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15 septembre 1635 : Pierre Belain d'Esnambuc prend possession de la Martinique au nom de Louis XIII - Histoire de France et Patrimoine


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Éphéméride, Calendrier

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15 septembre 1635 : Pierre Belain
d’Esnambuc prend possession de
la Martinique au nom de Louis XIII
(D’après « Pierre Belain d’Esnambuc. Inauguration et bénédiction
par Mgr l’évêque de la Guadeloupe de l’inscription, etc. » paru en 1862
et « Belain d’Esnambuc et les Normands aux Antilles » paru en 1863)
Publié / Mis à jour le mardi 13 septembre 2016, par LA RÉDACTION



 

Si les premiers contacts de civilisation entre Français et Amérindiens Kalinagos — appelés Caraïbes par les Européens — eurent lieu entre 1550 et 1620, les premiers aventuriers et flibustiers français n’eurent pas pour vocation de s’installer en Martinique. Ils y faisaient leur ravitaillement en eau douce et échangeaient de l’alcool, des outils, des armes contre du tabac, du bois, des vivres, de la vannerie ou des hamacs. Certes, du 19 avril 1619 au 11 février 1620, suite à une expédition de flibuste malheureuse, Charles Fleury et son équipage furent contraints de demeurer en Martinique, mais la présence dans l’île ne fut nullement décidée officiellement, de même que son peuplement et son exploitation. Il fallut attendre le 15 septembre 1635 pour qu’un tel projet se réalise par l’entremise de Pierre Belain d’Esnambuc.

Pierre Belain, sieur d’Esnambuc, né à Allouville le 9 mars 1585, fut le pionnier intrépide qui, après s’être établi, en 1625, à l’île de Saint-Christophe, devint le véritable fondateur des Antilles françaises. Lorsqu’il vit le jour, issu d’une noble famille de gentilshommes cauchois, il y avait un siècle que Colomb, prenant possession des Antilles, avait donné son nom à l’île de de Saint-Christophe ; les explorateurs Ribaud, Laudonnière et de Gourgues venaient de créer des établissements dans la Floride, comme Jacques Cartier en avait formé, quelques années plus tôt, au Canada, et le Normand Chauvin préparait sa fameuse expédition sur le grand fleuve de Saint-Laurent.

Billet de 50 francs de la Caisse Centrale de la France d'Outre-Mer de 1946 à l'effigie de Pierre Belain d'Esnambuc
Billet de 50 francs de la Caisse Centrale de la France d’Outre-Mer
de 1946 à l’effigie de Pierre Belain d’Esnambuc

Tous les yeux étaient alors tournés vers le Nouveau-Monde, le vent soufflait aux courses aventureuses, sur des mers inconnues, vers des terres merveilleuses, et la Normandie, qui avait envoyé la fleur de sa noblesse aux croisades, les Dieppois, dès le XIVe siècle, sur la côte de Guinée, et Jean de Béthencourt aux Canaries, formait encore son contingent d’honneur aux expéditions que Dieppe, Honfleur et Le Havre dirigeaient sur l’Amérique.

Aux veillées de famille, on racontait des choses étranges de ces îles jusque-là séparées du reste du monde, des coutumes singulières, des mœurs barbares des indigènes plongés dans les plus affreuses ténèbres de l’idolâtrie, adonnés aux plus grossières superstitions du paganisme ; on ne tarissait pas sur la fécondité prodigieuse, la végétation luxuriante du sol, sur la beauté enchanteresse du climat ; l’imagination y accumulait à plaisir les trésors de Golconde, et tout, jusqu’au riche plumage des oiseaux, séduisait cette jeunesse bouillante, avide d’émotions et d’aventures, qui n’avait pour tout horizon que les hautes futaies, les donjons et les tours à créneaux des vieux manoirs normands.

Nul doute que d’Esnambuc enfant, émerveillé au récit de ces histoires surprenantes, n’ait rêvé ces hasards de la mer, ces excursions vers le Nouveau-Monde, où il devait faire de si admirables conquêtes. Le désastre qui vint fondre sur sa famille et l’obligea d’aliéner le patrimoine d’Allouville, le trouva fort et plein de courage. Dépouillé de l’héritage paternel, il résolut de courir les mers et de chercher fortune à la suite de ces hardis explorateurs, de ces fameux pionniers. Mais il avait également, suivant un géographe dieppois, Bruzen de La Martinière, « un ardent désir d’ouvrir la porte de l’Évangile chez les nations qui ne connaissaient pas encore le Rédempteur ; il comptait découvrir des pays, connaître de nouveaux peuples et en faire des alliés de la couronne et des disciples à Jésus-Christ. »

Sa prudence, son habileté, son courage, l’avaient rendu fameux sur mer et lui avaient valu le grade si honorable et si envié alors de capitaine de vaisseau. Avec l’année 1625 commencent ses succès, et la fortune lui devient favorable. Parti de Dieppe sur un brigantin de quatre canons, équipé à ses frais, monté par quarante marins aguerris et disciplinés, il aborde à Saint-Christophe après avoir fait la chasse aux Espagnols, dans la mer des Antilles, et mis hors de combat, avec une intrépidité sans égale et au péril de ses jours, un gros galion de trente-cinq canons qui avait dû céder devant des prodiges de valeur et fuir honteusement tout désemparé devant le vainqueur.

D’Esnambuc fit une exploration dans l’intérieur du pays il alliance avec les Anglais, qui, par une singulière coïncidence, occupaient en même temps une autre portion du territoire. Faisant un grand exemple des naturels rebelles qui avaient juré le massacre et l’extermination de la colonie naissante, il assura la paix de l’île et favorisa la culture du tabac, qui devait faire sa principale richesse. Dès l’année suivante, revenu au port de Dieppe avec un riche chargement — ayant séjourné huit mois sur l’île, il avait fait cultiver du tabac et abattre du bois d’acajou, et chargea de ces denrées son navire —, il se présenté à Paris, dans un brillant équipage, au puissant ministre qui gouvernait la France sous Louis XIII.

Richelieu, l’illustre cardinal, vrai créateur de la marine française, intelligent organisateur du commerce international, goûta et approuva les projets de colonisation du pionnier normand. D’Esnambuc, encouragé, honoré de la qualité de gouverneur et de lieutenant de Sa Majesté, autorisé à créer une compagnie de colonisation et de commerce, sous le nom de Compagnie des Iles d’Amérique — lettres patentes du roi du 31 octobre 1626 —, repartit du Havre avec deux vaisseaux. Après les traverses et les difficultés d’une navigation périlleuse, il reprit terre à Saint-Christophe, où il se maintint malgré les attaques des Espagnols et les invasions des Anglais ; il lui fallut lutter contre des obstacles de toute nature, mais, homme de tête et de courage, il parvint à les surmonter. « Il réunissait en lui tous les pouvoirs, écrit un historien des Antilles, et les employait avec tant de sagesse, que chacun se soumettait avec joie à ce qu’il ordonnait. Il travaillait avec un zèle infatigable au bien de la colonie qui lui devait l’existence, et les colons vivaient dans une si parfaite union, les uns avec les autres, qu’on n’avait pas besoin de notaires, de procureurs ni de sergents. » Est-il un plus bel éloge de la bonne administration du sieur d’Esnambuc ?

En moins de dix années, la colonie de Saint-Christophe, prospère et florissante, formait l’un des plus beaux établissements du Nouveau-Monde ; une ville aux rues larges, aux places spacieuses, s’était élevée comme par enchantement : d’Esnambuc avait donné son nom à la cathédrale de Saint-Pierre et au fort qui commandait l’entrée du port ; les pieux missionnaires qu’il avait appelés de France faisaient bénir la religion chez les insulaires.

Cependant, d’autres terres voisines appelaient l’attention et la sollicitude du brave capitaine dont le génie avait su accomplir d’aussi grandes choses ; il projetait l’occupation et la colonisation de ces îles prochaines, dont la même mer baignait les rivages inhospitaliers , fermés au commerce et à la civilisation. Supplanté et devancé par Charles Liénard, son lieutenant, à qui il avait fait part de son projet sur la Guadeloupe, il prit possession de la Martinique, après avoir battu le Fort-Royal.

C’est en effet le 15 septembre 1635 qu’il y aborda avec 100 hommes, braves, bien acclimatés et pourvus de tout ce qui était nécessaire pour former des habitations. Il descendit avec eux sur la côte occidentale de l’île, dans l’endroit nommé le Carbet, à 2 kilomètres environ de l’emplacement où s’éleva plus tard la ville de Saint-Pierre.

Occupation de la Martinique par le chevalier d'Esnambuc en 1635. Peinture de Théodore Gudin (1802-1880)
Occupation de la Martinique par le chevalier d’Esnambuc en 1635
Peinture de Théodore Gudin (1802-1880)

Pour l’anecdote, si l’acte de prise de possession fixe bien la date de la descente de d’Esnambuc dans l’île au 15 septembre, il n’est pas d’accord en cela même avec une lettre de notre Normand écrite par lui à Richelieu. Il est intéressant de la citer, non seulement en raison de cette différence, mais parce qu’elle constitue la seule pièce manuscrite de d’Esnambuc, rappelant en outre un des faits les plus considérables, par leurs conséquences, qui aient honoré le ministère de Richelieu et illustré le gouvernement de d’Esnambuc dans ces mers lointaines :

« Monseigneur,

« Il vous plaira me pardonner, si j’ai eu la témérité d’importuner Votre Éminence de mes lettres, mais les ressentiments des services que je vous dois m’ont obligé de vous écrire, ne pouvant vous aller rendre témoignage de mes affections que par votre permission, qu’il plaira à Votre Grandeur m’octroyer.

« Celle-ci sera pour vous donner avis, Monseigneur, que j’ai habité l’île de la Martinique le premier jour de septembre mille six cent trente cinq, où j’ai planté la croix, et fait arborer le pavillon de France et vos armes, sous votre bon plaisir. J’y ai fait un fort, dont je vous envoie un petit plan qu’il vous plaira d’excuser s’il n’est tracé comme je désire, n’ayant en ces lieux gens assez experts pour y servir Votre Éminence. Il vous plaira voir la possession que j’ai prise, ensemble la commission que j’y ai laissée en attendant vos ordres, Monseigneur.

« J’y ai posé en garnison cent cinquante hommes, garnis de munitions de guerre et de vivres, attendant qu’il plaise à Votre Grandeur faire donner ordre qu’il soit envoyé les choses nécessaires pour la conservation de la dite île, comme le porteur de la présente pourra faire voir les mémoires qu’il dressera, sachant que la place est d’importance, et pour tirer un grand avantage sur l’Espagnol, Monseigneur, je suis prêt à m’embarquer pour, sous votre bon vouloir, aller habiter la Dominique, qui est encore une bonne île, sachant que les Anglais y ont un grand dessein, mais j’espère les prévenir, et lorsque Dieu m’aura fait la grâce de venir au-dessus de mon dessin, si Votre Grandeur, Monseigneur, me veut permettre, je me donnerai le bonheur de m’aller prosterner aux pieds de Votre Éminence pour vous rendre compte de mes actions, comme étant celui qui ne désire être au monde que pour se rendre capable de rendre quelque service qui puisse être agréable à Votre Grandeur, en attendant avec impatience la félicité de pouvoir vous voir, je me dirai, Monseigneur, pour jamais celui qui désire d’être et sera de Votre Éminence.

« Le plus humble, obéissant, affectionné serviteur et sujet.

« D’Esnambuc.

« De votre île de Saint-Christophe, le 12 novembre 1635.

Comme il l’avait annoncé, Pierre Belain d’Esnambuc repartit ce 12 novembre de Saint-Christophe et le 17 du même mois prenait possession de la Dominique. Le père Bouton représente d’Esnambuc comme « un homme d’esprit et de jugement et fort entendu à faire de nouvelles peuplades et établir des colonies. » D’Esnambuc mourut à Saint-Christophe en juin 1637, laissant par son testament tous ses biens et tous les droits qu’il avait sur la Martinique à Du Parquet, son neveu, frère de celui qui avait si vaillamment disputé le terrain aux Espagnols au sac de Saint-Christophe. D’Esnambuc eut pour successeur au gouvernement de Saint-Christophe, Du Halde, son lieutenant, que la compagnie nomma gouverneur en chef.

Le cardinal de Richelieu, qui se connaissait en hommes, dit, en apprenant sa mort, que le roi avait perdu un des plus fidèles serviteurs de son État. « Les habitants l’ont pleuré comme un père, écrit le père Dutertre, historien des Antilles, les ecclésiastiques comme leur protecteur, et les colonies de Saint-Christophe, de la Guadeloupe et de la Martinique l’ont regretté comme leur fondateur. »




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