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Reines, Impératrices

Biographie des reines et impératrices françaises. Vie des souveraines, faits essentiels, dates-clés. Histoire des règnes


Théodrate ou Théodérade
(née vers 868, morte après 898)
(Épouse Eudes (pas encore roi de France) en 884)
Publié le lundi 1er février 2010, par LA RÉDACTION

 
 

Vers les derniers jours de son règne, Charlemagne, du haut d’une tour, voyait les barques des Normands remonter la Loire. Il versa des larmes : « Oh ! s’écria-t-il, si moi vivant, ces barbares osent aborder sur nos côtes, que feront-ils quand je n’y serai plus ! » Ces prévisions se réalisèrent trop.

Dès qu’ils sentirent que la main ferme du héros n’était plus là, les Normands tentèrent des courses plus aventureuses. Sous Louis le Débonnaire, sous Lothaire, sous Charles le Chauve on les vit remonter la Loire, la Seine, le Rhin, la Garonne, la Meuse et la Somme, et porter partout le carnage et la désolation. Ils poursuivaient les habitants des villes, jusque dans les églises, asiles respectés par les autres barbares, et que les hommes du nord profanaient sans respect.

A une course succédait une autre course, le pillage d’un printemps présageait le pillage du printemps prochain. Souvent les rois interrompaient leurs querelles pour les combattre : mais à mesure que le pouvoir déclinait, les héritiers du sceptre de Charlemagne se montrèrent plus faibles. Charles le Chauve acheta plusieurs fois par de l’or le départ des Normands ; ce facile appât les attirait de nouveau ; Louis le Bègue et Carloman II ne purent rien contre eux.

Tel était l’effroi qu’ils inspiraient aux populations, qu’elles fuyaient à leur approche, emportant ce qu’elles avaient de plus précieux ; les Barbares découvraient les asiles dans les forêts, dans les cavernes, jusque dans les monts de l’Auvergne, et la frayeur des peuples ne voyait plus de refuge que dans la protection du ciel. Nous lisons ces mots dans les litanies du temps : « De la foudre, de la mort subite, et du fer des Normands, délivrez-nous, Seigneur ! »

En 887, tandis que Charles le Gros vivait dans les montagnes d’Helvétie, Sigefroy fit plus que n’avait encore tenté aucun autre Normand, il tint Paris pendant deux ans et demi en état de siège ; pendant deux ans, les Parisiens virent leur île de la Cité entourée des barques normandes ; l’énergie d’un seul homme sauva la ville, le comte Eudes avec l’abbé Ebbon, son neveu, soutint le courage des assiégés, sut enlever des vivres l’épée à la main pour leur en procurer, vainquit les Normands en toutes rencontres, et lassa leur constance ; mais il réclamait le secours de son souverain : Charles le Gros parut avec une armée, on s’attendait à une action générale ; Paris rayonnait d’allégresse, Eudes préparait des soldats.

Tout à coup, au milieu de la plaine, les deux armées rangées en bataille, les Parisiens armés virent Sigefroy s’avancer vers l’empereur, prêter serment sur son épée, et l’empereur faire compter sept cents pièces d’argent que le barbare emporta. Ce fut un cri d’indignation dans toute la ville quand on vit les Normands fuir sur leurs barques rapides chargés de ce honteux trophée : ils ne quittaient pas la France ; l’imbécile empereur leur avait laissé le droit de séjourner six mois dans la Bourgogne, et lui, était retourné dans ses montagnes. Sigefroy tenta encore une fois une surprise sur Paris, mais inutilement ; il fut repoussé.

C’est alors que l’ineptie de Charles le Gros ayant paru plus que jamais, sa propre sœur Hildegarde conseilla, dans l’assemblée de Mayence, de le déposer et de donner la couronne de Germanie à Arnould, petit-fils de Louis le Germanique et d’Emma par Eléonore, leur dernière fille. Ainsi s’était accomplie cette grande révolution. Charles se laissa déposer sans chercher à conserver sa couronne, et Paris, qui ne voulait pas du roi de la Germanie, nomma unanimement Eudes, le défenseur de la ville, ce Eudes « qui abattit autant de têtes de Danois qu’il lança de javelots », dit Abbon, et que tant de valeur devait rendre cher à des peuples qui redoutaient les Normands à l’égal des fléaux les plus destructeurs.

Boson, le frère chéri de Richilde, le favori de Charles le Chauve, profita de ces troubles pour prendre le titre de roi de Bourgogne cisjurane ; Rodolphe, fils d’un Conrad qui avait été comte de Paris, régna sur l’Helvétie avec le titre de roi de Bourgogne transjurane ; son royaume comprenait la Suisse, le Valais, Genève, la Savoie, le Bugey. Les marquis de Frioul, les comtes de Spolète se disputèrent les lambeaux de l’Italie, et cherchèrent à se faire nommer empereurs à Rome.

Les papes conservèrent Rome ; mais tant d’ignorance, tant de désordres, tant de crimes amenaient dans l’Europe chrétienne un si monstrueux mélange de superstitions, de brutalités, de brigandages, qu’on a lieu d’admirer que la foi se soit bien gardée ; il a fallu pour la conserver les efforts et le zèle des âmes saintes qui gémissaient dans le silence, et quand, au bout de quelques années, le pape Grégoire VII apparut avec l’amour du bien, le sentiment de l’ordre, la foi, la science, et la mission, comme pontife, de tout ramener à l’ordre, il dut lutter de vive force contre toutes les passions, contre tous les préjugés armés ; il vit se soulever contre lui la cupidité et la brutalité d’une époque sans frein, sans lumières et sans industrie ; il a péri à l’œuvre et a pu prononcer avec vérité ces belles paroles : « Mon Dieu, j’ai haï l’injustice et aimé l’équité, c’est pourquoi je meurs dans l’exil. »

Mais nous anticipons sur les événements : au démembrement de l’empire de Charlemagne (888), la France se dessine avec son système féodal, créé sous Charles le Chauve. Ses villes et ses provinces sont possédées par des comtes, des barons et des ducs ; chacune est régie par des coutumes qui s’établissent peu à peu ; mais la force brutale a pourtant gain de cause. Les campagnes se hérissent de châteaux crénelés d’où les comtes, les barons et les châtelains sortent pour se déchirer ; les serfs sont employés tour à tour à combattre pour leur seigneur, ou à labourer les champs de son domaine ; les prieurés, les abbayes, les couvents participent à ces désordres ; souvent ils sont possédés par des laïques en attendant les réformateurs qui, comme saint Bernard, Suger, saint Yves, vinrent dans les siècles suivants réparer les maux, régénérer les âmes et faire refleurir l’esprit de l’Évangile.

Au milieu de ce dédale, point de lien historique. Eudes était fils de Robert le Fort, mort en 866 et père d’un autre enfant qui deviendra lui aussi roi de France en 922. Membre important de l’aristocratie franque, il était issu de la famille des Robertiens, qui donnera plus tard naissance à la dynastie capétienne. En 852, Charles le Chauve l’avait fait abbé laïque de Marmoutier, puis missi dominici des régions de Tours et d’Angers. Lorsque le souverain avait installé son fils Louis II le Bègue à la tête du comté du Mans, Robert s’était révolté et avait rejoint Louis le Germanique, frére de Charles le Chauve, avant d’accepter de se soumettre en 861, en échange du marquisat de Neustrie. Il avait eu dès lors en charge la lutte contre Bretons et Normands, et c’est au demeurant en combattant ces derniers à la bataille de Brissarthe (prés d’Angers) en 866, qu’il avait trouvé la mort.

On ne sait guère de la femme de Eudes que son nom, Théodrate ou Théodérade. Fille du comte de Troyes, elle épousa Eudes lorsqu’elle avait seize ans. Charles le Simple, fils de Louis le Bègue, parvenu à l’âge de douze ans, disputa l’autorité à Eudes ; il revenait d’Angleterre où sa mère l’avait conduit ; après deux ans de guerre, Eudes se vit forcé de le reconnaître et de lui céder une partie de la France (29 janvier 893) ; à la mort d’Eudes, en 898, Charles régna seul, les enfants de la reine n’héritant pas de la couronne. Écartée de la Cour, Théodrate mourut oubliée.

 

 


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