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Reines, Impératrices

Biographie des reines et impératrices françaises. Vie des souveraines, faits essentiels, dates-clés. Histoire des règnes


Fastrade
(née vers 765, morte le 10 août 794)
(Épouse Charlemagne (roi des Francs) en 783
(date non certaine, mais avant 785 avec certitude))
Publié le lundi 1er février 2010, par LA RÉDACTION

 
 

La cérémonie d’un baptême nous montre, pour la première fois, le nom de la quatrième femme (ou la cinquième si l’on tient pour acquise l’existence de Galène) de Charlemagne. Les chroniqueurs n’ont parlé ni du temps où le roi l’épousa, ni des circonstances qui accompagnèrent ce mariage, dont certains documents laissent à penser qu’il aurait eu lieu en 783, peu après la mort d’Hildegarde.

Ils nous disent peu de chose sur cette reine ; mais ils paraissent tous allier, dans les souvenirs qu’ils en ont, la cruauté et la hauteur à l’hommage qu’ils rendent à sa beauté et à l’ascendant qu’elle eut sur l’empereur. La « belle et hautaine Fastrade », « la cruelle Fastrade » ; telles sont les épithètes qu’ils joignent à son nom. Elle était fille de Raoul III, comte de Franconie, et d’Aéda de Bavière. Aucun historien ne la nomme avant la solennité du baptême de Wittikind, évènement heureux qui mit fin à la longue guerre des Saxons. Cette reine fut la marraine de la femme de Wittikind, tandis que le roi était le parrain du nouveau chrétien. C’était à Alligny, en 785.

Cependant l’orgueil de la nouvelle reine changea l’intérieur du palais ; on vit la crainte succéder à l’amour. Fastrade troublait le bonheur de cette vie de famille que le roi aimait à mener au milieu de ses enfants, vie intime où les hommes les plus savants du temps, l’évêque Théodulphe, le célèbre Alcuin, le fidèle Éginhard entretenaient le goût de Charlemagne pour les lettres, et où le brave Egbert, chassé de l’Heptarchie, qu’un jour il devait réunir, formait avec le roi un noble commerce d’amitié.

Dans ces temps, où savoir lire était une distinction peu commune qui donnait droit au titre de savant, on écoutait avec avidité les lectures faites à haute voix. Charlemagne en faisait ses délices ; lui-même s’exerçait à transcrire les plus beaux passages des chefs-d’œuvre qu’il s’était fait lire ; mais ses efforts à cet égard ne furent pas couronnés de succès ; jamais l’empereur ne parvint à tracer des caractères corrects ; son esprit était plus propre à sentir les beautés des écrits des pères. Un jour, dans son enthousiasme, il interrompit la lecture d’une épître de saint Jérôme à saint Augustin : « Quels temps et quels hommes ! s’écria-t-il ; que n’en ai-je dans mon royaume douze comme ceux-là, toutes les dignités seraient pour eux, et je les aurais sans cesse dans ma maison. - Seigneur, dit Alcuin qui tenait le livre, le souverain du ciel et de la terre n’a eu que ces deux-là, et vous en voudriez douze ! »

Ce n’était pas toujours les écrits des anciens qui se lisaient au dîner des rois ou au cercle de famille autour des chênes flamboyants, dans les vastes palais d’Aix-la-Chapelle ; on y admirait des vers mutilés, selon certaines règles bizarres : tours de force qui tenaient lieu d’esprit et de bon sens, et que l’impuissance de faire mieux faisait regarder comme une œuvre de talent.

Les nobles loisirs de Charles, sa bonté naturelle, l’aménité de son esprit lui conciliaient les cœurs : « Notre aimable roi ! », dit le chroniqueur, le moine de Saint-Gall, en parlant de ce grand homme ; mais lorsqu’il se fut uni à Fastrade, on vit se voiler pour un temps l’affabilité de Charles : du moins c’est à la dureté de Fastrade, à ses dédains pour les plus hauts seigneurs qu’Éginhard attribue la cause première d’une conspiration faite par les seigneurs d’Austrasie contre le roi, la reine et la famille royale. Il écrit ainsi à l’année 792 dans sa Vie de Charlemagne : « La cruauté de la reine Fastrade est regardée comme la seule cause qui donna naissance à ces deux complots, celui-ci et un autre que nous indiquons plus tard ; et si, dans ces deux circonstances, on en voulut à la vie du roi, c’est parce que, se prêtant à la méchanceté de sa femme, il avait paru inhumainement oublier sa douceur accoutumée et la bonté de sa nature ».

Les seigneurs d’Austrasie voulaient mettre à la place de Charlemagne son fils Pépin (né en 769 de son mariage avec Hilmitrude), beau de visage, mais bossu et malin au dernier point. Les conjurés se réunissaient la nuit sous les nefs d’une vaste église, et là, dans l’obscurité, parlant à voix basse, ils ne soupçonnaient pas qu’on pût les entendre. Un soir un moine, s’étant laissé surprendre par le sommeil, était resté dans l’église ; un bruit de pas l’éveille : il prête l’oreille, se glisse dans l’ombre et entend tout. Les conjurés l’aperçoivent et se saisissent de lui : mais il leur échappe et court au palais où il divulgue le secret, rapporte le moine de Saint-Gall.

Si la conspiration était criminelle, et si la complicité du fils du roi la rendait plus odieuse encore, le châtiment fut terrible. Pendus, décapités, aveuglés, nul des coupables n’échappa. Fastrade voulait exiger de Charles qu’il fît aussi périr son fils ; mais l’assemblée qui jugeait les accusés supplia Charlemagne d’épargner son sang. « N’imitez, seigneur, lui dit-on, ni Constantin qui fit périr un innocent, ni Clotaire qui punit un rebelle ; les remords qu’ils en eurent vous apprennent de quel chagrin le reste de votre vie serait troublé si vous agissiez comme eux ; pardonnez au nom du Christ, et qu’il suffise à votre justice que votre fils Pépin soit mis en servitude », nous apprend Mézeray.

Cette servitude, c’était l’état monastique. Le cœur de Charlemagne approuva ce conseil de douceur. Il ne frappa point son fils, il se contenta de le faire raser et enfermer. C’est par cette dureté de cœur et par cet orgueil que Fastrade est renommée dans les récits des chroniqueurs, et c’est tout ce que nous savons d’elle. Elle était avec le roi à Francfort à la cour de son père, en 794, lorsqu’elle mourut ; on inhuma ses restes à Mayence.

Deux filles naquirent de l’union de Fastrade et de Charlemagne : Théodrade (née en 785 et morte en 853), qui devint abbesse d’Argenteuil ; Hiltrude (née en 787) qui devint abbesse de Faremoutiers.

 

 


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