour vous ; il sera ce soir de retour. Mon cœur, souvenez-vous toujours de Petiot. Certes, sa fidélité est un miracle. » Elle l’appelait Petiot, ce qui est en patois gascon un diminutif qui veut dire « le tout petit ». Il aimait être son « tout petit » et il s’en étonnait lui-même... Pour aussi extraordinaire que cela lui parût, cela était vrai et plus les jours passaient et plus encore il se sentait attaché à une aussi adorable maîtresse.

Mais la lettre la plus célèbre est celle qu’Henri écrivit à Corisande pour lui décrire le pays de Maran sur la Sèvre-Niortaise. C’est un morceau littéraire admirable de précision et de poésie. On regrette qu’un cadre si étroit empêche une aussi longue citation. « L’on s’y peut réjouir, écrivait-il, avec ce que l’on aime, et plaindre une absence. Ah ! qu’il y fait bon chanter. » Le doux Racan n’écrira jamais aussi simplement et l’on est surpris devant cette fraîcheur d’expression.

Les lettres étaient toujours aussi enflammées. Quelquefois, on y trouve une trace de reconnaissance, car Diane fait des folies pour venir en aide à son amant. Elle a vendu ses diamants, engagé ses biens pour subvenir aux dépenses d’une campagne militaire très rude. A un moment, les troupes de la Ligue menaçaient, par leur nombre, la petite armée du prince de Navarre. Celui-ci le fait savoir à sa chère Corisande qui, à ses frais, enrôle plusieurs milliers de Gascons qu’elle envoie rejoindre le gros de l’armée.

Ainsi renforcé, c’était en 1587, Henri fonce sur le chef de l’armée de la Ligue, le duc de Joyeuse, et le défait à Coutras. Le soir même le bouillant vainqueur, n’avertissant que deux ou trois de ses compagnons, va retrouver à bride abattue sa maîtresse et va lui porter les étendards pris à l’ennemi. Pendant huit jours ils vécurent des heures passionnées. Mais lorsque Henri revint au milieu de ses troupes — trop tard — il avait perdu le bénéfice de sa victoire.

Peu lui importait à ce moment. II ne songeait qu’à sa maîtresse à laquelle il venait d’écrire avec son sang une lettre dans laquelle il lui promettait de l’épouser. Ce dessein le tourmentait et il cherchait alors à le mettre à exécution. Il voulut gagner à cette idée son vieux compagnon, Agrippa d’Aubigné. Mais celui-ci, à son habitude, ne se montra pas courtisan et il répondit brutalement au roi de Navarre : « Sire, le duc d’Alençon est mort ; vous n’avez plus qu’un pas pour monter sur le trône. Si vous devenez l’époux de votre maîtresse, vous vous le fermez pour jamais. Vous devez aux Français de grandes vertus et de belles actions. Ce n’est qu’après avoir subjugué leur cœur et gagné leur estime que vous pourrez contracter un mariage qui, aujourd’hui, ne ferait que vous avilir à leurs yeux. »

La réponse était noble et imposa à Henri. Il devait réfléchir ensuite et il ne tint pas plus sa promesse que celle qu’il devait faire à Gabrielle d’Estrées et qui avait le même objet. On était alors en 1588. L’amour du roi n’en diminua pas pour cela. Mais, peut-être, prévoyant de futurs orages, Corisande commença alors à se plaindre de n’être plus aimée autant qu’autrefois. Mais c’est Henri qui la rassure : « Quelle action des miennes, lui écrit-il, avez-vous connue muable ? Je dis pour votre regard. Votre soupçon tournait et vous pensiez que c’était moi. » Mais lui aussi s’irrite. Ne le trompe-t-elle pas quand il est loin ? Et lorsqu’il est près d’elle il ne reconnaît plus les mêmes sentiments. Mais ce ne sont là, pour l’instant, que querelles d’amoureux.

Portrait de Corisande, exécuté par Étienne Dumonstier
Portrait de Corisande, exécuté par Étienne Dumonstier

Corisande remarqua, à cette époque, que des intrigues se nouaient contre elle et parmi ses ennemis elle reconnut Turenne, futur duc de Bouillon, et Agrippa d’Aubigné. Elle s’en plaignit à son amant avec une violence et une fureur contenues. Le roi lui répondit le 21 octobre 1588, en ces termes : « Je vous fais une prière ; que vous oubliez toutes haines qu’avez voulues à qui que ce soit des miens. C’est un des premiers changements que je veux voir en vous. Ne craignez ni croyez que rien puisse jamais ébranler mon amour. J’en ai plus que je n’en eus jamais. »

Une année passa ainsi pendant laquelle Corisande resta la maîtresse en titre. Mais à partir de ce moment elle s’aperçut que l’amour d’Henri décroissait chaque jour et malgré toutes ses déclarations elle ne se sentait nullement rassurée. Avec son instinct de femme, elle comprit que c’était la fin et même elle devina sa rivale, Gabrielle d’Estrées.

Des mois passèrent ainsi dans cette situation qui était assez fausse. En mars 1591, pour se venger, Diane voulut réconcilier la comtesse de Soissons, la sœur du roi, avec son mari. Elle faisait cela, car elle savait que rien ne pourrait autant déplaire à Henri. Celui-ci le sut aussitôt. Il écrivit alors à Diane une lettre qui se terminait ainsi : « Je n’eusse pas pensé cela de vous, à qui je ne dirai que ce mot : que toutes personnes qui voudront brouiller ma sœur avec moi, je ne le leur pardonnerai jamais. Sur cette vérité, je vous baise les mains. »

Cette fois, c’était la rupture, brutale, définitive. Laissons dans l’ombre la fin de cette vie, puisque Corisande voulut vivre oubliée, et n’insistons pas sur une vieillesse qui la vit — elle si belle autrefois — obèse et difforme.




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