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Légendes et curiosités : Sabbats de la Planchette (Vosges) - Histoire de France et Patrimoine


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Légendes, Superstitions

Légendes, superstitions, croyances populaires, rites singuliers, faits insolites et mystérieux, récits légendaires émaillant l’Histoire de France


Sabbats de la Planchette
(D’après « La vallée de la Meurthe », paru en 1905)
Publié / Mis à jour le dimanche 24 janvier 2010, par LA RÉDACTION



 

Près d’Entre-Deux-Eaux, le hameau de la Planchette est demeuré fameux dans le merveilleux populaire ; il paraît que les sorciers d’antan y tenaient leurs ébats nocturnes. Ces sabbats de la Planchette font encore le thème de moult contes et défraient les veillées d’hiver. Au temps des sorciers, vivait, non pas à la Planchette, mais entre Mandray et Entre-Deux-Eaux, un brave homme, vieux garçon, simple.

Paysans vosgeois rentrant les foins
Paysans vosgeois rentrant les foins
Il était seul en sa chaumine, cultivant un coin de terre qui lui donnait le vivre, il lui fallait si peu, car il allait la plupart du temps dans les fermes voisines, à la journée, en qualité de manoeuvre. Un soir il revenait de Saint-Dié assez tard ; c’était un hiver précoce ; déjà une blanche et légère couche de neige couvrait la terre et confondait les prés, les sentiers et les raies ; notre homme perdit son chemin et se trouva à la lisière de la forêt sans apercevoir la trouée de la sente.

Il s’engage cependant hardiment sous bois, mais à peine a-t-il fait quelques pas, qu’il aperçoit sur la neige un cercle lumineux, et bientôt au centre du cercle, un jeune damoiseau princièrement vêtu qui avait un air méphistophélique, si ce n’était pas Messire Belzébuth en personne.

Le pauvre homme ahuri restait là les bras ballants, les yeux écarquillés. Sans lui donner le temps de se remettre ni surtout de se signer, le diable, car c’était bien lui, l’interpelle et lui propose certaine poudre avec laquelle, lui, simple manant pourra s’élever à la puissance, à la richesse, au bonheur. Que donnerait-il en retour ? Signer un papier qu’on lui présente. Le paysan est méfiant, surtout quand il s’agit de signer ; aussi notre homme se gratte la tête ; il a reconnu le diable, et les deux lignes d’écriture rouge ne lui disent rien qui vaille. Inutile de lire, il devine bien ce que cela dit ; il refusera mais poliment.

Comme il a la conscience tranquille, il revient vite de sa stupeur et tout paysan qu’il est, il veut se montrer plus habile que le diable : « Vous m’offrez, lui dit-il, la richesse, le bonheur et une certaine puissance pour me venger de mes ennemis, c’est bien, Messire, seulement je ne me connais point d’ennemis, oncque ne fis et ne ferai mal au prochain. La richesse non plus ne me chaut, j’ai le vivre, rien ne me fait envie. Quant au bonheur, il habite sous mon toit ; je suis content de mon sort, offrez-moi autre chose et si cela me va nous verrons votre papier. »

Satan se récria : « tu es en effet ou trop madré ou trop bête pour devenir sorcier. » Le paysan riposta : « C’est donc brevet de nécromancie que vous voulez me faire signer, alors vous êtes le diable en personne, Messire ? » Un épouvantable ricanement qui résonna dans toute la forêt, secouant les arbres lui répondit d’abord ; puis le diable reprit, se rengorgeant : « Me prendrais-tu pour un menu hennequin ? Mon pouvoir auquel tu veux te dérober, te prouvera sous peu que si jusqu’ici tu n’as pas eu d’ennemis, désormais tu en trouveras sur ton chemin ; maintenant tu vas connaître qui je suis et jusqu’où va ma suzeraineté, regarde. »


Le grand sabbat
Et Satan lui montrait par la prairie qui s’étendait devers la futaie une ronde d’hommes et de femmes sarabandant par danse vraiment fantastique et infernale. « Vois donc ceci, c’est le sabbat, proclama le diable, c’est mon royaume, tous ces gens sont miens, tous sorciers. Ils m’attendent pour festoyer, n’en es-tu pas ? » En un clin d’oeil il fut au centre de la ronde infernale. Le manant resta coi, étrange et ébaubi. La ronde sabbatique tournoyait par-devers lui et il y reconnaissait mainte figure.

Enfin il entendit Satan qui le dénonçait à ces mécréants. « Vous êtes dévoilés ce soir, disait-il, demain vous serez par lui dénoncés à l’officialité ; courez au devant et le dénoncez d’abord comme scélérat entaché de larcin ; je vous aiderai par artifices. »

Puis tout disparut et s’évanouit, notre homme se retrouva dans le silence de la nuit à l’orée du bois. Se signant et grelottant de froid et de peur, il regagna sa chaumière, mais toute la nuit il trembla, croyant sans cesse voir et entendre la musique et la danse infernales. Le lendemain matin, les archers du bailli venaient l’arrêter ; il était accusé d’avoir volé dix mètres de toile et une bourse garnie chez le tabellion de Saint-Dié qu’il avait quitté la veille, à la nuit. Et par le fait, cachés sous son lit on trouva les dix mètres de toile et sous son traversin la bourse en question. Qui les avait transportés là ?

Le pauvre homme savait bien que c’était la vengeance de Satan. Il se laissa traîner devant le tribunal et conta son aventure. Peut-être aurait-il trouvé créance, n’étaient les pièces à conviction qui l’accablaient de leur témoignage. Heureusement il avait ouï le Malin et savait que tout ceci était dol et sortilège. Il fit un grand signe de croix sur la bourse et sur la toile ; et alors on vit les mètres de toile tomber, se déchirer et devenir un tas de feuilles sèches de la forêt et la bourse ne contenir que des cailloux encore couverts de neige.

Les vrais sorciers, ses accusateurs, furent à leur tour arrêtés, jugés et brûlés par le bailli du Val. C’est de ce moment que cessèrent les sabbats de la Planchette et c’est depuis cette époque aussi, paraît-il, que l’on dit d’un homme ignorant ou simple d’esprit : Il n’est pas sorcier !




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