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Légendes, croyances, superstitions. Vin de la Vigne de la Vierge. Fantôme virginal en Alsace. Apparition - Histoire de France et Patrimoine


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Légendes, Superstitions

Légendes, superstitions, croyances populaires, rites singuliers, faits insolites et mystérieux, récits légendaires émaillant l’Histoire de France


Vigne (La) alsacienne de la Vierge
choyée par un fantôme
(D’après « Légendes et contes d’Alsace », paru en 1932)
Publié / Mis à jour le mardi 26 juillet 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
Le monde contient plus de fantômes que la philosophie ne le croit, et c’est justement ce qui donne du pain et du vin aux poètes. C’est en Alsace, à la faveur d’un repos bien mérité et d’une halte au sein d’une accueillante auberge, qu’un voyageur se voit proposer de goûter au vin de la Vierge. S’ensuit une étrange apparition du fantôme de celle qui n’a pas cessé de prendre soin de cette vigne en dépit d’un funeste événement...

De Belfort à Mulhouse s’étend une contrée qui est peut-être la plus avenante du monde. La variété, la délicatesse, le doux arrangement des choses, laissent au voyageur l’exacte illusion du bonheur. N’est ce pas déjà un bienfait ? Des prés très verts, où circulent des ruisseaux ; des collines dont les forêts moutonnent avec joie ; des blés qui, en juillet, ondulent et vibrent comme de l’or au soleil ; des vignes où surgissent, çà et là, des maisonnettes à larges couvertures ; des villages aux balcons de bois, aux toits noirs s’inclinant jusqu’à terre ; des arbres, poiriers, pommiers, pruniers, noyers, mêlés aux maisons, presque aussi vieux qu’elles et leur souriant.

Au-dessus, s’étend un ciel délicat où les nuages dardent des nuances et des formes exquises, pour avoir flotté sur les sapins des Vosges et s’être mirés dans le flot du Rhin. A l’horizon, s’élèvent les nobles montagnes, de courbes si variées, de teinte si finement bleue, qu’elles semblent des nuages, plus célestes encore, qui s’immobiliseraient pour faire ceinture au beau Pays. Le paysan, attentif surtout à la valeur du sol et aux produits qu’il en tire, dit simplement de ce pays qu’il est beau.

A l’exquis village de Zillisheim, si avenant avec sa large rue, ses pignons garnis de lucarnes, sa tour carrée et sa haute colline plantée de vignes, André Marsy était arrivé par une adorable soirée de septembre. La nuit tombait. Pénétrante langueur. Tant d’âme parfumée sortait de la terre ! La respiration des choses s’égalisait. Une brume s’allongeait vers les pentes. Le ciel aux transparences vertes devenait divinement liquide : on y voyait, au fond, se former des étoiles.

André Marsy entra dans une auberge. On lui donna ce dîner alsacien qui est, lui aussi, une fête : tranches de pain bronzé, fèves blanches et brunes, quartier de viande fumée, salière de bois où le gros sel à cristaux grisâtres semble un symbole d’hospitalité. Devant le voyageur, étincelait une petite carafe a large col, pleine de vin blanc. Il loua la vieille hôtesse de ce cordial repas. Elle reçut les compliments avec modestie. Vraie joie de voir ses joues ridées, ses yeux clairs, son front couronné d’un bonnet ruché, s’illuminer aux remerciements de l’inconnu !

Quelques parents avaient dîné avec elle. André mangeait seul, dans une salle étroite, près de l’horloge à grand balancier de cuivre. La bonne femme revint, portant, avec les noix du dessert, un flacon poudreux qu’elle déboucha avec précaution. André goûta ce vin vieux, froid et grave tout d’abord, mais qui dégageait lentement une étrange chaleur de pensée, tout un bouquet de nobles fleurs paysannes.

— Admirable vin ! D’où le tire-t-on ?
— De la Vigne de la Vierge.

La vieille femme montra du geste le coteau voisin dont se détachait, dans la nuit, la masse mystérieuse, et où des murs de soutènement se dessinaient en vagues blancheurs. Bientôt André remonta dans la chambre qu’on lui avait préparée à son intention. Près d’une large armoire à panneaux, en face de la fenêtre, s’élevait le lit. Il faut dire, sans exagération, que le lit s’élevait : montagne de plumes, dans une immense toile, rude comme le baiser d’un grand père dont la barbe n’est pas nouvellement faite. Tout ce qui s’appelle plumon, traversin, oreiller, édredon, s’y trouvait superposé.

André dormit d’un sommeil agité et lucide. La fièvre du voyage chantait, comme un grillon, entre son oreiller et l’oreille. En cet état de grâce, il revivait les événements de la journée : rêverie de la route, vaste caresse du vent, trépidation du train, émoi devant la Vierge si douce, si attentive, au fond de sa niche Renaissance, un raisin sec entre les doigts, en hommage légèrement païen.

Le réveil vint, sans que le sommeil eût été complet. André avait toujours su où il en était, mais il ne savait plus précisément où il était. Ce fut le jour. Notre ami s’accouda au bord du trou que son corps avait creusé dans la plume du lit. En ce moment, le coteau formait un délicat et prestigieux tableau. Baigné de lumière fraîche, sous un lustre de chaleur grandissante, il semblait palpiter d’extase. La vapeur qui entourait ses contours était comme l’haleine de la terre, rendue visible au soleil. Les murs de soutènement s’étageaient en énormes escaliers. André rêvait que, monté sur un cheval de légende, de marche en marche, il grimpait jusqu’au sommet.

Une vigne lui plut entre toutes. C’était, à mi-côte, un alignement de ceps flexibles, aux belles feuilles, que le soleil azurait. Vers la gauche, le mur s’écroulait ; vers la droite, deux pêchers au feuillage chevelu, au balancement souple, la désignaient de leur silhouette singulière.

Tout à coup, André Marsy éprouva une surprise telle qu’il se jeta hors du lit et courut à la fenêtre. Une forme féminine, au vêtement violet, se dressait entre les pêchers. Elle marchait à travers la vigne, s’inclinant, presque à chaque pas, et se relevant. André la vit bientôt s’arrêter, regarder vers le village, vers la maison, vers la fenêtre, vers lui. Enfin, elle sembla porter la main à son cou. Fléchissante, elle remonta jusqu’aux deux arbres. Alors, elle s’assit et, dans le brouillard perlé qui montait, s’évanouit. « Je voudrais savoir, pensa André Marsy, qu’est cette femme si matinale, qui s’habille de violet pour aller à sa vigne. »

Le rêveur se rendormit sur ce vœu. Cette fois, son sommeil fut plus calme. Sommeil du matin, qui a la saveur du fruit défendu et du coup de l’étrier ! Notre ami eût peut-être oublié l’apparition du petit jour ; mais la vieille hôtesse lui dit sur le seuil :

— Un instant encore ! Vous boirez un verre du vin de la Vierge...
— Je l’ai vue, votre Vierge.
— Vous ?
— Comme je vous vois.

La bonne femme s’inquiétait. Les humbles craignent toujours des mystifications. Hélas ! avec eux, ce serait lâcheté. Aussi, André Marsy répondit-il, avec une nuance d’impatience :

— Je l’ai vue la, dans cette vigne qui est là-haut, entre le mur écroulé et les deux pêchers.

La vieille se recueillit.

— Et comment était-elle vêtue ?
— D’une longue robe.
— Monsieur, de quelle couleur était sa robe ?
— Violette.
— Ah ! dit l’hôtesse d’un ton réfléchi. C’est donc que des raisins seront violets aujourd’hui. Chaque fois que, pour la vigne, s’ouvre une période de quelque importance, la Vierge apparaît. Elle dirige le développement de la récolte. Ce matin, par exemple, elle venait rendre !es raisins violets. Elle surveille ses raisins et les soigne tous.

Le mot soigner prenait, sur les lèvres de l’Alsacienne, un caractère de caresse pieuse.

— Elle les tient entre les doigts comme ceci.

La bonne femme entourait une grappe d’un geste lent. André avait vu, en effet, l’apparition se baisser à plusieurs reprises. Il imaginait, sur la terre de la vigne, le frôlement d’un pas léger et, sur les feuilles où glissait la rosée, l’effleurement d’une robe, violette comme les grappes.

— Elle reviendra bientôt ?
— Oui, quand des raisins voudront bleuir, Alors, elle aura sa robe bleue.

André fut éclairé sur les rites de la favorable apparition. Dès que la neige allait se fondre, la Vierge, vêtue d’une robe blanche, faisait le tour de sa vigne. Les gens du pays voyaient l’empreinte presque ailée de son pied nu. Aux premières feuilles, elle s’avançait en une robe verte comme un bourgeon à peine éclos. Que dire de la robe couleur fleur de vigne, que la Vierge prenait pour respirer le parfum généreux de la floraison ? Nous l’avons vue habillée de violet, comme le raisin mûrissant. Elle viendra en robe bleue, afin de soupeser les grappes aux lourds grains écartés. Mais ce ne sera pas encore d’heure de faire la vendange. Il faut attendre un signe nouveau : la Vierge en robe de carmin, de pourpre et d’or, comme si l’automne en mourant la drapait de sa suprême splendeur.

— Mais la Vierge, pourquoi a-t-elle choisi cette vigne ?
— Elle ne l’a pas choisie. La vigne lui appartient.

Notre ami apprit, depuis l’origine, l’histoire de la Vierge. Il l’apprit, racontée dans un langage qu’il n’entendait parfois qu’à demi. C’était encore un charme. On eût dit quelque vitrail dégradé, vu à travers lies doigts à peine entr’ouverts d’une main frémissante.

Cette vigne, peut-être la meilleure du pays, était la dot d’une belle jeune fille fière, élancée et brave, laquelle aimait profondément son fiancé. Elle devait se marier le lendemain de la vendange. Aussi, le jour dit, vendangea-t-elle avec allégresse. Jamais travail n’avait été plus gai.

Une ivresse se dégageait de la terre abreuvée des averses de septembre, déjà enivrantes comme du vin ; du tapis de feuilles blessées et jolies ; du ciel gris et tiède, où les. triangles des énigmatiques oiseaux migrateurs semblaient tracer des emblèmes ; des forêts voisines où les mousses, les champignons, les humides taillis distillaient leurs baumes. L’automne touche tout de sa main amoureuse, pareille à la vendangeuse enchanteresse.

La jeune fille riait à blanches dents. Elle riait pour mille choses : la fuite d’un lièvre dans les échalas, le vol alourdi et titubant des grives, la crécelle ironique des traquets, oiseaux gris tachés de blanc qui, de piquet en piquet, reculent devant le vendangeur et le regardent. Elle riait aussi, parce que son futur mari, qui passait près d’elle, à peine courbé par l’énorme hotte de bois, la saluait d’un geste. Elle riait enfin, parce que le rire exprime excellemment que la vigne est prospère à souhait.

Sa vigne, la jeune fille l’aimait tant que, n’ayant désiré que cela pour tout bien, elle l’entretenait avec un soin minutieux. Levée la première, quelquefois avant le jour, la fiancée montait à sa vigne et la « soignait » comme sa chambre nuptiale.

Le travail était fini. Près de la dernière voiture, la jeune fille aidait à remplir la dernière cuve. Luisant de suc, le raisin était entassé en ordre. Une seule grappe dépassait, que la vendangeuse goûta. Le futur mari apporta la dernière hotte. Coudes au corps, il monta sur l’essieu, sourit à la jeune fille et se pencha pour verser le raisin dans la cuve. Soudain, son pied glissa. La lourde hotte de bois dur atteignit la nuque de la pauvre fiancée. Elle tomba morte sur la terre de la vigne : un grain de raisin et une goutte de sang rougissant ensemble son sourire. On la porta ici, ajoutait la vieille Alsacienne, à l’endroit où l’on a planté deux pêchers. Et c’est ici qu’est restée son âme.

André Marsy voulut savourer encore une « bouchée » du vin de la Vierge. Ce vin lui sembla plus pur, plus chaste, plus odorant, plus passionné. C’était le vin caressé par les doigts de la jeune et riante morte. En quittant Zillisheim, André, lui aussi, souriait au fantôme virginal. II se demandait si réellement il l’avait vu se lever d’entre les pêchers, ou si c’était le mirage de la brume en laquelle se jouait le soleil.




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