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Duel de 19 ans entre un capitaine de hussards et l'aide de camp de Moreau - Histoire de France et Patrimoine


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Anecdotes insolites

Petite Histoire de France et anecdotes, brèves et faits divers insolites, événements remarquables et curieux, événements anecdotiques


Duel de 19 ans entre un capitaine
de hussards et l’aide de camp
du général Moreau
(D’après « Histoire anecdotique du duel », paru en 1861)
Publié / Mis à jour le mardi 21 avril 2015, par LA RÉDACTION


 
 
 
Si les duels furent fréquents sous le Premier empire, il n’en est cependant guère qui soient dignes d’être rapportés, à l’exception d’un des plus curieux, qui avait commencé à Strasbourg, se termina en 1813 et durait depuis 19 ans, opposant un capitaine de hussards à un certain Dupont, aide de camp du général Victor Moreau. Devenus amis, ils s’estimaient et s’entendaient le plus cordialement du monde, tout en tirant l’épée chaque fois qu’ils se croisaient, observant ainsi scrupuleusement les conventions qu’ils s’étaient fixées.

Disons un mot de la cause première de ce duel. Un capitaine de hussards, nommé François Fournier-Sarlovèze, bretteur forcené et d’une redoutable habileté, avait, pour le plus futile des motifs, provoqué et tué un brave jeune homme, appelé Blumm, seul appui d’une nombreuse famille. Il n’y avait eu qu’un cri par toute la ville, un cri de malédiction. Une foule considérable suivit le convoi.

Le soir on dansait chez le général Moreau ; ce bal était donné à la bourgeoisie. Le général, craignant que la présence de Fournier n’occasionnât du scandale, chargea le capitaine Pierre Dupont de l’Étang, son aide de camp, de lui barrer le passage. Celui-ci se plaça près de l’entrée, et lorsque Fournier se présenta :

— Oses-tu bien, lui dit-il, te montrer ici ?
— Hein ! Qu’est-ce que cela signifie ?
— Cela signifie que tu aurais dû comprendre que, le jour de l’enterrement du pauvre Blumm, il eût été décent de rester chez toi et surtout de ne pas paraître dans une réunion où tu es exposé à rencontrer des amis de ta victime.
— C’est-à-dire des ennemis. Tu devrais savoir, toi, que je ne crains personne et que je suis d’humeur à défier tout le monde.
— Tu ne te passeras pas cette fantaisie ce soir, car tu vas aller le coucher par ordre du général.
— Tu te trompes, Dupont ; je ne puis m’attaquer au général qui m’insulte en me faisant fermer sa porte, mais je m’en prends à toi et à eux, et veux le payer généreusement la commission que tuas acceptée.
— Nous nous battrons quand bon le semblera. Il y a longtemps que tes manières fanfaronnes me déplaisent et que la main me démange de te corriger.
— Nous verrons lequel des deux corrigera l’autre.

Ce fut Fournier qui reçut le châtiment.

— Première manche ! s’écria-t-il, renversé par un vigoureux coup d’épée.
— Tu entends donc renouveler l’expérience ? demanda Dupont.
— Oui, mon vieux, et j’espère que ce sera bientôt...

Un mois après Fournier était guéri, et Dupont, grièvement blessé à son tour, s’écriait en tombant : « Seconde manche ! Au premier jour, la belle ! »

François Fournier-Sarlovèze (1773-1827)
François Fournier-Sarlovèze (1773-1827)

Les deux adversaires étaient à peu près de même force à l’épée ; mais les chances auraient été très inégales au pistolet ; Fournier était un tireur d’une supériorité effrayante. « Souvent, raconte M. de Pontécoulant dans les excellents articles qu’a publiés l’Audience de 1858, lorsque des hussards de son régiment passaient au galop en fumant, Fournier s’amusait à leur casser leur brûle-gueule entre les lèvres. » Il proposa son arme favorite pour la reprise des hostilités ; Dupont repoussa l’offre, et ils se battirent comme devant. La belle ne termina rien : touchés légèrement tous deux, ils résolurent de poursuivre l’affaire jusqu’à ce que l’une des parties se confessât battue et satisfaite, Ils formulèrent ainsi leurs conventions :

« 1° Chaque fois que MM. Dupont et Fournier se trouveront à trente lieues de distance l’un de l’autre, ils franchiront chacun la moitié du chemin pour se rencontrer l’épée à la main ;

« 2° Si l’un des deux contractants se trouve empêché par son service, celui qui sera libre devra parcourir la distance entière, afin de concilier les devoirs du service et les exigences du présent traité ;

« 3° Aucune excuse autre que celles résultant des obligations militaires ne sera admise ;

« 4° Le présent traité étant fait de bonne foi, il ne pourra être dérogé aux conditions arrêtées du consentement des parties. »

Ce pacte fut religieusement exécuté dans toute sa teneur. Du reste, les contractants n’avaient pas de peine à tenir leurs engagements ; cet état de guerre continuel était devenu pour eux un état normal. Ils mettaient à se joindre un empressement qui jouait l’amitié la plus chaude. Ils ne croisaient pas le fer sans avoir échangé d’abord une formidable poignée de mains.

Rien de burlesque comme leur correspondance. Tantôt c’était ceci : « Je suis engagé à déjeuner par le corps d’officiers du régiment des chasseurs de Lunéville ; je compte faire le voyage pour répondre à cette aimable invitation. Puisque tu es en congé dans celte ville, nous en profiterons, si tu le veux, pour nous donner un coup d’épée. »

Tantôt c’était ce billet, moins familier mais non moins tendre : « Mon cher ami, je passerai à Strasbourg le 5 novembre prochain, vers midi. Vous m’attendrez à l’hôtel des Postes. Nous nous donnerons un coup d’épée. » Toujours le même refrain. Entre temps, l’avancement de l’un des deux empêchait provisoirement toute rencontre : c’était un des cas prévus par l’art. 3 du traité. Quand ils se retrouvaient sur le pied d’égalité, le dernier élevé en grade ne manquait jamais de recevoir une épître de ce style. C’est Fournier qui tient la plume :

« Mon cher Dupont, j’apprends que l’empereur, rendant justice à ton mérite, vient de t’accorder le grade de général de brigade. Reçois mes sincères félicitations au sujet d’un avancement que ton avenir et ton courage rendent naturel. Il y a pour moi un double motif de joie dans ta nomination. D’abord, la satisfaction d’une circonstance heureuse pour ton avenir ; ensuite, la faculté qui nous est rendue de nous donner un coup d’épée à la première occasion. »

Ils sont devenus généraux. Sur ces entrefaites, l’ordre est donné à Dupont de joindre l’armée des Grisons. Il arrive, sans être attendu, dans le village qu’occupe l’état-major et qui est absolument dénué d’auberge. Il fait nuit noire ; on n’aperçoit aucune lumière, si ce n’est aux fenêtres d’un petit chalet. Dupont se dirige de ce côté, pénètre résolument dans l’habitation et se trouve en face de Fournier.

— Comment, c’est toi ? dit celui-ci joyeusement. En avant le coup d’épée !
— En avant le coup d’épée !

Et ils continuent de dialoguer tout en ferraillant :

— Je te croyais promu à quelque haute fonction administrative.
— Tu croyais mal ; je suis toujours du métier. Le ministre m’a envoyé au quatrième corps et me voilà.
— Et ta première visite est pour moi... On n’est pas plus gracieux... Sacrebleu !

L’épée de Dupont a atteint Fournier au cou et le tient cloué contre le mur.

— Avoue que tu ne pensais pas à celte botte-là. Dupont ne lâche pas prise.
— Je te garde un coup qui vaudra bien celui-ci.
— Quel coup ?
— Lorsque ton bras s’abaissera et sans que tu puisses le parer, je t’allongerai dans le ventre un coup qui fera prendre l’air à tes boyaux.
— Merci de l’avis. Nous passerons la nuit dans cette position.
— Voilà une agréable perspective ! Sais-tu que je ne suis guère à mon aise ?
— Lâche ton épée, je te lâcherai.
— Non, je veux te crever la panse.

Le bruit qu’ils font finit par attirer des officiers qui séparent les deux généraux.

Pierre Dupont de l'Étang (1765-1840)
Pierre Dupont de l’Étang (1765-1840)

Dupont se fatigue le premier de cette lutte sans issue. Il songe à prendre femme. Mais, auparavant, il faut tuer Fournier ou le museler. Il va le trouver un matin ; c’était à Paris.

— Ah ! ah ! nous allons en découdre, dit l’autre.
— Prête-moi d’abord une oreille attentive. Je suis, tel que tu me vois, sur le point de me marier. Il faut terminer cette querelle qui commence à sentir le rance. Je viens me débarrasser de toi. Pour obtenir un résultat définitif, je t’offre de substituer le pistolet à l’épée.
— Tu as perdu la tête, dit Fournier stupéfait.
— Oh ! je connais ton adresse... Mais j’ai songé à un moyen d’égaliser le combat, le voici : il y a, près de Neuilly, un clos planté d’un petit bois, dont je puis disposer. Nous nous y rendrons munis de pistolets d’arçon, puis, après nous être perdus de vue, nous nous traquerons avec la faculté de tirer à notre convenance.
— Tope-là, c’est entendu. Mais laisse-moi le donner un conseil.
— Donne.
— Ne pousse pas trop loin tes projets de mariage : ce serait peine perdue, car je te certifie que tu mourras garçon.
— Rira bien qui rira le dernier.

Au jour dit, Fournier et Dupont se mirent en chasse. Ils avançaient à pas de loup, se guettant à travers le fourré, lorsque leurs yeux se rencontrèrent par une échappée de feuillage. D’un commun mouvement, ils s’effacèrent en toute hâte derrière un arbre. Ils restèrent cois quelques minutes. La situation était délicate. Dupont s’aventura, ou plutôt eut l’air de s’aventurer le premier. Il releva le pan de sa redingote et en fit dépasser un bout. Une balle siffla aussitôt, déchirant le drap. « Et d’une ! se dit-il. » Après un court intervalle, il revint à la charge, mais de l’autre côté ; tenant son pistolet de la main gauche, il en présenta le canon, comme s’il allait tirer, et, en même temps, tendit son chapeau de la main droite. « Et de deux ! Ajouta-t-il. » Le chapeau était lancé dans les broussailles. Alors Dupont, marchant droit à Fournier :

— Ta vie m’appartient, lui dit-il, mais je ne la prends pas.
— Comme il te plaira, répondit Fournier.
— Seulement, souviens-toi de ceci, c’est que je n’abandonne pas mon droit de propriété. Garde-toi donc de te jeter jamais en travers de mon chemin, car je pourrais t’envoyer, à bout portant, mes deux balles dans la tête, comme il m’est permis de le faire à celte heure.

Ainsi finit cette longue querelle.




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